Le Mot du Directeur, septembre 2012

 

par Laurent Bossard

 

annedelattreAnne de Lattre, fondatrice et Directrice du « Club du Sahel » pendant de nombreuses années, nous a quittés au cœur de l’été. Sa disparition a suscité une très vive émotion au sein de la grande communauté de ses amis. A chacun d’entre eux, elle a laissé un héritage particulier. A tous et à l’Afrique de l'Ouest, elle a laissé le Club, cette expérience si particulière de dialogue et de coopération. Anne a suscité la création du Club du Sahel en 1976 parce que la Communauté internationale ne pouvait à ses yeux demeurer indifférente aux drames issus de la terrible sécheresse de 1973-1974. Cette région n’était pas, ou très peu, sur les radars d’une mondialisation à peine naissante. Il était nécessaire de créer une coalition durable pour lui venir en aide. 

Trente-cinq ans après la création du Club, le Sahel ouest-africain est à nouveau installé tout en haut de l’agenda de la communauté mondiale. En progrès constants depuis plusieurs décennies dans les domaines de l’agriculture et de la lutte contre la faim, il a été percuté par un faisceau de menaces internationales qui ont trouvé dans sa fragilité un terreau idéal pour se développer et se mélanger. Le Colloque sur le complexe « sécurité et développement », organisé en juin dernier en marge du Groupe d’orientation politique (GOP) du Club, a montré la complexité de la situation. Il a été l’occasion de lancer quelques messages à mes yeux essentiels. Le plus important est sans doute que l’échelle des solutions – spatiale comme temporelle – doit être la même que l’échelle du problème. En d’autres termes, le problème du Nord Mali et par extension de la bordure sud du Sahara, est un problème macro régional de long terme.

Le Club doit sans doute continuer à travailler sur l’avenir de la zone sahélienne. Si les aspects sécuritaires stricto sensu ne sont pas de son ressort, il est indispensable de penser le développement économique et social à moyen et long terme. Comment panser les plaies et reconstruire ? Comment préparer l’avenir de ce que l’on a coutume d’appeler les « zones agropastorales ; l’élevage, les mines, le tourisme, le commerce, les villes, la jeunesse ? Tout ceci dans un contexte où l’insécurité alimentaire chronique et/ou ponctuelle demeure une menace permanente, notamment chez les agropasteurs.

Tout comme il y a plus de trois décennies, la Communauté internationale doit se mobiliser autour du Sahel pour l’aider à construire son avenir au sein de l’Afrique de l'Ouest et dans la mondialisation dont il fait partie intégrante. Cette mobilisation doit être centrée sur le développement à long terme, même si par ailleurs une action internationale est cruciale pour aider l’Afrique de l'Ouest à se débarrasser des fléaux mondiaux qui la menacent. 

De ce point de vue, l’Alliance globale pour l’initiative résilience – Sahel (AGIR) qui est en train de naître à l’initiative de l’Union européenne, est une bonne nouvelle. Cette initiative sera menée sous le leadership politique conjoint de la CEDEAO et de l’UEMOA. Ceci est une autre très bonne nouvelle. Le Club doit valoriser sa vocation de promotion de l’agenda ouest-africain dans le cadre de cette initiative. 

Les prochains mois seront essentiellement consacrés à la finalisation du travail très attendu sur les perspectives alimentaires à moyen et long terme. Ce travail nourrira le prochain Forum du Club qui, comme vous le savez, se tiendra dans le cadre de la Semaine de l’Afrique de l’Ouest prévue du 4 au 8 décembre 2012 à Ouagadougou. 

 

 

 

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