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Agriculture et pêcheries

Sauvons nos sols !

 

L’année 2015 est l’Année internationale des sols. C’est aussi l’échéance des Objectifs du millénaire pour le développement, définis en 2000 par l’ONU et bientôt remplacés par les Objectifs de développement durable (ODD). Les 17 objectifs et 169 cibles portent sur de nombreuses questions, mais la protection des sols est le socle de la durabilité et elle est essentielle à presque tous les ODD.

Les Védas indiens le savaient déjà il y a 4 000 ans : « Notre survie dépend de cette poignée de terre. Si nous en prenons soin, elle nous procurera nourriture, énergie et abri, et elle nous environnera de beauté. Si nous la maltraitons, le sol dépérira et mourra, et l’humanité avec lui. »

Il est impossible de vaincre la pauvreté et la faim si l’agriculture repose sur l’achat de semences et de produits chimiques coûteux. Ce modèle piège les agriculteurs dans l’endettement et oblige beaucoup d’entre eux à grossir les rangs des populations urbaines pauvres. L’agriculture industrielle privilégie les monocultures tributaires des produits chimiques. Or, cultiver des végétaux sans valeur nutritionnelle, pour fabriquer des biocarburants ou des aliments destinés au bétail, est une aberration, car nous pourrions produire deux fois la nourriture dont le monde a besoin en favorisant la biodiversité. Accroître la biodiversité est aussi mille fois plus efficace, pour lutter contre les carences en vitamines et en minéraux comme la vitamine A ou le fer, que croire au riz doré ou aux bananes génétiquement modifiées et à leurs fausses promesses. Et pour cela, nul besoin des pesticides et des herbicides qui empoisonnent notre alimentation et propagent des maladies neurologiques et des cancers.

L’agriculture a besoin d’eau aussi bien que de sols, bien sûr, et là encore, l’agriculture chimique représente une situation perdante pour tous. Elle épuise les ressources en eau, les pollue, de même que les sols, et les ruissellements stérilisent des zones entières de plans d’eau dans le monde entier, même en pleine mer. Respectueuse des sols, l’agriculture biologique évite cet écueil et limiterait les menaces que représentent le réchauffement et l’acidification pour les océans. Les pratiques écologiques réduisent les besoins en eau de l’agriculture et accroissent la capacité de rétention des sols en augmentant leur teneur en matière organique (0,5 % de matière organique en plus = 80 000 litres d’eau par hectare).

L’eau n’est pas le seul enjeu, l’énergie en est un autre. Nous devons abandonner les énergies fossiles au profit de sources renouvelables décentralisées. L’agriculture industrielle consomme dix fois plus d’énergie sous forme d’intrants qu’elle n’en produit sous forme d’aliments. On prive les affamés de terres et de nourriture pour faire rouler des voitures avec des biocarburants industriels, alors que l’agriculture écologique et décentralisée recycle ses déchets et accroît ainsi la production locale de biogaz et d’engrais.

De plus, le calcul de productivité basé sur les énergies fossiles considère le travail comme un « intrant », l’amélioration de la productivité et la croissance passent donc par sa réduction, de sorte que substituer les énergies fossiles à la main‑d’œuvre est vu comme un progrès. Il faut renoncer à cette façon de penser désuète et aux indicateurs de croissance qui l’accompagnent. Les coûts environnementaux, sanitaires et sociaux d’une économie non durable ne sont pas des « externalités ». Ils se répercutent notamment sur notre santé et sont tout à fait perceptibles si l’on se place du point de vue du bien-être et non pas seulement de la croissance.

Même sous l’angle financier, le système agroalimentaire industriel existant n’a pas de sens. Il engloutit 400 milliards USD par an de subventions qui détruisent des exploitations familiales productives, et font augmenter les maladies et le chômage. Pour réduire les inégalités dans les pays et entre eux, il faut d’abord récompenser le travail des vrais agriculteurs qui produisent de la vraie nourriture, propice à la santé et à la préservation des sols, de la biodiversité et de l’eau.

Les sols sont aussi une affaire de genre. On oublie souvent que la plupart des agriculteurs sont des femmes et qu’elles produisent plus de nourriture avec moins de ressources que les hommes. Cependant, les femmes et les enfants sont les premières victimes de la violence, de la famine et de la malnutrition. Replacer les femmes au centre de l’agriculture et de la nutrition est peut-être la meilleure solution pour les émanciper et en faire les égales des hommes. Cette année, des femmes sont venues de toutes l’Inde à Navdanya pour célébrer leur rôle de gardiennes des semences et productrices de nourriture. Elles se sont engagées à protéger les sols, leurs semences, leur souveraineté alimentaire et leur souveraineté intellectuelle. Une jeune fille est ensuite retournée dans son école, dans l’Uttar Pradesh, avec cet engagement, et 20 écoles organisent maintenant une campagne autour de ce slogan : « Sauvez vos semences, protégez les filles, envoyez-les à l’école. »

 

*Réseau de gardiens de semences et de producteurs biologiques présent dans 17 États en Inde.


Année internationale des sols de la FAO 

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