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Australie

Changer le visage des start-up : pourquoi la parité n’est pas accessoire, mais impérative

 

Est-il possible de construire une économie mondiale tirée par l’innovation en se passant de la moitié de la population ? En bref, la réponse est non.

 

Une dynamique est aujourd’hui partout à l’œuvre pour construire les économies du futur. Les gouvernements, les entreprises et les organisations investissent massivement dans l’innovation et la technologie, afin d’exploiter les possibilités offertes par la transformation numérique.

 

En conséquence, les écosystèmes de start-up se développent fortement à travers le monde entier, et de nouvelles entreprises, souples et innovantes, apparaissent et viennent bousculer les industries du passé en introduisant des approches inédites du commerce, de la créativité et de la connexion.

 

Mais à l’heure actuelle, tous ces efforts de construction d’une économie fondée sur l’innovation passent à côté de la possibilité d’exploiter l’intégralité des ressources de la population, en particulier le potentiel que possèdent les femmes.

 

Les femmes représentent environ 50 % de la population mondiale. Or, dans l’écosystème des start-up − où se créent les entreprises les plus innovantes et au potentiel le plus grand pour l’avenir − les femmes restent scandaleusement sous-représentées. Selon le 2017 Global Startup Ecosystem Report de Startup Genome, les femmes constituent 16 % des fondateurs de start-up. En Australie, le rapport 2016 de Startup Muster présente un chiffre légèrement supérieur à la moyenne mondiale, soit 24 %, ce qui marque une forte augmentation par rapport à 2015 (17 %) mais reste très éloigné d’une représentation égale. Quant à celles qui attirent l’investissement, leur part ne dépasse pas 5 %.

 

Pourquoi est-ce important ?

L’innovation n’est pas un état de fait, c’est une dynamique. Elle a donc besoin de certaines conditions pour s’enclencher. Elle exige ainsi un espace non seulement pour le partage des idées nouvelles, mais aussi pour leur mise en question. Elle nous demande de bouleverser nos habitudes, de penser différemment et de sortir des sentiers battus. La diversité constitue donc sans surprise la clé de la libération de l’innovation. Car la diversité des points de vue est essentielle pour susciter la réflexion dérangeante, créatrice et critique que nécessite le progrès de l’économie mondiale.

 

De plus, les faits prouvent que les entreprises œuvrant pour la parité dans leurs fonctions dirigeantes sont plus innovantes et plus créatives, et ont tout simplement un meilleur bilan. De fait, les entreprises dirigées par des femmes sont trois fois plus rentables que les entreprises ayant une direction à prédominance masculine. La parité des sexes n’est donc pas un avantage accessoire, c’est un impératif économique mondial, en particulier pour les futurs secteurs de croissance.

 

Et pourquoi commencer par les start-up ?

Dans la majorité des pays, les écosystèmes de start-up sont encore à l’état embryonnaire et représentent donc une occasion unique de faire les bons choix. Mais en raison de la faible présence des femmes dans la technologie et l’entrepreneuriat au niveau mondial, la démarche n’est pas bien engagée.

 

Pour renforcer l’égalité entre les sexes dans la technologie et l’entrepreneuriat, il faut agir dès la conception. Ceux qui aident les start-up doivent veiller à ce que leurs programmes soient conçus pour attirer des femmes et les soutenir dans la fondation de leur entreprise. Ils doivent ainsi créer des espaces où celles-ci puissent s’informer sur les débouchés existants, acquérir des compétences essentielles, trouver en elles le potentiel nécessaire pour diriger des entreprises susceptibles d’acquérir une envergure mondiale, et prendre exemple sur d’autres. Ces espaces sont actuellement peu développés. Mais les bonnes volontés se multiplient rapidement, à mesure que s’impose le mouvement pour la parité dans la technologie.

 

En Australie, par exemple, l’égalité femmes-hommes dans la technologie et l’entrepreneuriat attire désormais sérieusement l’attention. Depuis les associations locales qui s’emploient à stimuler l’intérêt des femmes et des filles pour la technologie et les marathons de programmation qui offrent un tremplin aux entrepreneuses, jusqu’à l’aide apportée par les entreprises et les pouvoirs publics à ces femmes pour les préparer à accueillir des investissements, l’action en faveur de l’égalité s’intensifie.

 

L’an dernier, dans ma propre organisation, BlueChilli, qui est le premiers groupe australien de promotion des start-up et de l’innovation, nous avons lancé le premier incubateur du pays expressément conçu pour les entrepreneuses. Le soutien collectif apporté à ce programme par des sociétés comme Google et LinkedIn, ainsi que ANZ, MYOB, GSK, Sunsuper et UTS, témoigne de l’intérêt que celles-ci trouvent à promouvoir l’égalité entre les sexes. De plus, la série documentaire SheStarts raconte au monde l’histoire de ces entreprises nouvelles, effaçant l’image dominante d’hommes en sweaters à capuche et baskets pour présenter un autre visage des start-up d’Australie. Il s’agit d’une initiative importante qui exerce un impact significatif pour mettre en lumière l’utilité de l’investissement en faveur des créatrices d’entreprises, et offrir aux autres femmes un modèle susceptible de les inspirer. Mais, pour susciter de véritables progrès, il faut s’attaquer à tous les aspects du problème.

 

Les gouvernements ont un rôle essentiel à jouer, non seulement en investissant directement dans l’extension des programmes en faveur des femmes, mais aussi en agissant au profit de l’économie de l’innovation dans son ensemble. Il est réellement possible de produire un impact direct sur les disparités entre femmes et hommes en faisant en sorte que tous les dispositifs financés par des organismes publics soient régis par une approche volontariste de l’égalité des sexes, qu’ils visent expressément les femmes ou non. En exigeant que tous les candidats adoptent une attitude « non négociable » envers l’inclusivité, les pouvoirs publics pourront garantir l’émergence d’écosystèmes de start-ups plus paritaires (et plus florissants) grâce aux importants investissements consacrés à l’innovation dans le monde.

 

Sans projet délibéré d’œuvrer en faveur de la parité, l’économie future restera soumise à des règles du jeu inégales, et représentera une immense occasion manquée pour la prospérité mondiale. Les idées et les points de vue des entrepreneuses sont autant de sources possibles de nouveaux produits et services, et de solutions novatrices pour les grands problèmes mondiaux. Alors que le monde cherche à définir un programme d’action plus inclusif pour l’innovation, le progrès de l’égalité entre femmes et hommes doit constituer la clé de voûte d’une stratégie mondiale.

 

Voir www.bluechilli.com

Voir www.oecd.org/fr/parite et www.observateurocde.org/parite

© L'Annuel de l'OCDE 2017

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Nicola Hazell  Directrice de SheStarts, Chef Diversity and Impact, Groupe BlueChilli

© L'Annuel de l'OCDE 2017

 

 

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