Chili

L’éducation publique au Chili

 

Depuis plus de 30 ans, l’éducation au Chili est considérée comme une marchandise et, par conséquent, le système éducatif chilien comme un marché réglementé, soumis au principe de la rentabilité financière. Au fil des ans, des milliards de dollars ont été transférés des caisses publiques à des sociétés privées, et transformés en profit privé.

Pendant ce temps, l’éducation publique au Chili a été complètement abandonnée. L’hégémonie néolibérale a surestimé l’idée de la main invisible du marché, et les établissements publics ont été traités de la même façon que les établissements privés.

Le principe de l’égalité de traitement dans le système éducatif chilien s’explique facilement : les ressources publiques injectées dans l’éducation sont distribuées aux établissements publics comme privés, sans critères juridiques permettant à l’État de les distinguer, empêchant ainsi toute discrimination et tout traitement de faveur. Dans ce contexte, tandis que la fréquentation des établissements privés augmente, celle des établissements publics diminue de façon proportionnelle. La politique de financement de l’éducation s’inscrit donc largement dans la logique néolibérale de l’action publique au Chili. Elle est en fait la cause probable de l’état critique dans lequel se trouve l’éducation publique aujourd’hui.

Un exemple instructif est le CAE (Crédito con Aval del Estado), un prêt étudiant garanti par l’État qui permet aux jeunes qui n’en auraient normalement pas la possibilité d’accéder à l’enseignement supérieur. Un rapport de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) sur le CAE indique que la façon dont le système est construit permet aujourd’hui aux banques d’accumuler un portefeuille rentable, sans risque, en faisant supporter à l’État la charge de segments très coûteux et en facturant des primes excessives.

Pendant 30 ans, (presque) tous les changements institutionnels ont stimulé l’offre du secteur privé, mais pas celle des établissements publics. Nous voyons aujourd’hui les résultats de ces politiques : l’école publique enregistre à peine un tiers des inscriptions, tandis que 15 % seulement des étudiants fréquentent des établissements publics d’enseignement supérieur. Le Chili affiche le taux de fréquentation des universités publiques le plus bas des pays membres de l’OCDE et, avant la réforme du système éducatif, l’éducation publique au Chili semblait condamnée.

Dans ce contexte, le programme du gouvernement Bachelet peut être interprété très simplement : l’État doit fournir directement les services d’éducation, cette démarche étant un aspect essentiel du changement d’orientation demandé par la population. Bien entendu, pour en finir avec notre système éducatif néolibéral et faire ainsi de l’éducation un droit social, il est primordial de développer l’éducation publique en tant que moteur du processus de réforme institutionnelle, ce qui renforcera la confiance et la cohésion sociale.

Nous ne renoncerons pas à ces objectifs, dont la réalisation exige d’élaborer des politiques publiques pour contrer le néolibéralisme (toujours omniprésent au Chili) et d’instaurer un nouveau système d’éducation publique fondé sur l’engagement démocratique. Le projet de loi sur la réforme de l’éducation vise à renforcer l’accès à une éducation de qualité, sans discrimination sociale et économique.

Il va de soi que la transformation de l’éducation au Chili est loin d’être facile. Nous devons dépasser la vision marchande des services éducatifs pour aller vers un système institutionnel capable de garantir le respect de la dignité et de promouvoir l’intégration dans la société. Pour atteindre ce but, le nouveau système doit reposer sur l’équité et renforcer la collaboration citoyenne : les droits de chaque enfant et de chaque jeune, fille ou garçon, doivent être pris au sérieux, sans aucune discrimination.

 

*Camila Vallejo était une représentante étudiante pendant le Mouvement social pour l’éducation publique en 2011.

Pour en savoir plus sur l’étude de la BIRD, voir www-wds.worldbank.org

 

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‌‌‌‌Camila Vallejo Dowling

Camila Vallejo
Dowling
Parti communiste, membre du Parlement (Congrès), Chili*

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