Développement

Conférence pour le 50ème anniversaire de l'Association des Journalistes Economiques et Financiers

 

Remarques d'Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
lors de la Conférence marquant le 50ème anniversaire
de l'Association des Journalistes Economiques et Financiers (AJEF)
Paris, le 9 Janvier 2007

Monsieur le Ministre, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs - C'est un grand plaisir pour moi d'être avec vous ce matin. 

Cela me donne l'occasion de féliciter les membres de l'AJEF pour ces 50 années au service du public, par la pratique d'un journalisme éclairé et honnête, et de vous remercier, au nom de l'OCDE, pour l'attention diligente que vous accordez à ses travaux. 

Aucune société démocratique ne peut fonctionner efficacement sans un journalisme fondé sur l'intégrité professionnelle, des informations fiables et une bonne capacité d'analyse. C'est pourquoi vous jouez un rôle essentiel. 

Vous, journalistes bien informés et consciencieux, et nous, à l'OCDE, spécialistes de la formulation des politiques, partageons le même besoin de disposer d'informations objectives, crédibles et pertinentes pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. 

Les sociétés humaines peuvent débattre des différentes façons de régler les problèmes économiques, sociaux et environnementaux. Mais si l'on veut que ces débats soient productifs, il faut qu'ils reposent sur une confiance commune dans les données qui les sous-tendent. 

Dans les sociétés démocratiques, les gouvernements sont responsables devant leur électorat pour leur gestion de l'économie et des affaires sociales et environnementales. Les citoyens, pour pouvoir juger de leurs performances et de la crédibilité des promesses des partis politiques, doivent disposer d'informations fiables et de qualité. 

L'efficience des décisions d'investissement que prennent les dirigeants d'entreprise, l'allocation du capital par les marchés financiers, les décisions des particuliers sur le placement de leur épargne en vue de la retraite, tout ce qui assure, en somme, le bon fonctionnement de nos économies  - dépend de la qualité des informations macroéconomiques et d'une communication financière pertinente et d'actualité de la part des entreprises. 

Dans un monde en mutation rapide, l'un des plus grands défis consiste à s'assurer que les données que nous collectons et que nous fournissons restent pertinentes. Si nous voulons comprendre les évolutions du monde qui nous entoure et y réagir par des décisions avisées, nous devons disposer des informations les plus pertinentes et les plus récentes. 

C'est à ces problèmes d'information que je voudrais consacrer les quelques instants que je passe avec vous ce matin.

Plus précisément, je voudrais m'entretenir avec vous de trois domaines touchant à ces questions et sur lesquels travaille l'OCDE. 

Le premier concerne un projet important sur la communication d'informations par les entreprises, et notamment sur le rôle des actifs intellectuels dans la création de valeur à l'échelle des entreprises. 

Le deuxième est lié à la place de plus en plus importante que nous accordons à l'entrepreneuriat. 

Enfin, le troisième a trait à nos efforts pour définir ce que signifie réellement le progrès au niveau de l'homme de la rue, et comment le mesurer de façon réaliste et fiable. 

Dans la société du savoir qui est la nôtre, les actifs intellectuels sont les principales sources d'innovation, de gains de productivité et de croissance économique.

Ces actifs sont les logiciels, la recherche et le développement, les brevets, les marques commerciales, la notoriété, les compétences des salariés, les relations avec les fournisseurs et clients, les stratégies d'entreprise et les systèmes de gestion.  

Ce sont les investissements dans ces actifs incorporels ou intellectuels qui déterminent et assurent la compétitivité et la réussite des entreprises dans l'économie du savoir de ce 21e siècle. 

L'un des principaux projets de l'OCDE porte sur la question de l'évaluation de la capacité des entreprises à créer de la valeur à partir de ces actifs intellectuels ou incorporels.

Des études indiquent que les entreprises investissent désormais à peu près autant dans les actifs intellectuels que dans les actifs corporels comme les machines et équipements. 

Pourtant, la comptabilité et la communication financière restent axées sur les actifs corporels. Les actifs intellectuels ne sont pris en compte que lorsque leur valeur marchande a été établie, par exemple à l'occasion de la cession d'un brevet ou de l'acquisition du fonds commercial d'une entreprise dans le cadre d'une opération de rachat. 

Comment les investisseurs peuvent-ils évaluer convenablement des entreprises modernes et prendre des décisions judicieuses en matière d'investissement, si les états financiers sur lesquels ils s'appuient n'apportent pas une image précise du potentiel d'une entreprise ? 

Comment les dirigeants d'entreprise peuvent-ils rendre des comptes à leurs actionnaires si les normes comptables en vigueur ne font pas apparaître les actifs intellectuels de l'entreprise et la contribution aux bénéfices que ces actifs peuvent apporter ? 

Il est essentiel d'élaborer de nouvelles formes de communication d'informations de la part des entreprises. 

L'OCDE étudie la question depuis un certain temps. Une chose qui ressort clairement de nos travaux, c'est qu'il est difficile de déterminer la valeur monétaire de bon nombre de ces actifs intellectuels de façon vérifiable et cohérente. 

En mai dernier, nous avons établi un rapport - Actifs intellectuels et création de valeur - sur les dispositifs qui existent permettant aux entreprises de différents pays de l'OCDE de communiquer des informations comptables sur leurs actifs intellectuels. 

Compte tenu de la difficulté d'attribuer des valeurs monétaires à ces actifs, nous avons conclu que les entreprises devraient fournir dans leurs rapports comptables des informations plus descriptives sur des activités comme la recherche et le développement, la formation des salariés, les relations avec les clients et les fournisseurs, ou les alliances avec d'autres entreprises. 

Il ne s'agira pas simplement de dresser une liste des dépenses. Les entreprises devront expliquer le lien entre ces investissements dans les actifs intellectuels et leur stratégie de croissance. 

Pour les entreprises cotées, l'obligation de fournir de telles informations aidera à rendre le marché des actions plus efficace. La publication de ces informations aidera les petites et moyennes entreprises à attirer le capital-risque et d'autres formes de financement. Leur disponibilité permettra aux sociétés de toute taille d'améliorer leur gestion et la reddition de comptes à leurs actionnaires. 

Dans un deuxième temps, nous prévoyons d'étudier la façon dont on pourrait introduire les actifs intellectuels dans les Comptes nationaux. Nous allons en outre nous interroger sur le rôle de "biens collectifs" que jouent les actifs intellectuels au niveau des pôles régionaux. 

Parallèlement à ce projet, d'autres travaux importants sur l'économie du savoir sont menés à l'OCDE. La contribution de l'activité entrepreneuriale à la croissance économique, à l'innovation et à la création d'emplois suscite beaucoup d'intérêt. De nombreux pays étudient les façons d'entretenir et de stimuler l'entrepreneuriat. 

Une société qui entreprend est mieux placée pour accroître sa compétitivité et son niveau de vie. L'entrepreneuriat, comme l'a souligné l'économiste Joseph Schumpeter dans sa célèbre formule, est une source de " destruction créative ". Grâce à l'innovation, l'entrepreneuriat relègue à l'arrière-plan les anciennes industries et activités et fait naître de nouvelles industries, de nouveaux biens et services, ainsi que de nouveaux marchés et de nouvelles formes d'organisation des entreprises, de systèmes de production et de structures de gestion. 

A mesure que la mondialisation progresse, de nombreuses activités commerciales traditionnelles sont en train d'être délocalisées vers des pays à faibles coûts, comme la Chine ou l'Inde, le Mexique ou le Maroc. Dans un tel contexte, la capacité d'innover et de développer l'esprit d'entreprise est vitale pour le bien être économique et social d'un pays comme la France. 

Pour mesurer la capacité entrepreneuriale des différents pays, nous avons besoin de données et de définitions. Dès que nous en disposerons, nous serons en mesure d'étudier comment mieux encourager et soutenir l'activité entrepreneuriale. 

En 2005, l'OCDE a créé un Centre pour l'entreprenariat, les PME et le développement local. A peu près au même moment, nous avons lancé un Projet sur les indicateurs de l'entrepreneuriat. Notre ambition est de publier, début 2008, un " tableau de bord " pilote d'indicateurs de l'entrepreneuriat comparables sur le plan international. 

Si nous pouvons aider à stimuler une culture de l'entrepreneuriat, je pense que nous pourrons contribuer à surmonter certaines craintes suscitées dans de nombreux pays de l'OCDE par la mondialisation. 

Enfin, Madame la Présidente, je voudrais évoquer l'un des exercices les plus passionnants et les plus ambitieux dans le domaine des statistiques que nous ayons entrepris à l'OCDE. Il s'agit en fait de déterminer en quoi consiste le progrès et comment le mesurer. 

En juin prochain, ceci sera le thème de notre Forum mondial sur "les statistiques, les connaissances et l'action publique" qui aura lieu à Istanbul. L'objet ultime de ce projet sera de fournir aux pays de l'OCDE et aux autres économies une batterie d'indicateurs essentiels permettant de rendre compte des progrès des sociétés humaines. 

Pour qu'il s'agisse d'une véritable initiative mondiale, nous avons déjà organisé une réunion préparatoire en Amérique latine. Nous allons en tenir d'autres en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, en Europe orientale, en Russie et en Asie centrale. En juin, nous ferons la synthèse de toutes ces réunions à l'occasion d'une grande conférence à Istanbul. 

La qualité de la vie et la possibilité de la comparer entre différents pays sont des thèmes qui intéressent le grand public. Si l'on veut dresser un tableau d'ensemble du progrès, il faut couvrir des domaines comme l'éducation, la santé, la distribution des revenus, la viabilité environnementale, la sûreté et la sécurité publiques, ainsi que la croissance économique. 

La conférence d'Istanbul sera organisée en partenariat avec les Nations unies, la Banque mondiale et la Commission européenne et nous y attendons environ 900 participants. J'espère que certains d'entre vous seront parmi eux.

Cette conférence se fixe deux grands objectifs : 

Premièrement, promouvoir un dialogue mondial sur ce que signifie vraiment le progrès.
      
Et deuxièmement, améliorer l'efficacité des travaux sur les indicateurs et leur utilité pour la formulation de l'action des pouvoirs publics. 

Il y a quelques années, l'OCDE a joué un rôle central dans l'élaboration des Objectifs du Millénaire pour le développement qui ont été adoptés par les Nations Unies en vue de leur réalisation d'ici 2015. Nous souhaitons maintenant contribuer à l'élaboration de mesures permettant de rendre compte du progrès dans des pays se trouvant à différents stades de développement.  

Ce travail est important pour le fonctionnement des démocraties. L'un des paradoxes du monde où nous vivons est que les gens disposent souvent de trop d'informations. Ils en sont bombardés de toute part, qu'elles soient pertinentes ou non. Ce qui manque souvent, c'est la capacité de se concentrer sur les informations vraiment importantes. 

Cela peut avoir de graves conséquences pour la démocratie. Cela peut être source de confusion et d'éparpillement des votes des électeurs. Cela peut susciter l'abstentionnisme et un rejet de la participation à l'activité politique. Trop souvent, cela peut inciter à s'en remettre aux seules idéologies plutôt qu'à des faits et des connaissances reposant sur des observations concrètes pour fonder les choix en matière d'action publique. 

Nous devons tous faire plus d'effort pour permettre aux gens de comprendre ce qui se passe dans leurs sociétés, en nous appuyant sur les liens entre statistiques, connaissances et action des pouvoirs publics. Cela suppose avant tout la constitution d'une base commune de connaissances sur les progrès des sociétés, sur lesquelles tous les citoyens pourraient s'entendre. Si une société ne sait pas à quel point elle se trouve, il lui sera difficile de décider dans quelle direction aller. 

Madame la Présidente, j'ai saisi cette occasion de décrire trois axes sur lesquels travaille l'OCDE afin d'améliorer le fonctionnement de nos économies, à l'heure où des ajustements de grande ampleur s'imposent, mais aussi la santé de notre système démocratique et, partant, le bien-être social. 

Nous allons vers un monde très différent et, chemin faisant, j'espère que vous, membres de la fraternité des journalistes, continuerez d'être les infatigables hérauts du progrès humain en vous attachant honnêtement à rendre compte des faits et des observations concrètes. Les citoyens ne méritent pas moins. 

Je vous remercie.

 

 

 

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