Concurrence

Il faut tenir le cap et préserver la concurrence en période de crise

 

Allocution d’ouverture de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, au Forum mondial sur la concurrence (regarder la vidéo de la conférence de presse)


Paris, 19 février 2009
 
Mesdames et Messieurs,


Soyez les bienvenus à l’OCDE et à la 8ème réunion du Forum mondial sur la concurrence. Je me réjouis de la présence d’un grand nombre de délégués venus de très nombreux pays, dont certains sont sur le point d’adhérer à l’OCDE ou participent à l’initiative d’engagement renforcé. Vous représentez soixante-quinze pays, mais aussi des organisations internationales et régionales, le monde des entreprises, des organisations de consommateurs et des banques de développement. Au total, vous êtes aujourd’hui plus de 325 à participer aux débats.


Je me félicite en particulier de la présence de M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du Fonds monétaire international. L’OCDE, le FMI, la Banque mondiale et d’autres organisations travaillent en étroite collaboration dans un certain nombre de domaines importants afin d’optimiser leur impact collectif. En particulier, nous cherchons à aider les pays à surmonter les perturbations économiques actuelles. D’abord pour faire face à la crise financière et économique mondiale et, ensuite, pour ramener aussi rapidement que possible les économies sur une trajectoire de croissance durable.


Il y a tout juste deux semaines, nous avons organisé un séminaire conjoint pour essayer d’avancer sur ces questions et, comme on pouvait s’y attendre, les conséquences de la crise sur le plan de la concurrence ont été jugées particulièrement préoccupantes. Il est donc tout à fait opportun que nous soyons tous réunis aujourd’hui pour examiner comment la concurrence peut améliorer la performance économique. Je tiens aussi à saluer, dans ce contexte, la présence de M. Frédéric Jenny, Président du Comité de la concurrence de l’OCDE.


Cette année, le Forum met en relief l’importance de l’économie de marché et la façon dont les autorités de la concurrence peuvent contribuer à en garantir le maintien. La crise actuelle a fait naître un sentiment de scepticisme général au sujet du fonctionnement des marchés. C’est la raison pour laquelle nos débats d’aujourd’hui revêtent tant d’importance, puisque c’est précisément en ces périodes de turbulences que la concurrence peut apaiser les tensions économiques.

Le marché n’est pas une jungle ; il a des règles. Mais, soumises à des pressions, certaines d’entre elles ont dramatiquement échoué. Il faut de nouvelles règles. Des règles qui fournissent la base nécessaire pour stimuler l’activité économique et éviter que des crises similaires ne se reproduisent à l’avenir.


En ce moment même, l’OCDE collabore avec de hauts responsables d’un grand nombre de pays et avec d’autres organisations internationales pour examiner les instruments qui régissent la politique sociale et économique. Le but est d’essayer d’en améliorer la cohérence, la compatibilité et les effets de synergie. Il s’agit aussi d’identifier les problèmes et de déterminer dans quels cas il y aurait lieu de renforcer la mise en œuvre et le contrôle de ces instruments. Les principes d’une saine concurrence, qui constituent la pierre angulaire de nos économies, doivent être consacrés par cette initiative, désignée sous le nom de « norme mondiale ».


Par ailleurs, à la fin de l’année passée, l’OCDE a publié sa Réponse stratégique à la crise financière et économique. Ce document décrit les efforts déployés par l’Organisation pour aider les Etats à faire face à la crise et à saisir cette occasion pour construire une économie plus forte, plus saine et plus juste.


La Réponse stratégique de l’OCDE met l’accent sur deux principaux aspects. Le premier concerne la finance, la concurrence et la gouvernance – en d’autres termes, le cadre dans lequel les marchés fonctionnent. Le second consiste, à terme, à restaurer une croissance durable. L’Organisation soumet aussi aux pays de nouvelles analyses et recommandations pour l’élaboration de stratégies efficaces de sortie de crise, afin de faire en sorte que les politiques mises en œuvre aujourd’hui pour gérer la crise ne soient pas demain la source de problèmes. Elle le fait également pour permettre aux Etats de mettre un terme à leurs interventions dans le secteur privé lorsque la situation l’autorisera et pour assurer un meilleur équilibre entre le marché et l’Etat.


Le droit et la politique de la concurrence ont un rôle important à jouer dans les deux cas. Ils doivent continuer à assurer des conditions équitables s’appuyant sur des règles claires et rigoureusement mises en œuvre par les autorités responsables de la concurrence.


Ces deux derniers jours, le Comité de la concurrence de l’OCDE a examiné des questions de droit et de politique de la concurrence dans le contexte de la crise financière, et le Président Jenny vous fera un compte rendu plus détaillé de ces travaux. Il ressort des débats que, face à la crise, les pays prennent aujourd’hui des mesures à court terme qui auront des répercussions à long terme sur les marchés. Par exemple, ils entrent au capital de certaines banques, voire les nationalisent purement et simplement, ils encouragent les regroupements débouchant sur la création de « mégabanques » et ils apportent ou envisagent d’apporter un soutien public à des entreprises non financières comme des compagnies aériennes ou des constructeurs automobiles. Il est également envisagé d’assouplir l’application des règles de concurrence pour autoriser des fusions et des alliances qui seraient autrement contestables.


Nous savons tous que des préoccupations politiques influent parfois sur les solutions qui sont apportées aux crises économiques. Malheureusement, il faut bien admettre que les mesures d’urgence prises en période de crise peuvent parfois s’écarter des principes d’une saine concurrence. Il est indispensable de veiller à ce que toute restriction de la concurrence durant cette période critique ne soit décidée qu’après mûre réflexion, qu’elle soit temporaire et qu’elle fasse l’objet d’un contrôle. Une politique de concurrence solide est indispensable pour éviter que des problèmes se posent une fois que la situation économique se sera stabilisée. Lorsque nous sortirons de la crise, il faudra s’assurer que le droit et la politique de la concurrence soient appliqués et respectés dans tous les secteurs de l’économie, y compris le secteur financier.


Des interventions des pouvoirs publics peuvent être nécessaires et justifiées. Mais les instruments d’action à utiliser doivent être neutres et d’application générale. Si elle est bien conçue, la politique de la concurrence sera suffisamment souple pour intégrer d’autres objectifs en matière de politique publique.


Les pays peuvent adopter des politiques industrielles pour corriger les défaillances du marché, pour stimuler le développement économique ou pour tenir compte de considérations stratégiques plus générales. Si ces initiatives ne vont pas à l’encontre d’une amélioration durable du bien-être des consommateurs et de l’efficience, elles peuvent accompagner sans problème la politique de la concurrence.


Cependant, il y a des cas dans lesquels des mesures prises en urgence peuvent favoriser certaines entreprises et des champions nationaux. Il faut alors veiller à ce que le soutien accordé à des entreprises financières ou industrielles ait bien un caractère temporaire. Tout soutien doit autant que possible s’accompagner de mesures de rationalisation afin d’être compatible avec les objectifs à long terme et de ne pas engendrer de problèmes structurels par la suite.   


Il ne faut jamais perdre de vue les principes fondamentaux d’une saine concurrence. Il est assez difficile de justifier la création de champions nationaux, car la protection des entreprises en place et de celles qui sont en difficulté risque de freiner la croissance dans les pays en développement comme dans les pays développés. Elle risque aussi de donner lieu à une surenchère de mesures protectionnistes et de politiques du « chacun pour soi » à l’échelle mondiale. Nous devons éviter les politiques industrielles interventionnistes qui favorisent les entreprises en place et tendent à sélectionner les meilleurs ou à aider les perdants. Nous devons veiller à ce que ces mesures, lorsqu’elles s’avèrent inévitables, soient transparentes et temporaires. C’est là le défi que devront relever les Etats qui adoptent des mesures d’urgence pour faire face aux effets de la crise sur l’économie réelle. Je suis sûr que nos débats d’aujourd’hui mettront en lumière la nécessité de concevoir les politiques industrielles et la politique de la concurrence avec le plus grand soin possible.


Ne nous y trompons pas, la crise n’est pas une excuse pour différer les réformes structurelles. Au contraire, c’est en surmontant nos problèmes structurels que nous sortirons de la crise. Au moment où le monde entier s’efforce de relancer la machine économique, nous devons chercher à éliminer les mesures anticoncurrentielles qui réduisent la productivité.


De nombreuses études de l’OCDE montrent comment une concurrence insuffisante nuit à la performance économique. Des restrictions injustifiées, d’ordre institutionnel ou réglementaire, isolent des pans entiers de l’économie des bienfaits de la concurrence.


Nos travaux sur l’économie informelle révèlent que lorsque la réglementation est trop lourde, elle peut accroître notablement les coûts d’entrée et de fonctionnement dans l’économie formelle. Si des entreprises informelles font concurrence à l’économie formelle parce qu’elles ne respectent pas la législation, la viabilité d’entreprises plus productives du secteur formel sera menacée. Comme l’économie parallèle peut représenter 50 % du PIB, voire plus, dans les pays en développement, son influence négative sur la productivité est importante. Il est indispensable que les pays en développement, en particulier, éliminent ce frein à la productivité et à la croissance. Des réformes structurelles donnant aux entreprises informelles les moyens d’accéder à l’économie formelle et d’y affronter la concurrence permettront aux économies de progresser plus rapidement.


De leur côté, les autorités de la concurrence, qu’elles soient nouvelles ou en place depuis longtemps, doivent faire en sorte que la politique de la concurrence contribue plus clairement à un fonctionnement optimal des marchés. Vous aurez peut-être plus de mal à vous faire entendre en temps de crise, où les décisions sont souvent prises dans l’urgence et les autorités de la concurrence ne sont guère écoutées. Il est donc d’autant plus important que les autorités de la concurrence veillent à ce que leurs moyens d’action inspirent la confiance et qu’elles continuent de promouvoir l’économie de marché.


L’OCDE est une instance sans équivalent à cet égard, car elle facilite le dialogue non seulement entre les autorités de la concurrence de différents pays, mais aussi – et c’est là un point important – parce qu’elle vous aide à exercer une influence auprès des Etats.


Les lignes directrices de l’OCDE et les pratiques exemplaires qu’elle recommande pour mettre en œuvre et améliorer la politique de la concurrence constituent une solide référence pour tous les pays.


L’Organisation peut, grâce aux pratiques exemplaires qu’elle promeut, à ses recommandations et à son Manuel pour l’évaluation de la concurrence, aider les autorités nationales de la concurrence à détecter les problèmes que la crise et les mesures prises avant celle-ci risquent d’engendrer, ainsi qu’à éviter d’introduire de nouvelles distorsions dans le fonctionnement des marchés. Elle peut aussi proposer pour tous les pays des solutions à ces problèmes qui respectent les règles de concurrence.


Les thèmes que vous allez examiner au cours du présent Forum mondial sont non seulement intrinsèquement importants, mais ils mettent aussi en évidence l’utilité de la concurrence et le rôle que les autorités de la concurrence peuvent jouer en cette période critique.


Compte tenu des circonstances, les travaux et les débats auxquels vous allez vous consacrer au cours des deux prochains jours revêtent encore plus d’importance. J’espère que vous rentrerez dans vos pays inspirés et tonifiés par vos échanges de vues et plus décidés que jamais à remédier aux problèmes et à rechercher des solutions proconcurrentielles, sachant que vous pouvez compter sur le concours de l’OCDE, du FMI et de la Banque mondiale.


Je vous remercie.

 

 

 

Also Available

Countries list

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Albanie
  • Algérie
  • Allemagne
  • Andorre
  • Angola
  • Anguilla
  • Antigua-et-Barbuda
  • Antilles Néerlandaises
  • Arabie Saoudite
  • Argentine
  • Arménie
  • Aruba
  • Australie
  • Autorité Nationale Palestinienne
  • Autriche
  • Azerbaïdjan
  • Bahamas
  • Bahreïn
  • Bangladesh
  • Barbade
  • Belgique
  • Belize
  • Bermudes
  • Bhoutan
  • Bolivie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Botswana
  • Brunéi Darussalam
  • Brésil
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Bélarus
  • Bénin
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Canada
  • Cap-Vert
  • Caïmanes, Îles
  • Centrafricaine, République
  • Chili
  • Chine (République populaire de)
  • Chypre
  • Colombie
  • Comores
  • Congo, La République Démocratique du
  • Corée
  • Corée, République Populaire Démocratique de
  • Costa Rica
  • Croatie
  • Cuba
  • Côte D'ivoire
  • Danemark
  • Djibouti
  • Dominicaine, République
  • Dominique
  • Egypte
  • El Salvador
  • Emirats Arabes Unis
  • Equateur
  • Erythrée
  • Espagne
  • Estonie
  • Etats Fédérés de Micronésie
  • Etats-Unis
  • Ethiopie
  • ex-République yougouslave de Macédoine (ERYM)
  • Fidji
  • Finlande
  • France
  • Gabon
  • Gambie
  • Ghana
  • Gibraltar
  • Grenade
  • Groenland
  • Grèce
  • Guatemala
  • Guernesey
  • Guinée Équatoriale
  • Guinée-Bissau
  • Guinéee
  • Guyana
  • Guyane Française
  • Géorgie
  • Haïti
  • Honduras
  • Hong Kong, Chine
  • Hongrie
  • Ile de Man
  • Ile Maurice
  • Iles Cook
  • Iles Féroé
  • Iles Marshall
  • Iles Vierges Britanniques
  • Iles Vierges des États-Unis
  • Inde
  • Indonésie
  • Iraq
  • Irlande
  • Islande
  • Israël
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Jersey
  • Jordanie
  • Kazakstan
  • Kenya
  • Kirghizistan
  • Kiribati
  • Koweït
  • l'Union européenne
  • Lao, République Démocratique Populaire
  • le Taipei chinois
  • Lesotho
  • Lettonie
  • Liban
  • Libye
  • Libéria
  • Liechtenstein
  • Lituanie
  • Luxembourg
  • Macao
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Maldives
  • Mali
  • Malte
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Moldova
  • Monaco
  • Mongolie
  • Montserrat
  • Monténégro
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Nauru
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Nioué
  • Norvège
  • Nouvelle-Zélande
  • Népal
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan
  • Pakistan
  • Palaos
  • Panama
  • Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Paraguay
  • Pays-Bas
  • Philippines
  • Pologne
  • Porto Rico
  • Portugal
  • Pérou
  • Qatar
  • Roumanie
  • Royaume-Uni
  • Russie, Fédération de
  • Rwanda
  • République du Congo
  • République Islamique d' Iran
  • République Tchèque
  • Sahara Occidental
  • Saint-Kitts-et-Nevis
  • Saint-Marin
  • Saint-Vincent-et-les Grenadines
  • Sainte-Hélène
  • Sainte-Lucie
  • Salomon, Îles
  • Samoa
  • Sao Tomé-et-Principe
  • Serbie
  • Serbie et Monténégro (avant juin 2006)
  • Seychelles
  • Sierra Leone
  • Singapour
  • Slovaquie
  • Slovénie
  • Somalie
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Sri Lanka
  • Suisse
  • Suriname
  • Suède
  • Swaziland
  • Syrienne, République Arabe
  • Sénégal
  • Tadjikistan
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor-Leste (Timor Oriental)
  • Togo
  • Tokelau
  • Tonga
  • Trinité-et-Tobago
  • Tunisie
  • Turkménistan
  • Turks et Caïques, Îles
  • Turquie
  • Tuvalu
  • Ukraine
  • Uruguay
  • Vanuatu
  • Venezuela
  • Viêt Nam
  • Wallis et Futuna
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe
  • Topics list