Questionnez les économistes : Education – apprendre plus pour gagner plus ?

Les taux de réussite des études tertiaires ont énormément augmenté dans les pays de l’OCDE ces dernières années. Quel en est l’impact sur les marchés du travail ? L’accroissement de l’offre de travailleurs qualifiés est-il allé de pair avec la création d’autant d’emplois hautement qualifiés ? Ou doit-on craindre qu’un jour, tout le monde travaillera au salaire minimum malgré un diplôme universitaire ? Voir ci-dessous les questions et réponses de ce débat en ligne qui a eu lieu le mercredi 3 octobre avec Andreas Schleicher, économiste à la Direction de l’éducation de l’OCDE.


Q. Qu'arrive-t-il lorsque les activités d'enseignement supérieur sont concentrées sur un petit nombre de filières universitaires, si par exemple il y a trop de psychologues, de journalistes ou d'avocats. En effet, c'est une chose de préserver l'équilibre entre les cursus universitaires et les formations qualifiantes, c'en est une autre de maintenir l'équilibre dans les programmes universitaires. Les pays devraient-ils élaborer des politiques de nature à maîtriser cette situation ?
Sofia Otera Cavada, Chili
R. A vrai dire, il s'agit là d'un problème important dans de nombreux pays où le développement de l'enseignement supérieur a simplement abouti à ce que les universités produisent un plus grand nombre des mêmes diplômés. Le défi que doivent relever les universités modernes est de diversifier l'offre pour l'adapter à une diversité sans cesse plus grande de débouchés et de participants.

Q. Le rapport du PISA qui va paraître comprend-t-il des éléments d'information sur la Navarre ou d'autres régions d'Espagne, et si tel est le cas sur lesquelles ?
Cristina Berechet, Espagne
R. Ces renseignements figureront dans les résultats du cycle d'enquête 2006 du PISA dont le rapport sera diffusé le 4 décembre 2007. Pour en savoir plus sur les publications, les données et d'autres aspects concernant le PISA, allez consulter le site www.pisa.oecd.org.

Q. Dans une réponse précédente, vous mentionnez que le système allemand qui prévoit la répartition des enfants à l'âge de dix ans entre les filières d'enseignement général et d'enseignement professionnel, est un exemple de système inégal. Au fur et à mesure que ces enfants grandissent, devons-nous nous attendre, du fait de cette répartition, à constater de plus grandes inégalités sociales ? L'Allemagne devrait-elle modifier son système ?
Belinda Holz, Allemagne
R. La structure institutionnelle du système allemand n'a pas changé et dans la mesure où cette structure est liée à l'incidence de l'origine sociale sur les performances des élèves, son impact sur l'accès des élèves aux études supérieures ne changera pas. Face à cette situation, deux solutions s'offrent : l'une consiste à retarder le moment de l'orientation, ce qu'ont fait les autres pays pour la plupart, l'autre à laisser les élèves issues des filières de l'enseignement scolaire professionnel accéder aux études supérieures, ce que certains états en Allemagne ont commencé de faire.

Q. Il est dit dans votre rapport que pour la première fois les femmes sont plus nombreuses que les hommes à aller au terme de leurs études universitaires. Quelle en est selon vous la raison et quel impact cette situation pourrait avoir sur le marché de l'emploi à moyen terme ?
Caroline Wighton, Royaume-Uni
R. En moyenne dans l'ensemble des pays de l'OCDE, les femmes représentent 59 % diplômés de l'université pour le premier diplôme, 60 % pour le deuxième diplôme et 44 % pour les doctorats. Toutefois, la situation varie sensiblement selon les pays et les domaines d'études (voir Regards sur l'éducation : tableau A3.8). Étant donné que la demande de diplômes universitaires augmente au même rythme que l'offre, les effets sur le marché du travail demeureront vraisemblablement positifs, reflétant une meilleure utilisation du capital humain. Comme vous pouvez le voir d'après l'indicateur A9, il ne fait aucun doute que les femmes diplômées de l'université ont un très grand avantage du point de vue de la rémunération et, de fait, les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes sont plus faibles au sein de la population qui a fait des études universitaires.

Q. Alors que plus de 50 % voire 75 % des diplômés de l'enseignement secondaire accèdent à présent à l'université, de nombreux États semblent poser en principe que plus la proportion est élevée, mieux c'est. Mais est-ce vrai ? Ou bien une économie du savoir a-t-elle besoin d'un certain équilibre entre les formations universitaires et les formations qualifiantes. Si tel est le cas, quel est l'équilibre optimal ?
Brenden O'Mailey, Royaume-Uni
R. Toute la difficulté pour le secteur de l'enseignement supérieur sera de ne pas se borner à produire un plus grand nombre de diplômés du même type mais de diversifier l'offre et de maintenir un équilibre adéquat entre les diplômes basés sur des enseignements théoriques et ceux qui sont plus étroitement liés à des orientations professionnelles. Certains pays délivrent le deuxième type de diplôme dans le cadre de programmes d'enseignement supérieur (post-secondaire) que nous appelons de type B. Mais là encore, le fait est que la demande de personnels qualifiés a augmenté dans tous les secteurs, si bien que les formations qui étaient auparavant assurées par les filières d'apprentissage exigent maintenant des niveaux de qualifications plus élevés. Prenez les tâches d'un mécanicien automobile : en 1930, toutes les informations codifiées concernant une GM pouvaient être réunies en 230 pages. A présent, n'importe quelle automobile fait l'objet d'environ 15 000 pages d'informations codifiées que les ouvriers doivent être en mesure de comprendre, gérer, assimiler et évaluer.

Q. A propos de l'équité devant l'enseignement supérieur : pourquoi les pays se différencient-ils tant dans leur capacité à donner aux élèves issus des milieux ouvriers la possibilité d'accéder à ce niveau d'enseignement ?
R. Dans le cas de certains pays, on peut clairement rattacher les inégalités devant l'accès à l'enseignement supérieur au système scolaire. En Allemagne, par exemple, les enfants sont répartis à l'âge de dix ans entre les filières d'enseignement classique (qui débouchent sur des études universitaires) et les filières d'enseignement professionnel, et cette répartition a un rapport étroit avec l'origine sociale. Dans d'autres pays, les obstacles financiers jouent un rôle (il est cependant beaucoup plus difficile de trouver des données probantes concernant ces obstacles).

Q. Sur le chapitre de l'internationalisation de l'enseignement supérieur : le développement et l'amélioration qualitative des systèmes universitaires en Asie, en particulier en Chine et en Malaisie et éventuellement en Inde et au Pakistan, auront-ils une incidence préjudiciable sur l'état du marché des étudiants internationaux dans les principaux pays d'accueil que sont la France, l'Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ? Ou cette évolution va-t-elle ouvrir le marché à une palette plus large d'étudiants originaires de pays moins favorisés qui n'ont pas les moyens de supporter le coût d'une scolarité et de la vie dans les pays occidentaux.
R. Nous ne faisons aucune prévision au sujet de l'évolution de l'internationalisation. D'après moi, l'amélioration de l'accès à l'enseignement supérieur dans des pays comme la Chine ou l'Inde conjuguée à l'amélioration des perspectives d'emploi des diplômés du supérieur dans ces pays aboutira avec le temps à une baisse de la demande dans les pays de l'OCDE.

Q. Vous dites dans le résumé de votre rapport que là où les effectifs inscrits à l'université ont le plus augmenté, cette évolution n'a pas été de pair avec une dégradation des perspectives d'emploi des moins qualifiés. Cette situation a-t-elle néanmoins engendré un autre problème, à savoir une offre insuffisante de personnes relativement peu qualifiées pour occuper les emplois exigeant un faible niveau de compétences, et si ce problème existe, est-il résolu par l'immigration ou d'autres mesures comme le relèvement des salaires des personnes peu qualifiées ?
Brendan O Malley, Royaume-Uni
R. Comme vous pouvez le lire dans l'édition 2007 de Regards sur l'éducation (indicateurs A8 et A9), les perspectives d'emploi et de rémunération des personnes ayant un faible niveau de qualifications se sont dégradées dans de nombreux pays et sérieusement dans certains. La poursuite de l'automatisation et de l'approvisionnement à l'extérieur vont probablement intensifier encore ces pressions. Nous n'avons donc aucun indicateur d'une pénurie de travailleurs peu qualifiés.

Q. Dans le communiqué de presse que vous avez fait pour annoncer Regards sur l'éducation, pourquoi au juste avez-vous choisi de souligner qui vaut la peine d'investir dans l'enseignement supérieur car les possibilités d'emploi des personnes moins instruites s'en trouvent elles aussi dynamisées ? Ne s'agit il pas là en quelque chose d'un truisme en ce sens que les sociétés instruites obtiennent de meilleures performances et tirent tout le monde vers le haut ? Ou fallait-il sous-entendre la crainte de votre part que certains décideurs publics puissent avoir un autre point de vue et estimer que les investissements dans l'enseignement supérieur profitent à la minorité et représentent un gaspillage de ressources rares pour le grand nombre ?
R. Le Clerc, France
R. Dans beaucoup de pays, nombreux sont ceux qui croient qu'il s'agit là d'un jeu à somme nulle et que dans la mesure où la proportion de diplômés de l'université augmente, ces diplômés finiront par occuper les emplois qui l'étaient auparavant par des personnes sorties du système scolaire à l'issue de l'enseignement secondaire. Pour la première fois nous avons été en mesure de réunir des données quantitatives sur cet aspect et c'est la raison pour laquelle nous l'avons mis en évidence.

Q. Bien que la Chine ait accédé à l'OMC en 2001, l'Union européenne continue d'imposer les quotas sur les produits textiles chinois en 2007. Le fait de conserver les emplois exigeant de faibles qualifications dans l'Union européenne peut-il générer des emplois à forte rémunération pour les diplômés de l'université ayant un niveau élevé d'instruction ?
Huang Huang, Université Renmin de Chine
R. La proportion d'emplois peu qualifiés baisse de façon régulière en Europe sous l'effet de l'accroissement de la numérisation, de l'automatisation et de l'approvisionnement à l'extérieur. L'édition 2007 de Regards sur l'éducation reflète cette situation dans l'indicateur A8 (différences de taux d'emploi) et l'indicateur A9 (différences de rémunérations).

Q. Comment voyez-vous le système éducatif espagnol dans une décennie ? Quels sont les grands défis qui l'attendent ?
Ana Martinez, Diario Expansion
R. Parmi les pays européens, l'Espagne est l'un de ceux qui ces dernières décennies ont enregistré les progrès les plus rapides dans le domaine de l'éducation, mesurés à l'aune des niveaux de formation atteints. Après s'être élargi, le système éducatif espagnol doit à présent améliorer sa qualité car les résultats des établissements scolaires espagnols, évalués à l'occasion du PISA, se trouvent encore assez loin de ceux des systèmes les plus performants. Une difficulté sera de préserver les niveaux relativement élevés d'équité dans le système à mesure que les performances globales s'amélioreront.

Q. Que diriez-vous aux gouvernements qui pensent que plus les dépenses d'éducation sont élevées, meilleur est le système éducatif ? Disposez-vous de données précises sur cette question ?
Ana Yerro, Institución Futuro
R. L'édition 2007 de Regards sur l'éducation (indicateur B7) tend à montrer que dans le meilleur des cas le lien est faible entre les dépenses par élève jusqu'à l'âge de 15 ans et les connaissances - évaluées par le PISA -que les élèves à cet âge-là ont acquises dans le système éducatif (les sommes investies expliquent seulement 15 % des écarts de performances entre les pays). Si par conséquent le financement est un préalable nécessaire à un bon système éducatif, il n'est en aucune manière suffisant.

Q. En Espagne, les travailleurs diplômés de l'université gagnent environ 150 % de plus que les travailleurs n'ayant pas fait d'études à ce niveau. Toutefois, l'écart dans d'autres pays, en  Hongrie ou aux Etats-Unis par exemple, est plus important ? Quelle est la raison des différences constatées entre les pays ?
Ana Yerro, Institución Futuro
R. L'avantage que procure un diplôme universitaire du point de vue de la rémunération reflète la valeur des diplômes sur le marché du travail. Certaines caractéristiques du marché du travail (notamment son efficience et la demande de titres et diplômes) ainsi que la structure de la fiscalité peuvent avoir une influence à cet égard. Cet avantage peut également refléter l'importance que les employeurs attribuent aux diplômes d'études supérieures. Il convient de noter dans ce contexte que l'Espagne, à la différence en général des autres pays de l'OCDE, est l'un des pays où l'avantage salarial des diplômés du supérieur a diminué au cours de la dernière décennie. L'interprétation donnée a souvent été que le développement massif de l'enseignement supérieur en Espagne a entraîné une certaine dégradation de la qualité des résultats. Toutefois, nous ne disposons d'aucune donnée comparative pour corroborer cette interprétation.

 

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