Secrétaire général

Les perspectives pour les migrations face aux défis actuels

 

Discours d’Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, lors du lancement de l’édition 2012 des Perspectives des migrations internationales

27 juin 2012 à Bruxelles, Belgique.
(As prepared for delivery)

Madame la Commissaire Malmström, Monsieur le Commissaire Andor, Mesdames, Messieurs :

C’est un grand plaisir de vous présenter l’édition 2012 des Perspectives des migrations internationales. Il s’agit du troisième lancement conjoint consécutif de cette publication, ce qui témoigne de l’excellente coopération entre la Commission européenne et l’OCDE

La présente édition, les perspectives pour les migrations face aux défis actuels, traite des principaux enjeux des politiques migratoires dans un contexte de faible croissance et de chômage élevé, de populations vieillissantes, et d’une réorientation géoéconomique sans précédent depuis les pays de l’OCDE vers les économies émergentes.

Un facteur déterminant pour les flux migratoires internationaux dans les prochaines années est ce qui se passe en Europe aujourd’hui. L’Union européenne est l’un des principaux catalyseurs pour les échanges économiques internationaux, y compris, bien entendu, les migrations. Ses perspectives de croissance et d’emploi ont un impact direct sur les flux migratoires globaux. C’est pourquoi les décisions qui seront prises demain lors du sommet européen, ainsi que les efforts consentis par le G20 à Los Cabos, seront essentiels pour les migrations internationales et les politiques migratoires.

Quel est donc l’impact sur les migrations internationales de cette crise qui semble sans fin ? De quelle manière les changements globaux en cours affectent-ils la dynamique des migrations ? Quelles sont les nouvelles tendances ? Si vous me le permettez, je vais vous exposer les principales conclusions de notre rapport.

Les flux migratoires vers l’OCDE ont atteint un point bas en 2010.

La crise financière et économique mondiale et la Grande Récession qui a suivi ont eu un impact extrêmement négatif sur l’emploi global. Les immigrés, ainsi que les jeunes, ont été tout particulièrement touchés par la contraction générale de l’emploi (et plus encore les jeunes immigrés). L’impact fut si fort que les flux migratoires vers les pays de l’OCDE ont connu des baisses importantes en 2008 et en 2009.

En 2010, le ralentissement des flux migratoires s’est poursuivi. Cependant, comme la reprise commençait à se faire plus soutenue dans certains pays de l’OCDE, ce fut une baisse plus modeste (d’environ -3% par rapport à 2009) et le nombre de migrants vers les 23 pays de l’OCDE (et la Fédération de Russie) s’élevait à un peu plus de 4.1 millions, chiffre qui reste supérieur à tous ceux enregistrés avant 2005. Les chiffres préliminaires pour l’année 2011 laissent apparaître un rebond des flux migratoires dans plusieurs pays de l’OCDE. Nous devrons attendre avant de savoir s’il s’agit d’une tendance forte, étant donné la résurgence des difficultés économiques.

Il est intéressant de noter que ces récentes augmentations ne sont pas liées aux conditions particulièrement difficiles que connaissent certains pays du sud de l’Europe. En fait, l’émigration depuis des pays tels que la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal ne s’est que modestement accrue.

Un deuxième message-clé est que la libre mobilité du travail accroît son adaptabilité aux fluctuations des conditions sur le marché du travail.

Si l’on prend le cas de l’Europe, la libre circulation à l’intérieur de la région a compté pour une grande part dans la baisse des entrées de migrants depuis 2007, soit près d’un demi-million de personnes. Malgré cela, les flux liés à la libre circulation représentent toujours près de 40% des flux migratoires vers les pays européens de l’OCDE.

La question de la libre circulation et de ses implications plus larges pour le marché du travail est au cœur d’une autre publication de l’OCDE publiée aujourd’hui : Libre circulation des travailleurs et ajustements du marché du travail – Expériences récentes des pays de l’OCDE et de l’Union européenne. Je tiens à remercier le Commissaire Andor pour le soutien actif qu’il a apporté à ce travail. Ce rapport montre comment la libre circulation favorise l’adaptabilité des marchés du travail aux fluctuations des conditions économiques, et la présente comme un atout majeur.

La diminution des flux à l’intérieur de l’Union européenne dans la période post-crise n’a pas résulté de politiques restrictives, mais plutôt d’une baisse de la demande de main-d’œuvre. Cet enseignement important se reflète dans l’expérience de pays comme la Suède, qui a pleinement ouvert son marché du travail aux migrations en 2008 mais n’a pas connu de hausse marquée des migrations de travail. Cela doit nous faire réfléchir avant d’envisager la fermeture des frontières comme réponse au chômage.

La démographie est un autre facteur déterminant des politiques migratoires

Il est très important d’évaluer les implications de la crise actuelle sur les flux migratoires et d’examiner nos politiques à l’aune des défis de cette dynamique. Mais il est également crucial de tenir compte des tendances à plus long terme, telles que les modifications démographiques de nos sociétés.

Et il ne s’agit pas simplement de savoir combien de nouveaux travailleurs il faut pour remplacer ceux qui partent à la retraite. Comme les Perspectives des migrations internationales 2012 le montrent, les marchés du travail évoluent trop rapidement pour ne prendre en compte que les déséquilibres démographiques comme indicateur des futurs besoins de main-d’œuvre.

D’ici à 2015, l’immigration – aux niveaux actuels – ne suffira pas à maintenir constante la population d’âge actif dans de nombreux pays de l’OCDE, en particulier au sein de l’Union européenne. Mais les déficits à venir en termes de main-d’œuvre et de qualifications ne sont pas simplement fonction des déséquilibres démographiques, ils dépendent aussi du caractère variable des besoins de compétences particulières et de la capacité des sources d’offre existantes à y répondre.

Les liens entre la croissance ou le déclin de certaines professions, les déséquilibres démographiques et le besoin de travailleurs immigrés sont loin d’être évidents.

Au cours de la dernière décennie, les nouveaux immigrés ont représenté 15% des entrées dans les professions en forte croissance en Europe, et 22% aux États-Unis. Ils jouent donc un rôle significatif dans la réponse à la demande de travail dans les secteurs les plus dynamiques de l’économie. De nombreux emplois dans lesquels entrent les immigrés sont des emplois nouvellement créés, alors que nombre d’emplois que quittent les travailleurs qui partent à la retraite sont supprimés.

Mais même dans les professions pour lesquelles l’emploi total est en déclin, les recrutements se poursuivent. Les nouveaux immigrés représentent environ 25% des nouvelles entrées dans ces professions en Europe et aux États-Unis, ces emplois étant souvent moins attractifs pour les travailleurs autochtones. En d’autres termes, le rôle des migrations de travail n’est pas tant de remplacer les travailleurs partant à la retraite que de répondre aux besoins du marché du travail qui sont en perpétuelle évolution.

Enfin, un phénomène particulièrement intéressant étudié dans cette édition des Perspectives des migrations internationales est l’évolution du rôle de l’Asie dans les migrations internationales.

La dynamique des migrations en provenance et en direction d’Asie et à l’intérieur du continent revêt une importance croissante pour les pays de l’OCDE. La part de l’Asie dans les flux migratoires à destination des pays de l’OCDE a considérablement augmenté. En 2010, l’Asie était le principal continent d’origine des nouveaux migrants avec 35% de tous les flux d’immigration. Cela représente 1.8 millions de personnes, soit 56% de plus qu’en 2000.

Cependant, l’Asie est rapidement en train de devenir non seulement un continent d’origine, mais aussi de destination. Dans un nombre croissant de pays d’Asie non membres de l’OCDE, les politiques pour attirer et retenir les travailleurs qualifiés se rapprochent de celles des pays de l’OCDE. Si ces derniers souhaitent pouvoir compter sur une source régulière de travailleurs qualifiés à l’avenir, ils doivent donc conserver, voire améliorer leur attractivité en tant que région de destination pour les travailleurs qualifiés et les étudiants asiatiques.

Ce ne sont là que quelques réflexions marquantes qui se dégagent de notre rapport. Vous trouverez bien d’autres analyses et recommandations intéressantes dans ses 400 pages.

Chers Commissaires, Mesdames et Messieurs :

Les migrations internationales sont une source extraordinaire de changement, de progrès et d’intégration. Ces migrations ont modelé nos nations et restent essentielles au bon fonctionnement de nos économies, aussi bien dans les pays d’origine que dans le pays de destination. Mais les bénéfices induits par ces flux ne sont pas automatiques. Ils sont le fruit de politiques complexes, sophistiquées et efficaces.

Partant, il est essentiel d’analyser et de comprendre les migrations internationales en nous appuyant sur les faits. Il est essentiel d’adapter nos politiques migratoires aux tendances et aux transformations économiques mondiales. Il est essentiel d’apprendre les uns des autres et d’utiliser ces enseignements pour améliorer nos politiques. C’est ce que, ensemble, l’OCDE et la Commission européenne encouragent depuis de très nombreuses années. Et nous espérons que ce rapport aidera nos pays à concevoir, à promouvoir et à conduire des politiques meilleures pour une vie meilleure.

Je vous remercie.

 

 

 

Also Available

Countries list

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Albanie
  • Algérie
  • Allemagne
  • Andorre
  • Angola
  • Anguilla
  • Antigua-et-Barbuda
  • Antilles Néerlandaises
  • Arabie Saoudite
  • Argentine
  • Arménie
  • Aruba
  • Australie
  • Autorité Nationale Palestinienne
  • Autriche
  • Azerbaïdjan
  • Bahamas
  • Bahreïn
  • Bangladesh
  • Barbade
  • Belgique
  • Belize
  • Bermudes
  • Bhoutan
  • Bolivie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Botswana
  • Brunéi Darussalam
  • Brésil
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Bélarus
  • Bénin
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Canada
  • Cap-Vert
  • Caïmanes, Îles
  • Centrafricaine, République
  • Chili
  • Chine (République populaire de)
  • Chypre
  • Colombie
  • Comores
  • Congo, La République Démocratique du
  • Corée
  • Corée, République Populaire Démocratique de
  • Costa Rica
  • Croatie
  • Cuba
  • Côte D'ivoire
  • Danemark
  • Djibouti
  • Dominicaine, République
  • Dominique
  • Egypte
  • El Salvador
  • Emirats Arabes Unis
  • Equateur
  • Erythrée
  • Espagne
  • Estonie
  • Etats Fédérés de Micronésie
  • Etats-Unis
  • Ethiopie
  • ex-République yougouslave de Macédoine (ERYM)
  • Fidji
  • Finlande
  • France
  • Gabon
  • Gambie
  • Ghana
  • Gibraltar
  • Grenade
  • Groenland
  • Grèce
  • Guatemala
  • Guernesey
  • Guinée Équatoriale
  • Guinée-Bissau
  • Guinéee
  • Guyana
  • Guyane Française
  • Géorgie
  • Haïti
  • Honduras
  • Hong Kong, Chine
  • Hongrie
  • Ile de Man
  • Ile Maurice
  • Iles Cook
  • Iles Féroé
  • Iles Marshall
  • Iles Vierges Britanniques
  • Iles Vierges des États-Unis
  • Inde
  • Indonésie
  • Iraq
  • Irlande
  • Islande
  • Israël
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Jersey
  • Jordanie
  • Kazakstan
  • Kenya
  • Kirghizistan
  • Kiribati
  • Koweït
  • l'Union européenne
  • Lao, République Démocratique Populaire
  • le Taipei chinois
  • Lesotho
  • Lettonie
  • Liban
  • Libye
  • Libéria
  • Liechtenstein
  • Lituanie
  • Luxembourg
  • Macao
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Maldives
  • Mali
  • Malte
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Moldova
  • Monaco
  • Mongolie
  • Montserrat
  • Monténégro
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Nauru
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Nioué
  • Norvège
  • Nouvelle-Zélande
  • Népal
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan
  • Pakistan
  • Palaos
  • Panama
  • Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Paraguay
  • Pays-Bas
  • Philippines
  • Pologne
  • Porto Rico
  • Portugal
  • Pérou
  • Qatar
  • Roumanie
  • Royaume-Uni
  • Russie, Fédération de
  • Rwanda
  • République du Congo
  • République Islamique d' Iran
  • République Tchèque
  • Sahara Occidental
  • Saint-Kitts-et-Nevis
  • Saint-Marin
  • Saint-Vincent-et-les Grenadines
  • Sainte-Hélène
  • Sainte-Lucie
  • Salomon, Îles
  • Samoa
  • Sao Tomé-et-Principe
  • Serbie
  • Serbie et Monténégro (avant juin 2006)
  • Seychelles
  • Sierra Leone
  • Singapour
  • Slovaquie
  • Slovénie
  • Somalie
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Sri Lanka
  • Suisse
  • Suriname
  • Suède
  • Swaziland
  • Syrienne, République Arabe
  • Sénégal
  • Tadjikistan
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor-Leste (Timor Oriental)
  • Togo
  • Tokelau
  • Tonga
  • Trinité-et-Tobago
  • Tunisie
  • Turkménistan
  • Turks et Caïques, Îles
  • Turquie
  • Tuvalu
  • Ukraine
  • Uruguay
  • Vanuatu
  • Venezuela
  • Viêt Nam
  • Wallis et Futuna
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe
  • Topics list