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Développement

La protection des plus pauvres doit être le combat de notre vie

 

J’ai toujours pensé que Martin Luther King avait raison lorsqu’il disait que l’arc de l’univers moral est long mais qu’il tend vers la justice. La nouvelle vague de populisme née des inégalités engendrées par la mondialisation laisserait cependant croire que cet arc s’est encore allongé. Après deux décennies qui ont vu une réduction de moitié des taux de pauvreté extrême, nous devons nous mobiliser à nouveau pour faire vivre notre conviction que la possibilité de vivre ne doit pas dépendre du lieu où l’on vit.

 

Quoique ses manifestations soient parfois déroutantes, l’opposition grandissante qui s’exprime dans les pays en développement contre l’intégration et l’engagement international est peu surprenante. Malgré tous les bienfaits dont elle est porteuse, la mondialisation oublie des millions de personnes. La confiance dans les dirigeants régresse, et les exigences dont ceux-ci sont l’objet augmentent. Beaucoup jugent peu réaliste d’espérer un partage de la richesse nationale avec d’autres, à l’heure où les besoins sont aigus et où règne l’insécurité. Il est dramatique qu’au lieu d’en profiter pour agir sur la mondialisation afin de promouvoir l’équité, juste et nécessaire, trop de pays se replient sur eux-mêmes, réduisant radicalement le budget de l’aide extérieure ou se fermant progressivement aux réfugiés en quête de sécurité et de survie.

 

Malgré des progrès stupéfiants dans la lutte contre la pauvreté, la mondialisation menace aussi d’abandonner des millions de pauvres dans le monde en développement. Or, au lieu de rejeter la mondialisation, de plus en plus de dirigeants et de citoyens des pays les moins avancés, en particulier d’Afrique, s’emparent des possibilités qu’elle offre : répandre l’apprentissage par la connectivité, améliorer les résultats en matière de santé grâce aux nouvelles technologies, attirer de nouveaux investissements privés et libérer le potentiel des jeunes entrepreneurs.

 

Dans ce contexte de défi mondial, une chance immense s’offre aussi pour le développement : d’ici à 2030, les jeunes Africains représenteront près d’un tiers de la jeunesse de la planète. Investir pour eux aujourd’hui procurerait un dividende démographique propre à faire de l’Afrique un moteur essentiel de la croissance mondiale. La stratégie d’investissement devrait être axée sur l’éducation, l’emploi et l’émancipation (les trois « E ») et financée par trois sources : l’aide extérieure, les ressources intérieures et les capitaux privés.

 

Des travailleurs instruits constituent le pilier d’une économie florissante, mais on compte aujourd’hui 130 millions de filles non scolarisées dans le monde. Pour que l’éducation profite à chaque fille et, au demeurant, à chaque garçon, il faut abattre les obstacles à l’achèvement des études secondaires, investir pour les enseignants et raccorder chaque classe à internet. Les gouvernements doivent mesurer l’apprentissage au moyen d’outils reconnus, qu’ils doivent utiliser avec la précision nécessaire pour pouvoir intervenir à mi-parcours et investir davantage dans les dispositifs efficaces. Les programmes d’enseignement devraient privilégier les compétences à même de faire croître la participation au marché du travail. Pour réaliser ces changements, les pouvoirs publics devraient donc affecter des ressources suffisantes à l’instauration d’un accès universel à l’éducation, et la communauté internationale doubler sa contribution.

 

Comme partout, les jeunes en Afrique ont besoin d’emplois qui leur procurent revenu, dignité et sentiment d’utilité. De nouveaux outils s’imposent pour stimuler la création d’emplois. Les pauvres les plus vulnérables vivent en milieu rural, où l’agriculture constitue l’ossature de l’économie. Il faut promouvoir l’emploi des jeunes des zones rurales avec des stratégies nationales conformes à leurs besoins, qui leur permettent d’acquérir les compétences, d’accéder au financement et de disposer des outils indispensables à leur réussite dans l’agro-industrie, comme salariés ou entrepreneurs.

 

Quant à l’émancipation, elle consiste à construire les outils, l’espace politique et la liberté nécessaires pour nourrir le développement. Elle doit commencer par la possibilité de se faire entendre et de demander des comptes aux dirigeants. Mais il faut aussi investir dans ce qui la détermine fondamentalement : lutter contre la malnutrition qui retarde la croissance de près de 40 % des enfants d’Afrique subsaharienne, vacciner contre les maladies évitables et effectuer les investissements essentiels pour permettre aux jeunes de s’exprimer et de trouver des débouchés, par exemple dans l’énergie et l’accès à l’internet.

 

Cette stratégie des trois « E » exige un doublement du financement extérieur du développement. Il faut stimuler les apports financiers du secteur privé en réduisant les risques pour les investisseurs et en renforçant la capacité des entreprises d’attirer l’investissement. Les gouvernements des pays donneurs et des pays d’Afrique doivent endiguer les flux financiers illicites en publiant ouvertement les contrats publics ainsi que les informations concernant les propriétaires des sociétés et des trusts.

 

Pour enfin atteindre les plus vulnérables, surtout dans les contextes les plus fragiles, il faudra veiller à la qualité de nos interventions. Investir dès maintenant pourrait avoir des effets bénéfiques spectaculaires pour l’Afrique et le monde. Sinon, des millions de jeunes Africains resteront sans emploi et sans perspectives, d’où un mécontentement potentiellement préjudiciable à la stabilité de la région, et du monde. Les pays donneurs peuvent apporter leur contribution malgré les exigences grandissantes qui se manifestent chez eux, car c’est le choix le plus sensé et le plus juste. Investir dans le développement aujourd’hui, c’est pouvoir travailler demain avec des partenaires toujours plus compétents. Une mondialisation profitable au plus grand nombre permettra d’espérer un avenir porteur de véritables progrès pour tous, y compris ceux qu’elle a jusqu’à présent oubliés.

 

Voir www.one.org

 

Thématique du Forum 2017

Centre de développement de l'OCDE

L'OCDE et l'Afrique

© L'Annuel de l'OCDE 2017

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Gayle Smith
Présidente-Directrice générale de ONE

© L'Annuel de l'OCDE 2017

 

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