Aide pour le commerce

Aide pour le commerce : agir avec efficacité

 

Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE

 

Paris, 3 novembre 2008


Introduction


Chers participants, Mesdames et Messieurs, je suis très honoré de vous accueillir dans le cadre du Dialogue de l’OCDE sur l’aide pour le commerce, généreusement soutenu par la Commission européenne et le Fonds Marshall allemand.


Il y a près d’un an, nous nous sommes réunis à l’OMC pour faire le bilan de l’initiative d’aide pour le commerce. Ce premier Examen mondial a été couronné de succès, et il ne pouvait en être autrement puisque toutes les parties prenantes y ont activement contribué. L’OCDE a constaté que les donneurs et les partenaires accordaient progressivement une plus grande priorité aux échanges dans leurs stratégies de développement, et que les flux consacrés à cet aspect de l’aide s’accroissaient. Les possibilités de mobilisation de fonds complémentaires apparaissaient donc prometteuses.

De fait, en 2006 les flux mondiaux d’aide au commerce ont augmenté de 10 % en termes réels. Et comme il s’agit là de ressources supplémentaires, cette progression ne s’est pas faite au détriment de l’aide aux secteurs sociaux. La plus grande partie de l’augmentation observée concernait l’Afrique subsaharienne, région qui doit faire face à des besoins considérables, mais qui possède aussi un énorme potentiel de développement économique. Les programmes régionaux, instruments efficaces pour surmonter les obstacles transfrontières, ont également bénéficié d’une forte hausse des financements et représentent maintenant 18 % des flux totaux d’aide pour le commerce. Nous disposerons bientôt de nouvelles données qui devraient confirmer ces tendances pour 2007.

En revanche, les perspectives pour 2009 sont beaucoup moins brillantes. L’économie mondiale traverse l’une de ses phases les moins favorables. La crise financière et ses effets sur l’économie réelle, l’extrême instabilité des prix des matières premières et l’échec des négociations de Doha contribuent à assombrir les perspectives économiques. Il ne fait pas de doute que l’aide pour le commerce pourra en pâtir si nous n’intensifions pas nos efforts de développement.

Je présenterai le contexte dans lequel se déroule ce Dialogue, en soulignant qu’il faut éviter de revoir à la baisse nos engagements d’aide pour le commerce, compte tenu de la récession économique. J’expliquerai ensuite pourquoi nous devons accroître et améliorer cette aide et je présenterai quelques propositions dans ce sens.

Quelles sont les perspectives en matière d’aide pour le commerce ?


La crise financière et la récession économique

À court et à moyen terme, la crise financière et la probable récession économique pourraient bien menacer la contribution des échanges aux objectifs de croissance et de réduction de la pauvreté dans les pays pauvres. De surcroît, un ralentissement de l’activité dans la zone de l’OCDE déprimera la demande de matières premières, sur laquelle reposait une grande part de la croissance des pays à faible revenu. Avec la baisse des recettes d’exportation, il sera plus difficile de financer les programmes d’investissement des pays en développement, et la dépendance de certains gouvernements à l’égard des recettes tarifaires rendra leur budget vulnérable à toute réduction des flux d’échanges.

L’importance de l’aide pour le commerce s’en trouve donc accrue, et non diminuée. Alors que la demande fléchit et que la concurrence se renforce, l’aide au commerce est essentielle pour améliorer la réactivité de l’offre. C’est pourquoi les donneurs doivent honorer leurs engagements d’aide pour le commerce, en particulier en faveur des pays en développement les plus pauvres qui risquent fort de voir se réduire d’autres sources de financement du développement. La semaine dernière, le Président du CAD et moi même avons adressé une lettre aux chefs d’État pour leur demander de souscrire à une déclaration sur la politique d’aide, et de s’abstenir dans ce contexte de toute coupe budgétaire incompatible avec leurs engagements d’aide actuels. Nous avons défendu la même idée aux réunions du Comité de développement à Washington en octobre dernier.


La flambée des prix alimentaires mondiaux

La crise financière et ses conséquences sur l’économie réelle aggraveront la situation à laquelle les pays en développement doivent déjà faire face en raison du prix élevé de l’énergie et des produits alimentaires. Heureusement, les prix des denrées alimentaires ont beaucoup baissé, après avoir atteint un pic il y a deux mois à peine, mais il reste très difficile d’en prévoir l’évolution dans les trois à six prochains mois.
Il est probable cependant qu’au cours de la prochaine décennie les prix alimentaires seront très supérieurs à leurs niveaux moyens de la décennie passée.


À long terme, les prix élevés des denrées alimentaires auront de graves répercussions sur les plus démunis, en termes de famine et de nutrition, et affaibliront leur capacité à sortir durablement de la pauvreté. Dans ce contexte, l’aide au commerce est importante pour permettre aux agriculteurs de mieux répondre aux incitations que ces prix offrent normalement en faveur des investissements agricoles.

 

L’échec des négociations de Doha

Cela m’amène au troisième problème rencontré par l’aide pour le commerce : l’incapacité de mener à bien le Programme de Doha pour le développement.

La mise en place de nouvelles réformes commerciales mutuellement bénéfiques reste un objectif essentiel du développement, et nous devons conclure le Cycle de Doha.

Des progrès considérables ont été accomplis au fil des ans. Sous l’impulsion efficace et infatigable de Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC, les pays se sont rapprochés d’un résultat qui, en cas d’accord, aurait fait du Cycle de Doha l’un des plus fructueux du GATT et de l’OMC. Nous devons nous appuyer sur cet acquis pour relancer les travaux, et envoyer ainsi un signal positif très fort dans les circonstances actuelles.

 

Pourquoi il faut augmenter et améliorer l’aide au commerce

Les pays en développement sont aujourd’hui confrontés à une situation telle que le resserrement du crédit et la récession imminente sur les principaux marchés de l’OCDE risquent de bloquer les flux d’aide, d’échanges et d’investissement. Du fait de la pression qui s’exercera alors sur leurs budgets, il deviendra difficile de financer les stratégies en faveur des OMD. Ces dangers se précisent alors même que des ressources indispensables pour financer les investissements générateurs de croissance doivent être mobilisées pour faire face au renchérissement des produits alimentaires.


Dans un tel contexte, il est impératif d’accroître et d’améliorer l’aide au commerce pour renforcer la réactivité de l’offre. Les solutions consistent à améliorer la compétitivité des pays en développement, à diversifier leur capacité de production et à réduire les coûts des échanges. Cependant, la dégradation des perspectives économiques pose aussi de sérieux problèmes pour la consolidation des succès initiaux de l’initiative d’aide pour le commerce.

 

Que faire ?

L’ordre du jour de cette deuxième rencontre dans le cadre du Dialogue de l’OCDE sur l’aide pour le commerce définit clairement certains des grands enjeux qu’il faudra aborder pour que cet objectif continue de recevoir toute l’attention qu’il mérite.
Ces enjeux sont les suivants :

1. Trouver les bons arguments,

2. Assurer un apport d’aide efficace, et

3. Obtenir un bon retour d’information.

 

Trouver les bons arguments

Les effets positifs de l’ouverture des échanges sur les performances et la croissance économique doivent être soulignés aujourd’hui plus que jamais. Nous disposons de données suffisantes pour en apporter la preuve, mais les sceptiques sont encore nombreux. En outre, la crise financière accroît le risque d’un renforcement du protectionnisme et d’une remise en cause de l’ouverture des marchés. Nous devons contrer ces arguments, et mieux faire connaître l’expérience positive de nombreux pays.


À cet effet, je voudrais citer ici M. Anthony Akoto Osie, ministre des Finances et de la Planification économique du Ghana, qui a participé avec moi à un débat sur BBC World Service, et qui a souligné l’importance du commerce, en faisant valoir avec conviction que l’aide apportée peut permettre aux pays de surmonter les obstacles qui les empêchent de bénéficier pleinement des échanges.

 

Assurer un apport d’aide efficace

Trouver les bons arguments n’est que la première étape. Les besoins étant quasi illimités et les ressources financières restreintes, il est essentiel que l’aide pour le commerce soit fournie avec efficacité.
La Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide représente le principe directeur en matière d’aide pour le commerce, et je tiens à saluer la sagesse des co présidentes de l’Équipe spéciale de l’OMC sur l’aide pour le commerce, Mia Horn af Rantzien et Valentine Rugwabiza, toutes deux présentes ici, qui ont souligné la validité de ces principes dans leurs recommandations.


Cet objectif a reçu une nette impulsion lors du 3e Forum à haut niveau sur l’efficacité de l’aide, le très fructueux Forum d’Accra, au cours duquel nous avons évalué les progrès de la mise en œuvre de la Déclaration de Paris. L’OCDE a présenté des éléments qui montrent que les stratégies de développement se sont améliorées, que les pays en développement prennent progressivement plus de responsabilités, que la société civile et le secteur privé interviennent davantage et que les donneurs apportent un soutien plus élevé.


En bref, les pays en développement commencent à façonner leur propre avenir. Comme l’a fait remarquer le rapport conjoint OCDE/OMC sur l’aide pour le commerce, ces progrès concernent aussi la fourniture de l’aide pour le commerce. Mais il reste encore beaucoup à faire.


Au cours des discussions qui auront lieu aujourd’hui sur ce sujet, il sera intéressant d’échanger nos points de vue sur les moyens d’inciter les acteurs de la coopération Sud Sud à utiliser la Déclaration de Paris comme document de référence pour la fourniture de l’aide, sur les possibilités d’élargir l’appropriation de l’aide aux échanges au delà du ministère du Commerce, et sur les mesures à prendre pour corriger notre tendance à privilégier des plans excessivement ambitieux, au détriment de projets et de programmes plus concrets.


Obtenir un bon retour d’information

Le Programme d’action d’Accra souligne aussi la nécessité d’améliorer la responsabilité mutuelle et d’adopter des mesures qui encouragent un suivi et une évaluation véritables des résultats du développement. Les débats de demain porteront sur ces sujets.


À mesure que les ressources, le temps et l’énergie consacrés au renforcement des capacités commerciales s’accroissent, nous avons besoin de preuves plus nombreuses de l’efficacité de ces activités, pour en apprendre davantage sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et sur les raisons des succès ou des échecs.


L’évaluation de l’aide pour le commerce est malheureusement loin d’être simple. Il faut mettre au point une méthodologie claire qui tienne compte de la complexité de la question et différencie bien les multiples causes de certains résultats, mais aussi définir des indicateurs spécifiques pour suivre les progrès de la mise en œuvre et les effets de l’aide.


Des cadres d’évaluation centrés sur les données et les performances devraient faire partie intégrante de la gestion des activités d’aide pour le commerce. Il est donc indispensable de collecter les informations appropriées.

C’est le sujet de la 4e session de cette rencontre, et Pascal Lamy a estimé qu’il faudrait donner à nos partenaires une possibilité supplémentaire d’examiner les résultats du récent Symposium de l’OMC sur l’identification des indicateurs de suivi de l’aide pour le commerce.

Je me félicite de cette proposition qui témoigne de la coordination étroite entre l’OMC et l’OCDE dans ce domaine, comme dans d’autres. Avec des méthodes de travail différentes, mais d’une façon concertée et cohérente, nos deux organisations s’efforcent de faire de la mondialisation un processus solidaire qui profite à tous.


Mesdames et Messieurs,
La mondialisation est à l’origine de richesses et de progrès énormes pour les hommes du monde entier, mais aussi d’une réalité beaucoup plus complexe, constamment transformée par une multitude de défis planétaires, de nouveaux acteurs et de perspectives différentes. Tirer le meilleur parti de ce processus s’avère une tâche très difficile, comme le montre la crise financière.


L’OCDE s’adapte aux conditions nouvelles et travaille sans relâche en faveur d’une mondialisation plus solidaire. L’aide pour le commerce constitue un instrument efficace pour y parvenir et nous contribuerons sans cesse à en renforcer l’impact.


Mesdames et Messieurs, la période que nous vivons est peut être incertaine, mais notre engagement ne l’est certes pas !

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

Also Available

Countries list

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Albanie
  • Algérie
  • Allemagne
  • Andorre
  • Angola
  • Anguilla
  • Antigua-et-Barbuda
  • Antilles Néerlandaises
  • Arabie Saoudite
  • Argentine
  • Arménie
  • Aruba
  • Australie
  • Autorité Nationale Palestinienne
  • Autriche
  • Azerbaïdjan
  • Bahamas
  • Bahreïn
  • Bangladesh
  • Barbade
  • Belgique
  • Belize
  • Bermudes
  • Bhoutan
  • Bolivie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Botswana
  • Brunéi Darussalam
  • Brésil
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Bélarus
  • Bénin
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Canada
  • Cap-Vert
  • Caïmanes, Îles
  • Centrafricaine, République
  • Chili
  • Chine (République populaire de)
  • Chypre
  • Colombie
  • Comores
  • Congo, La République Démocratique du
  • Corée
  • Corée, République Populaire Démocratique de
  • Costa Rica
  • Croatie
  • Cuba
  • Côte D'ivoire
  • Danemark
  • Djibouti
  • Dominicaine, République
  • Dominique
  • Egypte
  • El Salvador
  • Emirats Arabes Unis
  • Equateur
  • Erythrée
  • Espagne
  • Estonie
  • Etats Fédérés de Micronésie
  • Etats-Unis
  • Ethiopie
  • ex-République yougouslave de Macédoine (ERYM)
  • Fidji
  • Finlande
  • France
  • Gabon
  • Gambie
  • Ghana
  • Gibraltar
  • Grenade
  • Groenland
  • Grèce
  • Guatemala
  • Guernesey
  • Guinée Équatoriale
  • Guinée-Bissau
  • Guinéee
  • Guyana
  • Guyane Française
  • Géorgie
  • Haïti
  • Honduras
  • Hong Kong, Chine
  • Hongrie
  • Ile de Man
  • Ile Maurice
  • Iles Cook
  • Iles Féroé
  • Iles Marshall
  • Iles Vierges Britanniques
  • Iles Vierges des États-Unis
  • Inde
  • Indonésie
  • Iraq
  • Irlande
  • Islande
  • Israël
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Jersey
  • Jordanie
  • Kazakstan
  • Kenya
  • Kirghizistan
  • Kiribati
  • Koweït
  • l'Union européenne
  • Lao, République Démocratique Populaire
  • le Taipei chinois
  • Lesotho
  • Lettonie
  • Liban
  • Libye
  • Libéria
  • Liechtenstein
  • Lituanie
  • Luxembourg
  • Macao
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Maldives
  • Mali
  • Malte
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Moldova
  • Monaco
  • Mongolie
  • Montserrat
  • Monténégro
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Nauru
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Nioué
  • Norvège
  • Nouvelle-Zélande
  • Népal
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan
  • Pakistan
  • Palaos
  • Panama
  • Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Paraguay
  • Pays-Bas
  • Philippines
  • Pologne
  • Porto Rico
  • Portugal
  • Pérou
  • Qatar
  • Roumanie
  • Royaume-Uni
  • Russie, Fédération de
  • Rwanda
  • République du Congo
  • République Islamique d' Iran
  • République Tchèque
  • Sahara Occidental
  • Saint-Kitts-et-Nevis
  • Saint-Marin
  • Saint-Vincent-et-les Grenadines
  • Sainte-Hélène
  • Sainte-Lucie
  • Salomon, Îles
  • Samoa
  • Sao Tomé-et-Principe
  • Serbie
  • Serbie et Monténégro (avant juin 2006)
  • Seychelles
  • Sierra Leone
  • Singapour
  • Slovaquie
  • Slovénie
  • Somalie
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Sri Lanka
  • Suisse
  • Suriname
  • Suède
  • Swaziland
  • Syrienne, République Arabe
  • Sénégal
  • Tadjikistan
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor-Leste (Timor Oriental)
  • Togo
  • Tokelau
  • Tonga
  • Trinité-et-Tobago
  • Tunisie
  • Turkménistan
  • Turks et Caïques, Îles
  • Turquie
  • Tuvalu
  • Ukraine
  • Uruguay
  • Vanuatu
  • Venezuela
  • Viêt Nam
  • Wallis et Futuna
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe
  • Topics list