Belgique

Lancement de l’Etude économique sur la Belgique

 

Remarques d’Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE.


Bruxelles, 4 février 2015

(As prepared for delivery)

 

Monsieur le Premier ministre, Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,

 

Je suis très heureux d’être ici, à Bruxelles, pour présenter la dernière Étude économique de la Belgique réalisée par l’OCDE.

 

La Belgique a relativement bien résisté à la crise

 

En cette période difficile, la Belgique continue d’avoir de bons résultats !

 

En effet, la Belgique est l’un des rares pays de la zone euro où le niveau du PIB est aujourd’hui au-dessus de ce qu’il était avant la crise. La mesure générale du bien-être en Belgique reste aussi supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Du point de vue des différentes dimensions du bien‑être, dimension économique, sociale ou environnementale, la Belgique enregistre des résultats très satisfaisants sur quasiment tous les indicateurs. Et, ce qui est remarquable par rapport à d’autres pays de l’OCDE, les inégalités de revenus y sont restées relativement faibles en dépit de la crise.

 

De plus, la crise n’aura pas eu que des effets négatifs; on pourrait même dire que les gouvernements successifs ont su profiter de l’opportunité de la crise pour faire des réformes importantes dans plusieurs domaines. Les mesures introduites en 2012, et celles qui sont ou seront introduites par le nouveau gouvernement notamment en ce qui concerne les retraites et le marché du travail, devraient permettre de limiter les départs anticipés à la retraite, et de motiver et faciliter la recherche d’emploi pour les chômeurs âgés. Le cadre budgétaire a aussi été amélioré. La diffusion d’informations budgétaires est aujourd’hui plus complète et plus transparente, et le Conseil Supérieur des Finances  aura désormais un rôle accru pour contrôler le respect des objectifs budgétaires.

 

Enfin, nous suivons avec grand intérêt les évolutions sur l’accord entre les organisations patronales et certains syndicats sur les salaires. Les récents projets annoncés par le gouvernement, en particulier ceux sur la maitrise des dépenses et les réflexions sur ce que vous appelez le « tax shift » sont aussi largement compatibles avec nos recommandations. Vous avez un environnement économique plus favorable que de nombreux autres pays européens, et celui-ci devrait vous permettre, moyennant des efforts raisonnables, de recoller assez rapidement au peloton des pays les plus performants.

 

Les défis restent importants

 

Pour autant, il faut se garder de toute autosatisfaction. La croissance économique, prévue à 1,4% en 2015 et 1,7% en 2016, reste faible et insuffisante pour faire baisser le chômage de façon significative. Si la Belgique se porte bien par rapport aux autres pays de l’euro, avec un taux de chômage en 2015 prévu à 8,4% comparé à plus de 11% dans la zone euro, il reste très élevé par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE dont il est prévu qu’elle descende au-dessous du seuil de 7% vers la fin de 2015.

 

Retrouver le chemin d’une croissance inclusive et soutenable sur le long terme demande de faire davantage de progrès dans un certain nombre de domaines, car d’importantes difficultés subsistent.  Je pense que les autorités belges l’ont bien compris. Je crois que la population belge l’a bien compris aussi.

 

Premièrement, la viabilité de la dette publique, qui augmente et qui dépasse à nouveau 100 % du PIB aujourd’hui, n’est pas assurée dans le futur si des mesures d’assainissement supplémentaires ne sont pas mises en œuvre. De surcroît, les coûts liés au vieillissement démographique menacent la viabilité des finances publiques. Un retour plus important que prévu de la croissance pourrait améliorer la situation, mais l’assainissement reste incontournable.

 

Deuxièmement, de façon globale, le niveau élevé du coût du travail pèse sur la compétitivité des entreprises belges. Tout d’abord, les recettes budgétaires sont trop fortement dépendantes de la fiscalité du travail. Les impôts sur le revenu et les cotisations sociales assises sur les salaires sont, pour de nombreuses catégories de familles, les plus élevées de toute l’OCDE, ce qui accroît les coûts pour les entreprises et freine l’emploi, notamment parmi les groupes vulnérables comme les travailleurs faiblement qualifiés. En sus de son effet sur les coûts, cette fiscalité du travail est donc aussi un facteur d’inégalité en augmentant le chômage des plus faibles. 

 

Par ailleurs, la hausse rapide des rémunérations avant la crise n’était pas totalement justifiée par les gains de productivité. Bien que différentes mesures aient été prises récemment, l’écart de compétitivité accumulé avec les pays voisins subsiste.

 

Troisièmement, les personnes nées à l’étranger sont mal intégrées sur le marché du travail. Seuls environ la moitié des immigrés en âge de travailler ont un emploi, et le taux d’emploi des femmes nées en dehors de l’UE est inférieur à 40 %. Les problèmes commencent souvent dès l’école. L’écart entre les scores obtenus à l’enquête de l’OCDE, appelée PISA, par les élèves autochtones et ceux des enfants issus de familles immigrées est l’un des plus importants de l’OCDE.

 

Enfin, quatrièmement, le parc immobilier est aujourd’hui moins bien adapté et le logement est devenu moins abordable. En particulier, les personnes ayant des revenus modestes éprouvent des difficultés face au niveau élevé des loyers sur le marché locatif privé et à la longueur des listes d’attente pour le logement social.

 

Aller de l’avant pour soutenir la croissance et l’équité

 

Que faire pour venir à bout de ces difficultés ? Permettez-moi de citer quelques-unes des recommandations figurant dans notre Étude économique.

 

Pour garantir la viabilité de la dette, l’assainissement budgétaire devrait reposer davantage sur la maîtrise des dépenses. En particulier, une réforme des retraites est indispensable pour contenir les dépenses à venir. L’âge effectif de départ à la retraite doit être repoussé, car il reste en Belgique l’un des plus bas de l’OCDE. Nous recommandons de limiter les retraites anticipées et tous les autres moyens permettant une sortie précoce du marché du travail. Nous recommandons également d’intensifier les efforts d’activation afin d’aider les travailleurs âgés à conserver leur emploi, ou à en retrouver un. 

 

Un abaissement des coûts du travail serait bénéfique à l’emploi et à la croissance. À cet égard, nous recommandons de tenir davantage compte de l’évolution de la productivité en Belgique dans le processus de formation des salaires. Il serait bon de réduire également la fiscalité qui pèse sur le travail. La perte de recettes ainsi induite pourrait être compensée par un relèvement de taxes moins dommageables pour la croissance, par exemple les taxes sur la consommation ou les taxes environnementales. Une augmentation des impôts sur les revenus du capital, par exemple sur les plus-values, pourrait aussi être envisagée.

 

Pour améliorer les perspectives d’emploi des immigrés, il est important de prendre des mesures ciblées, par exemple en développant les plans de diversité dans les entreprises. Mais il est tout aussi important d’adopter des réformes de portée générale, qui bénéficieront non seulement aux immigrés, mais à la Belgique tout entière. Par exemple, nous évoquons dans nos recommandations plusieurs moyens de rendre le système éducatif plus équitable, comme la diminution de la concentration des élèves défavorisés dans certains établissements ou l’amélioration de la formation et des incitations pour les enseignants dans les établissements plus défavorisés.

 

Sur le plan du logement, notre recommandation principale porte sur le renforcement du soutien public au marché locatif privé. Les allocations de logement pour les locataires ayant de faibles revenus devraient être élargies, et il faudrait en même temps stimuler l’offre de logements locatifs. Ces mesures pourraient être partiellement financées grâce à une réduction des avantages fiscaux consentis aux propriétaires de logement, qui ont un effet fortement régressif. Nous recommandons en outre une densification des zones urbaines, du fait de la difficulté qu’ont les citoyens à trouver des logements abordables et de bonne qualité à proximité de leur lieu de travail. Par ailleurs, la fiscalité et la législation relatives au marché locatif pourraient être plus favorables aux travaux de rénovation, en particulier lorsqu’ils ont pour but d’améliorer l’efficacité énergétique.

 

Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs,

 

La Belgique a atteint un niveau de bien-être élevé, et elle a réussi à le préserver pendant toute la crise économique, qui est l’une des plus graves que nous ayons jamais connues. Le bien-être dépend de la croissance économique, mais aussi de la capacité à en répartir équitablement les fruits, de façon à préserver la cohésion sociale. C’est bien l’objectif visé par les réformes que nous recommandons dans cette Étude, et c’est pourquoi l’OCDE continuera à coopérer avec la Belgique pour concevoir et appliquer « des politiques meilleures pour une vie meilleure ».

 

Je vous remercie.

 

 

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