Secrétaire général

Renouvellement du mandat du Secrétaire général de l’OCDE par le Conseil de l’OCDE

 

Observations d’Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE

Paris, jeudi 30 septembre

Mesdames/Messieurs les Ambassadeurs,
Je vous suis très reconnaissant de la confiance et de l’appui que vous m’avez manifestés par la décision de renouveler mon mandat de Secrétaire général de l’OCDE. C’est une source de fierté personnelle et d’encouragement, et cela confirme clairement que le processus que nous avons engagé voici quatre ans pour faire de l’OCDE une organisation plus pertinente, plus utile et plus ouverte était le bon.

Le renouvellement de mon mandat coïncide de manière cruciale avec le 50ème anniversaire de l’Organisation (OCDE @ 50), moment privilégié pour faire le point et renforcer notre volonté de développer cette institution.

Les propositions que j’avais présentées en prenant ces fonctions se sont révélées appropriées et nécessaires au fil du temps. Cependant, la situation internationale et les évolutions de l’économie mondiale nous obligent à accélérer leur mise en oeuvre. La recherche de la pertinence était mon objectif alors et elle reste mon axe directeur. Pertinence au plan intérieur et international, afin d’améliorer le bien-être de nos citoyens. Pertinence lorsque nous continuons de définir de meilleures politiques pour des vies meilleures.

La raison d’être de cette Organisation, c’est de constituer une source de conseils aux gouvernements fondés sur des données probantes et une instance de normalisation pour faire face à de nombreux défis mondiaux. Nous y parviendrons armés de nos valeurs fondatrices : l’attitude d’ouverture, l’objectivité, l’audace, l’esprit pionnier et une éthique saine.

Il ne suffira pas de renouer avec la croissance après les événements dramatiques que nous avons connus depuis 2008. Nous devrons le faire dans le contexte de la lutte contre le changement climatique, qui reste l’une des grandes priorités, d’un taux de chômage très élevé, particulièrement chez les jeunes, et de déficits budgétaires importants. A cet effet, nous avons mis en place les fondements analytiques nécessaires avec notre Réponse à la crise, notre Stratégie pour l’innovation et notre Stratégie pour une croissance verte. Promouvoir la croissance (et chercher de nouvelles sources de croissance qui soient également « vertes », plus équitables et plus respectueuses de l’égalité des chances hommes-femmes) est devenu un objectif commun pour surmonter les effets de la crise et arracher à la pauvreté des millions de personnes dans le monde. Il faut commencer par mesurer et définir ce que l’on entend par bien-être au 21ème siècle. N’oublions pas que le “D” d’OCDE est celui du développement, qui constitue par conséquent une priorité stratégique.

Étant donné les carences massives de gouvernance et de gestion des entreprises qui ont provoqué la crise, et au vu de la situation budgétaire actuelle, nous sommes confrontés à une perte de confiance tout aussi massive de la part de nos citoyens. Comme je l’ai dit à maintes reprises, une crise est terrible pour les responsables en place. Sur le plan économique, nous devons nous attendre à connaître une croissance faible pendant un certain temps. Il faudra des années pour pouvoir envisager de retrouver les niveaux de production et d’emploi d’avant la crise. Les citoyens voient l’avenir avec morosité et ne tolèrent plus les mauvaises nouvelles. Ils ont perdu patience et, pire encore, ils perdent espoir. Nous devons changer cette perspective et cette attitude négative. Il y a là un rôle à jouer pour l’OCDE.

Pour ce faire, je propose une stratégie à deux axes. En premier lieu, ne pas seulement aider les Membres à élaborer des politiques. Peut-être pourrions-nous aller plus loin et proposer des options pour en assurer la mise en oeuvre effective, à condition de le faire en étroite collaboration avec les gouvernements des pays Membres. Notre pertinence se mesure au degré d’influence que nous pouvons avoir sur les politiques et à notre contribution à la mise en oeuvre de ces politiques et à leur évaluation. C’est ce que j’appelle notre « rôle de conseillers et d’éclaireurs », qui fait partie de notre mission de suivi. Mais ce rôle devra s’appuyer sur nos activités « de coeur de métier » portant sur les politiques économiques, de santé, sociales, d’emploi, d’éducation, d’amélioration des compétences et d’environnement, parmi bien d’autres, que je considère comme fondamentales. C’est là que résident nos atouts.

En second lieu, nous devons continuer d’accroître notre pertinence en tant qu’organisation définissant les normes les plus élevées pour l’économie mondiale. Nous sommes une instance de normalisation. Nous devons donc collaborer plus étroitement non seulement avec les pays Membres, mais aussi et en particulier avec les grandes économies émergentes.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à des défis formidables. Les déséquilibres mondiaux se creusent à nouveau et le consensus international nécessaire pour traiter des questions majeures comme le changement climatique, les migrations ou la pauvreté tarde à se concrétiser. En revanche, dans le contexte actuel la coopération internationale et le multilatéralisme sont perçus comme le meilleur moyen de résoudre ces problèmes. L’OCDE, institution dotée de formes de coopération et d’engagement parmi les plus avancées, devrait contribuer à bâtir le consensus nécessaire pour s’attaquer à ces problèmes.

Nous assistons actuellement à une révolution dans la façon dont le monde est gouverné et nous nous emploierons à continuer de faire partie intégrante de cette nouvelle gouvernance. Cela renforce la pertinence de nos travaux à l’échelle mondiale, mais nous devrions intensifier nos efforts et nous comptons sur nos Membres pour réaliser ce dessein. Il nous faut consolider notre présence, contribuer encore par des études de fond de grande qualité aux débats mondiaux et renforcer notre rôle d’instance de « normalisation ».

L’émergence du G20 a créé pour nous une autre opportunité cruciale. Auparavant, le G8 était le seul véritable sommet. Ce n’est plus le cas. Nous avons oeuvré à ce processus depuis le début, en prêtant notre concours pour les dossiers les plus importants comme la fiscalité, l’équilibre de la croissance, le protectionnisme dans le domaine de l’investissement et des échanges, la lutte contre la corruption, l’emploi et le développement. L’invitation du Président Obama a été pour nous un honneur ; elle a ouvert la voie à notre présence permanente à ce groupe. Nous avions apporté notre contribution auparavant au sommet de Londres et avons fait de même ensuite à celui de Toronto. Nous nous préparons maintenant pour Séoul.

L’enjeu est de devenir « citoyen » à part entière dans le cadre de ce processus, c’est-à-dire d’obtenir un passeport et pas simplement un sauf-conduit valable une seule journée. Comme nous l’avons fait avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, nous collaborons étroitement avec la Corée et la future présidence française du G20 pour les principales réalisations de 2011. Mais il nous faut un engagement et un soutien plus fermes de la part de nos pays Membres, qu’ils participent ou non à ce groupe. Ce sont eux qui peuvent consolider notre rôle dans ce processus et permettre aux Membres de l’OCDE qui ne font pas partie du G20 de faire connaître leurs préoccupations et leurs propositions par l’intermédiaire de l’OCDE. Je tiens à insister sur notre initiative visant à créer un réseau d’institutions internationales qui coopéreront étroitement pour mieux servir leurs Membres et l’architecture de gouvernance mondiale. Je le fais depuis 2007, date à laquelle nous nous étions réunis pour la première fois à l’initiative de la Chancelière Merkel. Cette collaboration avait alors été mentionnée dans les communiqués du G8 de Toyako, en 2008 et de L’Aquila, en 2009. Les organisations internationales devraient être considérées comme des partenaires à part entière dans le processus du G20.

Plus généralement, abstraction faite de ces groupes, la pertinence de notre Organisation à l’échelle mondiale exigera de plus denses relations avec les économies émergentes. Pour ce qui est de l’engagement renforcé, expression que nous avons forgée il y a trois ans, je suis persuadé que le chemin que nous avons tracé pour enrichir progressivement la base de connaissances et la compréhension mutuelle par des analyses sectorielles et une participation au niveau des comités n’est tout simplement pas suffisant. Cela ne nous permettra pas de faire de véritables percées, mais seulement de continuer sur notre lancée. Nous devons aller plus vite si nous voulons progresser davantage.

Nous sommes en présence d’une mutation véritablement mondiale et nous devons accélérer notre stratégie juste pour ne pas prendre de retard. Sommes-nous prêts à donner suite à des demandes d’adhésion de la part d’un ou de plusieurs des pays de l’engagement renforcé ? Auparavant, il nous faut trouver des moyens plus efficaces pour emporter leur participation sur les questions de fond.

Il nous faudrait présenter nos recommandations de telle manière que les économies émergentes, dans leur propre intérêt, décident qu’elles méritent d’être appliquées. Comme nous l’a enseigné le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements fiscaux, il est possible de les faire participer à des travaux de substance et de les amener à s’y impliquer. C’est là un modèle qui n’est peut-être pas applicable dans tous les cas, mais qui est intéressant si les structures restent connectées à l’OCDE.

Il faut définir d’un commun accord des cadres et des champs d’analyse. Il faut aussi assurer une présence plus permanente et veiller à une meilleure diffusion des travaux dans les cinq pays de l’engagement renforcé. Nous ne devons pas nous limiter à un ou deux rapports par pays chaque année. Il nous faut développer nos connaissances et nos analyses sur ces pays, et les y présenter pour valoriser notre Organisation à leurs yeux et pour influer sur l’élaboration de leurs politiques. Nous avons quelques bons exemples d’innovations institutionnelles comme le projet SIGMA, qui a été très utile aux pays d’Europe de l’Est. Je crois fermement à la qualité et à la substance de nos travaux, et aux nombreuses portes qu’ils peuvent ouvrir. Mais nous devons veiller à ce qu’elles restent ouvertes.

Un autre élément nouveau et prometteur d’une stratégie renforcée serait d’inviter les économies émergentes à nous aider à actualiser nos instruments. Si un processus systématique de révision est lancé, nous devrions inviter ces pays aux travaux de réexamen, d’évaluation et de redéfinition des instruments et des méthodes, comme nous le faisons actuellement pour les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. Il nous faut proposer des thèmes qui répondent à l’intérêt des pays partenaires et qui soient donc plus attrayants pour eux, par exemple la santé et l’éducation. En vérité, nous devrions mettre à profit notre anniversaire pour réexaminer l’ensemble de nos instruments et évaluer leur utilité, en déterminer les déficiences et voir comment les renforcer, en invitant les pays de l’engagement renforcé à participer à ce processus.

Permettez-moi de saisir cette occasion pour rendre hommage à mes collègues du Secrétariat, qui accomplissent un travail de substance remarquable. Je dis souvent qu’il est plus facile de communiquer que de produire de la substance. Dans le cas de l’OCDE, c’est plutôt l’inverse. Nous avons la substance, mais nous devons la « vendre » beaucoup mieux. Il ne s’agit pas de faire la une des journaux, mais de faire connaître nos recommandations pour améliorer les politiques.

Je tiens également à dire combien j’ai apprécié l’efficacité avec laquelle l’Ambassadeur Ferro a mené le processus de renouvellement de mon mandat, et à l’en remercier vivement. Ce processus a véritablement été exemplaire.

Mesdames/Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,
L’OCDE a besoin de vous, de vos réseaux gouvernementaux, de votre engagement et de votre mobilisation dans notre action commune pour l’inclusion, l’impact et la pertinence.

Il nous faut agir de concert, c’est-à-dire aller dans la même direction, mais aussi au même rythme. Ici, à Paris, vous avez une fonction ; dans le cadre d’une stratégie plus large de l’OCDE, vous avez une mission. Vous n’êtes pas seulement les Ambassadeurs de vos pays auprès de l’OCDE, vous êtes également les Ambassadeurs de l’OCDE dans vos pays lorsqu’il s’agit des programmes de réforme de vos gouvernements, mais aussi, comme le font déjà certains d’entre vous, lorsqu’il s’agit d’expliquer ce que l’OCDE essaie de faire. L’OCDE peut apporter son aide en proposant des solutions et en donnant des conseils pour la mise en oeuvre des politiques. Nous avons besoin de votre soutien ! Dans le débat national ! Dans le débat mondial ! Et pour que nos recommandations aient plus d’impact ! Nous avons également besoin de vous, de vos hauts fonctionnaires, de vos gouvernements et de vos ambassades à l’étranger pour parler davantage au nom de l’OCDE dans vos relations avec les autres pays, notamment les économies émergentes.

Je compte sur ces efforts conjoints, durant les cinq années à venir, pour préparer cette merveilleuse Organisation aux cinq prochaines décennies et faire en sorte qu’elle soit encore plus pertinente et plus utile pour ses Membres et leurs pays partenaires et au sein de la nouvelle architecture de gouvernance mondiale. De meilleures politiques pour des vies meilleures ! Ce sera l’impératif de mon nouveau mandat, de notre nouveau mandat.

Je vous remercie de votre attention.

 

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