Amérique Latine

Améliorer la cohésion sociale en Amérique latine : Tirer le meilleur parti de la mondialisation

 

Allocution d’Angel Gurría, OCDE Secrétaire général, lors d'un séminaire Europe-Amérique latine consacré à l’économie, la cohésion sociale et l’environnement.


Bibliothèque nationale de France, Paris
Lundi 6 octobre

 

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi que de participer à ce séminaire Europe-Amérique latine consacré à l’économie, la cohésion sociale et l’environnement, et en particulier à cette table ronde sur la cohésion sociale qui est l’un des défis majeurs pour tous les pays d’Amérique latine.

En ces temps incertains où la vague de turbulences sur les marchés financiers menace de se transformer en véritable tsunami, il est primordial que nous restions concentrés sur les enjeux structurels à long terme. La cohésion sociale, concept pluridimensionnel élaboré par Émile Durkheim à la fin du 19e siècle, est devenue un ingrédient essentiel du progrès humain.

Nous nous en apercevons chaque jour à l’OCDE, le dialogue multilatéral est la seule voie pour véritablement asseoir le soubassement qu’est la cohésion sociale. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.

La mondialisation est accusée d’être la cause de disparités tant à l’intérieur des pays qu’entre eux. A l’OCDE, nous nous efforçons de mettre en évidence et de mesurer les causes objectives des inégalités ainsi que leurs effets sur la cohésion sociale.

Quoiqu’il en soit, une chose est certaine. En dépit des nombreux avantages que nous lui devons, la mondialisation n’a pas permis d’instaurer des règles du jeu équitables. Si l’économie mondiale a créé des richesses immenses et ouvert des possibilités non moins immenses, elle a également creusé les inégalités existantes et en a forgé de nouvelles.

Dans de nombreux cas, les disparités ont atteint des niveaux extrêmes. C’est ce qui s’est produit en Amérique latine qui est la région du monde où elles sont le plus criantes, allant jusqu’à mettre en péril le potentiel de développement d’un grand nombre de pays.

Ces dix dernières années, l’Amérique latine a affiché une croissance économique remarquable. Selon la CEPALC, le PIB de la région a progressé de 5,7 % en 2007. En dépit du ralentissement qui se dessine actuellement au niveau mondial, il devrait croître de 4,7 % en 2008. C’est la sixième année consécutive de croissance soutenue, soit la plus forte expansion économique au niveau régional observée depuis quarante ans .

Des pays comme l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie et le Mexique ont ainsi vu baisser leur taux de pauvreté. Le nombre de pauvres a également reculé en Amérique centrale. La Banque mondiale fait en outre état d’un léger repli de l’inégalité moyenne dans la région, en particulier au Brésil et, dans une moindre mesure, au Mexique.

Cependant, d’après les chiffres publiés par la CEPALC, près de 200 millions de personnes vivent encore dans la pauvreté en Amérique latine. Quelque 360 millions d’individus ont un pouvoir d’achat inférieur à 300 dollars par mois . Les progrès vers un renversement de ces tendances sont lents. Les riches sont de plus en plus riches et leur richesse ne va pas en diminuant.

En Amérique latine, les 10 % les plus riches de la population perçoivent environ 41 % du revenu total tandis que les 10 % les plus pauvres en perçoivent à peine 1 % . Ces déséquilibres ont été le terreau d’une aggravation sans précédent de l’insécurité et du crime organisé.

Selon une étude rendue publique récemment, environ 1.2 million de personnes ont perdu la vie en Amérique latine et aux Caraïbes à la suite de faits de criminalité pendant la décennie écoulée. Ce chiffre sonne à lui seul comme une dénonciation du manque de cohésion sociale dans la région.

Œuvrer à la cohésion sociale, c’est en fait donner aux individus les outils nécessaires pour tirer le meilleur parti de la mondialisation. Tous ne sont pas également préparés à récolter les fruits d’une économie mondiale qui se caractérise par une interdépendance et une concurrence de plus en plus fortes. Cette situation se traduit inévitablement par des inégalités de revenus. C’est ce qui doit occuper les pouvoirs publics, c’est ce qui exige des institutions plus performantes et des politiques plus efficaces.

Pour apporter une contribution décisive à la cohésion sociale et à la réduction des inégalités, il faut réaliser des avancées dans trois domaines essentiels de l’action publique.

1. Le premier de ces domaines est la politique fiscale.

Dans l’édition 2009 des Perspectives économiques de l’Amérique latine publiée par l’OCDE, que nous présenterons le 28 octobre prochain lors du Sommet ibéro-américain de San Salvador, nous cherchons à comprendre pourquoi les systèmes fiscaux ont si peu contribué à réduire les inégalités dans la région.

Le message est clair : les gouvernements des pays d’Amérique latine ne doivent pas se contenter d’utiliser la politique fiscale comme un instrument de stabilisation macro-économique, ils doivent commencer à optimiser les possibilités qu’elle offre d’appuyer l’intégration sociale. Elle peut en effet être un instrument puissant de lutte contre la pauvreté.

Nous savons déjà qu’il faut plus d’argent pour que les gouvernements des pays d’Amérique latine atteignent les objectifs de développement de la région, mais la façon dont les ressources sont mobilisées et dépensées importe plus encore. Le défi réside assurément dans la mobilisation des ressources, mais il concerne aussi les modalités de redistribution.

Une politique fiscale bien menée peut former le socle d’un contrat social renouvelé entre les habitants des pays d’Amérique latine et leurs gouvernements. Fournir des services et des biens publics de meilleure qualité dans des conditions plus équitables est une nécessité absolue et réussir dans ce domaine peut contribuer à conforter la démocratie. Je vous recommande avec insistance la lecture de l’édition 2009 des Perspectives économiques de l’Amérique latine qui sera publiée par l’OCDE dans quelques semaines.

2. Le deuxième domaine essentiel est l’éducation.

L’éducation est le catalyseur du progrès humain. Donner aux citoyens la meilleure éducation possible est le moyen le plus efficace d’améliorer la cohésion sociale et de combattre les inégalités. Or l’éducation est le tendon d’Achille des pays d’Amérique latine depuis de nombreuses années.

Pour pouvoir s’adapter à un monde qui évolue rapidement et être mieux à même de se mesurer à la concurrence dans une économie fondée sur le savoir, il est capital que les pays d’Amérique latine puissent évaluer la capacité de leurs systèmes éducatifs de produire des étudiants appréciés sur le marché mondial, et qu’ils puissent échanger sur leurs expériences respectives et s’inspirer des systèmes éducatifs les plus performants.

L’OCDE aide déjà plusieurs pays d’Amérique latine (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Panama et Uruguay) à mesurer, comparer et améliorer la qualité de leurs systèmes éducatifs respectifs dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) désormais bien établi.

Nous ne nous contentons pas de les aider à mettre au jour les atouts et les faiblesses de leurs propres systèmes, nous allons plus loin encore en les aidant à concevoir, promouvoir et mettre en œuvre les réformes qui s’imposent dans le secteur de l’éducation.

L’Alliance pour la qualité de l’éducation lancée récemment au Mexique constitue à cet égard une expérience pionnière au titre de laquelle l’OCDE a œuvré, en étroite collaboration avec le gouvernement mexicain et à partir de bases solides, à une réforme historique.

3. Le troisième domaine essentiel est la politique de développement régional.

Raccorder toutes les régions d’un même pays aux courants mondiaux d’échange et d’investissement grâce à une infrastructure compétitive et à des services publics de qualité est un préalable essentiel pour réduire les inégalités et renforcer la cohésion sociale. L’un des principaux handicaps de l’Amérique latine face à la concurrence est la médiocrité de ses réseaux de transport et de communication.

Des programmes comme Chile Emprende, Micro Regiones au Mexique, le plan Puebla-Panamá, l’Initiative d’intégration de l’infrastructure régionale en Amérique du Sud (IIRSA) concourent à corriger ces déséquilibres. Cependant, plus de la moitié de la population du Chili vit encore dans des régions où le PIB par habitant est inférieur à la moyenne nationale ; au Mexique, la proportion est plus forte encore (60 %). C’est nettement plus que la moyenne de l’OCDE (42 %) .

L’expérience de l’Union européenne peut être très utile aux pays d’Amérique latine qui s’appliquent à mettre au point des politiques de développement territorial visant à encourager une intégration régionale et infrarégionale plus efficace.

L’OCDE travaille en liaison avec les gouvernements de plusieurs pays d’Amérique latine, dans le cadre des examens territoriaux et des Perspectives de l’Amérique latine, au renforcement de la cohésion sociale, mais elle peut aussi être une plateforme idéale pour partager l’expérience des pays européens avec nos partenaires d’Amérique latine.

Mesdames et Messieurs,

Améliorer la cohésion sociale dans un monde se caractérisant par une interdépendance croissante n’est pas seulement une manière intelligente d’avancer ; c’est la seule voie possible. La crise financière actuelle et les coûts économiques et sociaux considérables qu’elle va entraîner sonnent comme un rappel douloureux des fragilités d’une économie mondialisée.

Aider l’Amérique latine à renforcer sa cohésion sociale pour tirer le meilleur parti de la mondialisation est un dessein noble en même temps qu’une entreprise avisée. Un continent sud-américain stable et prospère peut apporter une contribution sans pareille à la prospérité et à la stabilité de l’économie mondiale.

Je souhaite féliciter à présent le ministère des Affaires étrangères et européennes, la Banque interaméricaine de développement et l’Institut des Amériques pour l’organisation et le bon déroulement de cette manifestation de la plus haute importance.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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