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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Lancement de Regards sur l'éducation 2019

 

Discours de M. Angel Gurría

Secrétaire général de l’OCDE

10 septembre 2019 - Paris, France

(tel que préparé pour l’allocution)

 

 

Très chers invités, Mesdames, Messieurs,


J’ai le plaisir de lancer aujourd'hui l’édition 2019 de Regards sur l'éducation, la 28e de notre série annuelle. Cette publication phare de l’OCDE offre un vaste ensemble d’indicateurs actualisés et comparables sur les ressources humaines et financières qui sont investies dans l’éducation, sur le fonctionnement et l’évolution des systèmes d’enseignement et de formation, et sur la rentabilité des investissements dans l’éducation. L’OCDE déploie beaucoup d’efforts pour favoriser et mesurer les progrès en vue de la réalisation de l’ODD4 et de ses cibles. L’édition de cette année est consacrée à l’enseignement supérieur.

 

L'enseignement supérieur conduit à un plus grand bien-être

L’enseignement supérieur est un atout pour les individus, les collectivités et les sociétés. En effet, les diplômés de l’enseignement supérieur possèdent des compétences plus solides et sont plus productifs. Ils ont aussi plus de chances d’occuper un emploi, d’être bien rémunérés, de participer à des activités civiques et d’être en bonne santé.


Outre ces bénéfices individuels, les investissements visant à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et à renforcer la participation ont des retombées positives sur la société : hausse des recettes fiscales, baisse du coût des transferts sociaux, recul de la criminalité et amélioration de la productivité globale. L’éducation est un élément moteur de la prospérité économique et de l’élévation du niveau de vie.


Un enseignement supérieur de qualité sera essentiel pour prospérer dans la 4ème révolution industrielle et l'ère numérique!


D’après les prévisions de l’OCDE, 14 % des emplois dans les pays développés sont exposés à un risque élevé d’automatisation, et 32 % supplémentaires devraient être profondément transformés dans les années à venir. La proportion des tâches que l’IA et les robots ne peuvent pas effectuer se réduit considérablement. S’agissant de l’avenir, nous anticipons que de plus en plus d’emplois exigeront des compétences cognitives non répétitives, notamment une certaine agilité intellectuelle et le sens de la créativité. À plus long terme, il est possible que la technologie nous libère du temps pour mener des activités autres que le travail organisé. Dans ces deux cas de figure, l’enseignement supérieur va continuer de jouer un rôle majeur en préparant les individus au monde de demain.

 

Le coût du développement de l’enseignement supérieur

L’édition 2019 de Regards sur l'éducation montre en effet que la demande de compétences avancées sur le marché du travail reste forte malgré une offre croissante de diplômés, et que l’avantage salarial dont bénéficient les adultes diplômés du supérieur augmente avec l’âge et l’expérience professionnelle. La part de jeunes adultes diplômés du supérieur dans les pays de l’OCDE – 44 % – n’a jamais été aussi élevée ! Elle dépasse même 60% au Canada, en Corée du Sud et au Japon.


Entre 2005 et 2016, les dépenses consacrées aux établissements d’enseignement supérieur ont augmenté de 28 % en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE, soit plus du double de la progression du taux d’inscription (12 %). Dans la plupart des pays de l’OCDE, des sources privées ont été mises à contribution lors de la mise en place de droits d’inscription ou de leur majoration. Cette hausse des dépenses s’explique en grande partie par les financements alloués aux services d’enseignement proprement dits ; les effectifs du corps d’enseignement et de recherche dans le supérieur ont augmenté, en moyenne, d’environ 1 % par an au cours de cette période, soit une progression quasiment analogue à celle des effectifs d’étudiants.


Les dépenses accrues dans l’enseignement supérieur ne seront pérennes que si l’on parvient à un équilibre entre, d’une part, l’offre de diplômés et, d’autre part, les besoins du marché du travail. Moins de 15 % des nouveaux entrants en licence étudient l’ingénierie, les métiers de l’industrie et le bâtiment et moins de 5 % étudient les technologies de l’information et des communications – alors que ces domaines sont plus généralement associés aux progrès technologiques et donnent les meilleurs résultats en termes d’emploi.


En outre, la facilité d’accès à des financements et les admissions possibles sans diplôme de fin d’études secondaires risquent de promouvoir l’enseignement supérieur au détriment d’autres cursus professionnels et techniques très recherchés, qui sont souvent perçus comme moins attractifs.


Maintenant, permettez-moi de conclure par quelques commentaires sur le cas français.

 

Les avantages et les défis de l’enseignement supérieur en France

La France présente de nombreux avantages compétitifs dans le milieu mondialisé de l’enseignement supérieur aujourd'hui.


Tout d’abord, la France est parvenue à élargir l’accès à l’enseignement supérieur. Presque la moitié (47 %) des 25-34 ans sont titulaires d’un diplôme du supérieur, contre seulement 32 % en Allemagne et 44 % en moyenne dans l’OCDE. Bien que ces résultats soient exceptionnels, il est important de noter que tous les diplômes français n’ont pas la même valeur sur le marché du travail. Les jeunes et les employeurs accordent la même valeur aux cursus de cycle court dans l’enseignement supérieur (2 ans), les taux de diplômés étant plus élevés que dans l’ensemble des cursus plus longs. En outre, le taux d’emploi des titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur de cycle court dépasse les 85 %, par rapport à 76 % chez les titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires et à 51 % chez les jeunes travailleurs non diplômés.


Ensuite, la France est une destination attractive pour les étudiants en mobilité internationale, notamment au niveau du doctorat. Près de 40 % des doctorants en France viennent d’un autre pays, soit l’une des plus fortes proportions parmi les pays de l’OCDE.


Dans le même temps, la France est confrontée à d'importants défis dans l’enseignement supérieur. L’un d’entre eux concerne le temps que mettent les étudiants à achever leurs études supérieures. Actuellement, seuls quatre étudiants sur dix qui entament un programme de licence le mènent à bon terme dans le délai prévu de trois ans ; sept sur dix décrochent leur diplôme au bout de six ans. Le taux élevé d’abandon à ce niveau d’études entraîne un gaspillage des financements publics déjà limités, et l’allongement de la durée des études fait obstacle aux nouvelles admissions.


Un autre défi important est l’accès aux formations du supérieur pour les jeunes des milieux défavorisés ou les moins qualifiés, qui, d’ailleurs, sont souvent les mêmes. En effet, les inégalités se font sentir en France dès le début de la scolarité obligatoire pour finalement perdurer dans le supérieur. En France, seulement 17 % des adultes nés de parents non diplômés du secondaire ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur. Ce chiffre atteint 73 % si un des parents a obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur. Il faut donc renforcer les mécanismes visant à promouvoir l’équité dans l’accès à l’enseignement supérieur et, dans ce sens, des initiatives comme les « cordées de la réussite » (http://www.cordeesdelareussite.fr/) sont positives mais encore insuffisamment répandues sur l’ensemble du territoire.


En outre, il ressort de l’édition 2019 de Regards sur l'éducation que seuls 40 % des titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires professionnelles qui sont inscrits dans un cursus supérieur de cycle court achèvent leurs études dans les temps. Ceci est inquiétant, d’autant plus que l’on sait que les enfants des milieux défavorisés sont surreprésentés en France dans ces filières. Cela souligne la nécessité d'améliorer la qualité des filières de formation professionnelle du deuxième cycle du secondaire et d'offrir plus de possibilités aux jeunes de s'y épanouir et de poursuivre leurs études avec succès.


Sur ce dernier point, l’Allemagne, la Suisse ou encore les Pays-Bas sont des modèles à suivre pour la France. Dans ces pays les programmes de formation professionnelle et d’apprentissage sont bien établies et permettent aux jeunes d’accéder au marché du travail. La formation professionnelle sera le thème de notre prochaine édition de Regards sur l’éducation où nous mettrons en lumière de nouvelles données et analyses sur la formation professionnelle dans les pays de l’OCDE.


Ne se limitant pas à l’enseignement supérieur, l’édition 2019 de Regards sur l'éducation présente aussi de nombreux autres résultats clés concernant la politique éducative de la France. Si beaucoup de réformes constructives ont été mises en œuvre depuis 2012, il reste beaucoup à faire. Par exemple, les dépenses par élève dans l’enseignement primaire sont inférieures de 11 % à la moyenne de l’OCDE, et le perfectionnement professionnel des enseignants, qui est relativement peu développé, ne cible pas les besoins des enseignants. Ces défis, ainsi que d’autres enjeux, sont examinés dans la note sur la France.

 

Mesdames, Messieurs,


La responsabilité nous incombe à tous d’aider les jeunes d’aujourd'hui à tirer le meilleur parti des possibilités existantes afin de prendre des décisions éclairées quant à leur avenir. Il est primordial de les doter des compétences dont ils ont besoin pour réussir dans ce monde instable et imprévisible. Concentrons-nous à élargir leurs perspectives, à étoffer les cursus, à développer leurs qualifications, et à renforcer leurs liens avec le marché du travail. Pour ce faire, nous avons besoin de données de haute qualité, de mesures comparables et d’une analyse objective. Ce rapport vous fournit ces outils cruciaux. Comptez sur l’OCDE pour concevoir et mettre en œuvre des politiques éducatives meilleures pour une vie meilleure. 

Je vous remercie de votre attention.

 

 

Voir aussi:

Travaux de l'OCDE portant sur l'éducation

 

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