Examens par les pairs des membres du CAD

Autriche (2004), Examen du CAD par les pairs : Principales conclusions et recommandations

 

 (Voir également  l'aide de la France - aperçu synthétique)    

Cadre général et orientation nouvelles

Principales réformes au niveau des politiques et de l’organisation

La politique autrichienne de coopération pour le développement a fait l’objet de changements majeurs ces dernières années. L’administration de l’aide a été restructurée et un objectif à moyen terme a été fixé pour l’aide publique au développement (APD) afin de garantir la réalisation des engagements pris au Sommet de Barcelone en 2002. Cette année là, a en outre été adoptée une nouvelle Loi sur la coopération pour le développement (qui a été modifiée en 2003) en remplacement de celle de 1974. Associée au Programme triennal 2004-06, celle-ci fournit une assise solide à la nouvelle politique autrichienne, qu’il s’agisse de son orientation stratégique, de ses grands objectifs ou des principes qui la sous-tendent.

Des réformes institutionnelles avaient déjà été opérées avant l’adoption de la nouvelle loi [avec notamment le transfert, en avril 2000, de la responsabilité de la coopération avec l’Europe de l’Est de la Chancellerie fédérale à la Section VII du ministère des Affaires étrangères (MAE) chargée de la coopération pour le développement], mais celle-ci a servi de base à une refonte en profondeur de l’architecture de l’aide autrichienne. Depuis le début de 2004, l’Autriche a rejoint le groupe des pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) dans lesquels le MAE est chargé de définir et de coordonner la politique d’aide et un organisme distinct – en l’occurrence l’Agence autrichienne de développement (AAD) – d’assurer l’exécution du programme bilatéral. Le rôle central dévolu au MAE dans la stratégie de développement et l’orientation de l’action au sein du système d’aide autrichien devrait être renforcé par la création de l’AAD qui reprend la partie opérationnelle du système d’aide bilatérale. Pour être en mesure de jouer un rôle plus actif, le MAE doit être doté de solides capacités en matière de formulation des grandes orientations et de coordination. Une des principales raisons qui ont motivé cette réorganisation est l’accroissement prévu de l’APD. Les dépenses, que les prévisions actuelles font ressortir à 573 millions EUR en 2004, devront augmenter de 222 millions EUR, soit de 40 % environ, en 2006 pour que soit rempli l’engagement pris à Barcelone de les porter à 0.33 % du revenu national brut (RNB).

En dépit de son rôle pivot dans la coopération pour le développement, le MAE n’administre que 22 % de l’APD totale. Cette situation s’explique principalement par le poids dans le programme des éléments – allégements de dettes et coût imputé des étudiants, notamment – sur lesquels le gouvernement fédéral n’a pour l’essentiel pas de prise directe. Elle ne tient pas à une absence d’autorité du MAE sur les activités d’aide programmables mais plutôt à la place relativement restreinte de ces activités de base dans l’effort d’aide de l’Autriche.

La réforme ne s’est pas traduite pas une diminution du nombre d’acteurs du système d’aide autrichien. Outre le MAE, sept ministères fédéraux interviennent, à des degrés divers, dans les dépenses de coopération pour le développement ou dans les décisions stratégiques. Par ailleurs, les provinces autrichiennes et certaines communautés financent elles-mêmes des projets d’APD. Pour ce qui est de la mise en œuvre, la plupart de ces acteurs passent par des organisations non gouvernementales (ONG) autrichiennes, des entreprises, des organisations internationales ou d’autres entités encore. Il revient au MAE de veiller à la cohérence du programme d’aide dans son ensemble, le Programme triennal lui servant à cet égard d’instrument d’orientation et de communication aux niveaux national et international. Des stratégies-pays alignées sur les stratégies nationales des pays partenaires devraient en outre servir de cadre de référence à l’ensemble des acteurs de la coopération autrichienne pour le développement. Le défi sera d’assurer une répartition précise des tâches entre les différents acteurs de telle sorte que les nouvelles orientations stratégiques soient suivies d’effets, que le nombre de petits projets soit réduit et que les activités soient bien alignées sur les stratégies des pays partenaires et coordonnées avec celles des autres donneurs.

L’action à l’appui du secteur privé et du développement est devenue un nouvel axe de la coopération autrichienne pour le développement, qui vise à associer plus étroitement les entreprises autrichiennes au développement du secteur privé des pays partenaires. Si les entreprises autrichiennes sont déjà très actives en Europe du Sud-Est, elles n’ont jusqu’à présent guère répondu à cet appel au renforcement de leur présence dans les pays partenaires du Sud. L’Autriche devrait donc étudier de près les possibilités qui s’offrent d’engager les entreprises autrichiennes dans des partenariats public-privé dans le Sud et les mesures susceptibles de les y inciter. Elle devrait continuer de soutenir les activités associant secteur privé et développement qui mettent clairement l’accent sur le développement économique et le bien être des pays bénéficiaires.

Sur le plan géographique, l’Autriche a décidé de porter une attention accrue à la coopération avec l’Europe de l’Est. Elle entretient avec les pays de cette région des liens historiques, économiques, sociaux et culturels bien plus étroits qu’avec ceux du Sud. Parmi les critères appliqués par l’Autriche pour le choix des pays dont elle veut faire ses partenaires en Europe de l’Est figurent certes des considérations de développement, mais aussi des considérations de politique étrangère et de sécurité de même que des intérêts économiques. Etant donné la diversité des objectifs dont témoignent ces critères, l’Autriche serait bienvenue de préciser comment elle « protège » la coopération pour le développement, c’est-à-dire empêche que cette dernière soit mise au service de finalités autres que celle de l’aide, qui est le développement des pays partenaires. La question de savoir comment articuler le champ d’intervention de la coopération pour le développement par rapport à ceux de la politique économique, de la politique de sécurité et de la politique étrangère intéresse tous les membres du CAD.

La lutte contre la pauvreté et les OMD – de l’engagement à la mise en œuvre

La nouvelle Loi sur la coopération pour le développement fait de la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement un des trois objectifs fondamentaux de la coopération autrichienne pour le développement. Le Programme triennal 2004-2006 témoigne pour sa part d’une adhésion générale aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). A côté de ces déclarations de principe, des lacunes subsistent cependant au niveau de la programmation et de la mise en œuvre. La lutte contre la pauvreté n’est en effet pas encore une constante de tous les projets et programmes et il n’existe pas, au sein du système autrichien de coopération pour le développement, d’entité qui puisse servir de point d’ancrage aux efforts de lutte contre la pauvreté et soit dotée de ressources et de pouvoirs suffisants pour susciter des actions efficaces, des changements institutionnels et un processus d’apprentissage. La coopération autrichienne aurait tout à gagner à un exposé précis de la façon dont l’Autriche entend contribuer, concrètement, à la réalisation des OMD. Les cibles et indicateurs associés à ces derniers pourraient en outre être utilisés pour mesurer les résultats et l’impact de la coopération autrichienne pour le développement.

Recommandations

  • L’Autriche fait valoir que si la coopération pour le développement fait partie intégrante de sa politique étrangère, elle reste une sphère d’intervention distincte des pouvoirs publics. Elle pourrait utilement préciser les liens existant entre la politique de développement et les autres domaines d’action d’intérêt national.
  • La réforme de la coopération autrichienne pour le développement se poursuit. Il faut encore faire en sorte que tous les acteurs du système d’aide autrichien appliquent les principes et les orientations stratégiques définis dans la nouvelle Loi sur la coopération pour le développement et dans le Programme triennal 2004-06. Il convient en particulier d’opérer une répartition précise des tâches entre le MAE et l’AAD.
  • Afin de promouvoir la cohérence de la coopération autrichienne pour le développement, il conviendrait d’étendre la couverture du Programme triennal et des stratégies pays à toutes les activités entrant dans l’APD. L’Autriche devrait aussi envisager de mettre en place un dispositif formel qui permettrait au MAE de coordonner efficacement les activités qui ne relèvent pas directement de lui.
  • L’engagement annoncé à l’égard de la lutte contre la pauvreté et des OMD doit être suivi d’effets et se refléter dans la répartition des ressources. L’intégration de l’objectif de réduction de la pauvreté dans tous les projets et programmes nécessite de solides compétences. Une plus grande attention devrait être portée à la mesure des résultats des activités autrichiennes ainsi que de leur impact sur la pauvreté et de leur contribution aux OMD.

Volume et répartition de l’aide

Défis soulevés par l’accroissement effectif futur de l’APD

L’APD de l’Autriche est revenue de 520 millions USD, soit 0.26 % du RNB, en 2002 à 505 millions USD, soit 0.20 % du RNB, en 2003. Cette contraction est le résultat de facteurs qui ne sont pas appelés à durer, notamment des retards dans la conclusion de quelques accords bilatéraux de remise de dettes et des remboursements exceptionnellement importants au titre des prêts passés d’APD. Elle met en évidence une caractéristique particulière du programme d’aide autrichien, à savoir la place importante qu’il fait aux allégements de dettes par rapport aux autres formes d’aide bilatérale. L’année 2003 a marqué un point bas dans l’évolution des apports d’APD. Un accroissement substantiel s’impose pour 2004 et les années suivantes compte tenu de l’engagement pris par l’Autriche au Sommet européen de Barcelone en 2002 de porter son APD à 0.33 % de son RNB d’ici 2006. Toutefois, le montant des allégements de dettes, qui est pour beaucoup dans la croissance récente de l’APD, devrait diminuer après 2006. Afin d’éviter une forte chute de l’APD, l’Autriche envisage d’accroître son aide programmable, ce qui nécessitera un étoffement conséquent des capacités du MAE/AAD. Une stratégie cohérente est indispensable pour assurer la concrétisation des engagements et il est recommandé de l’assortir de prévisions à plusieurs années concernant l’évolution des crédits affectés à l’aide. Dans l’idéal, l’enveloppe financière devrait être fixée pour l’intégralité de la période couverte par le Programme triennal. Quoi qu’il en soit, l’utilisation efficiente du surplus d’APD n’ira pas sans poser de problèmes compte tenu de l’insuffisance des ressources en personnel et du recours limité qui est fait aux nouvelles modalités de financement.

La concentration, un impératif

L’augmentation du volume du programme bilatéral devrait s’accompagner d’une accentuation du ciblage sur les pays prioritaires. A l’heure actuelle, parmi les principaux destinataires de l’aide autrichienne figurent surtout des pays qui bénéficient d’allégements de dettes et ceux dont provient le plus grand nombre de réfugiés ou d’étudiants qui financent eux-mêmes leurs études en Autriche. Aucune réduction du nombre de pays partenaires n’a été opérée contrairement à ce qui avait été recommandé à l’occasion du dernier examen par les pairs. L’Autriche entretient des relations de coopération pour le développement (MAE/AAD) avec 20 pays du Sud (plus quatre bénéficiaires de programmes spéciaux) et 19 pays de l’Est. Etant donné le nombre élevé des pays partenaires et la fraction restreinte de l’aide autrichienne qui est administrée par le MAE/AAD, le volume d’APD reçu par chacun de ces partenaires est dans certains cas extrêmement faible.

Recommandations

  • Pour tenir les engagements qu’elle a pris en matière d’APD à Barcelone en 2002, l’Autriche aura besoin du ferme soutien des sphères politiques et d’une stratégie cohérente, assortie d’un échéancier précis.
  • L’accroissement requis de l’aide programmable nécessitera un étoffement substantiel des capacités de gestion et d’administration. Des prévisions à plusieurs années de l’évolution des apports amélioreraient la prévisibilité de l’aide autrichienne et faciliteraient la programmation pour les pays partenaires.
  • Une concentration géographique du programme d’aide pourrait contribuer à en rehausser l’efficience et l’efficacité en permettant d’atteindre une masse critique et d’étoffer les programmes à caractère sectoriel.

Cohérence des politiques au service du développement

Dans l’ensemble, le terrain a été bien préparé pour permettre une action efficace à l’appui de la cohérence des politiques. Par rapport aux autres pays Membres de l’OCDE, l’Autriche paraît occuper une position médiane s’agissant de son approche de la cohérence des politiques. Au niveau des textes, de la programmation et des institutions, les bases d’une amélioration de la cohérence des politiques au service du développement se sont nettement consolidées en Autriche ces dernières années. En intégrant une clause de cohérence, la nouvelle Loi sur la coopération pour le développement offre une base juridique claire à partir de laquelle des efforts peuvent être entrepris pour améliorer la cohérence des politiques au service du développement. Chaque ministre est certes tenu d’adapter son action en conséquence, mais c’est au MAE qu’il appartient de veiller au respect de cette clause et d’opérer un suivi de son application car c’est lui qui est chargé de la mise en œuvre de la Loi. Le Programme triennal n’est pas un simple document interne du MAE ; au contraire, ce ministère l’établit en concertation avec le ministère des Finances, le soumet chaque année au Conseil des ministres et le transmet au Parlement pour information. Toutefois, il n’existe pas d’obligation, contrairement à ce qui est prévu dans d’autres pays Membres de l’OCDE, de rendre compte au Parlement sur les activités à l’appui de la cohérence des politiques.

La coordination est opérée dans une large mesure à un niveau inférieur à celui du Conseil des ministres, au moyen de contacts informels entre la Section VII et d’autres sections du MAE ou d’autres services gouvernementaux. Afin d’intensifier la coordination interministérielle pour une plus grande cohérence des politiques, il est prévu de recourir à de nouvelles instances de coordination comme la Plateforme pour le secteur privé et le développement et le Conseil autrichien du développement durable. Le MAE manque de personnel et de capacités analytiques pour traiter les questions de cohérence de manière systématique.

Selon le MAE et les ONG, il n’existe pas actuellement en Autriche de débat animé sur des questions « brûlantes » de cohérence. On constate pourtant des manquements à la cohérence dans un certain nombre de domaines et il conviendrait de s’y intéresser afin de trouver des moyens d’éviter d’éventuelles incohérences ou de faire jouer à la coopération pour le développement un rôle plus actif (par exemple, politique agricole commune – PAC – de l’Union européenne, échanges de textiles et de vêtements). Les ONG autrichiennes n’ont pas tiré profit de la clause de cohérence incluse dans la Loi sur la coopération pour le développement pour engager une analyse et un examen approfondis des répercussions d’autres politiques sur les pays en développement et la réduction de la pauvreté afin de les porter à l’attention de l’opinion et des pouvoirs publics.

Recommandations

  • Afin de suivre et d’assurer la cohérence des politiques au service du développement, le MAE devra disposer (i) d’une stratégie ou d’un cadre d’action précis (par exemple, pour la réalisation des OMD et de l’objectif de réduction de la pauvreté) à partir duquel il pourra évaluer l’impact d’autres politiques sur le développement, (ii) des moyens de mobiliser des capacités analytiques et (iii) du personnel nécessaire pour engager et coordonner des travaux efficaces sur la cohérence.
  • Le Programme triennal devrait comporter un chapitre sur la cohérence des politiques précisant les domaines où le MAE/Section VII souhaite réaliser des progrès à court et moyen termes (programme en faveur de la cohérence des politiques).
  • Le ministère fédéral de l’Agriculture, de la sylviculture, de l’environnement et de la gestion des ressources en eau pourrait être pour le MAE un partenaire privilégié s’agissant des travaux sur la cohérence étant donné qu’il joue un rôle de chef de file dans la mise en œuvre de la stratégie nationale autrichienne à l’appui du développement durable et qu’il a dans ses domaines de compétences l’agriculture qui suscite des préoccupations majeures relatives à la cohérence.
  • L’amélioration de la cohérence requiert une mobilisation de l’opinion publique et les ONG autrichiennes peuvent jouer un rôle actif en appelant l’attention sur les politiques qui pourraient ne pas être cohérentes avec les objectifs de la coopération pour le développement.

Gestion et mise en œuvre de l’aide

L’Agence autrichienne de développement et ses bureaux de coordination

Les principaux motifs de la récente réforme du système d’aide autrichien et en particulier de la création de l’AAD étaient les suivants : (i) mettre en place une structure adéquate pour gérer avec efficacité et efficience un volume d’aide accru, (ii) intensifier la coopération avec l’UE, notamment en ouvrant la possibilité de faire des soumissions pour mettre en œuvre l’aide de la Communauté européenne (CE) et (iii) promouvoir des activités liant secteur privé et développement pour atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté et de croissance économique. Créée en janvier 2004, l’AAD est une société à responsabilité limitée, sans but lucratif, appartenant à l’Etat autrichien, représenté par le MAE.

Sur le plan opérationnel, l’AAD devrait renforcer ses capacités de mise en œuvre pour pouvoir réagir à temps aux demandes des pays partenaires et assurer une meilleure coordination sur le terrain. Toutefois, l’AAD sous-traite la mise en œuvre effective de la plupart des programmes et projets à un large éventail d’ONG et d’entreprises privées. L’AAD en étant encore au tout début de son existence, toutes les incidences de sa création n’apparaissent pas encore clairement. Pour autant qu’on puisse en juger à ce jour, elle offre des perspectives très intéressantes en ce qui concerne l’amélioration de l’administration et de la coordination de l’aide autrichienne.

Les services centraux de l’AAD sont beaucoup aidés dans leurs activités par les bureaux de coordination sur le terrain. Avant le processus de réforme, le personnel des bureaux de coordination était employé par une société de conseil privée. Les bureaux de coordination sont intégrés à la structure diplomatique et représentent la coopération autrichienne pour le développement. Ils sont chargés de gérer les activités du programme de coopération pour le développement du MAE/AAD dans un pays ou une région donnée, les activités financées par d’autres ministères ne relevant pas de leurs compétences. Une délégation adéquate de pouvoirs aux bureaux de coordination et le renforcement de leurs capacités sont nécessaires pour assurer l’efficacité de l’aide.

La politique du personnel (y compris pour les bureaux de coordination et le personnel local) doit être actualisée pour répondre aux exigences d’un programme d’aide bilatérale renforcé et de plus en plus spécialisé. A l’heure actuelle, les orientations générales relatives à la formation du personnel et à l’avancement professionnel n’ont pas encore été arrêtées. Les connaissances du personnel dans certains domaines sont considérées comme « satisfaisantes » ou « rudimentaires » par les responsables autrichiens, mais les connaissances spécialisées concernant les nouvelles modalités d’aide [soutien budgétaire et approches sectorielles] sont rares. Compte tenu du projet formé par l’Autriche d’accroître sensiblement ses activités de coopération pour le développement avec l’Europe du Sud Est, l’AAD et les bureaux de coordination auront besoin de ressources en personnel et de compétences appropriées.

Mise en œuvre – large place des ONG et des petits projets

Les ONG ont toujours joué un rôle majeur dans la coopération autrichienne pour le développement : 50 % environ du programme d’aide bilatérale du MAE/AAD sont mis en œuvre par l’intermédiaire d’ONG autrichiennes, plus de 20 % étant exécutés par des entreprises autrichiennes. Les ONG autrichiennes sont des sous-traitants et des partenaires au développement du gouvernement autrichien (sur la base d’un cofinancement), et jouent dans le même temps un rôle de sensibilisation, ce qui pourrait déboucher sur des conflits d’intérêts.

La coopération autrichienne pour le développement se caractérise aussi par son morcellement en une multitude de petits projets, ce qui peut limiter son impact au niveau de la réalisation des réformes des politiques macroéconomiques et des OMD. Le soutien apporté par l’Autriche à la société civile locale est apprécié par les pays partenaires et peut être considéré comme un de ses avantages comparatifs. De nouveaux instruments ont été mis en place pour soutenir les ONG – qui jouent un rôle important dans l’acheminement de l’aide autrichienne – ce qui devrait permettre de mieux aligner les activités sur les stratégies des pays partenaires tout en respectant les fonctions des ONG, par exemple en matière de sensibilisation. Conformément aux principes d’appropriation et de partenariat, l’Autriche devrait accroître la proportion de projets qui sont administrés et mis en œuvre directement par des partenaires locaux.

Outre qu’elle privilégie les projets de petite taille, à vocation locale, l’Autriche cherche à soutenir des politiques macroéconomiques. Le soutien de ces politiques pourrait toutefois exiger des instruments d’aide différents, comme le renforcement des capacités des gouvernements des pays partenaires et de la société civile. Dans ce contexte, l’Autriche pourrait envisager d’élaborer des orientations relatives à l’aide au renforcement des capacités.

L’Autriche participe au financement d’approches sectorielles et envisage d’accroître son soutien à ces approches dans l’avenir. Elle ne fournit pas encore de soutien budgétaire direct à ses pays partenaires. Sa position à l’égard de cette modalité d’aide est ambiguë. Le MAE devrait prendre l’initiative de définir une position claire en ce qui concerne la participation à la coopération fondée sur des programmes et à des mécanismes de financement conjoints (mise en commun de ressources, soutien budgétaire, etc.). Il faudra peser soigneusement le pour et le contre d’éventuelles réorientations reposant sur une analyse de l’avantage comparatif de l’Autriche.

Coordination, harmonisation et alignement de l’action des donneurs – intensifier les efforts

L’Autriche en est encore au tout début de ses activités en matière d’harmonisation et d’alignement. A l’échelle internationale, l’Autriche participe à plusieurs forums sur l’harmonisation et l’alignement. Au niveau des services centraux, les questions touchant à l’efficacité de l’aide et à l’harmonisation sont traitées par un groupe de travail interne. Des informations en retour sur la Déclaration de Rome et sur les discussions en cours au sein du CAD et de la CE ont été communiquées aux bureaux locaux et ce processus devra se poursuivre. Pour améliorer le système de communication sur l’harmonisation et l’alignement, l’Autriche a institué deux points de contact au MAE et à l’AAD. Dans le cadre de son système d’aide, elle a entrepris d’établir un plan d’action à l’appui de l’harmonisation et de l’alignement qui devrait être finalisé au deuxième semestre de 2004. A ce jour, l’Autriche n’a aligné expressément son soutien sur les stratégies nationales que dans un très petit nombre de pays. Dans la mesure où les capacités le permettent, les agents des bureaux de coordination participent à des groupes de dialogue sur les mesures à prendre ou à des tables rondes. Etant donné que l’Autriche tire l’essentiel de son expérience de projets mis en œuvre à l’échelon local, les bureaux de coordination devraient accorder une priorité plus élevée aux approches partant de la base en faisant remonter les expériences provenant du « terrain » jusqu’au niveau de la prise de décision, notamment lors des réunions visant à définir les stratégies sectorielles et les modalités de la coordination de l’action des donneurs.

Passation de marchés, gestion et évaluation des projets – nécessité de suivre une approche rigoureuse

Le Conseil consultatif pour la politique de développement a recommandé à plusieurs reprises que l’on recourre plus largement à l’appel d’offres et dans son Programme triennal pour 2004-2006, l’Autriche s’engage à apporter des améliorations dans ce domaine. Toutefois, en Europe du Sud Est notamment, les critères sur lesquels s’appuyer pour choisir entre l’approvisionnement direct auprès d’ONG et le recours à l’appel d’offres ne semblent pas être clairement définis sauf pour les projets mettant l’accent sur l’investissement (par exemple, dans le secteur de l’eau). Il importe de trouver un juste équilibre entre donner la priorité aux acteurs compétents sur le terrain et appliquer des pratiques de passation de marchés qui soient efficaces, objectives et transparentes.

L’Autriche n’a pas systématiquement recours à l’approche du cycle des projets pour organiser la gestion des différentes phases du cycle de vie de ses projets. L’adoption d’un tel modèle faciliterait pourtant l’application d’une approche plus rigoureuse de la gestion des projets et introduirait d’utiles méthodes d’assurance-qualité qui ne sont pas actuellement utilisées dans le système autrichien de gestion des projets.

L’évaluation est considérée comme faisant partie intégrante du cycle de vie de tous les programmes et projets. Depuis le lancement du processus de réforme, la responsabilité des évaluations est partagée entre le MAE et l’AAD. On a renoncé à l’indépendance organisationnelle de la fonction d’évaluation par rapport aux décisions concernant les politiques, programmes et projets – qui est érigée en règle dans les Lignes directrices du CAD relatives à l’évaluation. L’unité d’évaluation du MAE pourrait rendre compte au chef de la Section VII et celle de l’AAD soit au directeur général, soit au conseil d’administration.

Le MAE et l’AAD n’ont pas de liste complète des évaluations et aucun rapport annuel ou périodique n’offre une synthèse des principales conclusions et enseignements tirés des évaluations. Il est difficile de dire dans quelle mesure les normes de qualité fixées dans les Lignes directrices autrichiennes et le Manuel sur la pratique de l’évaluation sont observées par les bureaux géographiques et sectoriels, les bureaux de coordination et les organismes d’exécution. Les résultats des évaluations sont partagés et examinés tant avec les pays partenaires qu’au niveau des services centraux, mais il est malaisé de déterminer l’ampleur du renvoi systématique de l’information depuis le processus d’évaluation vers la prise de décision.

Recommandations

  • Les politiques du personnel concernant le MAE, les services centraux de l’AAD et ses bureaux de coordination doivent être actualisés pour répondre aux exigences d’un programme d’aide bilatérale renforcé et de plus en plus spécialisé. Cela suppose une approche rationnelle du développement professionnel. Des connaissances spécialisées sont nécessaires pour permettre à l’Autriche de réaliser ses principaux objectifs en matière de développement et de mener à bien ses activités de coopération avec l’Europe orientale.
  • L’Autriche pourrait avoir avantage à réfléchir au rôle des ONG en tant que sous-traitants ou partenaires au développement (sur la base d’un cofinancement) ou encore partenaires pour la conduite d’activités de sensibilisation, afin de faire face aux problèmes de conflits d’intérêts susceptibles de survenir dans le cadre du dispositif actuel. Cette question devrait être abordée à l’occasion des délibérations que mène actuellement le MAE/AAD sur la politique à suivre à l’égard des ONG.
  • L’Autriche est encouragée à jouer un rôle actif en soutenant l’élaboration et la mise en œuvre de CSLP et d’autres cadres nationaux. Le MAE devrait réfléchir soigneusement à la question de savoir si, et dans quelle mesure, l’Autriche, en tant que petit donneur accordant une importance particulière au soutien des ONG et de groupes cibles sur le terrain, devrait réorienter une partie des ressources affectées à tel ou tel pays à l’aide-programme et au soutien budgétaire. Dans certains cas, la coopération déléguée pourrait constituer une solution adéquate.
  • L’Autriche devra intensifier ses efforts d’harmonisation et d’alignement, notamment en finalisant son plan d’action en la matière, en tenant compte de l’expérience acquise par d’autres donneurs et en concrétisant l’action entreprise dans les pays partenaires. Cela suppose une amélioration de la communication sur l’harmonisation et l’alignement entre les services centraux et les bureaux de coordination ainsi qu’avec les ONG. Le dialogue et la concertation avec les gouvernements des pays partenaires doivent être renforcés et il conviendrait de multiplier les mesures concrètes visant à harmoniser et à aligner l’ensemble des concours autrichiens (y compris en faveur des ONG) sur les stratégies et systèmes nationaux des pays partenaires.
  • L’approche du cadre logique et la gestion du cycle des projets devraient être systématiquement utilisées pour tous les projets. Des critères plus précis sur lesquels s’appuyer pour choisir entre l’approvisionnement direct auprès d’ONG et le recours à l’appel d’offres doivent être élaborés.
  • S’agissant de l’évaluation, il importe de (i) veiller à l’indépendance organisationnelle des unités d’évaluation du MAE et de l’AAD, (ii) conduire davantage de méta évaluations afin de diffuser les enseignements tirés de l’expérience, (iii) suivre dûment l’application des recommandations résultant des évaluations et iv) continuer d’établir des programmes de travail pluriannuel pour les évaluations stratégiques. Pour ce qui est du suivi, les objectifs des stratégies sectorielles et par pays devraient être précisés de telle manière que l’on puisse mesurer les progrès accomplis sur la voie des objectifs visés.

Visitez le site web de l'OCDE consacré à l'Autriche.

 

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Liste des examens par les pairs des membres du CAD

 

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