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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Les journées de l’OCDE en Tunisie : Séminaire à haut niveau

 

Remarques d'Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

le 10 mars 2015

Tunis, Tunisie

(As prepared for delivery)

 

Monsieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs,

 

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui. Ces journées de l’OCDE sont une étape majeure pour la coopération entre le gouvernement tunisien et l’Organisation de coopération et de développement économiques. Rarement l’OCDE a eu l’opportunité, mais aussi la responsabilité, de contribuer d’une façon aussi stratégique et transversale à un processus de transformation de l’envergure de celui engagé par la Tunisie depuis 2011.

 

L’approbation d’une nouvelle Constitution pleinement basée sur des principes démocratiques, les élections parlementaires et présidentielles, libres et transparentes, sont le résultat d’un processus civique exemplaire où la construction d’un consensus large et solide a inspiré l’action publique. Deux jours après la Journée mondiale de la Femme, je voudrais rendre hommage aux femmes et aux hommes tunisiens qui depuis l’indépendance ont fait de la Tunisie le phare de l’égalité homme-femme dans le monde arabe, et qui ont inséré dans leur Constitution ce principe universel qui inspire aussi l’action quotidienne de l’OCDE.

 

Nous travaillons avec la Tunisie dans des domaines d’une importance économique primordiale : la gouvernance publique, la réforme du système bancaire, la fiscalité, l’emploi, les disparités régionales,  l’investissement et les infrastructures, les partenariats publics-privés, la lutte contre la corruption, le renforcement de l’intégrité, et l’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales.

 

Autant de domaines pour lesquels la Tunisie montre la volonté déterminée de s’améliorer, d’acquérir les meilleures pratiques internationales et de rejoindre les standards mondiaux. Il s’agit avant tout de promouvoir une croissance plus inclusive, et notamment, en priorité, d’améliorer les conditions qui permettront de créer des emplois en particulier pour les jeunes et les gens qui habitent dans les régions les plus pauvres.

 

Les rapports « Tunisie : Un programme de réformes à l’appui de la compétitivité et de la croissance inclusive 2014 » et « Investir dans la Jeunesse en Tunisie » que nous lançons aujourd’hui identifient les réformes prioritaires qui permettront au nouveau gouvernement de continuer à transposer les principes inscrits dans la nouvelle Constitution dans les politiques économiques et sociales, et d’assurer une vie meilleure aux Tunisiens.

 

Renforcer la stabilité financière, améliorer le financement et permettre une meilleure intégration dans chaines de valeur mondiales

 

Suite à quatre années de croissance relativement modeste (2.3% en 2014), une accélération de la croissance économique est prévue entre 3% et 3,5% en 2015. Afin de renforcer la création d’emplois, il est néanmoins indispensable d’assurer que ce début de reprise soit fort et durable.

 

Certains déséquilibres macroéconomiques, qui se traduisent par des pressions inflationnistes, une perte de compétitivité et de parts de marché, ainsi que d’importants déficits budgétaire et de la balance des paiements, sont un enjeu important. Renforcer les cadres budgétaire et monétaire est donc très important. La consolidation du système bancaire est une autre priorité essentielle qui requiert la poursuite des mesures de restructuration et de recapitalisation des principaux établissements bancaires.

 

En parallèle, il reste fondamental de continuer à améliorer le climat des affaires par une élimination des lourdeurs administratives, la suppression des obstacles à la concurrence, un allègement du contrôle des prix et le redressement de nombreuses entreprises publiques. 

 

La Tunisie s’est déjà attelée ces dernières années à l’amélioration du climat d’investissement et l’OCDE est heureuse d’avoir pu y apporter son concours. L’OCDE encourage la Tunisie à faire un pas additionnel et à adopter vite le projet de « Code de l’investissement », auquel l’OCDE a l’honneur de contribuer. Il fournirait en effet une meilleure lisibilité et prévisibilité en assurant plus de transparence et de cohérence tout en éliminant certaines restrictions à l’investissement étranger. Il rationalise également les incitations fiscales à l’investissement, réduisant ainsi la dichotomie ‘offshore/onshore’.

 

Le secteur des services a, en particulier, besoin de plus d’investissements privés et de concurrence afin de permettre à la Tunisie de croitre durablement, créer des emplois et connecter les PME et les régions enclavées aux marchés internationaux. Le score moyen du secteur des services en Tunisie dans l’indice de l’OCDE de restrictivité de la réglementation de l’investissement direct étranger (IDE) est plus de deux fois supérieur à la moyenne de l’OCDE et cinq fois plus élevé que celui des secteurs manufacturiers, par example.

 

Accompagner la réduction des restrictions aux investissements étrangers de réformes en matière de politiques de la concurrence et de la gouvernance des entreprises publiques faciliterait l’intégration du pays dans les chaines de valeur mondiales (CVMs). À cet égard, nous sommes fier de présenter  aujourd’hui notre rapport préliminaire : « La Tunisie dans les chaines de valeur mondiales ».

 

L’ensemble de ces réformes permettraient de stimuler l’investissement, de redresser la compétitivité, de mettre en place une transition vers une économie à plus grande valeur ajoutée et mieux intégrée à l’économie mondiale, et donc de stimuler l’emploi.

 

Les politiques de soutien à l’emploi

 

Toutes nos recherches montrent que favoriser seulement la croissance n’est pas suffisant pour assurer qu’elle soit inclusive et que le cercle vertueux de croissance et d’amélioration du bien-être se mette en place. Les réformes structurelles doivent être choisies avec soin, et les politiques sociales, d’éducation, et de soutien à l’emploi doivent être dynamiques et favoriser  le renforcement des compétences et de l’employabilité.

 

Pour la Tunisie comme d’autres pays y compris en Europe, l’enjeu principal et immédiat est celui de la réduction du chômage qui, même s’il a nettement diminué depuis 2011, passant de 19% à 15%, reste très élevé. Le taux global cache par ailleurs des disparités importantes entre les groupes. Il reste notamment très élevé pour les jeunes, et encore plus les jeunes femmes, diminuant d’autant les possibilités pour ces populations d’apporter la contribution de leur énergie et de leurs compétences à la croissance économique d’aujourd’ hui et de demain. Un jeune sur quatre n’est ni en emploi, ni dans l'éducation ni en formation (NEET) - près de deux fois le taux moyen des pays de l'OCDE. La situation pour les jeunes vivant dans les régions du Sud-Ouest et Centre du pays est encore plus difficile.

 

Il faut donc accompagner la croissance d’une action concertée en matières de politiques du travail et sociales.

 

C’est dans ce cadre que l´OCDE lance aujourd’hui « Investir dans la Jeunesse en Tunisie ». L’enjeu de l’employabilité des nouvelles générations, partagé par de nombreux pays de l’OCDE, est une priorité collective. On doit s’atteler à créer des opportunités pour leur avenir et leur bien-être non seulement pour soutenir la croissance économique et de la cohésion sociale, mais aussi par souci de justice intergénérationnelle.

 

« Investir dans la Jeunesse en Tunisie » présente une palette de propositions coordonnées. Celles-ci comprennent le meilleur ciblage des subventions salariales; la rationalisation des programmes de soutien à l’entrepreneuriat; la rationalisation du service public de l’emploi dédié aux diplômés de l’enseignement supérieur; et l´amélioration de la protection sociale accordée aux jeunes. Une extension et un ciblage plus précis des transferts monétaires inconditionnels seraient les meilleures options à cet égard, ainsi que la réactivation des programmes de travaux publics.

 

Regagner la confiance des citoyens

 

Investir dans la jeunesse, et réussir dans l’intégration des nouvelles générations sur le marché du travail contribueront à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions, qui est fondamentale dans un processus de transition comme celui de la Tunisie.

 

L’administration publique tunisienne  a démontré sa résilience pendant la révolution. Pour répondre aux revendications citoyennes légitimes de transparence, d’intégrité, d’ouverture et d’inclusion, elle pourrait mieux étayer ses pratiques administratives de fondements solides en matière d’intégrité, de responsabilité, d’ouverture et de la solidarité dans toutes les institutions publiques, et à tous les niveaux de décision. La décentralisation prévue dans la nouvelle Constitution devra être menée avec, notamment, un renforcement de la fonction publique territoriale.

 

La Tunisie, qui est devenue membre du partenariat du Gouvernement Ouvert en 2014, a instauré un code de conduite pour ses agents publics, et œuvre à développer en parallèle des cadres juridiques et des systèmes de préventions et de lutte contre la corruption. En ce genre,  nous sommes fier de présenter  aujourd’hui notre rapport préliminaire : « Gouvernement Ouvert en Tunisie ». La mise en œuvre de ces recommandations à tous les niveaux de l’administration centrale et locale peut contribuer au renforcement  de l’intégrité et de la confiance dans le secteur public.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Suit a l’adhésion de la Tunisie a notre Centre de Développement en janvier, et le souhaite claire du gouvernement d’adhérer aux plusieurs de nos instruments, l’OCDE est prête à continuer et à renforcer son soutien à la Tunisie dans l’ensemble de ces domaines afin d’améliorer la croissance, l’emploi des jeunes, et le bien-être. À cet égard, je souhaite remercier aussi les pays du Partenariat de Deauville pour la contribution importante que le Partenariat a apportée aux travaux de l’OCDE qui a permis de consolider de façon importante le soutien de l’OCDE à la Tunisie.

 

La voie engagée par la Tunisie est unique et exemplaire. Elle donne de l'espoir pour plus de liberté et de démocratie dans le monde arabe, mais aussi au niveau mondial. Le message de la Tunisie est clair : tous les pays, indépendamment de leur niveau socio-économique, peuvent aspirer à la prospérité, à la justice et à une démocratie avancée.

 

Les enjeux d’aujourd’hui sont donc importants pour la Tunisie et l’ensemble des pays en transition. Je vous invite donc à prendre part de façon très active aux discussions des trois prochains jours sur les réformes qui permettront à la Tunisie d’accélérer à son développement économique et social.

 

Je vous remercie !