La consommation, l'innovation et l'environnement

Lancement du rapport de l’OCDE « De l’eau pour tous : Perspectives de l’OCDE sur la tarification et le financement »

 

Exposé liminaire de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, au 5ème Forum mondial de l’eau

Istanbul, 17 mars 2009


Chers amis et collègues,


Je suis très heureux de me trouver à Istanbul pour présenter la contribution de l’OCDE au 5ème Forum mondial de l’eau.


La crise financière et économique fait la une des journaux. Les gouvernements s’emploient au plus vite à relever les défis sans précédent qui se posent aujourd’hui. Mais tandis que nous combattons la crise, nous ne devons pas oublier les problèmes de longue date, en particulier la question de l’eau.


Pour certains, les finances, les combustibles, la nourriture et l’eau douce représentent des défis majeurs. Mais dans le cas de l’eau, on parle d’un « défi silencieux ».


Pourtant, il s’agit là d’un problème qui ne disparaîtra pas avec la crise. Un milliard d’êtres humains ne disposent pas d’eau potable et 2.5 milliards n’ont pas accès à des services d’assainissement de base. Nous savons que l’eau polluée et l’absence d’assainissement entraînent chaque année 1.5 million de décès évitables d’enfants. C’est la plus forte cause de mortalité infantile avec le paludisme et la malnutrition. Selon l’Organisation mondiale de la santé, investir 1 dollar dans l’eau et l’assainissement permet d’économiser entre 4 et 12 dollars uniquement en soins de santé évités.


L’eau est notre bien le plus essentiel et nous devons lui accorder plus d’importance sur le plan politique. Il nous faut trouver des approches inédites et novatrices pour permettre à tous d’avoir accès à l’eau et à l’assainissement.


Les perspectives ne sont guère brillantes. A l’horizon 2030, près de la moitié de la population mondiale, soit quelque 3.9 milliards de personnes -- un milliard de plus qu’aujourd’hui --, vivront dans des régions en situation de stress hydrique. Il en résultera une concurrence plus vive, voire des conflits, pour des ressources en eau toujours plus rares.


Oui, nous avons besoin d’un plus ample débat politique sur l’eau, en particulier au plus haut niveau. Nous devons sensibiliser l’opinion publique en vue d’inciter les dirigeants politiques à réformer et améliorer la gestion de l’eau. S’il est un point  qui mériterait d’être incorporé dans les programmes de relance budgétaire actuels, c’est bien la question de l’eau. L’eau offre le meilleur exemple des dépenses génératrices de « doubles dividendes » que ces programmes offrent l’occasion de réaliser. L’OCDE a élaboré une Réponse stratégique afin d’aider les gouvernements à combattre la crise financière et économique. Elle souligne le rôle crucial que les infrastructures peuvent jouer en créant les conditions d’une croissance à long terme viable.


Je tiens à féliciter nos hôtes turcs d’avoir prévu une session des Chefs d’État dans le cadre de ce Forum. Cela coïncide avec l’intérêt exprimé par de nombreux pays. Le Japon et l’Italie remettent la question de l’eau à l’ordre du jour du G8. Ces initiatives sont cruciales pour susciter le soutien politique de haut niveau nécessaire afin que tous les niveaux d’administration prennent des mesures – échelon local compris.


L’OCDE mène une action très énergique dans le domaine de l’eau. L’ouvrage De l’eau pour tous : Perspectives de l’OCDE sur la tarification et le financement, ainsi qu’une synthèse plus brève destinée aux décideurs, se fondent sur six rapports analytiques plus détaillés qui seront présentés dans d’autres sessions au cours de ce Forum. Tous ces documents :

  • Mettent en lumière les aspects économiques et financiers du problème de l’eau ;
  • Traitent les défis dans une optique transsectorielle ; et
  • Constituent un ensemble robuste d’observations sur la façon de s’attaquer à ces problèmes.


Notre analyse propose des solutions et des instruments d’action pour aider les pays, avec des approches qui peuvent être mises en pratique.


Plusieurs aspects exigent une attention immédiate.


L’agriculture et l’eau

L’agriculture est un acteur critique, car elle absorbe 70 % de la consommation d’eau à l’échelle mondiale, et environ 40 % dans les pays de l’OCDE. En outre, c’est un secteur où les réformes demandent à être approfondies. Les gouvernements continuent à subventionner les utilisations agricoles de l’eau, ce qui constitue l’un des principaux facteurs d’aggravation du stress hydrique. Un plus large recours aux mécanismes d’allocation par le marché s’impose pour favoriser une utilisation plus efficiente de l’eau. Nous avons examiné les instruments que les pays de l’OCDE appliquent avec les résultats les plus probants.


Déficit de financement pour la distribution d’eau et l’assainissement

L’agriculture est une source de coûteux gaspillages, mais le vieillissement des infrastructures de l’eau en est une autre. On estime que les États-Unis devront investir 23 milliards USD par an pendant les vingt prochaines années pour maintenir les infrastructures de l’eau au niveau de service actuel, tout en respectant les normes de santé et d’environnement. Pour réaliser l’extension des services de l’eau et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, les pays en développement devront doubler leurs dépenses et les porter aux alentours de 18 milliards USD par an. De surcroît, il leur faudra entretenir les infrastructures de l’eau existantes, ce qui exigera 54 milliards USD de dépenses supplémentaires chaque année.


Améliorer la gouvernance et la participation du secteur privé

Améliorer la gouvernance de l’eau revêt aussi une importance vitale. Cela permettrait d’économiser des sommes colossales. L’organisation du secteur de l’eau – sa structure d’incitations – influe sur l’efficience des utilisations de la ressource, rendant ainsi les investissements plus attractifs.


L’un des aspects de la gouvernance tient à la participation du secteur privé. Dans les pays en développement, on compte désormais un large éventail d’acteurs privés, et le débat a dépassé l’opposition secteur public-secteur privé. Il porte maintenant sur les conditions dans lesquelles les services de l’eau peuvent être fournis de manière efficace et efficiente, par des acteurs publics, privés ou dans le cadre d’un régime mixte. Afin d’aider les gouvernements à optimiser le résultat de ces partenariats, nous avons produit une étude intitulée Infrastructures en eau et secteur privé : Guide de l’OCDE pour l’action publique.


Mettre en œuvre des plans de financement stratégiques

Nous devons aussi adopter une approche plus stratégique de la planification financière dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Notre objectif est de parvenir à un recouvrement durable des coûts, sur la base des « 3T » : tarification, taxes et transferts. Dans les pays en développement, les transferts prennent essentiellement la forme de l’aide publique au développement (APD). Certains financements tels que les prêts ou les emprunts obligataires doivent ensuite être remboursés. En revanche, les fonds générés par les 3T vont dans le secteur de l’eau et n’en sortent pas. Nous avons élaboré le modèle FEASIBLE, que plusieurs pays ont utilisé pour élaborer des stratégies financières réalistes pour l’eau et l’assainissement. Nous travaillons aujourd’hui de concert avec la Banque mondiale, l’Initiative de l’UE dans le domaine de l’eau et d’autres acteurs pour promouvoir une plus large utilisation de cette méthode.


Rôle de la tarification dans le recouvrement durable des coûts

Parmi les 3T, la tarification est la clé d’un recouvrement durable des coûts, et elle est justifiée lorsqu’elle s’accompagne de subventions en faveur de ceux qui n’ont pas les moyens de payer. La tarification incite les consommateurs à économiser l’eau, et dans la plupart des pays elle représente la majeure partie des financements consacrés à l’eau et à l’assainissement. Le « recouvrement intégral des coûts » par la tarification devrait être l’objectif de long terme. Mais un « recouvrement durable des coûts » au moyen des 3T reconnaît qu’un financement public du secteur de l’eau et de l’assainissement est justifié lorsqu’il a des retombées socio-économiques, notamment en ce qui concerne la santé publique et l’accès des populations démunies aux services de l’eau. Aujourd’hui, dans la plupart des pays, le recouvrement des coûts “durable”, et non “intégral”, représente une stratégie d’action plus pratique et plus réaliste.


Les flux d’APD au secteur de l’eau et de l’assainissement

Les derniers chiffres de l’aide publique au développement dans le secteur de l’eau montrent qu’elle  s’est accrue ces dernières années, pour atteindre 6.2 milliards USD, soit 8 % de l’APD totale en 2006-0. Mais cette évolution n’est qu’à moitié satisfaisante, car l’aide est inégalement répartie. Elle profite surtout aux pays qui bénéficient déjà d’un accès satisfaisant aux services de l’eau et/ou qui ont des relations étroites avec les donneurs. Les flux d’aide publique au secteur de l’eau en Afrique subsaharienne ont même diminué en proportion des flux d’aide totaux. En fin de compte, l’APD joue un rôle relativement mineur dans le financement des infrastructures de l’eau. Nous démontrons qu’une meilleure utilisation de l’APD permettrait dans une large mesure de faire jouer l’effet de levier pour obtenir les financements indispensables auprès de sources privées.


La crise financière/économique et l’eau

La crise financière et économique actuelle présente à la fois des défis et des opportunités pour le secteur de l’eau. Confrontés à la baisse des recettes, les gouvernements pourraient être tentés de réduire le financement public des investissements dans les infrastructures de l’eau et de l’assainissement. Mais compte tenu des retombées économiques considérables que l’on peut en attendre, les pouvoirs publics doivent aller plus loin et intégrer ces investissements dans leurs programmes de relance budgétaire. Les États-Unis et la Chine ont déjà pris ce chemin. Les gouvernements des pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE et les participants à la récente Conférence de Doha sur le financement du développement sont convenus de maintenir les flux d’aide au niveau des engagements antérieurs. Ces développements incitent plutôt à l’optimisme.


En conclusion, nous devons saisir l’occasion qui se présente pour mieux gérer l’avenir de l’eau, ressource vitale dont dépend le développement humain. L’OCDE déploie tous ses moyens pour appuyer les efforts internationaux en vue d’assurer un accès à l’eau et à l’assainissement aux milliards d’êtres humains qui en sont encore privés, et de mieux gérer des ressources en eau de plus en plus limitées. L’OCDE se tient prête à vous aider dans cette action.


Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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