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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Lancement de Regards sur l'éducation 2020

 

Discours d’Ángel Gurría

Secrétaire général de l’OCDE

Paris, France - 8 septembre, 2020

(Tel que prepare pour l’allocution)

 

 


Mesdames et Messieurs,


C’est un plaisir de lancer aujourd’hui avec vous l’édition 2020 de Regards sur l'éducation. Cette publication phare de l’OCDE offre un vaste ensemble d’indicateurs actualisés et comparables sur les ressources humaines et financières qui sont investies dans l’éducation, sur le fonctionnement et l’évolution des systèmes d’enseignement et de formation, et sur les enseignants, l’environnement d’apprentissage et l’organisation scolaire.


Ces indicateurs datent d'avant la crise sanitaire, c’est pourquoi nous avons également publié cette année une brochure complémentaire qui les replace dans le contexte de la pandémie. Cette brochure donne un aperçu de ses conséquences économiques sur l'éducation, mais aussi de la dynamique de conciliation entre la santé publique et le maintien de l'offre éducative.


Ces publications voient le jour dans un contexte particulièrement difficile, avec une rentrée sous tension dans tous les pays du monde. La crise - sanitaire et économique - que nous vivons, bouleverse non seulement nos économies, mais aussi les fondations de nos sociétés. Elle bouleverse nos modes de vie, nos habitudes, nos appuis. Et elle bouleverse nos systèmes éducatifs.


En effet, elle touche de plein fouet les plus vulnérables, les jeunes et les moins qualifiés, et risque d’aggraver des inégalités déjà existantes : en 2019 en France, un quart de jeunes sans qualification étaient au chômage contre seulement 6 % des jeunes diplômés du supérieur.

 

Un besoin vital d’investir dans le secteur éducatif

De nombreuses études de l’OCDE exposent une chose simple : comment cette crise a mis en évidence les nombreuses insuffisances et inégalités de nos systèmes d'éducation. Celles-ci vont du haut débit et des ordinateurs nécessaires à l'enseignement en ligne, en passant par les environnements favorables nécessaires pour se concentrer sur l'apprentissage, jusqu'au décalage entre les ressources et les besoins.


Elle a également mis à rude épreuve les enseignants qui ont dû s'adapter à une nouvelle manière d’enseigner, sans pour autant y avoir été formés. C’était un handicap important pour la France, tant l’utilisation des outils numériques dans les apprentissages était loin d’être démocratisée avant la crise sanitaire. Seuls 55% des chefs d’établissement dans PISA 2018 déclaraient que leurs enseignants avaient les compétences techniques et pédagogiques suffisantes pour intégrer les outils numériques dans leurs apprentissage.


De plus, selon TALIS 2018, plus de deux directeurs d’école élémentaire en France sur cinq déclaraient que l’accès insuffisant à Internet portait atteinte à la capacité de leur école à dispenser un enseignement numérique de qualité.


Malgré ces freins évidents, une continuité pédagogique s’est rapidement mise en place en France, prouvant la capacité des chefs d’établissement et des enseignants à se réinventer et à innover quand c’était devenu indispensable.

 

Rendre les métiers de l’éducation plus attractifs

Il est certain qu’il faudra d’abord faire le bilan de ces expériences pour en partager les bonnes pratiques. Mais quoiqu’il arrive, elles doivent inciter les pays, et la France, à investir pour rendre ces métiers encore plus attractifs; les rendre à la page. Il faut non seulement écouter les professionnels de l’éducation, mais surtout comprendre leurs aspirations.


Deux points importants ressortent de Regards sur l’éducation au sujet de la France. La progression salariale des enseignants est plus lente qu’ailleurs et les directeurs d’écoles ont peu d’autonomie . Pire ils n’ont pas de statuts contrairement à tous les autres pays de l’OCDE. Des points qui nécessitent une réflexion!


Soutenir les acteurs de l’éducation pendant et après cette crise est essentiel. Soutenir les filières qui ont été le plus touchées par la crise l’est tout autant. Si l'enseignement à distance a offert une certaine continuité pédagogique en ce qui concerne l'apprentissage scolaire, l'enseignement professionnel a, quant à lui, été particulièrement touché par ces crises.

 

Soutenir les programmes d’enseignement et de formation professionnels (EFP)

Cette année, le rapport Regards sur l'éducation met d’ailleurs l'accent sur l'enseignement et la formation professionnels, l’EFP. Souvent négligé et peu considéré, ce secteur joue pourtant un rôle central pour l'alignement de l'éducation et du travail, et plus généralement pour l'emploi et la reprise économique.


Pendant le confinement, les exigences de distanciation sociale et la fermeture des entreprises ont rendu difficile la poursuite de l'apprentissage, pourtant crucial pour la réussite de l'enseignement professionnel. Pourtant, ce secteur scolarise un nombre important d’élèves dans les pays de l’OCDE.


En France, 39 % de tous les élèves inscrits dans le deuxième cycle du secondaire (ou ?? lycée si vous préférez) optent pour des programmes professionnels, une proportion légèrement inférieure à la moyenne de l'OCDE de 42 % . Parmi ces élèves, seul 1 sur 4 est inscrit dans des formations dispensées en alternance emploi-études, alors que ces filières offrent pourtant les meilleurs débouchés.


Les femmes sont également, en France comme presque partout ailleurs, sous-représentées dans les filières professionnelles d'ingénierie et sur représentées dans les filières de santé . Créer des vocations est, là aussi, un enjeu majeur pour arriver à l'égalité hommes-femmes!

 

Les filières professionnelles de qualité essentielles pour la résilience d’un pays

Les « héros invisibles » de la crise sanitaire sont souvent issus des filières professionnelles : infirmiers, commerçants, artisans, éboueurs ont été soutenus et célébrés tout au long de cette crise. Il est primordial de continuer à les soutenir. Cette épisode difficile est donc une opportunité pour recréer une image valorisante des filières professionnelles, à condition de rehausser leur qualité.


Nos recommandations soulignent que pour ce faire, il convient de renforcer l'exigence académique et de ne pas délaisser les compétences générales tels que calcul, lecture et écriture. Il est aussi indispensable de développer l’apprentissage, d’améliorer les mécanismes d’orientation et de faciliter la transition entre éducation et marché du travail. Les enseignants et les formateurs sont souvent le premier lien avec le marché du travail, il est donc vital de s’assurer qu’ils aient une formation pédagogique cohérente, ainsi qu’une solide expérience professionnelle.

 

Monsieur le Ministre,


Les défis de cette rentrée sont nombreux et de grande taille. Parmi tous les secteurs importants pour nos économies, pour la reprise et pour le futur de nos nations, l’école doit relever une équation complexe, celle d’accueillir chacun, tout en garantissant la sécurité de tous. Pour résoudre cette équation, nous devrons mettre en œuvre des changements importants, et ce à une vitesse considérable.


Il est essentiel de poursuivre les réformes engagées en France, notamment celles sur les premiers niveaux d’éducation et la lutte contre l’échec scolaire, la valorisation des enseignants et des filières professionnelles . Malgré un chemin encore incertain pour y parvenir – les fonds publics se concentreront plus sur la santé et le bien-être social que sur l’éducation dans les années à venir – il est essentiel pour les générations futures de rendre à l’école sa place de lieu d’apprentissage, d’épanouissement et de rencontres, malgré la distanciation sociale et le port du masque.


Il est certain que les bonnes réformes permettront de rendre le système éducatif français plus solide et résilient aux crises à venir. Et ce qui est d’autant plus certain, c’est que l’OCDE restera à vos côtés dans la conception, le développement et la mise en œuvre de politiques d’éducation plus cohérentes. Pour un avenir meilleur, un avenir ambitieux, et un avenir plus résiliant.


Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

Voir aussi :

Commuiniqué de presse: L’éducation est essentielle pour bâtir une société plus résiliente

Travaux de l'OCDE portant sur l'éducation

Travaux de l'OCDE portant sur la France

 

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