Centre de développement

Une meilleure intégration des immigrés augmenterait leur contribution à l’économie de la Côte d’Ivoire, selon un nouveau rapport conjoint du Centre de développement de l’OCDE et de l’OIT

 

Abidjan, le 29 mars 2018 -  L’immigration a des effets plutôt neutres sur la plupart des résultats économiques de la Côte d’Ivoire, selon le rapport conjoint du Centre de développement de l’OCDE et de l’OIT Comment les immigrés contribuent à l’économie de la Côte d’Ivoire.

 

L’immigration en Côte d’Ivoire trouve son origine dans les politiques d’immigration de l’époque coloniale et les orientations politiques et économiques pro-immigration adoptées au lendemain de l’indépendance qui visaient à  renforcer les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture et des industries modernes. Cette politique se fit plus restrictive dans les années 90 avant de redevenir relativement ouverte, comme en témoigne la suppression de la carte de séjour pour les ressortissants des États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) il y a une décennie. 

 

« L’ouverture historique de la Côte d’Ivoire envers les immigrés reflète une conception positive de l’immigration. Avec 10% de sa population née à l’étranger, le pays dispose d’un formidable atout économique potentiel, à condition de renforcer les stratégies de migration pour intégrer pleinement les immigrés », a déclaré Federico Bonaglia, Directeur Adjoint du Centre de développement de l’OCDE lors du lancement du rapport à Abidjan aujourd’hui.

 

Combinant des méthodes quantitatives et qualitatives, le rapport examine de manière empirique comment la présence d’immigrants affecte l’économie à travers trois grandes dimensions: leur impact sur le marché du travail, la croissance économique et les finances publiques.

 

Selon le rapport, malgré leur faible niveau moyen d’instruction, les immigrés semblent assez bien intégrés dans le marché du travail. Ils affichent un taux de participation à la main-d’œuvre plus élevé, accompagné d’un taux de chômage plus faible, que la population autochtone. Ils présentent également des revenus similaires. La présence d’immigrés ne semblent pas détériorer le taux d’emploi ni les revenus des autochtones.

 

La contribution estimée des immigrés à la valeur ajoutée (18%) est supérieure à leur part dans la population âgée de 16 ans ou plus (16.1%) en 2013. Les immigrés contribuent positivement à la productivité des entreprises. L’analyse démontre en effet que les entreprises employant au minimum deux travailleurs, dont au moins un est né à l’étranger, affichent, en moyenne, un revenu par travailleur supérieur à celles qui n’en emploient pas.

 

L’impact de l’immigration sur les finances publiques varie quant à lui en fonction des hypothèses adoptées. En 2008 (dernières données disponibles), si l’on attribue le coût des biens publics purs à toute la population, la contribution fiscale nette des immigrés est légèrement plus négative que celle des autochtones. Lorsque ce coût est attribué uniquement aux autochtones la contribution fiscale nette des immigrés est positive.

 

Selon les conclusions du rapport, la contribution économique des immigrés pourrait être renforcée en améliorant les politiques publiques actuelles sur la base des recommandations suivantes :

• Investir dans l’intégration des immigrés et améliorer la manière dont ils sont perçus au sein de la population autochtone. Les immigrés sont déjà relativement bien intégrés sur le marché du travail et bénéficient de certains droits sociaux et économiques. Cependant, leur présence peut être instrumentalisée à des fins politiques, comme lors de la crise qu’a connue le pays en 2010-11. Par ailleurs, l’accès aux programmes de protection sociale et d’emploi pour les immigrés au même titre que les autochtones bénéficierait à la société ivoirienne.

• Poursuivre les efforts de formalisation de l’économie afin d’améliorer la protection sociale et les droits des travailleurs, accroître les recettes publiques et ainsi les moyens d’investissement de l’État dans les infrastructures sociales et physiques.

• Investir dans la collecte des données. L’inclusion de la question d’identification du pays de naissance dans les prochaines vagues d’enquêtes sur les ménages et l’emploi contribuerait à identifier les problèmes éventuels d’intégration et d’intervenir pour y remédier.

 

Le rapport est l’aboutissement d’un projet comparatif mené conjointement par le Centre de développement de l’OCDE et l’Organisation internationale du Travail pendant quatre ans (2014-2018) sur L’Évaluation de la contribution économique des migrations de travail dans les pays en développement en tant que pays de destination et cofinancé par l’Union européenne. Les neuf autres pays couverts par le rapport sont l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Costa Rica, le Ghana, le Kirghizistan, le Népal, la République dominicaine, le Rwanda et la Thaïlande.

 

Pour en savoir plus sur le projet: http://www.oecd.org/fr/dev/migration-développement/eclm-fr.htm.

 

Contacts presse pour obtenir une copie du rapport ou solliciter un entretien :

  • Guebray Berhane (guebray@ilo.org; Tel: +225 87905779) au Bureau régional Afrique de l’OIT
  • Bochra Kriout (bochra.kriout@oecd.org ; Tel: +33 (0) 145 24 82 96) au Centre de développement de l’OCDE

 

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