Direction de la coopération pour le développement (DCD-CAD)

Plus de données impliquent plus de responsabilités

 


par
Charlotte Petri Gornitzka, Présidente, Comité d’aide au développement
et Jorge Moreira da Silva, Directeur, Direction de la coopération pour le développement

Si personne n’entend parler des 142.6 milliards USD consacrés au développement, est-ce important ?

Tout dépend qui vous êtes. En Afghanistan ou au Soudan du Sud, les mères peuvent décrire à quel point des programmes de développement efficaces ont transformé la vie de leur famille au quotidien –, mais il faut disposer de données statistiques solides pour faire savoir dans quelle mesure ces milliards de dollars améliorent la condition humaine et bâtissent des sociétés plus stables pour tous.

En 2016, l’aide publique au développement (APD) à l’appui d’objectifs de développement s’est élevée à 0.32 % du produit intérieur brut des pays developpés – soit un niveau sans précédent. On observe en revanche un fléchissement de l’aide destinée à ceux qui en ont le plus besoin, notamment les pays les moins avancés (PMA). Le rapport de juin 2017 sur le Programme de développement à l’horizon 2030 – la feuille de route mondiale élaborée pour mettre fin à la pauvreté, aux inégalités et à l’injustice pour tous à l’horizon 2030 au moyen d’un ensemble de 17 objectifs et 232 indicateurs – montre que les progrès sont lents et les données incomplètes.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons brosser le tableau complet des retombées de l’investissement à l’appui du développement sur la vie des hommes et des femmes, et de sa contribution à l’émergence d’un monde plus sûr, plus stable et plus prospère. Les données sur le développement ont la faculté de donner à voir les histoires humaines qui se jouent derrière les frontières des États fragiles et des pays les moins avancés. L’avenir de la coopération pour le développement dépendra des données factuelles qui pourront être réunies sur les résultats concrets que produit – ou peut produire – l’APD associée à des investissements plus soutenus et mieux ciblés. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas répondre à ce double impératif : avoir une vision
claire des résultats obtenus et intensifier les investissements en connaissance de cause.

Heureusement, nous pouvons désormais nous appuyer sur des outils très performants pour obtenir des données pertinentes sur les résultats en matière de développement. Aujourd’hui, les mégadonnées (ou « données massives ») sont utilisées pour nous dire comment répondre à un courriel ou quelles informations lire. Nous savons que les grands groupes s’en servent pour prévoir le
comportement des consommateurs, la prestation des fournisseurs, les pannes de matériel, ou pour planifier les opérations de maintenance préventive. Les mégadonnées ont également des incidences importantes dans les domaines de l’énergie, de l’environnement et de la santé. En les mettant au service de la génomique, il pourrait être possible de repérer des maladies qui sévissent dans des zones géographiques déterminées. La révolution des données peut grandement concourir à étayer des politiques de développement innovantes et ouvrir de nouvelles perspectives aux populations des pays en développement. Mais les déficits de données créent un déséquilibre dangereux, qui fait que certaines catégories de population sont mises en avant quand d’autres, parmi les plus vulnérables, restent invisibles.

Intéressons-nous aux données dont on dispose sur les déficits de données sur le développement. Sachant qu’à peine plus de la moitié des pays du globe enregistrent de manière exhaustive les naissances et les décès, et que 37 pays seulement ont adopté des textes législatifs dans le domaine de la statistique conformes aux normes des Nations Unies, il n’est pas étonnant de constater qu’il n’existe pas la moindre donnée pour les deux tiers des indicateurs des Objectifs de développement
durable (ODD).

Il incombe aux acteurs de la coopération pour le développement de convertir les évolutions incessantes qui s’opèrent dans le monde des données en résultats concrets en matière de développement, en apportant leur soutien à des systèmes statistiques perfectionnés, exploités par les pays eux-mêmes, en particulier dans les PMA. Pour que les systèmes soient efficaces, il faut de
l’intelligence et du coeur afin de recueillir des données de qualité, à jour et détaillées, en ce qui concerne notamment les populations qui risquent le plus d’être laissées de côté. Le rapport Coopération pour le développement 2017 formule six recommandations en vue d’une action immédiate portant sur les investissements actuels et futurs en matière de développement.

Que faut-il faire pour mettre en oeuvre ces actions ? L’accroissement du volume de l’aide ne sera pas à lui seul un gage de réussite. La qualité du financement à l’appui des statistiques doit être améliorée par la réduction des doubles emplois, un meilleur ciblage et une coordination plus efficace des investissements là où leur impact est le plus fort. Une réelle volonté politique est indispensable pour faire en sorte que les données deviennent une priorité stratégique transversale des politiques de coopération pour le développement. Une augmentation de 200 millions USD par an de l’APD actuellement consacrée aux statistiques permettrait de combler le déficit de financement qui freine la production de données pour les ODD dans les pays en développement. En termes de retour sur investissement, cela signifie qu’un effort représentant moins de 1 % du volume total de l’aide permettrait de préserver la crédibilité des 99 % restants, et d’assurer que l’aide est dispensée là où elle est le plus utile. C’est l’équation doublement gagnante du développement : investir dans les données au service du développement permet à ceux qui en ressentent les effets de se faire entendre, de cibler l’aide là où les besoins sont les plus grands, tout en offrant aux contribuables des pays fournisseurs de coopération pour le développement une image plus précise des résultats obtenus.

 

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