Revue économique de l’OCDE No. 38, 2004/1

Dynamique des entreprises et politiques

Nicola Brandt

Cette étude présente des informations concernant la création, la cessation d’activité, la croissance et la survie des entreprises, à partir de nouvelles données rassemblées par Eurostat sur neuf États membres de l’Union européenne. Les taux de création d’entreprises sont analysés à la fois par pays et par branche d’activité, l’accent étant mis en particulier sur les secteurs liés aux technologies de l’information et des communications (TIC), ce qui n’avait pas été possible jusqu’ici, faute de données comparables entre les pays. Les taux de création d’entreprises se révèlent relativement modérés dans les branches d’activité parvenues à maturité, en particulier dans le secteur manufacturier, tandis qu’elles sont exceptionnellement soutenues dans les activités nouvelles liées aux TIC. Étant donné que celles-ci ont connu des changements technologiques rapides ces dernières années, ce résultat tend à confirmer l’hypothèse présente dans les modèles de croissance économique fondés sur la notion de destruction créatrice, selon laquelle les jeunes entreprises jouent un rôle important sur le plan de l’innovation et de la croissance de la productivité. Une fois pris en compte un certain nombre de facteurs fondamentaux comme la composition sectorielle de l’activité dans les différents pays, les différences de taux cumulés de création et de cessation d’activité des entreprises entre pays se révèlent négligeables. En revanche, les différences de taux de création et de cessation d’activité dans les activités nouvelles liées aux TIC, de même que les différences de taux de risque, sont beaucoup plus prononcées. Afin de déterminer si les politiques et les institutions influent sur les différences de taux de création et de survie des entreprises entre les pays, des indicateurs de l’OCDE mesurant le degré de rigueur de la réglementation dans différents domaines sont mis en corrélation avec les taux de création d’entreprises et les taux de risque. Une relation statistiquement significative est mise en évidence entre certains de ces indicateurs, mais pas tous, et les taux de création d’entreprises, incitant à penser qu’une réglementation excessivement contraignante a une incidence négative sur la création d’entreprises.

Le paradoxe de la productivité: l’apport des micro-données

Dirk Pilat

Une analyse empirique des effets économiques des technologies de l’information et des communications (TIC) a été réalisée suivant trois principaux axes, à partir de données globales concernant respectivement l’investissement dans les TIC, les branches productrices et utilisatrices des TIC et les entreprises. Les données rassemblées au niveau des entreprises mettent en évidence l’influence, sur l’impact des TIC, de certains facteurs qui ne peuvent être observés au niveau global, comme des facteurs organisationnels ou les qualifications disponibles. Elles révèlent aussi que la diffusion des TIC peut s’accompagner d’effets concurrentiels, en termes de créations d’entreprises, de cessation d’entreprises et de modifications de la part de marché des entreprises existantes. Cet article résume quelques-unes des conclusions que l’on peut tirer de l’étude des effets des TIC au niveau des entreprises, en attirant l’attention sur les résultats des analyses récemment réalisées à l’OCDE, à partir de données sur les entreprises, sur les TIC, la productivité et la croissance économique. Il examine par ailleurs brièvement pourquoi les conclusions que l’on peut tirer de données concernant les entreprises peuvent être différentes de celles qui découlent de données plus agrégées.

Relocalisation internationale de la production et exportations de services

Nigel Pain et Desirée van Welsum

Cet article analyse la relation entre la relocalisation internationale de la production et les exportations de services des États-Unis en utilisant un certain nombre d’estimateurs fondés sur des données de panel pour six catégories différentes de services. Dans une équation traditionnelle de la demande d’exportation sont intégrées trois variables représentatives du degré de relocalisation internationale de la production par des sociétés mères ayant leur siège aux États-Unis dans des secteurs de services et d’autres secteurs. Les auteurs mettent en évidence une hétérogénéité considérable de la relation entre les échanges et la relocalisation des activités de production suivant les catégories de services et suivant le secteur dans lequel a lieu la relocalisation des activités de production. Ils observent une relation significativement positive entre les exportations et la relocalisation internationale des activités de production dans la majorité des secteurs hors services, mais une relation significativement négative entre les exportations et la relocalisation dans les secteurs de services. Les exportations de services entre sociétés apparentées sont la seule catégorie d’échanges qui se développe sous l’effet de l’augmentation des investissements extérieurs dans tous les secteurs.

Causes de la disparité des délais d’attente en chirurgie non urgente dans les pays de l’OCDE

Luigi Siciliani et Jeremy Hurst

Les temps d’attente pour les interventions chirurgicales non urgentes, dans le contexte des systèmes publics, sont jugés très préoccupants par les autorités sanitaires de beaucoup de pays de l’OCDE (comme l’Australie, le Canada, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède), alors que ce n’est pas le cas dans d’autres (comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, les États-Unis, la France, le Japon, le Luxembourg et la Suisse). Cet article présente une analyse comparée de ces deux groupes de pays. Les auteurs constatent que les pays qui ne signalent pas de temps d’attente consacrent généralement davantage de ressources que les autres aux soins de santé, disposent de capacités plus importantes (en termes de lits de soins aigus et de médecins) et ont plus souvent adopté un système de rémunération à l’activité pour les hôpitaux et à l’acte pour les médecins (par opposition aux enveloppes budgétaires globales et au salariat). Sur le plan de la demande, les deux groupes de pays n’ont pas des besoins très différents si l’on se fonde sur la proportion de personnes âgées dans la population totale ou sur les taux de mortalité, et le partage des coûts (participation financière des patients) y est à peu près comparable.

La contribution des marchés du logement à la résilience économique

Pietro Catte, Nathalie Girouard, Robert Price et Christophe André

Cette étude examine les liens entre les marchés immobiliers et le cycle économique dans les pays de l’OCDE, et plus particulièrement la façon dont les caractéristiques structurelles des marchés immobiliers et hypothécaires peuvent affecter la résilience face aux chocs économiques. Elle analyse plus particulièrement le mécanisme de transmission de la richesse immobilière à la consommation et les facteurs expliquant la variabilité des prix des logements, afin de déterminer si le secteur du logement joue ou non un rôle stabilisateur. Des estimations de la propension marginale à consommer la richesse immobilière sont présentées pour dix pays de l’OCDE ; on constate que les effets les plus importants sur la consommation sont observés dans les pays ayant des marchés hypothécaires de grande taille, efficients et réactifs. Le niveau de « complétude » du marché hypothécaire – la mesure dans laquelle le marché peut offrir une grande diversité de produits et répondre à un large éventail d’emprunteurs potentiels – est particulièrement important à cet égard, dans la mesure notamment où il permet de procéder à des prélèvements adossés à un actif immobilier. S’agissant de la variabilité des prix des logements, les différences constatées entre les pays de l’OCDE semblent reliées à la fois à des facteurs macroéconomiques (tels que la variabilité de l’inflation) et à des facteurs structurels. Les prix de l’immobilier seraient soumis à des fluctuations erratiques dans les pays où l’offre de logements est relativement inélastique (du fait par exemple, de réglementations de zonage inutilement restrictives) et lorsque le régime fiscal favorable dont bénéficient les intérêts hypothécaires encourage les prélèvements adossés à un actif immobilier. En bref, il semble que les politiques structurelles qui sont souhaitables pour assurer une affectation efficiente des ressources contribuent aussi à une meilleure résilience macroéconomique aux chocs.

Les défis de la réduction du déficit de balance courante des États-Unis et conséquences pour les autres économies

Anne-Marie Brook, Franck Sédillot et Patrice Ollivaud

Dans cet article, le modèle Interlink de l’OCDE est utilisé pour étudier divers scénarios de réduction du déficit courant américain. Les scénarios examinés sont les suivants : dépréciation du dollar, assainissement des finances publiques et amélioration de la compétitivité hors-prix des produits américains. Un des principaux enseignements que l’on peut tirer de l’analyse est que chacun de  ces chocs doit être très important pour réduire de façon significative le déficit courant des États-Unis, en raison surtout du fait que les effets secondaires tendent à compenser l’impact du choc initial. En outre, chacun des scénarios étudiés fait manifestement peser des risques sur la croissance dans les autres régions du monde. Cependant, les coûts d’ajustement peuvent être limités dans les économies où les fondamentaux sont sains et où les autorités peuvent recourir à des mesures monétaires ou budgétaires pour contrebalancer toute pression récéssioniste. L’article révèle aussi que si l’ajustement venait à s’opérer par le biais du taux de change, une plus grande flexibilité des devises en Asie permettrait de partager plus équitablement les coûts d’ajustement entre les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Enfin, des taux de croissance plus soutenus chez les partenaires commerciaux des États-Unis n’amélioreraient la balance courante des États-Unis que de façon marginale.

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