|
Les évaluations et recommandations suivantes sont extraites du chapitre 4 de l'Etude économique de la Pologne, publiée le 28 Juin 2006.
Contenu
Comment la poursuite de la réforme du système éducatif peut-elle améliorer la performance du marché du travail et développer le capital humain?
Les années 90 ont été marquées par d’importants changements à bien des égards dans le système éducatif. En ce qui concerne l’enseignement obligatoire, les résultats (mesurés par l’étude PISA) se sont améliorés entre 2000, où la Pologne affichait une très piètre performance par rapport à presque tous les pays de l’OCDE, et 2003, où elle est passée dans le groupe des pays ayant un classement moyen. Cette amélioration est imputable, pour partie du moins, aux effets des réformes, notamment la mise en place d’examens nationaux communs et la révision du rôle des écoles professionnelles de base. Une motivation essentielle était de décentraliser l’enseignement pour le placer sous la responsabilité des collectivités locales ; il faudrait consolider encore ce nouveau système, en s’attachant à fixer des responsabilités claires aux différents organismes qui interviennent.
Niveau d’éducation par âge
Population ayant atteint au moins une formation de deuxième cycle du secondaire
Pourcentage, selon le groupe d’âge, 2003

1. Non compris les étudiants qui ont suivi seulement un programme à vocation professionnelle de base (Szko a zasadnicza dia m odzie y), classifié de niveau CITE.3C.
Source: OCDE (2005), Regards sur l’Éducation.
Pour que les systèmes d’éducation donnent de bons résultats, il semble important d’octroyer une autonomie et une responsabilité suffisantes aux chefs d’établissement tout en vérifiant qu’ils poursuivent les objectifs de la politique nationale en matière d’éducation. Il faudrait donc donner aux chefs d’établissement davantage d’autonomie administrative et financière pour leur permettre de trouver des moyens d’améliorer les résultats de leur école, et les placer sur la supervision d’un organisme national indépendant de contrôle de la qualité. Faute de savoir précisément quel type d’éducation produit les meilleurs résultats dans telles ou telles circonstances, il faudrait continuer de permettre des approches expérimentales. Il faudrait calculer la « valeur ajoutée » dans les différentes écoles de façon que les responsables puissent évaluer les résultats de leur stratégie.
L’enseignement primaire commence actuellement à 7 ans, et ce n’est que récemment qu’une année d’enseignement maternel a été rendue obligatoire. Au vu des observations faites dans les différents pays et qui confirment de plus en plus l’importance de l’école maternelle pour le développement social et la réussite scolaire, la priorité devrait être donnée au développement de la scolarisation en maternelle d’enfants encore plus jeunes ; cela aiderait aussi à accroître l’offre de main-d’œuvre féminine. Pour les enfants de plus de 15 ans, les écoles professionnelles sont devenues moins populaires, tandis que les employeurs estiment toujours que beaucoup de jeunes adultes sortent de l’école avec des qualifications insuffisantes. Il faut améliorer la capacité d’adaptation des filières générales et professionnelles en réponse aux difficultés que leurs diplômés rencontrent sur le marché du travail.
Pour améliorer encore le système éducatif, il faut de la flexibilité : certaines écoles doivent être fermées, et il faut plus ou moins d’enseignants selon les matières et les âges. La diminution du nombre d’étudiants devrait théoriquement libérer des personnels enseignants qui pourront être redéployés sur d’autres postes. La Charte des enseignants, telle qu’elle a été modifiée en 2000, a amélioré la structure des carrières des enseignants, mais il ne faudrait pas laisser les aspects de la Charte relatifs à la sécurité de l’emploi faire obstacle à la restructuration. Par ailleurs, les autorités devraient veiller à ce que les écoles disposent d’une flexibilité suffisante pour différencier les salaires des enseignants en fonction des résultats obtenus et des besoins de recrutement.
Comment améliorer l’enseignement supérieur et la formation des adultes ?
En 1991, il y avait environ 400 000 étudiants dans moins de 90 établissements d’enseignement supérieur, qui appartenaient tous au secteur public, mais en 2005 la Pologne comptait plus de 400 établissements d’enseignement supérieur, pour la plupart privés, totalisant 1.9 million d’étudiants. Tous les étudiants du secteur privé et les étudiants à temps partiel du secteur public acquittent des droits de scolarité, tandis que la constitution interdit aux établissements d’enseignement supérieur publics de faire payer des droits aux étudiants à temps plein. Cette asymétrie, surtout en période de restrictions budgétaires, rend difficile l’affectation de ressources là où il y a besoin de prestations de services publics, et c’est une source d’iniquité verticale et horizontale. De nombreuses études montrent que, même si les rendements sociaux de l’enseignement supérieur sont importants, les principaux avantages reviennent aux étudiants eux mêmes sous forme de rémunérations plus élevées. Il serait par conséquent souhaitable qu’une réforme autorise les établissements publics d’enseignement supérieur à faire payer des droits calculés en fonction des coûts (par forcément sur la base du plein recouvrement des coûts) à tous les étudiants, tout en augmentant l’octroi de bourses afin d’assurer l’accessibilité. Le système de prêts aux étudiants devrait aussi être étendu et placé sous la gestion de banques commerciales, mais les prêts devraient être garantis par l’État et les remboursements, calculés en fonction des ressources, devraient s’opérer par le biais du système d’impôt sur le revenu.
La multiplication des établissements privés d’enseignement supérieur a aussi rendu insuffisant le système d’agrément et de contrôle de la qualité. Tandis que la Commission d’agrément des universités se concentre sur un assez petit nombre d’établissements d’élite, la Commission nationale d’agrément, de création plus récente, couvre tous les autres établissements. Cette dernière ne se contente pas de vérifier le respect des normes techniques. Lorsqu’un établissement d’enseignement supérieur reçoit une aide budgétaire directe, l’évaluation de la qualité par la Commission nationale d’agrément est importante ; pour les établissements relevant entièrement du secteur privé, la simple certification du respect des normes de base suffit peut-être. Les évaluations de la Commission nationale d’agrément devraient être largement publiées et tenues à jour afin d’aider des étudiants potentiels à définir le plan de leurs études.
Il est essentiel que les enseignants soient suffisamment motivés si l’on veut assurer le maintien et l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Dans de nombreux établissements publics d’enseignement supérieur, la structure des carrières est opaque et ne dépend guère de l’aptitude à enseigner ni des résultats de la recherche. C’est un système stérile pour les établissements et cela peut aussi décourager les jeunes de choisir cette carrière ou de rester en Pologne. Les structures de carrière dans l’enseignement supérieur devraient être fondées sur des critères ouverts de promotion de la concurrence et de la transparence. Afin d’encourager les chercheurs de haute qualité, il faudrait faciliter les liens commerciaux entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises, notamment en permettant des arrangements flexibles en matière de droits de propriété intellectuelle.
Les entreprises polonaises offrent moins de formation que celles de la plupart des pays de l’OCDE, et le financement de cette formation est, pour une grande part, à la charge des salariés eux-mêmes. Ce pourrait s’expliquer par le fait que, avec le niveau élevé du chômage, les entreprises estiment qu’elles peuvent généralement recruter des personnes plus qualifiées, ou peut-être ne se rendent elles pas compte des avantages de la formation des salariés pour l’entreprise elle-même. Par ailleurs, une part très importante de la formation s’adresse aux jeunes et aux personnes ayant un niveau d’instruction élevé, ce qui semble indiquer un clivage entre un groupe relativement restreint de personnes motivées et le reste. De nombreuses études internationales révèlent que la formation conduit à de meilleurs résultats sur le marché du travail. Par conséquent, il serait utile d’organiser des campagnes de sensibilisation du public afin d’augmenter le nombre de candidats à une formation, même s’il n’est peut-être pas justifié d’offrir des subventions ou d’autres incitations à la formation des salariés en général. Néanmoins, les entreprises en Pologne se sont vu récemment offrir une petite incitation fiscale à constituer des fonds pour la formation de leurs travailleurs, mais cette législation est trop récente pour qu’il soit possible d’en évaluer l’impact.
C’est cependant par l’insuffisance de la formation offerte aux chômeurs que la Pologne se distingue ; c’est là un aspect de la sous-utilisation plus générale des politiques actives du marché du travail (PAMT). Une formation bien ciblée est un moyen efficace d’accroître l’employabilité. Il faudrait enrichir les programmes de formation pour les chômeurs. De nombreux chômeurs – ceux qui ont dépassé la quarantaine et qui sont peu qualifiés ou qui ont des qualifications pour lesquelles la demande s’est effondrée (dans les industries extractives et l’acier, par exemple) – sont vulnérables car leur faible niveau d’instruction rend leur reconversion plus difficile et le rendement économique de leur formation plus difficile à mettre en évidence. Cependant, afin de tenter de réduire au minimum l’effet « génération perdue », il faudrait axer davantage l’effort sur la recherche de moyens d’aider ces personnes à acquérir des qualifications qui leur permettent de se réinsérer sur le marché du travail. Cela dépendra en particulier de l’efficacité des bureaux locaux du travail, qui sont responsables de la formation des chômeurs, dans la recherche de solutions. Il faudrait encourager les projets pilotes de formation et en évaluer soigneusement l’impact.
Obtenir cette publication
La Synthèse (en pdf) contient le résumé et les évaluations et recommandations de l'OCDE.
Pour consulter l'édition complète de l'Etude économique de la Pologne 2006:
Informations complémentaires
Des informations complémentaires sur cette Etude peuvent être obtenues auprès du Bureau de la Pologne du Département des affaires économiques de l'OCDE à webmaster@oecd.org. Ce rapport du Secrétariat de l'OCDE a été préparé par Paul O'Brien et Stéphanie Jamet sous la direction de Peter Jarrett.
|