Développement

La cohérence de l’action publique au service d’une mondialisation bien comprise

 

Déclaration de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Débat à l’invitation de Madame la Chancelière Angela Merkel:
“Réunir toutes les conditions favorables à une économie mondiale sociale et ouverte”
Berlin, 19 décembre 2007

Madame la Chancelière, chers amis,

C’est un plaisir pour moi d’être aujourd’hui parmi vous. Je tiens à vous remercier, Madame la Chancelière, d’avoir pris l’initiative de cette manifestation et de nous en offrir l’opportunité. Et je vous adresse toutes mes félicitations pour une présidence allemande du G8 et du Conseil européen jalonnée de succès et couronnée par l’adoption d’un traité pour l’Europe du XXIe siècle.

Le thème que vous m’avez demandé de traiter est au cœur de la question d’une gouvernance mondiale efficace. La nécessité urgente dans laquelle nous nous trouvons d’apporter des solutions cohérentes à des défis de dimension planétaire appelle à une action à laquelle doivent être associés différents niveaux d’administration et une pluralité d’acteurs de la société ainsi qu’un large éventail d’institutions. Si ce processus est bien géré, en particulier au niveau des institutions internationales, nos messages seront mieux acceptés et l’impact de notre action d’autant plus grand.

Avec des angles d’approche, des méthodes de travail et des champs d’action qui sont propres à chacune d’entre elles, les institutions internationales s’intéressent à différents aspects de la mondialisation.

A l’OCDE, nous sommes fiers à l’idée que de nombreux pays tiennent nos contributions pour pertinentes, dans la mesure où nous offrons un espace de dialogue permettant de modeler le cadre de l’action publique, où des experts, mais aussi des pairs, dispensent leurs conseils, et où le dosage subtil des politiques est ancré sur les meilleures pratiques en vigueur et non sur des préceptes dogmatiques. La pression exercée par les pairs, élément incontournable de nos travaux, est un puissant vecteur de changement. C’est un aspect d’autant plus important que nous recherchons une identité de vues sur les questions traitées avant de nous attaquer aux grands défis de notre temps.

Nous sommes également heureux de constater que les institutions internationales peuvent travailler dans le cadre d’une collaboration efficace. J’en veux pour preuve, par exemple, la session fort enrichissante à laquelle nous a conviés Pascal Lamy sur le thème de l’aide pour le commerce. Par ailleurs, l’OIT et l’OCDE étudient les dimensions sociales de la mondialisation, suivent l’évolution du droit du travail et des relations entre partenaires sociaux, et continuent de travailler à l’élaboration de normes fondamentales du travail et de la responsabilité sociale.

Avec l’OMS, nous travaillons sur l’économie de la santé et produisons des analyses comparatives sur la performance des systèmes de santé. Les participants à la Conférence de Bali qui vient de s’achever n’ont pas manqué, pour leur part, de saluer les travaux que nous menons depuis une vingtaine d’années sur l’économie du changement climatique à l’appui des organismes des Nations unies. Nous avons été invités récemment à travailler sur les mesures protectionnistes frappant l’investissement et sur l’émergence des fonds souverains, sous divers aspects, et à faire connaître nos conclusions au FMI et à la Banque mondiale. Concernant la performance des systèmes éducatifs, nous collaborons étroitement avec l’UNESCO dans le cadre de l’enquête PISA et d’autres instruments. Nous avons mis sur pied avec le PNUD le Partenariat pour une gouvernance démocratique afin de venir en aide aux états fragiles. Avec la Banque mondiale, nous venons de reconduire notre cadre de coopération autour des questions que posent le changement climatique, l’innovation et la croissance, pour ne citer que quelques exemples, en sus de notre coopération habituelle à l’appui de la lutte contre la pauvreté, animée par le Comité d’aide au développement (CAD). A l’initiative du Secrétaire général des Nations unies, plusieurs organisations ont été invitées à former un groupe pour suivre les progrès accomplis sur la voie de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

Cette forme de coopération, autour des différentes thématiques retenues, fonctionne bien. Il nous serait difficile de concevoir un « grand projet » de coopération internationale compte tenu de nos champs de compétences respectifs, des intérêts propres à nos organisations et de leurs mandats singuliers. Il ne s’agit pas de défendre notre « pré carré », mais plutôt de déterminer si les questions dont nous sommes saisis sont traitées comme il convient.

Quatre grandes questions en particulier appellent une réponse : Sous sa forme actuelle, notre coopération suffit-elle à garantir la cohérence de la gestion politique de la mondialisation ? L’infrastructure de la gouvernance internationale en place nous permet-elle d’être à la hauteur des défis pluridimensionnels auxquels nous avons à faire face ? Reflète-t-elle la nouvelle réalité de l’économie mondiale ? Comment nous assurer que nous nous attaquons aux vrais problèmes ?

La mondialisation nous confronte à de nouvelles questions ou problèmes. Certes, nos organisations respectives couvrent un large champ, mais certaines de ces questions ou problèmes risquent de passer entre les mailles du système de gouvernance mondiale parce qu’elles se font jour sans préavis et qu’elles touchent à de multiples dimensions. Je m’en tiendrai à un seul exemple : les migrations internationales. Il s’agit d’un défi d’une extrême complexité qui a d’importantes retombées sur la croissance et le développement et qui touchent les pays de diverses façons. Les institutions représentées ici aujourd’hui abordent la question sous différents angles (envois de fonds des travailleurs émigrés, politiques d’intégration, rôle des migrations face au vieillissement démographique). Mais il nous manque encore une vision globale qui nous permettrait de mener une action plus efficace.

Comme me l’écrivait récemment Robert Keohane de l’université de Princeton, pour que les institutions internationales apportent quelque chose au monde, elles doivent mener une action pertinente (ce qui signifie que leurs pays membres doivent les soutenir et suivre leurs avis), faire la preuve de leur efficacité (avoir une fonction précieuse pour l’État) et asseoir leur légitimité, c'est-à-dire être le porte-parole de l’ensemble des parties concernées en en reflétant les points de vue de façon équilibrée au lieu de faire systématiquement prévaloir une majorité de petits pays ou d’imposer les intérêts d’une poignée d’acteurs de premier plan.

Pertinence, efficacité et légitimité sont des notions qui doivent s’appliquer non seulement aux institutions que nous dirigeons, mais aussi aux solutions que nous apportons aux problèmes. De fait, c’est ce dernier point qui revêt le plus d’importance pour notre débat d’aujourd’hui.

Sur ce plan, nous avons encore du chemin à parcourir. La mondialisation est porteuse d’améliorations incontestables pour beaucoup, car elle a permis d’affranchir de la pauvreté des millions d’individus. Mais l’argument perd de son poids dès lors que l’on envisage l’impact social de la mondialisation. L’angoisse face à la pauvreté, à la perte de l’emploi, à la médiocrité des salaires ou à la détérioration des conditions de travail et de l’environnement est le lot du plus grand nombre. Pour endiguer la vague de protestation que suscite la mondialisation, nous devons renforcer notre pertinence, notre efficacité et notre légitimité. Nous devons anticiper sur l’avenir et chercher à rassembler l’ensemble des acteurs qui peuvent contribuer à trouver des solutions à chacune des questions qu’il nous appartient de traiter. Et nous devons apprendre à mieux communiquer à l’opinion publique mondiale l’action que nous nous efforçons de mener, le coût et les avantages qui y sont associés, et le délai nécessaire pour la porter à son terme, afin de rallier un soutien à l’appui des réformes proposées.

La réponse collective des gouvernements, des institutions internationales et de la société civile à l’urgence de ces défis ne peut être de faire obstacle à la mondialisation. Quelques signes révélateurs d’une tendance inquiétante sont visibles : l’apparition d’un protectionnisme s’appliquant autant aux échanges qu’à l’investissement, notre réticence à nous engager sur des objectifs précis pour lutter contre le changement climatique, et les barrières et autres murs érigés en vue de régler la question des migrations, perçues comme une menace pour la sécurité et non comme une opportunité économique, entre autres exemples.

Il nous faut adapter les structures internationales de gouvernance aux exigences dont s’assortissent ces questions complexes. Nous avons lancé à l’OCDE le processus d’adhésion de cinq nouveaux membres (la Russie, le Chili, Israël, l’Estonie et la Slovénie) et adopté une stratégie d’engagement renforcé avec cinq autres grandes économies émergentes, en vue de leur adhésion (Inde, Chine, Afrique du Sud, Brésil. Il nous paraît important que ces économies soient associées aux débats sur les grands dossiers qui occupent la communauté internationale. C’est aussi un moyen grâce auquel nous pouvons valoriser notre rôle de plateforme de dialogue sur des enjeux de dimension mondiale, conformément au mandat qui nous a été confié par nos pays Membres.

Madame Merkel a accompli le tout premier pas dans cette voie en favorisant un dialogue structuré de coopération entre les pays du G8 et du G5 dans le cadre du Processus d’Heiligendamm. C’est là une décision historique. C’est un honneur pour nous de servir de plaque tournante pour ce dialogue qui portera sur quelques-uns des thèmes les plus d’actualité sur la scène économique mondiale : l’innovation, le développement, l’investissement et l’énergie.

Il y a certes encore beaucoup d’obstacles à surmonter et il faut réussir à instaurer un climat de confiance. Le G8 et le G5 n’ont pas la même façon d’envisager ces questions. Il nous faut cependant persévérer pour trouver un terrain d’entente autour de ces thématiques essentielles.

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, je souhaiterais formuler une suggestion. Ce cadre informel de gouvernance établi entre le G8 et le G5 pourrait-il être porté un cran plus loin de façon à admettre les pays du G5 au même titre que ceux du G8 ? L’idée déjà ancienne d’un G13 mériterait-elle d’être reprise ? Certains pays émergents invités au G8 ont souvent demandé d’assister à « tout le repas et pas seulement au dessert ». En d’autres termes, faire entendre leur voix dans la détermination des priorités internationales, dans le débat de fond, et dans le communiqué final. Je n’ignore pas les difficultés inhérentes à cette proposition, déjà lancée par certains dirigeants du G8, mais peut-être l’idée devrait-elle être creusée.

Autre solution, pourquoi ne pas consacrer une journée entière au sommet du G8, et le faire suivre d’une autre journée et demie de réunions avec le G5 en nous acheminant prudemment et progressivement vers l’objectif à long terme d’un G13 ?

Ou encore conserver en l’état la structure du G8, mais transformer le groupe des ministres des Finances formant le G20 en un L-20 (Leaders-20), composé des mêmes pays, une idée qui avait, elle aussi, déjà été lancée. Pourquoi remettre ces idées sur le tapis, m’objectera-t-on, puisqu’elles n’avaient pas été jugées satisfaisantes dans le passé ? Parce que les temps changent, et la réalité économique aussi. La vérité c’est qu’aujourd’hui, s’agissant des échanges, du changement climatique ou de la lutte contre le crime organisé, ni les pays du G8 ni ceux du G5 n’ont les moyens de s’attaquer les uns sans les autres à de tels enjeux de dimension mondiale.

Les institutions internationales pourraient aussi contribuer avec davantage d’efficacité à rendre plus cohérente la gestion politique de la mondialisation. J’aimerais proposer que soit instauré un mécanisme informel de coopération entre toutes les organisations gouvernementales internationales présentes ici aujourd’hui (auxquelles ajouter peut-être le PNUD) dans le cadre duquel nous nous réunirions une fois par an au plus haut niveau et, le cas échéant, peut-être deux fois par an au niveau des secrétariats. Ce pourrait être une façon pour nos organisations de confronter leur expérience, de collaborer, et de fonctionner comme une caisse de résonance de nos travaux respectifs. Chaque année, nous nous appliquerions à recenser un nombre limité de questions (se reporter à l’annexe pour voir les domaines de travail proposés), comparer nos points de vue dans divers domaines, éviter les doublons et renforcer nos avantages comparatifs, resserrer les liens avec le processus du G8 afin de solliciter des orientations ou à l’inverse d’apporter des éléments de réflexion, et contribuer à donner suite aux engagements souscrits.

En sus du « noyau dur » permanent, nous pourrions inviter d’autres institutions, en fonction de la thématique traitée. L’objectif consisterait à formuler conjointement des propositions ou enrichir le débat non seulement au bénéfice du G8, mais aussi d’autres publics, et en particulier de nos mandants. Cette structure interactive à deux niveaux regroupant gouvernements et organisations internationales serait de nature à améliorer sensiblement la cohérence de la gestion politique de la mondialisation.


Nombre des institutions internationales réunies ici aujourd’hui, dont l’OCDE, sont nées au lendemain d’événements traumatisants. Nous ne devons pas attendre que se produise une crise majeure pour agir. Nous connaissons les questions à traiter (pertinence). Nous connaissons les solutions à y apporter (efficacité). Nous pouvons proposer collectivement des approches pertinentes et abordables, après avoir étudié avec soin toutes les possibilités et avoir consulté l’ensemble des actionnaires et autres parties prenantes (légitimité).

 

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Travaux de l'OCDE sur les priorités du G8 au Sommet de 2007

 

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