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Fact Sketching

Cartooning for Peace et le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest présentent

Fact Sketching

La série « Fact Sketching » est réalisée en collaboration avec Cartooning for Peace (Dessins pour la Paix). Chaque mois, un dessin accompagné d’un texte offre un regard alternatif sur les enjeux au Sahel et en Afrique de l'Ouest. 

Créé en 2006 à l’initiative de Kofi Annan, prix Nobel de la paix et ancien secrétaire général des Nations Unies, et du dessinateur de presse Plantu, Cartooning for Peace est un réseau international de dessinateurs engagés à promouvoir, par le langage universel du dessin de presse, la liberté d’expression, les droits de l’Homme et le respect mutuel entre des populations de différentes cultures ou croyances.


L'Afrique et le COVID-19

Réponses à l’échelle du continent

Brandan (Afrique du Sud) 

Réponses à l’échelle du continent

L'Union africaine (UA) et ses Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) sont à la tête de la réponse continentale à la Covid-19. Après une réunion des ministres africains de la santé le 22 février 2020 (le premier cas de Covid-19 en Afrique de l'Ouest a été détecté au Nigéria le 27 février), l'UA a monté un groupe de travail sur le coronavirus (AFCOR), a élaboré une stratégie commune pour l'épidémie, a créé un fonds de lutte contre la Covid-19 pour les contributions des États membres de l'UA et des particuliers du continent et d’ailleurs, et a mis en place un cadre de participation des jeunes à la réponse à la pandémie. Le président de l'UA a nommé un groupe d'envoyés spéciaux pour mobiliser le soutien économique international. L'Agence de développement de l'UA (AUDA-NEPAD) a publié un livre blanc soulignant l'impact des nombreuses « inconnues connues » de la pandémie. L'organisation panafricaine a également lancé la plateforme africaine de fournitures médicales pour mettre en commun les achats et acheter des équipements médicaux certifiés. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), tous les pays africains disposent maintenant de capacités d'analyse en laboratoire du coronavirus.

 

Les réponses ouest-africaines

Des organisations régionales, telles que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), fournissent des plans stratégiques, des plateformes de coordination et des comités de surveillance. L'Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), qui est l'institution spécialisée de la CEDEAO en charge des questions sanitaires, a organisé des formations régionales pour les travailleurs de la santé et a distribué des kits de tests et des équipements de protection individuelle (EPI), ainsi que des médicaments, notamment la chloroquine et l'azithromycine, à ses 15 États membres. Il met en ligne également quotidiennement des mises à jour régionales de la Covid-19. Un sommet extraordinaire des chefs d'État a chargé l'OOAS de mettre en œuvre le plan d'action régional de riposte à la Covid-19, a décidé de soutenir la production locale de produits agricoles ainsi que la fabrication de produits pharmaceutiques et d'équipements de protection sanitaire, et de lever les restrictions à l'importation de biens essentiels au sein des pays de la CEDEAO.

 

Les mesures sanitaires face aux réalités locales

Plus d'un tiers des ménages ouest-africains ne dispose pas d'une installation de base pour se laver les mains et jusqu'à 86 % des personnes sur le continent dépendent d'un travail informel nécessitant des interactions quotidiennes en face à face. Les conséquences des mesures prises pour arrêter la Covid-19 risquent d’enliser les activités économiques à tous les niveaux : le commerce mondial des matières premières, comme c'est le cas pour les exportations de pétrole au Nigéria ou la production de coton au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Mali et au Togo ; l'intégration régionale, en retardant l'avènement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ; et les systèmes alimentaires locaux, qui sont touchés par la rupture des chaînes d'approvisionnement. Il en résulte que certains pays adoptent des mesures palliatives, comme la distribution de nourriture et de produits de première nécessité, la mise en place de filets de sécurité sociale et même l'introduction d'un revenu universel, tandis que d'autres font maintenant marche arrière sur la sévérité des restrictions initialement déclarées ou tentent d'articuler des stratégies de déconfinement intelligentes pour soutenir la reprise des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) et des ménages vulnérables.

La Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique a averti que l'Afrique pourrait perdre la moitié de la croissance de son Produit intérieur brut (PIB) en raison de la perturbation des chaînes d'approvisionnement mondiales et de la chute des prix des matières premières. Les autres prévisions envisagent même, pour la première fois depuis 22 ans, une récession. La dimension mondiale de la crise et les interdictions de voyage qui en découlent affectent fortement les flux de remises migratoires et le tourisme international. Les chaînes de valeur régionales de l'Afrique de l'Ouest sont gravement touchées, notamment dans le domaine de l'agriculture et du pastoralisme, aggravant une situation alimentaire et nutritionnelle déjà alarmante. Les Nations Unies ont mis en garde contre la détérioration rapide de la crise du Sahel qui est liée aux conflits, à l'insécurité alimentaire, aux inégalités et maintenant, à la pandémie de Covid-19, soulignant qu'au 11 mai 2020, les plans de réponse humanitaire au Sahel n'avaient reçu que 11 % des 2.6 milliards de dollars américains (USD) demandés.

Parallèlement aux politiques mises en place par les gouvernements, les institutions financières africaines proposent des réponses musclées pour atténuer les retombées socio-économiques de la Covid-19. La Banque africaine de développement a monté une émission obligataire sociale de 3 milliards USD et une facilité de réponse à la Covid-19 de 10 milliards USD. La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest soutient les institutions de crédit et les entreprises confrontées à l'épidémie. La Banque ouest-africaine de développement accorde 120 milliards de francs CFA de prêts concessionnels — soit 15 milliards de francs CFA à chacun de ses huit États membres — permettant ainsi de prendre des mesures urgentes pour faire face à la crise sanitaire et à ses conséquences.


Une exception africaine?

Glez (Burkina Faso) 

Une exception africaine ?

L'Afrique, qui abrite la majorité des personnes les plus pauvres du monde (90 % d'ici 2030) et de nombreux pays fragiles, est exposée au Covid-19. Sa démographie – un âge médian de 19 ans – pourrait limiter les impacts directs du virus. Cependant, le très grand nombre de personnes dont le système immunitaire est déjà affaibli par des carences nutritionnelles et des maladies chroniques, pourrait accélérer sa propagation. Dans les zones arides, les tempêtes de sable régulières exposent les populations à des maladies respiratoires liées à la poussière.

En outre, le nombre croissant d'agglomérations urbaines denses et souvent polluées, avec peu de possibilités de distanciation sociale, la prédominance de l'économie informelle, qui dépend de contacts directs quotidiens, et la mobilité des travailleurs saisonniers, mettront à mal les efforts de lutte contre le virus. Sans l'adhésion des communautés touchées, des mesures inadaptées et restrictives pourraient exposer les pays africains à des troubles et à des désordres.

Il est vrai que, pour l'instant, la pandémie semble se propager à un rythme plus lent en Afrique qu'ailleurs dans le monde et avec un taux de mortalité plus faible. Il est également vrai que le nombre de tests effectués est très faible (à l'exception de l'Afrique du Sud et du Ghana) et que « l'Afrique est mal équipée pour répondre à l'épidémie mortelle de coronavirus », selon l'Organisation mondiale de la santé. L' « exception africaine » au virus est donc une hypothèse qui doit être considérée avec prudence.

 

Au Sahel et en Afrique de l'Ouest, la pandémie ajoute une strate supplémentaire aux crises préexistantes.

La région est actuellement en proie à la fois à une crise alimentaire imminente – 17 millions de personnes devraient avoir besoin d'une aide alimentaire et nutritionnelle pendant la période de soudure de juin à août 2020 – et à une augmentation de la violence politique alors que des foyers de conflits au Sahel central, au lac Tchad et en Libye ont coûté la vie à 92 000 personnes depuis 2011. Le Bureau des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA) a averti que le Sahel a besoin d'une attention particulière à la lumière des activités terroristes, et a promis sa solidarité avec les pays de cette région « qui doivent lutter contre le double fléau du terrorisme et du Covid-19 ». De plus, les ministres des affaires étrangères du G5 Sahel ont appelé à une vigilance accrue à l’égard de la propagation du terrorisme à un moment où les gouvernements se concentrent sur la lutte contre le Covid-19.

En plus de disposer d'un personnel de santé limité, la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest manquent d'hôpitaux équipés en unités de soins intensifs (le Burkina Faso ne dispose que de 11 ventilateurs pour environ 20 millions de personnes) et, lorsqu'ils existent, ces établissements de santé de haut niveau sont répartis de manière inégale sur les territoires nationaux.

Les systèmes de santé africains ont souffert des réductions sévères des dépenses sociales imposées par les politiques d'ajustement structurel mises en place dans les années 90 en réponse aux conditionalités fixées par les institutions financières internationales. L'état de la santé en Afrique est encore affaibli par un rétrécissement de la marge de manœuvre budgétaire : la faiblesse des recettes fiscales (jusqu'à 5.7 % au Nigéria en 2019, par exemple) et l'augmentation de la dette publique limitent la capacité des pays à financer leurs dépenses.

Pourtant, en avril 2001, les pays de l'UA se sont réunis à Abuja, au Nigéria, et se sont engagés à consacrer au moins 15 % de leur budget annuel à l'amélioration du secteur de la santé. En 2014, aucun État d'Afrique de l'Ouest n'avait atteint cet objectif, mais l'engagement a été réitéré lors du sommet extraordinaire de la CEDEAO qui a eu lieu à la suite de l'épidémie d'Ebola dans la région et, une fois encore, lors de la récente session extraordinaire de l'Autorité des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO sur la situation et l'impact du Covid-19.


Les opinions et les arguments exprimés ici ne reflètent pas nécessairement les vues officielles des pays membres de l'OCDE ou des Membres du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO). Ce document, ainsi que les illustrations, données et cartes qu’il peut comprendre, sont sans préjudice du statut de tout territoire, de la souveraineté s’exerçant sur ce dernier, du tracé des frontières et limites internationales, et du nom de tout territoire, ville ou région.