Tableau de bord de l'OCDE de la science, de la technologie et de l'industrie 1999 : Mesurer les économies fondées sur le savoir


En raison des progrès rapides que font de nos jours la science et la technologie, les économies de l'OCDE sont de plus en plus fondées sur le savoir. En même temps, les pays sont de plus en plus intégrés à l'économie mondiale par des flux internationaux de biens, de services, d'investissements, de personnes et d'idées. Ce phénomène a donné naissance à de nouvelles formes de concurrence et de coopération entre entreprises et entre pays et encourage la diffusion d'idées nouvelles et de technologies nouvelles.

Ces changements, qui se renforcent mutuellement, ont de profondes répercussions sur les économies d'aujourd'hui. L'aptitude à créer, à distribuer et à exploiter les connaissances et l'information semble prendre une importance croissante et elle est souvent considérée comme le facteur déterminant de la croissance économique et de l'amélioration de la qualité de la vie. La compétitivité des entreprises dépend de manière cruciale de leur capacité à utiliser leurs propres actifs incorporels, tels que leurs compétences et leur créativité, et à accéder à de nouveaux moyens en coopérant avec d'autres entreprises et avec des universités. Les pays sont plus ou moins à même de relever ce défi selon que leurs entreprises, leurs administrations publiques et leurs main-d'oeuvre réussissent à travailler ensemble pour exploiter ces atouts. Leur réussite dépend aussi de la mesure dans laquelle leurs entreprises et leurs administrations reconnaissent ce défi commun et y répondent de manière efficace, vigoureuse et cohérente.

Aux fins d'élaboration et d'évaluation des politiques, les pouvoirs publics doivent pouvoir suivre aussi exactement que possible les tendances récentes et les fluctuations structurelles liées à la science, à la technologie et à l'industrie, non seulement dans leur propre pays mais aussi en comparaison avec d'autres pays. Toutefois, il est par nature très difficile de mesurer les actifs incorporels et beaucoup moins aisé d'obtenir des indicateurs comparables sur les actifs incorporels que sur les actifs corporels. En outre, comme il n'existe pas d'indicateur unique susceptible de répondre pleinement à une question donnée, on est obligé d'avoir recours à une image composée. Le Tableau de bord présente donc une série d'indicateurs. Nous nous sommes efforcés de donner des définitions claires, d'indiquer la méthode de calcul et, le cas échéant, de formuler des réserves pour éviter que les informations ne soient mal interprétées.

Le Tableau de bord comprend trois parties :

  • La première partie présente certains indicateurs des économies fondées sur le savoir. Elle examine l'importance de l'investissement dans les actifs incorporels réalisés dans les pays de l'OCDE, compare le poids des industries fondées sur le savoir entre pays, souligne le rôle des technologies de l'information et de la communication et examine les dépenses consacrées à la science et à la technologie.
  • La deuxième partie porte sur le défi de la mondialisation. Elle décrit les tendances récentes du commerce international, de l'investissement étranger et de l'internationalisation de la technologie et examine le rôle joué par les filiales étrangères des firmes multinationales dans leurs pays hâtes.
  • La troisième partie examine certains indicateurs de la performance économique et de la compétitivité. Elle compare les pays pour ce qui est de la productivité et des coûts unitaires de main-d'oeuvre, de la production scientifique et technologique, et du commerce international.
L'examen des indicateurs montre que les pays restent internationalisés à des degrés différents et que l'avancée vers une économie fondée sur le savoir varie sensiblement selon les pays.
L'Irlande est un éminent exemple d'un pays qui a bénéficié de la mondialisation de la science et de la technologie ; son taux de croissance très élevé dépend dans une certaine mesure de ses importations de technologie et de capital. A l'autre extrémité, le Japon semble relativement insulaire pour ce qui est de la science et de la technologie. L'Union européenne paraît dans l'ensemble aussi internationalisée que les États-Unis si l'on exclut les liens entre pays membres. Concernant l'aptitude à créer, distribuer et exploiter les connaissances et l'information, certains pays - en particulier certains pays anglophones et nordiques - semblent mieux placés à cet égard. Or, ce résultat peut excessivement souligner le classement général des pays, et ainsi suggérer de façon inadéquate quels pays sont les mieux préparés à faire face à l'avenir. Un certain nombre de facteurs devraient être pris en compte lors de l'interprétation des indicateurs (voir Note ci-dessous).
Le Tableau de bord peut servir de point de départ pour des études de compétitivité et de l'étalonnage (benchmarking) au niveau national. Il peut être utilement complété par des études comparatives plus ciblées afin d'identifier les politiques exemplaires dans différents domaines. D'autres travaux devraient être entrepris pour élargir le cadre et la comparabilité de ces indicateurs et de les mettre dans un contexte où ils peuvent utilement contribuer à la politique économique.

Note concernant l'interprétation des indicateurs
  • Les indicateurs ne donnent qu'une vision partielle de la réalité. Par leur nature, ils ne mesurent que ce qui peut être quantifiable et pour lequel il y a des données disponibles. Le besoin de données comparables sur le plan international limite davantage le nombre d'indicateurs. De plus, beaucoup d'indicateurs ne reflètent la qualité ou l'efficacité des pays dans différents domaines. Par exemple, une intensité en R-D élevée ne signifie pas nécessairement que les entrants en R-D soient utilisés de manière efficace.
  • Beaucoup de variables sont interdépendantes et devraient être vues dans un contexte plus large, comme par exemple les systèmes nationaux d'innovation ou dans un cadre économique, politique et social plus global. Seul un regard « à l'intérieur de la boîte noire » et une analyse causale permettraient d'identifier les raisons pour lesquelles certains pays obtiennent de meilleurs résultats que d'autres. Or, ceci va au-delà du champ du Tableau de bord.
  • Certains indicateurs semblent jouer un rôle plus important que d'autres, mais il est difficile d'établir une hiérarchie car on ne dispose pas de critères clairs.
  • Beaucoup d'indicateurs globaux ne reflètent que la performance de quelques industries. Or, la valeur moyenne d'un indicateur donné peut être le résultat d'excellentes performances pour certaines industries et de médiocres performances pour d'autres. Les tableaux de l'annexe donnent une information détaillée pour beaucoup d'indicateurs.
  • L'interprétation de certains indicateurs pourrait être ambiguë. Par exemple, les flux d'investissement direct à l'étranger ne devraient pas être vus de manière systématique comme conséquence d'une faible compétitivité ou de conditions- cadre défavorables pour l'investissement domestique au pays d'origine. Au contraire, les implantations à l'étranger peuvent refléter des stratégies d'internationalisation de firmes et être un signe de dynamisme et de renforcement de leur position commerciale sur le plan international
  • Le classement des pays doit être interprété avec prudence, en particulier lorsque les écarts entre pays sont faibles, du fait de la précision limitée de certains indicateurs.

Vers des économies fondées sur le savoir


Les changements structurels qu'ont connus les pays de l'OCDE traduisent le rôle croissant que jouent la production, la diffusion et l'utilisation des connaissances et de l'information pour améliorer la compétitivité des entreprises et la performance de l'ensemble de l'économie. Les progrès scientifiques et technologiques semblent plus rapides et plus répandus que jamais et les techniques de l'information et des communications (TIC) sont maintenant indispensables au fonctionnement de toute entreprise.

Les pays de l'OCDE s'orientent vers une économie fondée sur le savoir, bien qu'à un rythme différent pour des raisons économiques, sociales ou institutionnelles. Les indicateurs retenus révèlent que :

  • Les industries fondées sur le savoir connaissent depuis de nombreuses années une croissance supérieure à celle du PIB dans presque tous les pays de l'OCDE. Si l'on définit ce groupe au sens large (industries manufacturières de haute et moyenne-haute technologie et services tels que finances, assurance et communications), sa part du PIB de l'ensemble des pays de l'OCDE dépasse maintenant 50%, contre 45% en 1985. C'est dans les grandes économies, en particulier l'Allemagne, les États-Unis et le Japon que ces industries sont le plus importantes. Depuis 1985, elles ont progressé le plus vite en Corée, au Portugal, au Royaume-Uni, au Japon et en Finlande. Dans tous les pays, les services fondés sur le savoir sont beaucoup plus importants que les industries manufacturières fondées sur le savoir (section 2.2).
  • Les pays de l'OCDE consacrent de plus en plus de ressources à la production de savoir. L'investissement dans les connaissances, tel qu'il est défini ici (R-D, logiciels, dépenses publiques d'éducation) représente maintenant 8% du PIB des pays de l'OCDE, chiffre semblable à l'investissement consacré à l'équipement. C'est dans les pays nordiques et en France que l'investissement consacré aux actifs incorporels est le plus élevé (9-10%) et en Italie et au Japon qu'il est le plus faible (6-7%). Si l'on inclut les dépenses privées d'enseignement et de formation, la moyenne de l'OCDE dépasse 10% du PIB (section 2.1).
  • Comme une économie fondée sur le savoir a besoin de nouvelles aptitudes et de nouvelles compétences, la qualité des ressources humaines est le déterminant principal de l'invention et de la diffusion de technologie. Au total, 60% des habitants des pays de l'OCDE âgés de 25 à 64 ans ont achevé des études de second cycle secondaire et ce pourcentage atteint 80% ou davantage aux États-Unis, en République tchèque, en Norvège, en Allemagne et en Suisse. En revanche, il est inférieur à 50% en Turquie, au Portugal, au Luxembourg, en Espagne, en Italie et en Grèce. Au total, 13% des habitants des pays de l'OCDE âgés de 25 à 64 ans ont fait des études universitaires mais ce pourcentage va de moins de 9% en Autriche, en Turquie, au Portugal et en Italie à plus de 20% aux États-Unis et aux Pays-Bas (section 2.6).

Les technologies de l'information et des communications (TIC) sont un pilier de l'économie fondée sur le savoir. La manière dont les pays adoptent et maîtrisent les TIC revêt donc une importance cruciale pour leur performance économique future.
  • Les pays de l'OCDE font de lourds investissements dans les télécommunications, le matériel et les logiciels informatiques. En 1997, ils ont consacré en moyenne près de 7% de leur PIB aux TIC, contre 6% en 1992. Ce chiffre varie nettement selon les pays, allant de presque 9% à moins de 3%. En général, l'intensité de TIC est supérieure dans les pays anglophones, en Suède, en Suisse et dans une moindre mesure au Japon et aux Pays-Bas. Toutefois, la Corée et de nombreux pays méditerranéens et d'Europe centrale rattrapent rapidement leur retard : en 1997, les dépenses de TIC en pourcentage du PIB ont connu leur croissance la plus rapide au Portugal (10%), en Grèce (8%) et en Pologne (6%), suivis du Japon, de la Finlande et de la Corée (environ 4%) (section 2.3).
  • L'Internet est le principal moteur des TIC, à mesure qu'un nombre croissant de ménages et d'entreprises s'y raccordent et l'utilisent. Les pays nordiques, les États-Unis et le Canada comptent parmi les pays les plus « connectés », avec entre sept et onze hôtes Internet pour 100 habitants alors que la moyenne de l'OCDE est de quatre. Le coût d'accès à l'Internet a fortement baissé ces dernières années, en raison de changements technologiques et de l'intensification de la concurrence dans le secteur des télécommunications, mais les prix freinent encore l'utilisation dans des pays comme la République tchèque, l'Autriche et la Belgique où les coûts d'accès à l'Internet (calculés en parités de pouvoir d'achat) sont plus du triple de ce qu'ils sont en Finlande et au Canada, pays qui ont les coûts d'accès les plus faibles (section 2.4).
  • Ces technologies permettent le développement et la croissance rapide du commerce électronique. Le nombre de serveurs Internet sécurisés donne une mesure approximative de l'infrastructure du commerce électronique. Les trois quarts des serveurs situés dans la zone de l'OCDE se trouvent aux États-Unis mais ce pourcentage baisse à mesure que le commerce électronique se développe dans d'autres pays. En général, c'est dans les pays anglophones et les pays nordiques que le nombre de serveurs Internet pour 100 000 habitants est le plus élevé et au Mexique, en Corée, dans les pays méditerranéens et les pays d'Europe centrale qu'il est le plus faible (section 2.5).

Les activités de R-D sont souvent considérées, du point de vue de la politique scientifique et technologique, comme un ensemble qui constitue « l'effort national de R-D ». Après plus de cinq ans de stagnation et même de déclin dans certains pays, les dépenses de R-D remontent dans la plupart des pays, en partie parce que la croissance économique a repris depuis le milieu des années 90.
  • En 1995, quelque 2.7 millions de chercheurs exerçaient des activités de R-D dans la zone de l'OCDE. Les dépenses intérieures brutes de R-D (DIRD) des pays de l'OCDE s'élevaient à près de 500 milliards de dollars des États-Unis en 1997, soit plus de 2.2% du PIB. Le pourcentage est beaucoup plus fort pour la Suède (près de 4%) et pour la Finlande, le Japon, la Corée et les États-Unis (près de 3%). Il est au contraire sensiblement inférieur à 1% dans plusieurs pays, notamment le Mexique, la Turquie et la Grèce. De 1991 à 1997, les dépenses de R-D ont augmenté le plus en Corée (+1 point de pourcentage du PIB), en Suède (+1), en Finlande (+0.7), en Irlande (+0.5), en Islande (+0.4) et au Danemark (+0.3). Toutefois, les dépenses de R-D continuent de plafonner ou de baisser dans plusieurs pays, surtout dans les grandes économies de l'Union européenne que sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Italie (section 3.1).
  • Dans la plupart des pays, le secteur des entreprises assure un pourcentage croissant du financement et de l'exécution des activités de R-D. Cette tendance, qui a commencé il y a plus de vingt ans, s'est accélérée dans les années 90. En moyenne, les entreprises financent plus de 60% de la R-D et en réalisent près de 70%. Toutefois la contribution relative du secteur public et du secteur privé varie fortement selon les pays. Les entreprises jouent un rôle particulièrement important au Japon, en Corée, en Irlande, en Suède, en Suisse et aux États-Unis. Des fonds étrangers financent maintenant plus de 10% des dépenses de R-D en Grèce, au Royaume-Uni, au Canada et au Danemark, ce qui s'explique en partie par la mondialisation croissante de la R-D et en particulier par les activités de R-D des sociétés multinationales (section 3.2).
  • Quelle que soit l'origine des financements, les activités de R-D menées dans le secteur des entreprises traduisent le souhait des firmes d'utiliser l'innovation technologique pour améliorer leur compétitivité. L'intensité en R-D des entreprises est particulièrement forte en Suède (à plus de 4% du produit intérieur de l'industrie, elle est plus du double de la moyenne de l'OCDE), suivie par la Finlande (2.7%) et la Corée (2.5%). Les taux de croissance annuels de la R-D enregistrés dans ces trois pays depuis le début des années 90 sont parmi les plus élevés des pays de l'OCDE. Les activités de R-D des entreprises ont progressé encore davantage en Irlande, en Islande et en Australie, qui partaient toutes de faibles niveaux en 1991 (section 5.1).

Le secteur public comme le secteur privé jouent un rôle important dans la science et la technologie. Tous deux contribuent à l'innovation technologique de manières qui vont bien au-delà des dépenses de R-D.
  • L'aide que les États apportent à la technologie industrielle va au-delà du financement public de la R-D. Elle recouvre un soutien financier (subventions, abattements fiscaux, etc.), des marchés publics (principalement pour la défense et l'aérospatiale) ainsi qu'une infrastructure et une diffusion de la science et de la technologie (par exemple, des partenariats entre secteurs public et privé dans la R-D). Parmi les pays pour lesquels des données sont disponibles, c'est en Finlande, aux États-Unis et en France que l'aide de l'État à la technologie industrielle par rapport au produit intérieur de l'industrie est la plus forte ; ces pays sont suivis par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne. Au cours des années 90, l'aide publique a baissé dans la plupart des pays, notamment à cause des réductions de dépenses militaires. Ce recul est particulièrement prononcé aux États-Unis, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Elle a au contraire augmenté en Finlande et dans une moindre mesure au Japon et en Australie (section 4.3).
  • L'innovation ne dépend plus uniquement des réalisations individuelles des entreprises, universités et instituts de recherche mais, de plus en plus, de leur coopération. Les entreprises ayant reconnu l'utilité de la recherche universitaire pour leur activité d'innovation, elles ont accru leur part du financement de cette recherche, même si cette part reste faible. Dans l'ensemble des pays de l'OCDE, les entreprises financent 6% de la recherche universitaire et 3% de la recherche publique. Il y a néanmoins des variations importantes selon les pays du fait des différences entre leurs systèmes nationaux d'innovation. Les données provenant d'enquêtes sur l'innovation laissent penser que les entreprises qui ont signé des accords de coopération (de quelque type que ce soit) comptent près de 10% de la main-d'oeuvre, sauf dans les pays nordiques, où le pourcentage est beaucoup plus élevé. En outre, les grandes entreprises concluent beaucoup plus souvent ce type d'accord que les petites (section 4.5).
  • Les dépenses de R-D ne représentent qu'une fraction des dépenses totales consacrées à l'innovation technologique. Les données provenant d'enquêtes sur l'innovation menées dans un nombre limité de pays semblent indiquer que la partie hors R-D de l'innovation technologique (qui comprend les dépenses liées à des innovations concernant l'équipement, les logiciels, la formation, la conception ou le marketing) peut être deux fois plus élevée que la partie consacrée à la R-D. Dans la plupart des pays, les dépenses d'innovation (par rapport aux ventes) sont plus élevées dans l'industrie que dans les services. Dans l'industrie manufacturière, c'est en Suède (plus de 7% des ventes totales) et en Suisse (plus de 6%) que ces dépenses sont le plus élevées, ces pays étant suivis par la Finlande, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas (4% chacun) et en Espagne et en Belgique qu'elles sont le plus faibles (environ 2%). Dans les services, le Royaume-Uni et la Suède viennent en tête (4%) (section 5.5).
  • Le capital-risque est crucial pour promouvoir l'innovation, en particulier dans les nouvelles entreprises, et il constitue une source très importante de financement des nouvelles entreprises à vocation technologique.
    Il est en hausse rapide dans la plupart des pays pour lesquels on dispose de données. Le marché du capital-risque des États-Unis est de loin le plus important, suivi par celui du Royaume-Uni et du Canada. Même exprimé en pourcentage du PIB, l'investissement en capital-risque de ces trois pays compte parmi les premiers de l'ensemble des pays de l'OCDE. Il est également élevé aux Pays-Bas, en Finlande et en Belgique. Près de la moitié du capital-risque d'Amérique du Nord finance des entreprises à leurs premiers stades d'établissement alors qu'en Europe, il finance en majorité l'expansion d'entreprises déjà présentes sur le marché (section 5.6).


Le défi de la mondialisation

Des entreprises de plus en plus nombreuses, y compris de petites entreprises, organisent une part crois-sante de leurs activités sur une base internationale ou même mondiale.
Le commerce international des marchandises et, de plus en plus, des services, joue un rôle primordial dans les transactions internationales. Si la croissance des transactions financières (investissement direct, investissement de portefeuille et revenus des investissements) dépasse de beaucoup celle du commerce international, elles restent encore nettement moins importantes en valeur absolue (section 6.1).
  • En moyenne, les exportations et importations de biens et services représentent environ 20% du PIB des pays de l'OCDE. Ce chiffre dissimule toutefois des différences substantielles entre pays, car des caractéristiques comme la taille du pays et sa situation géographique influent fortement sur le rapport commerce/PIB. Ainsi, le commerce international de biens et services représente plus de 50% du PIB, parfois même beaucoup plus, dans le cas du Luxembourg, de l'Irlande, de la Belgique, de la République tchèque, des Pays-Bas et de la Hongrie alors qu'il est beaucoup moins important pour des économies comme celle des États-Unis ou du Japon, où il ne représente qu'environ 10% du PIB. Le chiffre est du même ordre pour l'Union européenne si l'on exclut les flux commerciaux intra-UE (section 7.1).
  • Les industries de haute technologie, comme la fabrication d'ordinateurs, de matériel électronique et de produits pharmaceutiques, jouent un rôle croissant dans le commerce international de biens manufacturés.
    Si les industries de haute technologie représentent actuellement, en valeur absolue, environ le cinquième du commerce total de l'OCDE, elles sont les industries manufacturières les plus dynamiques (section 7.2).
Depuis la seconde moitié des années 80, l'investissement direct étranger joue un rôle primordial dans l'accroissement de l'intégration internationale et constitue l'élément le plus dynamique de la restructuration industrielle à l'échelle mondiale. La forme la plus fréquemment choisie pour les investissements directs est l'acquisition transfrontalière d'entreprises existantes. Elle constitue la voie la plus rapide de croissance externe pour les firmes qui recherchent une « taille critique » et veulent augmenter rapidement leur part de marché, rationaliser leurs activités et renforcer leur potentiel technologique et leur compétitivité. Le marché des fusions et acquisitions transfrontalières a connu en 1998 une forte croissance de 59% en valeur, soit un montant de plus de 550 milliards de dollars (section 8.2).
  • Il y a de fortes différences entre les pays quant à l'importance de l'investissement. Par rapport au PIB, il est très important pour des pays tels que les Pays-Bas, la Suisse, la Belgique, la Suède et le Royaume-Uni.
    En revanche, il a une faible importance pour la Corée, le Japon, l'Islande ou la Pologne. Parmi les principaux pays exportateurs nets de capitaux liés à l'investissement direct, on trouve trois pays européens de petite taille : les Pays-Bas, la Suisse et la Suède. A l'opposé, la Belgique, la Nouvelle-Zélande et l'Australie, ainsi que les économies de l'Europe centrale, accueillent davantage de capitaux étrangers sur leur territoire qu'ils n'en investissent à l'étranger (section 8.1).
  • Les indicateurs sur l'activité des filiales étrangères permettent d'analyser le poids et la performance de ces firmes et donc leur contribution à l'activité économique des pays d'accueil. La part de la production et de l'emploi sous contrôle étranger dans les pays de l'OCDE se situe en moyenne entre 10% et 20%. Elle a augmenté entre 1985 et 1996 dans pratiquement tous les pays pour lesquels des données sont disponibles, mais les différences entre les pays sont grandes. Ainsi, la part des filiales étrangères dans la production manufacturière varie entre 66% en Irlande et moins de 3% au Japon. Les filiales étrangères jouent également un rôle important au Canada, aux Pays-Bas, en France, en République tchèque et au Royaume-Uni. Par contre, le poids des filiales étrangères est limité au Japon, en Turquie, en Allemagne, en Finlande, en Norvège et aux États-Unis (section 8.3).

L'internationalisation de la science et de la technologie est un aspect très important de la mondialisation économique.
La technologie de l'information et des communications a permis la mondialisation des marchés financiers et sous-tend, dans une grande mesure, l'expansion du commerce international de biens et services et des flux d'investissement. Les activités scientifiques et technologiques sont aussi de plus en plus menées à une échelle internationale.
  • La part des filiales étrangères dans la R-D varie fortement entre les pays, allant de 1% du secteur manufacturier au Japon jusqu'à 68% en Irlande. A plus de 30%, cette part est également très importante pour l'Espagne, le Canada, le Royaume-Uni, l'Australie et la République tchèque (section 9.1).
  • Les alliances technologiques, notamment entre firmes de pays différents, peuvent prendre des formes très diverses, allant du simple partenariat (échange de licences croisées) à la constitution de filiales communes de recherche. Tandis que le nombre d'alliances tant nationales qu'internationales n'avait pas beaucoup varié pendant la période 1988-90, il a augmenté pendant la période 1994-96 aux États-Unis, au Japon, et dans l'Union européenne (section 9.2).
  • Des inventions de plus en plus nombreuses sont détenues par des entreprises de pays différents de celui de l'inventeur. En moyenne, 8% des inventions faites dans un pays quelconque de l'OCDE étaient détenues par un résident étranger au milieu des années 90, contre 6% au milieu des années 80. La plupart des pays ont vu s'accroître à la fois le nombre d'inventions faites à l'étranger dont ils détiennent le brevet et le nombre d'inventions nationales dont le brevet est détenu à l'étranger (section 9.3).
  • La co-rédaction internationale d'articles scientifiques et la co-invention de brevets donnent une indication du niveau d'internationalisation des activités scientifiques et technologiques. La coopération internationale se développe à la fois dans la recherche scientifique (25% des publications sont l'oeuvre d'équipes multinationales) et dans la recherche technologique (9% des brevets résultent de travaux de recherche faisant appel à une coopération internationale) (section 9.4).

Résultats économiques et compétitivité

  • Ce sont les États-Unis qui, parmi les grands pays, ont le niveau de vie le plus élevé, mesuré par le PIB par habitant - supérieur de 30% à la moyenne de l'OCDE - alors que les autres pays du G7 sont très proches de la moyenne. Le résultat n'est pas le même si l'on passe du revenu par habitant au PIB par salarié. Du fait que les pays européens ont des taux de chômage relativement élevés et des taux d'activité plus faibles, ils sont mieux classés pour ce qui est de la productivité du travail. Il y a des cas de convergence rapide ; c'est notamment le cas de l'Irlande où la production par salarié était de l'ordre de 65% de la productivité du travail aux États-Unis en 1985 mais de 90% en 1997. Le Portugal et la Corée sont d'autres exemples de ce rattrapage récent (section 10.1).
  • On peut utiliser les fluctuations des coûts unitaires relatifs de la main-d'oeuvre pour suivre l'évolution de la compétitivité des coûts et des prix sur les marchés d'exportation pour différents pays et différents secteurs. Au niveau de l'industrie manufacturière dans son ensemble, et pour le groupe de pays présenté, les coûts unitaires de main-d'oeuvre ont augmenté le plus vite au Japon, en Grèce et au Portugal entre 1990 et 1996 et le moins vite en Finlande, au Canada et en Italie (section 10.3).
Pour ce qui est de la science et de la technologie, le rapport entre les « inputs » (comme la R-D) et « l'output » (inventions, par exemple) n'est pas linéaire. Comme l'indiquent les performances nationales, la production des activités scientifiques et technologiques dépend non seulement des moyens mis en oeuvre mais aussi de l'efficacité de l'ensemble du système d'innovation, qui lui-même dépend des conditions-cadre et des politiques du gouvernement. En outre, il est plus difficile de mesurer les résultats que les inputs. Si l'on peut mesurer les apports en termes monétaires ou en nombres, les résultats sont beaucoup plus divers, fréquemment indirects et souvent sans valeur monétaire. Il ressort toutefois de certains indicateurs que :
  • Les découvertes scientifiques et les inventions technologiques sont un produit direct de la recherche. On peut les mesurer respectivement au moyen des publications scientifiques et des brevets, même s'il s'agit d'indicateurs imparfaits. Ces deux indicateurs ont été en hausse constante dans les années 90. Le nombre des publications scientifiques rapporté à la population est plus élevé pour la Suisse, les pays nordiques et les pays anglophones. La Corée a enregistré le taux de croissance le plus rapide du nombre de publications scientifiques et du nombre de dépôts de demandes de brevets auprès de l'Organisation européenne des brevets (OEB) et elle rattrape des pays plus avancés. Le taux de croissance des dépôts de demandes de brevets en Europe est également élevé dans le cas des pays nordiques (sections 11.1 et 11.2).
  • L'innovation est particulièrement importante pour les technologies de l'information et de la communication. A la fin des années 90, près d'un brevet sur cinq attribué par le United States Patent and Trademark Office (USPTO) des États-Unis est lié aux TIC, contre un sur dix au début des années 90. La part des TIC dans les brevets est particulièrement forte en Finlande (près de 30%), suivie par l'Irlande (qui compte de nombreuses filiales de firmes multinationales), la Corée, le Japon et les États-Unis (section 11.3).
  • Si la balance des paiements technologiques reflète partiellement la capacité d'un pays à vendre sa technologie à l'étranger, ainsi que l'usage par le pays de technologies étrangères, un solde négatif de la balance des paiements technologiques n'est pas forcément un signe de faible compétitivité. En Irlande, aux Pays-Bas et en Belgique, la moyenne entre recettes et paiements technologiques dépasse 1.5% du PIB, contre 0.3% pour l'ensemble de l'OCDE. En revanche, ce ratio est très faible pour l'Islande, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Mexique. Les États-Unis restent le principal exportateur net de technologie non incorporée de la zone OCDE, avec un solde positif de presque 25 milliards de dollars en 1997. Depuis 1996, le Japon devient également exportateur net de technologie, tandis que l'Union européenne est une zone globalement importatrice nette de technologie et seuls la Suède, les Pays-Bas et la Belgique sont exportateurs nets de technologie (section 11.5).
  • Il existe des différences marquées dans la part des exportations de produits manufacturés revenant aux industries de haute et moyenne technologie, allant de moins de 5% pour l'Islande à plus de 80% pour le Japon. En général, les industries de haute et moyenne-haute technologie représentent un fort pourcentage des exportations de pays qui sont à la pointe de la technologie, qui consacrent un fort pourcentage de leur PIB aux activités de R-D et sont bien dotés en main-d'oeuvre qualifiée, en particulier en scientifiques et en ingénieurs. Ces industries représentent plus des deux tiers des exportations de produits manufacturés du Japon, de l'Irlande, de la Suisse, des États-Unis, du Mexique, de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Ce sont l'Irlande et le Mexique qui ont vu leurs exportations de haute et moyenne-haute technologie augmenter le plus vite depuis 1990. Si ces deux pays sont si bien placés, ce n'est pas tant grâce à leurs efforts de R-D qu'en raison du rôle joué par les filiales étrangères et l'approvisionnement international. Des pays comme l'Islande, la Nouvelle-Zélande ou la Turquie rattrapent leur retard (section 12.1).
  • La position d'un pays en termes de gammes de qualité est importante pour les décideurs, car elle peut avoir des conséquences considérables sur la répartition des revenus. La bonne qualité (dont témoignent des valeurs unitaires élevées) dépend des dépenses de R-D, des qualifications de la main-d'oeuvre, de l'organisation interne des firmes, etc. Du point de vue politique, la spécialisation d'un pays n'est donc pas neutre. La part occupée par les produits haut de gamme dans les exportations de produits manufacturés à destination de l'Union européenne va de moins de un cinquième (Pologne, République tchèque, Turquie et Grèce) aux trois quarts (la Suisse, suivie de l'Australie, des États-Unis, de l'Irlande et du Japon). Cette part est fortement liée au revenu par habitant (section 12.3).
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