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Croissance verte et développement durable

Nouvelles approches face aux défis économiques: un programme pour une croissance durable et inclusive

 

« Ni les économistes, ni les participants au marché, ni même les gouvernements n’avaient prévu une crise financière du type et de l’ampleur de celle que nous connaissons aujourd’hui. L’effondrement de la confiance et le gel du crédit consécutifs à la faillite de Lehman Brothers ont été un choc. »

Cette déclaration de Klaus Schmidt-Hebbel, à l’époque Économiste en chef de l’OCDE, prononcée en octobre 2008, soit un mois après l’événement, reflète bien le climat de l’époque. La crise allait en effet durer très longtemps.

Le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a réagi rapidement. En janvier 2009, l’Organisation avait lancé une initiative stratégique en réponse à la crise. Les gouvernements ont également pris des mesures rapides et concertées pour sauver le système financier (« cette machine qui fait tourner l’économie », selon M. Gurría), réduire drastiquement les taux d’intérêt et promouvoir la relance budgétaire par la politique monétaire, alors que les banques centrales optaient pour l’assouplissement quantitatif.

Si une autre Grande dépression a été évitée, les impacts de la crise perdurent. De l’avis de tous, les efforts doivent être intensifiés durablement afin d’empêcher une autre crise. Les instruments d’action dont nous disposons y suffiront-ils ?

La crise a mis à mal des concepts, modèles et politiques économiques solidement ancrés. La confiance dans le consensus mondial autour d’une libéralisation sans entrave et de la capacité des marchés de s’autocorriger a été ébranlée. Alors que les gouvernements agissaient pour éviter le pire, l’intervention de l’État sur les marchés, longtemps décriée, retrouvait une certaine légitimité. Les politiques économiques, qui avaient privilégié une croissance à court terme au détriment du bien-être, n’ont pu pallier les excès et déséquilibres des marchés tels que le creusement des inégalités, la dégradation de l’environnement et le changement climatique. Elles n’ont pas su prendre en compte la complexité et l’interdépendance de l’économie mondiale. Des modèles et des réponses simplistes n’ont pu agir sur les véritables déterminants de la croissance et du bien-être.

De nouveaux déséquilibres mondiaux ont émergé, dus notamment à l’essor de la Chine, et à une réalité plus complexe liée aux effets révolutionnaires des technologies de l’information et de la communication sur l’économie mondiale et la société. La nécessité d’améliorer la gouvernance nationale et internationale, appuyée par des analyses novatrices, est alors apparue clairement, et le G20 s’est déployé pour devenir le « premier forum de coopération économique internationale ».

En 2011, le cinquantenaire de l’OCDE a donné à l’organisation l’occasion de revoir sa mission. De nouveaux leitmotivs ont vu le jour : « Une économie mondiale plus forte, plus juste et plus saine » ; « Des politiques meilleures pour une vie meilleure » ; « Le long terme commence maintenant ». Nous devions encore nous affranchir du consensus et de la pensée de groupe qui prévalaient, renouveler nos approches analytiques et apprendre des autres acteurs. Nous avons placé le bien-être au cœur de nos efforts, conscients que les besoins et aspirations des individus ne sont pas que matériels. Le temps était venu d’élargir notre vision, d’accepter que le but ultime de la politique économique est d’améliorer la vie des individus, de regarder au-delà des objectifs d’efficience, et de nous attacher aux aspects redistributifs du bien-être et à la durabilité de nos décisions.

C’est pour répondre à cette nécessité qu’a été créée l’Initiative NAEC en 2012. Elle a été accueillie avec enthousiasme par les pays membres, qui ont encouragé cet effort de l’ensemble de l’Organisation pour tirer des leçons de la crise, et éviter qu’elle ne se reproduise. Cette initiative allait permettre de recueillir les opinions et de bousculer les idées reçues, non pour faire table rase, mais pour prendre du recul et envisager le monde sous un angle différent. Elle a également tenu compte des résultats décevants des choix stratégiques d’avant la crise, du creusement des inégalités des revenus et des chances, de la dégradation de l’environnement et du changement climatique, avec pour objectif de donner corps à un « programme d’action à l’appui d’une croissance durable et inclusive ».

Depuis trois ans, ce processus de réflexion poursuit son amélioration du cadre d’analyse et des conseils de l’OCDE sur les politiques à suivre, par une approche multidimensionnelle, la production de données nouvelles, la mise en œuvre de programmes plus collaboratifs et la refonte d’approches anciennes dans plusieurs domaines d’action. Cette évolution transparaît dans le Rapport de synthèse présenté à la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres en juin 2015.

NAEC réexamine les objectifs de l’action publique et met l’accent sur le bien-être et sa répartition à l’appui d’une croissance profitant à tous. Après avoir considéré la croissance et la productivité comme des objectifs ultimes, nous nous recentrons sur la croissance inclusive et les éléments qui, en plus du revenu, contribuent à la qualité de la vie. Nous avons commencé à parler d’inégalités au pluriel, car l’accès aux opportunités (dans l’éducation, la santé, etc.) influe également sur le bien-être.

Cette approche intégrée de l’action publique nous aide à comprendre les arbitrages de manière plus réaliste et efficace, et à relever les défis économiques d’une manière plus réaliste et plus efficace. Elle privilégie des mesures collaboratives et cohérentes face à des problèmes interconnectés, plutôt qu' une approche compartimentée qui a causé des dommages à l’action publique. Elle nécessite également une conception plus sophistiquée des politiques, dans un monde où celles-ci peuvent avoir des retombées positives ou néfastes. Afin d’éviter que la crise financière ne se reproduise, NAEC préconise ainsi une intégration plus explicite du secteur financier dans les modèles économiques à des fins de stabilité financière.

Les dirigeants doivent envisager l’économie comme un système évolutif complexe, une conception qui suppose une vigilance constante et davantage d’humilité de leur part. Ils doivent se comporter comme des médecins plutôt que comme des mécaniciens, et tenir compte des risques systémiques, des incertitudes, des retombées, des atouts, des faiblesses et des sensibilités humaines. De nouveaux outils économiques comme l’économie comportementale, mais également des alliés plus anciens tels que l’histoire, la sociologie ou la psychologie, informent nos analyses et nous permettent de mieux comprendre le contexte et les résultats de la prise de décision.

Il convient de mieux appréhender chaque contexte national, les atouts historiques, institutions, normes sociales et orientations stratégiques. Des solutions sur mesure doivent adapter les réponses globales à des contextes nationaux, dans le cadre de pratiques optimales évolutives.

Nous devons également adopter une perspective à plus long terme, prévoir des plans B et C en fonction des différentes évolutions envisageables et, ce faisant, améliorer notre prospective stratégique, sortir des cadres traditionnels et ne pas hésiter à défendre des idées généralement rejetées, afin d’élargir notre vision.

L’OCDE a bâti sa réputation sur des cadres et des données solides qui doivent aujourd’hui être renforcés. Nous élaborons par conséquent des mesures, instruments et outils nouveaux, et généralisons leur utilisation. L’Indicateur du vivre mieux, nos données sur la productivité, l’environnement et la qualité des emplois sont des exemples de cette amélioration de notre compréhension de la croissance et du bien-être durables.

Notre analyse de la « distance par rapport au défaut » nous aide à anticiper et, nous l’espérons, à prévenir les défaillances bancaires. Nous mesurons désormais les stocks − les inventaires et actifs manufacturés, mais aussi le capital naturel et social − de manière plus exhaustive. Nous perfectionnons nos analyses des microdonnées et des données massives, afin de mieux informer les recommandations sur les politiques à suivre.

Dans un contexte de chômage élevé et de creusement des inégalités, nous concevons un plan d’action à l’appui de la croissance inclusive, afin de remédier à l’évolution de la redistribution qui a permis aux 10 % les plus riches de s’approprier l’essentiel du revenu national, au détriment des 40 % les plus pauvres, contraints de vivre au jour le jour. Nous élaborons les outils d’analyse qui montrent que les inégalités, en plus de détruire le tissu social et provoquer des tensions, minent le développement de nos économies.

Les publications phares de l’OCDE, qui suivent divers indicateurs économiques, sociaux et environnementaux, reflètent cette évolution et mettent davantage l’accent sur les risques financiers, les tensions systémiques, la résilience, les simulations de crise, les vulnérabilités et les asymétries nationales et internationales.

Sommes-nous aujourd’hui plus avisés ? Le temps le dira. Les places boursières du monde entier recommencent à s’envoler, en dépit du chômage élevé et de l’incertitude mondiale. Allons-nous vers une autre crise ? Ou saurons-nous puiser dans cette richesse pour investir dans notre capital humain, productif, social et naturel ?

Nous devons nous poser ces questions, lors de la Semaine de l’OCDE et après. Nous devons faire preuve d’audace dans nos réflexions et adopter, face aux défis économiques, les approches nouvelles qui nous permettront réellement de mettre en œuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure.


Pour plus d’informations sur NAEC, voir www.oecd.org/fr/naec

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L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Gabriela Ramos

Gabriela Ramos
Directrice de cabinet et
Sherpa auprès du G20

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