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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Discours à l’occasion de la visite de Emmanuel Macron, Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique

 

Remarques d’Angel Gurría,

Secrétaire général de l'OCDE

le 18 septembre 2015

(Texte préparé en vue de l'allocution)

 

 

Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,

 

C’est un grand plaisir, Monsieur le Ministre, de vous accueillir à nouveau aujourd’hui à l’OCDE. Je suis particulièrement heureux de vous recevoir au moment où les premières mesures de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques – qui porte votre nom dans toutes les discussions -- sont mises en œuvre. C’est un projet que l’OCDE a soutenu depuis le début.

 

Après le débat animé qui a entouré cette loi, je voudrais saluer votre courage et celui du gouvernement d’avoir lancé, depuis 2012, une importante série de réformes pour renforcer l’économie. J’espère que nos discussions d’aujourd’hui contribueront à mettre en évidence le chemin parcouru, mais aussi à identifier, ensemble, les clés d’une amélioration durable des performances économiques et sociales de la France.

 

C’est pourquoi nous avons préparé une note rassemblant l’analyse de l’OCDE sur les principales mesures de cette loi et nos recommandations pour aller plus loin en gardant le cap des réformes.

 

 

La France doit retrouver les moteurs d’une croissance soutenue et durable

 

Dans le contexte actuel, les réformes structurelles sont nécessaires. Nous le savons tous, la France ne manque pas d’atouts, mais sa croissance reste faible. Selon nos dernières prévisions, publiées ce mercredi, elle s’établirait autour de +1% en 2015 et de +1.4% en 2016, après +0.2% en 2014. Cette faible croissance nourrit un chômage élevé, et la part des chômeurs de longue durée continue  de croître.

 

C’est pourquoi la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques et la persévérance que vous montrez à vouloir continuer vos réformes, sont bienvenus.

 

Nous avons chiffré l’impact sur la croissance économique en France de cinq groupes de mesures de cette loi : la réforme des professions réglementées, l’ouverture des commerces le dimanche et en soirée, la facilitation des dessertes par autocars, la simplification des Plans de Sauvegarde de l’Emploi, et l’amélioration des procédures de permis de conduire.

 

Ces réformes permettront de libérer l’activité dans certains secteurs où les réglementations étaient excessives ou mal adaptées, de créer des nouveaux marchés, de faciliter la réallocation des employés vers les entreprises les plus productives, et dans une certaine mesure, de redistribuer du pouvoir d’achat vers les ménages les plus modestes, notamment les jeunes (c’est le cas de la réforme de la desserte par autocars).

 

Au total, en se basant sur les effets des réformes passées sur la croissance dans les pays de l’OCDE, nos modèles estiment que ces mesures auraient un impact additionnel sur le PIB potentiel de l’ordre de 0.3 % à un horizon de 5 ans et de 0.4 % à un horizon de 10 ans. Ces gains s’ajoutent aux effets des réformes antérieures que l’OCDE avait estimés à 1.5 % de PIB à un horizon de 5 ans et de 3.5 % à un horizon de 10 ans à l’automne dernier.

 

L’expérience des pays de l’OCDE montre que les autres mesures non quantifiées de la loi vont aussi dans la bonne direction. C’est le cas des réformes concernant les prud’hommes, le commerce de détail, l’épargne et l’actionnariat salariés, la réglementation des projets d’urbanisme et les Accords de Maintien dans l’Emploi.

 

Enfin, l’expérience des autres pays montre aussi que des réformes multiples menées sur des fronts différents et en même temps, peuvent avoir des synergies positives significatives, en agissant sur la confiance et le dynamisme de l’entreprenariat. Cette dynamique de réformes successives est donc particulièrement bienvenue.

 

 

De nouvelles réformes structurelles sont nécessaires

 

Dans le futur, aucune piste ne doit être écartée pour relancer la croissance et l’emploi et réduire le chômage, et nous attendons avec grand intérêt le projet pour les nouvelles opportunités économiques et les évolutions annoncées du marché du travail.

 

La réforme du marché du travail est en effet indispensable pour réduire sa dualité et la précarité de l’emploi, de même que la rationalisation et le meilleur ciblage des dépenses sociales, l’approfondissement des réformes du système d’éducation, d’apprentissage et de formation professionnelle, ainsi que les réformes territoriales. Le gouvernement a entamé des réformes bienvenues dans ces domaines, mais il faut aller plus loin.

 

Les mesures sur l’économie numérique que vous allez proposer touchent à un sujet très important pour la productivité et la compétitivité futures. De nouvelles générations de technologies de l’information et de la communication, telles que l’Internet de Tout, le Big Data ou la communication quantique, ainsi que des vagues d’inventions liées aux matériaux de pointe ou à la santé, préparent le socle de profondes transformations de nos cadres de vie et de travail futurs. Là encore, la France ne manque pas d’atouts, mais les données des dix dernières années montrent que le pays a des difficultés à se maintenir dans le rang des pays les plus innovants dans ce domaine.

 

Promouvoir l’innovation dans l’industrie et les services et adapter les réglementations existantes aux nouvelles et futures technologies de l’information est donc vital pour soutenir l’investissement et la productivité, et faire face aux défis du 21ème siècle.

 

Monsieur le Ministre, j’ai conscience de l’exigence de ce large agenda de réformes. C’est pourquoi l’OCDE reste mobilisée pour continuer à partager l’expérience de ses États Membres et à accompagner le gouvernement dans la voie de politiques meilleures pour une vie meilleure.

 

Je vous remercie.