Canada

Montréal, métropole de talent, métropole inclusive

 

Discours de Angel Gurría

Secrétaire général, OCDE

Lancement du rapport, Montréal Métropole de Talent

14 juin 2016

Hôtel de Ville, Montréal

 

 

Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs,


La faiblesse de la croissance et la montée des inégalités sont des défis majeurs auxquels doivent faire face la majorité des responsables des politiques publiques de par le monde, qu’ils soient chefs de gouvernement, ministres, députés, ou élus locaux.


La croissance inclusive est en effet l’affaire de tous, et notamment des grandes métropoles comme Montréal. Celles-ci sont des moteurs cruciaux de la croissance, à l’origine de 60% des emplois créés dans les pays de l’OCDE au cours des 15 dernières années. Mais c’est aussi dans les grandes villes que les inégalités sont le plus prégnantes et où leurs effets néfastes sont le plus intensément ressentis. Les métropoles doivent faire face notamment à des marchés du travail toujours plus fragmentés, ce qui contribue largement à creuser les écarts de revenus entre les citoyens.


Je me réjouis donc de lancer aujourd’hui avec le Maire Coderre un nouveau rapport de l’OCDE intitulé «Montréal, métropole de talent » et d’engager ainsi plus encore la métropole de Montréal sur la voie de la croissance inclusive.


Un potentiel sous exploité


Montréal est un cas d’école fascinant des paradoxes auxquels sont confrontées les villes aujourd’hui.


D’un côté, la ville dispose d’atouts indéniables pour former et attirer les talents, notamment grâce à la présence d’universités et de centres de recherche de renommée internationale. Selon le classement QS, Montréal était la 7ème meilleure ville étudiante dans le monde en 2015, devant Boston (13ème) et New York (20ème). Elle possède un écosystème d’innovation dense, comprenant de nombreuses start-up dynamiques et des grands groupes industriels de pointe, dans des domaines aussi divers que la production de jeux vidéo (5ème concentration la plus importante au monde), et l’aérospatial (70% de la R-D et 50% des emplois du Canada).


Mais Montréal n’a pas réussi à transformer pleinement ces atouts en termes de productivité, d’emploi de qualité et d’innovation. Elle n’est pas non plus le moteur de développement économique et social au Québec et au Canada qu’elle pourrait être.


Entre 2001 et 2012, la productivité des travailleurs n’a augmenté que de 0.1% par an en moyenne, soit une croissance plus faible que celle observée dans la plupart des métropoles nord-américaines.


La ville peine aussi à générer suffisamment d’emplois de qualité et certains segments de la population, comme les immigrants, en pâtissent plus particulièrement.


Enfin, de trop nombreux jeunes n’acquièrent pas les compétences suffisantes pour s’insérer correctement sur le marché du travail. Même si le taux de décrochage scolaire est en baisse (de 25% en 2009 à 21% en 2013), il est alarmant de constater que près de 2500 jeunes montréalais sont sortis du système scolaire sans aucune qualification en 2013.


Alors, pourquoi ces retards ?

 

  • Parce que les idées des entrepreneurs montréalais ne se transforment pas suffisamment en création d’entreprises à forte croissance et à la frontière de l’innovation

  • Parce que les nombreuses universités sont trop souvent coupées du reste de l’économie locale.

  • Parce que l’enseignement et la formation professionnels et techniques ne sont pas pleinement adaptés aux nouveaux besoins des entreprises et des individus.

  • Parce que trop peu de jeunes poursuivent leurs études après l’école secondaire.

  • Parce que les talents qui affluent à Montréal en repartent trop rapidement.


Pourtant un grand potentiel de progrès en matière d’emploi, de productivité et de croissance inclusive est à la portée de la Ville et de ses partenaires.


Faire de Montréal un modèle de croissance inclusive


Pour faire de Montréal un moteur de croissance inclusive, le rapport de l’OCDE souligne l’importance d’une meilleure utilisation des talents et des compétences. Il faut non seulement améliorer les compétences des salariés mais aussi stimuler les ambitions des employeurs afin qu’ils puissent les utiliser pour innover davantage.


Le rapport sur Montréal propose une série de pistes d’action précises à ce sujet:

  • Premièrement, il faut encourager l’innovation et la croissance des PME, par des politiques publiques mieux ciblées et mieux coordonnées, qui encouragent une plus grande ouverture sur le monde.

  • Deuxièmement, il faut encourager les différents acteurs économiques, de la start-up jusqu’au grand groupe industriel, à collaborer davantage entre eux dans une logique de réseaux d’innovation.

  • Troisièmement, il faut mieux orienter la formation et la recherche, notamment les activités de recherche appliquée, afin que l’innovation se diffuse davantage et naisse au sein du tissu de PME. Il faut innover notamment dans l’organisation du travail.

  • Quatrièmement, il faut élever le niveau des qualifications, en adaptant le système éducatif et de formation des adultes aux besoins actuels et en encourageant les individus à investir dans leur propre formation et à poursuivre leurs études. Enfin, il faut favoriser l’insertion des immigrants au marché du travail et les faire participer davantage aux processus d’innovation. L’immigration est une source de dynamisme démographique, économique et culturelle. Il faut donc tout faire pour mieux intégrer les nouveaux arrivants à la société.


Permettez-moi à ce sujet de saluer les efforts déjà mis en œuvre. La création du Bureau d’Intégration des nouveaux arrivants à Montréal (BINAM), va dans le sens d’une plus grande adaptation des interventions aux besoins spécifiques des individus et d’une meilleure coordination entre les différents organismes. Il faudrait maintenant créer davantage de liens entre le BINAM et les partenaires du marché du travail.


Une stratégie globale et collective


Ce rapport propose une stratégie globale dont le succès dépendra d’une implication de l’ensemble des acteurs de l’éducation, de la recherche, de la formation, de l’emploi, de l’immigration, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Pour cela, il convient de renouveler le cadre de gouvernance pour que l’ensemble des acteurs soient responsabilisés et participent activement à l’atteinte de résultats collectifs et ambitieux.


Il existe de nombreux exemples dont Montréal peut s’inspirer. Je pense notamment à ce qui a été réalisé au Royaume-Uni au travers des City Deals. Il s’agit de partenariats qui rassemblent les acteurs locaux et les différents niveaux de gouvernement autour de contrats visant des objectifs ambitieux et redéfinissant le rôle de chacun. Plusieurs villes ont suivi cet exemple, notamment la ville de Lyon, en France.


Une gouvernance claire est essentielle pour que les politiques publiques produisent des effets significatifs et durables. Je tiens d’ailleurs à saluer les efforts qui ont été réalisés afin de poursuivre les réformes de la gouvernance à Montréal depuis l’Examen territorial de l’OCDE en 2004. L’évolution institutionnelle en cours vers un statut de métropole permettra de franchir une nouvelle étape en donnant plus de moyens à la Ville de Montréal pour réaliser ses ambitions stratégiques et en clarifiant le rôle des différents niveaux de gouvernement.


Campagne des maires pour une Croissance Inclusive dans les villes


Un leadership fort de la part des acteurs locaux est également primordial pour impulser le changement et produire des résultats concrets. Monsieur le Maire, je tiens à saluer votre engagement auprès de l’OCDE dans le Campagne pour la Croissance Inclusive dans les villes, en tant que « Maire Champion ».


Cette initiative, que nous menons conjointement avec la Fondation Ford, a été lancée officiellement à New York en mars dernier, en présence du Maire de New York, Bill Di Blasio, et d’une vingtaine d’autres maires, notamment de Genève, Stockholm, Medellin, Lisbonne, ou Dakkar. À ce jour, 50 Maires champions ont rejoint la coalition et adopté la Proposition de New York, une feuille de route où ils s’engagent à promouvoir des systèmes éducatifs, des marchés du travail, des politiques du logement et des environnements urbains plus inclusifs.


Monsieur le Maire, je connais vos engagements dans ces différents domaines, et votre ambition de redonner à la ville de Montréal une stature internationale dont les bénéfices seraient partagés par tous les Montréalais. Nous comptons sur vous et vos équipes pour vous impliquer activement dans la Campagne pour la Croissance Inclusive.


L’OCDE reste à vos côtés pour continuer de soutenir vos efforts pour valoriser les talents de tous vos citoyens, pour une ville plus prospère et plus équitable.


Je vous remercie de votre attention.