La situation humanitaire au Mali

 

Entretien avec S. E. Boubacar Sidiki Touré, Ambassadeur du Mali en France

 

M. Touré présente son point de vue sur la situation humanitaire au Nord du Mali, sur le rôle joué par la diaspora malienne et les perspectives de résolution du conflit. 

 

« Les Touaregs sont une minorité parmi la mosaïque des communautés vivant au Nord du Mali (Sonrhaï, Peulhs, Maures, Arabes, etc.). Ce sont des faits souvent peu connus par le large public et encore moins à l’échelle internationale. » 

 

Propos recueillis le 27 avril 2012, > version pdf

 

La situation au Nord Mali fait craindre une véritable catastrophe. L’ouverture d’un couloir humanitaire est-elle possible ?

La nécessité d’un couloir humanitaire est une évidence. Mais nous faisons face à deux problèmes. Le premier est celui de l’acheminement de l’aide. Il s’agit ici d’un problème purement logistique qui n’est pas infranchissable, même s’il faut parcourir des milliers de kilomètres dans une zone désertique ; le Président de l’Assemblée régionale de Tombouctou, avec l’appui de la Croix-Rouge malienne, a d’ailleurs réussi à acheminer cinq tonnes de vivres et des médicaments à Tombouctou. L’autre problème est beaucoup plus ardu. Il s’agit de faire en sorte que l’aide soit distribuée aux populations les plus vulnérables.


Vous craignez des détournements de l’aide ?


Aujourd'hui, il n’y a plus de préfets, plus d’administration à même d’éviter ce genre de dérives. Toutes les localités du Nord sont aux mains de groupes rebelles. De plus, ces groupes sont de natures différentes et n’ont pas les mêmes objectifs. Pour acheminer et distribuer des vivres et des médicaments aux populations qui en ont besoin, il va donc falloir s’adapter aux spécificités locales.

Ainsi, la ville qui souffre le plus est Gao qui est aux mains du MNLA. Les hôpitaux, les écoles, les stations d’essence ont été pillés et les entrepôts des organisations humanitaires saccagés ; la population est désemparée et vit dans la peur. Dans de telles conditions, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n’arrive pas à acheminer l’aide. À Kidal et à Tombouctou, la situation est moins chaotique et l’essentiel des infrastructures ont été préservées. L’envoi de vivres à Tombouctou a bien fonctionné une première fois. Il faudrait essayer de reproduire cette démarche, à condition que la situation sécuritaire ne s’aggrave pas.

 

Quel rôle joue la diaspora malienne et votre Ambassade ?

La communauté malienne est très mobilisée. Plusieurs milliers de Maliens, Franco-Maliens et amis du Mali ont participé à la « Marche pour la paix et l’unité au Mali » à Paris le 7 avril pour sensibiliser le large public à la situation au Mali. J’étais récemment reçu par le Groupe interparlementaire d’amitié France-Afrique de l’Ouest du Sénat, qui appelle également à un dialogue rassemblant l’ensemble des acteurs politiques maliens. Le Collectif des Maliens de France pour la Paix organise des colloques et des dîners gala pour lever des fonds, notamment à Montreuil. Beaucoup d’actions sont également menées au sein des foyers maliens, lieux de rencontre et d’échanges. La solidarité inter malienne est très forte partout dans le monde. Des actions similaires sont menées aux États-Unis et ailleurs. Je saisis cette opportunité pour remercier nos compatriotes et nos amis pour l’appui et la solidarité qu’ils témoignent au peuple du Mali.


Quel message voudriez-vous faire passer sur le Nord de votre pays ?


Le conflit que nous subissons se joue aussi sur le terrain de la communication. De ce point de vue, il est important de marteler que le Nord n’est pas une région purement touarègue. Les Touaregs sont une minorité parmi la mosaïque des communautés vivant au Nord du Mali (Sonrhaï, Peulhs, Maures, Arabes, etc.). Ce sont des faits souvent peu connus par le large public et encore moins à l’échelle internationale. Dans une certaine mesure, le MNLA - avec sa déclaration d’indépendance - veut faire croire que le Nord est une entité qui lui revient. Il n’en est rien. Ces terres sont aussi celles des autres ethnies.

Le nouveau Premier Ministre de la transition Cheick Modibo Diarra  a annoncé qu’aucun  « centimètre carré du sol de la patrie ne restera occupé […] et que « toutes les options sont envisageables, en premier lieu : celle de la négociation…». Quelle marge de négociations a-t-il face aux multiples factions aux intérêts divergents ?


Le Premier Ministre a bien prôné le dialogue mais pas avec le couteau sur la gorge. C’est pour cela que nous préférons le terme dialogue car sur le fond nous n’avons rien à négocier ; l’intégrité territoriale ne se négocie pas. En revanche, on peut dialoguer sur les modalités de gestion des régions du Nord. La décentralisation au Mali est à une phase avancée, mais peut-être y a-t-il encore des pistes d’amélioration.


Le rôle de la CEDEAO dans la gestion de la crise malienne a été rapide et exemplaire. Pensez-vous qu’elle ira jusqu'au bout de son action, y compris une intervention militaire pour libérer le Nord ?


Les Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont formellement confirmé leur attachement à l’unité et l’intégrité territoriale du Mali dans leur Déclaration d’Abidjan du 26 avril. Ils dénoncent non seulement « l’occupation continue des régions de Kidal, de Gao et de Tombouctou par les rebelles » mais décident aussi de prendre « toutes les mesures nécessaires visant à assister le Mali dans le rétablissement de son unité et de son intégrité territoriale. » Une Force en attente de la CEDEAO sera déployée et un Mécanisme de concertation et de coordination avec ses partenaires pour la mobilisation des appuis, mis en place par la Commission de la CEDEAO avec effet immédiat. Ces engagements forts de la CEDEAO sont des signes très encourageants.


Un mot d’espoir – croyez-vous à une résolution rapide du conflit ? Quelles sont les perspectives ?


Certes, le Mali traverse aujourd’hui une crise sans précédent dans son histoire. Dans les mois à venir, les autorités de la transition ont deux défis majeurs à relever, à savoir rétablir l’unité nationale et l’intégrité territoriale et tenir les élections libres, transparentes et démocratiques.
La tâche est difficile, cependant l’espoir est permis car le Mali est un grand pays de culture et de vieilles civilisations et il relèvera ces deux défis avec, bien entendu, le soutien des pays frères de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la communauté internationale.

 

 

 

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