Projet de l'OCDE sur les données au niveau des entreprises: Description

Les études économétriques s'appuyant sur des données micro-économiques longitudinales se sont multipliées ces dernières années (une liste en est fournie dans Ahn ( 2001)). La plupart concernent toutefois les Etats-Unis et leurs résultats se prêtent souvent mal à des comparaisons avec ceux obtenus pour d'autres pays en raison de divergences dans la nature des données utilisées et/ou la méthodologie employée. Dans ces conditions, il est malaisé d'apprécier l'effet, sur les performances observées, des différences qui peuvent exister entre pays au plan institutionnel et au niveau des politiques suivies.

Le projet de l'OCDE sur les données au niveau des entreprises présenté ici associe dix pays de l'OCDE (Allemagne, Canada, Danemark, Etats-Unis, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni) et fait appel à la participation active d'experts de ces pays. Il repose sur l'application d'un cadre analytique commun, impliquant une harmonisation, dans toute la mesure du possible, des principaux concepts (entrée, sortie, unité d'observation, notamment), ainsi que d'une méthodologie commune pour l'étude des données au niveau de l'entreprise.

L'analyse de la démographie des entreprises s'appuie sur les données provenant des registres d'entreprises (Canada, Danemark, Etats-Unis, France, Finlande, Pays-Bas et Royaume-Uni) ou des fichiers de la sécurité sociale (Allemagne et Italie). Dans le cas du Portugal, les données sont dérivées d'un registre de l'emploi contenant des informations sur les établissements et les entreprises. Dans ces bases de données, il est possible de suivre le devenir des entreprises au fil du temps car les inscriptions et les radiations reflètent (en principe du moins) les flux effectifs d'entrée et de sortie. Les paragraphes qui suivent fournissent des précisions sur le protocole de recherche utilisé compte tenu de cet impératif.

Une analyse fouillée de la démographie des entreprises est présentée dans l'ouvrage de Scarpetta et al "The role of policy and institutions for productivity and firm dynamics: Evidence from micro and industry data, paru en 2002 dans la série des Documents de travail du Département des affaires économiques de l'OCDE.

La construction de séries longitudinales au niveau des entreprises est souvent une tâche complexe qui nécessite une connaissance approfondie des sources de données. Pour suivre le devenir d'une entreprise au moyen du registre des entreprises, par exemple, il faut en effet parfaitement savoir comment ce registre est conçu et les modifications qui ont pu lui être apportées au fil du temps. Les données au niveau de l'entreprise sont en outre assujetties au respect de diverses dispositions (souvent imposées par la loi) en matière de protection de l'information. En règle générale, elles ne sont accessibles qu'à des personnes bien précises et les produits destinés à recevoir une plus large diffusion qui en sont dérivés doivent habituellement être approuvés avant leur parution. Parfois certaines informations dérivées doivent être omises car elles ne satisfont pas aux règles visant à empêcher qu'une entreprise puisse être identifiée.

Compte tenu de ces contraintes, un réseau regroupant les experts des différents pays a été mis en place pour le projet de l'OCDE. Tous ces experts ont participé à la mise au point du cadre analytique de l'étude et chacun d'eux s'est en particulier vu confier la co-conduite des travaux relatifs à un des thèmes autour desquels l'étude s'articule. Leur autre mission était de rassembler et d'analyser des données nationales pour tous les thèmes en recourant à des procédures identiques. Dans un premier temps,des métadonnées ont été recueillies afin de disposer d'un descriptif des données disponibles dans les divers pays.Une réunion a ensuite été organisée à l'OCDE,au cours de laquelle les orientations fondamentales ont été mises en regard de ce que permettaient les données et où ont été déterminés les exercices qu'il était possible de réaliser, selon des modalités cohérentes, dans tous les pays, ou à tout le moins la plupart d'entre eux.

Pour les travaux sur le thème de la dynamique des entreprises, un pseudo-code a été élaboré et intégré dans des programmes que les experts nationaux ont adaptés au codage informatique appliqué aux bases de données de leurs pays respectifs. Les séries d'entrée ont dans toute la mesure du possible été normalisées de manière à faciliter l'adaptation de ces programmes. Les séries sortantes étaient, elles totalement harmonisées et ont pu être mises à la disposition de tous les membres de l'équipe.

Les principales caractéristiques des données sur la dynamique des entreprises utilisées sont les suivantes:

  • Unité d'observation: Les données renvoient à l'entreprise, sauf pour l'Allemagne, où il n'existe que des données sur les établissements, et pour la Finlande, où elles concernent aussi bien les entreprises que les établissements (1). Pour les autres pays, les données utilisées s'appuient sur la définition suivante de l'entreprise (Eurostat, 1995): "une unité organisationnelle de production de biens et de services jouissant d'un certaine autonomie de décision, notamment pour l'affectation de ses ressources courantes"(2). En règle générale, cela correspond à un niveau supérieur à celui de l'établissement. Quoi qu'il en soit, avec cette définition, si une entreprise possède des unités opérant dans plusieurs pays de l'UE, il sera compté au moins une unité pour chaque pays. Cela dit, on peut penser que si les frontières nationales induisent un éclatement statistique des entreprises, elles provoquent aussi leur éclatement dans les faits. Egalement au niveau de l'unité d'analyse se pose la question des fusions et acquisitions. Il n'existe que quelques pays où les registres des entreprises rendent fidèlement compte de ces changements organisationnels à l'intérieur des entreprises et entre elles. En outre, les structures de propriété elles-mêmes peuvent différer d'un pays à l'autre, sous l'effet de considérations fiscales ou d'autres facteurs pouvant influencer le mode d'organisation que choisissent les entreprises dans le cadre des structures juridiques existantes.
  • Seuil de taille: Si, dans certains pays, les registres incluent jusqu'aux entreprises unipersonnelles, dans d'autres ils excluent les entreprises d'une taille inférieure à un seuil donné, généralement exprimé en nombre de salariés mais pouvant parfois aussi renvoyer à d'autres variables, par exemple le chiffre d'affaires (comme c'est le cas en France et en Italie). Les données utilisées dans l'étude font abstraction des entreprises unipersonnelles. Cela dit, la dynamique des entreprises tendant à perdre en stabilité à mesure que leur taille décroît, il convient de tenir compte dans les comparaisons internationales des différences entre les seuils appliqués dans les divers pays.
  • Période couverte: Les données sur la dynamique et la survie des entreprises renvoient à l'année et couvrent des périodes variables. Les registres allemands, danois et finlandais sont ceux fournissant les séries les plus longues, les données concernant les autres pays couvrant des périodes plus courtes ou, lorsqu'il existe des séries longues, comportant des ruptures importantes au niveau des définitions ou de la couverture des données. L'analyse présentée dans le chapitre IV de l'étude s'appuie pour l'essentiel sur des données portant sur la période 1989 à 1994, pour laquelle des informations étaient disponibles pour le plus grand nombre de pays.

Notes

  1. En théorie, des données au niveau des établissements rendent mieux compte des flux d'entrée et de sortie sur les différents marchés, mais il n'en existe pas pour nombre des pays qui ont participé à l'étude. Pour une analyse de la manière dont l'unité de mesure (entreprise ou établissement) et la source des données peuvent affecter l'évaluation des entrées et sorties, voir Baldwin, J. R., Beckstead, D, et Girard, A. (2002), L'importance de l'entrée dans le secteur canadien de la fabrication, document accompagné d'une annexe sur les questions de mesure, Statistique Canada, Direction des études analytiques, série des Documents de recherche, n°11F0019MIF2002189 du Catalogue.

  2. Eurostat (1995), Manuel de recommandations -- Répertoires, Doc.Eurostat/D3/REP/2rev8. -- Répertoires , Doc.Eurostat/D3/REP/2rev8.

Lorsqu'on se base sur des données annuelles, les indicateurs de la dynamique des entreprises affichent de très grandes fluctuations. Afin de limiter l'incidence possible des problèmes de mesure, il a été décidé d'utiliser des définitions des entreprises entrantes, sortantes et restant en activité renvoyant à trois périodes (et non deux comme habituellement). Par conséquent, les calculs relatifs à la dynamique des entreprises se réfèrent aux variables suivantes :

  • Entrées d'entreprises (En)

    : Nombre d'entreprises faisant leur apparition dans un secteur au cours de l'année considérée. A également été calculé, lorsque c'était possible, le nombre de salariés des entreprises entrantes (En_we). Sont prises en compte les entreprises (non inscrites, inscrites, inscrites) au registre aux périodes (t -1, t, t + 1).

  • Sorties d'entreprises (Ex)

    : Nombre d'entreprises radiées du registre, et nombre de leurs salariés (Ex_we). Sont prises en compte les entreprises (inscrites, inscrites, non inscrites) au registre aux périodes (t -1, t, t + 1).

  • Entreprises restant en activité (Co)

    : Nombre d'entreprises, et nombre de leurs salariés (Co_we), figurant dans le registre l'année considérée ainsi que la précédente et la suivante. Sont prises en compte les entreprises (inscrites, inscrites, inscrites) au registre aux périodes (t -1, t, t + 1).

  • Entreprises n'ayant survécu qu'un an (Oy)

    : Nombre d'entreprises, et nombre de leurs salariés, n'ayant figuré dans le registre qu'une seule année. Sont prises en compte les entreprises (non inscrites, inscrites, non inscrites) au registre aux périodes (t -1, t, t + 1).

Avec cette définition des entreprises entrantes, sortantes et restant en activité, la relation entre la variation du stock d'entreprises restant en activité (C), d'une part, et les entrées (E) et sorties (X) d'entreprises, d'autre part, est la suivante :

Ct - Ct-1 = Et-1 - Xt [1].

Cela n'est pas sans conséquence sur la mesure du « taux de rotation » des entreprises. En effet, étant donné que les entreprises entrantes, sortantes, restant en activité et n'ayant survécu qu'un an (O) sont toutes en vie à la période t, le nombre total d'entreprises (T) à cette période est donné par la formule suivante :

Tt = Ct + Et + Xt + Ot [2].

Par conséquent, compte tenu de l'équation 1, la variation du nombre total d'entreprises entre deux années peut s'écrire :

Tt - Tt-1 = Et - Xt-1 + Ot - Ot-1 [3]

Autrement dit, pour tenir compte de la contribution des entrées nettes à la variation du nombre total d'entreprises, le taux de rotation doit s'appuyer sur les entrées de la période considérée et les sorties de la période précédente.

Dans la pratique, la construction et l'interprétation de séries se conformant aux définitions qui précèdent des entreprises entrantes, sortantes et restant en activité soulèvent un certain nombre de problèmes. En particulier, la catégorie « entreprises n'ayant survécu qu'un an » est en principe censée recouvrir les entreprises à durée de vie très courte, puisque présentes à la période t mais non à celle qui la précède et à celle qui la suit, et pourrait donc être regardée comme un élément d'information supplémentaire pour apprécier la démographie des entreprises. Or, dans certaines bases de données, cette catégorie sert également à compenser les erreurs de mesure et, éventuellement, à intégrer les données dont on ne sait pas dans quelle catégorie elles entrent.

La base de données de l'OCDE au niveau des entreprises est organisée en fichiers Excel, un pour chaque pays. Tous ces fichiers ont la même structure, qui est la suivante :

  • Description des données

    : cette fiche présente la définition des différentes variables.

  • Sources des données

    : cette fiche indique les principales caractéristiques des données relatives au pays considéré (source, période couverte, seuil de taille, etc.), et contient si besoin est des notes explicatives concernant des points spécifiques.

  • Classification CITI Rev. 3

    : cette fiche fournit la ventilation sectorielle (identique pour tous les pays) utilisée.

  • Co, co_we ; en, en_we ; ex, ex_we ; oy, oy_we

    : ces fiches par variable présentent les données, organisées par année, branche d'activité et classe de taille. Dans le cas de la Finlande, il en existe deux séries, une pour les entreprises (firm_co, firm_ en, etc.) et une pour les établissements (est_co, est_en, etc.).

  • Données de base

    : cette fiche contient l'intégralité de la base de données concernant le pays considéré.

Le projet de l'OCDE sur les données au niveau des entreprises porte sur dix pays de l'OCDE. Les experts nationaux qui y sont associés sont les suivants :

  • Thorsten Schank (Université de Nürnberg et IAB, Allemagne)

  • John Baldwin (Statistique Canada, Canada)

  • Tor Erickson (ministère des Finances et Aarhus School of Business, Danemark)

  • Ron Jarmin (Center for Economic Studies, Census Bureau, Etats-Unis)

  • Seppo Laaksonen, Hohti Satu et Mika Maliranta (Institut national de la statistique et Institut de recherche sur l'économie finlandaise, Finlande)

  • Bruno Crépon et Richard Duhautois (INSEE, France)

  • Sandro Trento et Fabiano Schivardi (Banque d'Italie, Italie)

  • Eric Bartelsman et Robert Sparrow (Université libre d'Amsterdam, Pays-Bas)

  • Pedro Portugal (Banco de Portugal, Portugal)

  • Jonathan Haskel et Matthew Barnes (Queen Mary and Westfield College, Royaume-Uni).

 

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