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Mutations de l’économie alimentaire ouest-africaine & approches innovantes des politiques du système alimentaire

 

L’économie alimentaire en Afrique de l’Ouest est aujourd’hui marquée par des transformations de grande ampleur qui ouvrent de nouvelles perspectives et posent de nouveaux défis en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les dynamiques démographiques, en particulier l’urbanisation, sont les moteurs de ces mutations. Entre 1950 et 2015, la population est passée de 73 à 370 millions d’habitants. 150 millions de personnes vivent désormais dans les villes ouest-africaines, soit 25 fois plus qu’en 1950. En conséquence, la taille de l’économie alimentaire a augmenté de manière spectaculaire, représentant 260 milliards de dollars US en 2015, soit 39 % du PIB.

 

Un nombre croissant de ménages se tournent vers les marchés pour leur alimentation. En milieu urbain la quasi-totalité des produits alimentaires provient des marchés. Parallèlement, la diversification croissante des économies rurales et la diffusion des produits et modes de vie urbains ont entraîné l’augmentation de la part des aliments achetés sur les marchés en milieu rural. Globalement, les marchés fournissent au moins deux tiers des denrées alimentaires des ménages au niveau régional.

 

L’urbanisation et les nouveaux modes de vie urbains s’accompagnent également de changements des habitudes alimentaires qui se répandent au-delà des villes. Les ménages consomment davantage de fruits et de légumes ainsi que d’aliments transformés, alors que la consommation de céréales et de légumineuses diminue. Commodité et praticité sont de nouvelles exigences qui concernent tous les groupes de revenu et régions, et se traduisent par une forte demande en produits transformés et préparés et par l’essor du commerce de rue. Les aliments transformés représentent 41 % du budget alimentaire des ménages en milieu urbain et 36 % en milieu rural.

 

Les effets combinés des tendances d’urbanisation, de la croissance démographique et de l’évolution de la demande en produits alimentaires ont eu un impact majeur sur la taille de l’économie alimentaire ouest-africaine et sa structure. L’économie alimentaire se transforme avec le développement rapide des activités non agricoles post-récolte, telles que la transformation alimentaire, l’emballage et la vente au détail. Ces activités représentent déjà 40 % de la valeur ajoutée du secteur et leur part est appelée à croitre rapidement.

 

Toutes ces transformations ouvrent la voie à de nouvelles opportunités en termes de valeur ajoutée et de création d’emplois et, d’autant plus, dans les segments non agricoles de la chaîne de valeur. Étant donné la taille du secteur de l’économie alimentaire, son fonctionnement, sa compétitivité et son développement influent grandement sur l’actuelle structure des emplois ainsi que sur les perspectives et les besoins à venir dans ce domaine. Enfin, ces mutations de l’économie alimentaire ont des impacts importants sur la portée et l’efficacité des politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que sur les dispositifs d’alerte précoce et, de manière générale, sur la politique alimentaire. Les politiques doivent s’adapter à ces mutations et tirer pleinement parti des nouvelles opportunités en termes de création de valeur ajoutée, d’emplois, de diversification économique, d’amélioration de l’accessibilité et de la stabilité des approvisionnements alimentaires, et d’incidence nutritionnelle. 

 

Les perspectives d’emploi dans l’économie alimentaire

Dans la région, le secteur privé est dominé par l’économie alimentaire. La valeur ajoutée totale générée par cette économie représente 260 milliards de dollars US, soit 15 fois plus que le marché à l’export. L’économie alimentaire constitue également le principal employeur de la région (à hauteur de 77 % de la population active au Niger et de 54 % au Nigeria), avec un pourcentage croissant des emplois liés à des activités non agricoles de cette économie, tant dans les milieux urbains que ruraux, telles que la transformation alimentaire, l’emballage et la vente au détail. 

  • La majorité des emplois dans la région appartiennent à l’économie alimentaire.
  • Davantage d’emplois de l’économie alimentaire sont situés dans les milieux ruraux, mais l’on constate des signes de diversification (dans les segments non agricoles).
  • L’économie alimentaire joue également un rôle majeur dans les milieux urbains.

 

 

 

Compte tenu de l’importance de l’économie alimentaire régionale en termes d’emplois, les modifications apportées à sa structure influeront grandement sur les types d’emplois à pourvoir et sur les compétences exigées. Ce programme vise à mieux faire comprendre la conjoncture des marchés alimentaires ouest-africains en matière d’emploi ainsi que lesperspectives à moyen terme. L’analyse situationnelle qui résultera servira à dégager les tendances en cours concernant les emplois de l’économie alimentaire en Afrique de l’Ouest. Cette analyse sera ensuite complétée par des projections à court terme relatives à l’impact de l’évolution de la demande alimentaire sur la capacité du système agroalimentaire à créer des emplois, notamment dans les activités non agricoles en milieu rural et urbain, ainsi qu’aux implications spatiales et territoriales pour élaborer des recommandations sur les obstacles rencontrés et les stratégies à mettre en œuvre afin d’améliorer les opportunités d’emploi en Afrique de l’Ouest. 

 

 

Les liens entre milieux ruraux et urbains : les dimensions spatiales du développement de l’économie alimentaire

Le développement de l’économie alimentaire et le rôle croissant des marchés dans l’organisation des activités de la chaîne de valeur influencent également la dimension spatiale des marchés alimentaires. Les producteurs, les lieux de production des denrées alimentaires et la manière dont elles parviennent aux consommateurs sont des éléments fondamentaux des liens entre les milieux ruraux et urbains ainsi que des flux alimentaires régionaux. Cependant, on dispose de peu de données et d’analyses sur l’aspect spatial du développement de l’économie alimentaire, telles que l’emplacement des infrastructures du marché alimentaire, y compris les centres de collecte, les usines de transformation et les installations de conditionnement, la structure des marchés de gros et de détail, le marché du travail à l’échelle locale et les qualifications recherchées. 

 

 

 

Le recours aux données Africapolis, aux informations géospatiales sur les emplois de l’économie alimentaire (Étude sur la mesure des niveaux de vie — enquêtes intégrées sur l’agriculture ; Enquêtes démographiques et de santé) ainsi qu’aux analyses spatiales mettront en évidence les implications en matière de politiques publiques de ce développement de l’économie alimentaire. Une attention particulière sera accordée aux milieux ruraux et à l’influence exercée par la proximité à des milieux urbains, au rôle des petites villes et des villes secondaires par lesquelles l’immense majorité des exploitations familiales de la région accède au système alimentaire ainsi qu’aux conséquences de la concentration de la demande alimentaire dans les grands centres urbains pour le commerce intrarégional.

 

L’insécurité alimentaire en milieu urbain

Les systèmes d’alerte précoce actuels reposent sur une partition géographique des zones où règne l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, sans pour autant opérer de distinction entre les milieux ruraux et urbains. Bien que le nombre de ruraux et de citadins en Afrique de l’Ouest soit désormais à peu près équivalent, les analyses font défaut et les outils à disposition ne permettent ni de dresser un tableau précis de la situation alimentaire et nutritionnelle dans les milieux urbains, ni de concevoir des mécanismes d’intervention efficaces.  

 

Il convient de réexaminer les enjeux actuels et à venir (sur dix ans) liés à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans les milieux urbains, y compris en analysant certains facteurs spatiaux spécifiques. Cette initiative reposera sur les travaux précédemment menés par le Secrétariat et en liaison avec les activités en matière de gouvernance régionale de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Cela permettra de mieux renseigner les décideurs politiques cherchant à cibler les populations vulnérables, à identifier les leviers d’action prioritaires et à allouer les ressources publiques ; et contribuera également à améliorer les systèmes de suivi existants. 

 

Analyser les enjeux liés à la sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain et les outils de suivi connexes. Le Secrétariat facilitera la mise en œuvre d’un processus consultatif et d’analyse, qui s’organisera comme suit : i) consultation des membres du RPCA et production d’un inventaire des méthodes et outils pour assurer le suivi de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain ; ii) analyse des enjeux liés à la sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain ; iii) identification, de concert avec les acteurs du cycle PREGEC, des indicateurs pertinents et applicables à inclure au mécanisme. Cette activité reposera sur des travaux précédemment menés ainsi que sur les données dont dispose le Secrétariat concernant les dynamiques d’urbanisation dans la région, et notamment celles d’Africapolis

 

Soutenir le développement d’outils visant à assurer le suivi en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain et renforcer le Cadre harmonisé.  L’intégration au mécanisme PREGEC d’indicateurs de suivi en matière d’insécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain sera d’ordre technique et méthodologique. En collaboration avec le CILSS, le Secrétariat animera des débats avec les membres du RPCA au sujet du suivi de l’insécurité alimentaire en milieu urbain ; des séances de travail et des ateliers techniques seront également organisés. 

 

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