Inondations au Burkina Faso

 

Un fort engagement de la diaspora burkinabè

 

Entretien avec S.E. M. Luc Tiao

Ambassadeur du Burkina Faso à Paris  

propos recueillis par le CSAO, fin septembre 2009

 

Des inondations sans précédent ont frappé Ouagadougou et d’autres localités du Burkina Faso le 1er septembre 2009. Quels sont les besoins les plus urgents ? Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour venir au secours des victimes ? Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui de l’ampleur des dégâts ?

 

En effet, aux premières heures du 1er septembre dernier une pluie diluvienne (263 mm d’eau) s’est abattue sur la capitale Ouagadougou et quelques autres localités  principalement celles du Plateau central. Une telle quantité d’eau n’avait pas été recueillie au Burkina depuis 1919.

C’est ainsi que plusieurs secteurs vitaux ont été touchés de plein fouet par ces inondations. Il en est ainsi des habitations, des bâtiments publics et privés de même que des équipements et infrastructures routières. 24.489 maisons d’habitations se sont écroulées et on dénombre environ 150.000 sinistrés et malheureusement huit cas de décès rien que dans la seule ville de Ouagadougou.

Pour faire face à cette dramatique situation, 110 sites d’accueil d’urgence ont été ouverts mais,  la principale difficulté demeure leur viabilisation, notamment en matière d’assainissement, à savoir l’eau potable, l’éclairage, les latrines, le suivi sanitaire. Le gouvernement a mis en place un comité de crise chargé de suivre l’évolution de la situation et de faire une évaluation exhaustive des conséquences de cette pluie atypique. Des dispositions ont ensuite été prises pour la préparation des repas sur les sites d’accueil, en association avec des restaurateurs privés. Mais il se pose le problème de la disponibilité des vivres en quantité suffisante ainsi que du matériel de cuisine pour la durée du séjour estimée à plus d’un mois.

 

L’appel à la solidarité nationale et internationale lancé par le Président Blaise Compaoré a reçu un écho favorable ; mais certains sinistrés redoutent que l’aide ne leur parvienne pas. Pourquoi ? De même, le Burkina Faso dispose-t-il d’un plan de gestion de crise suffisamment adapté pour répondre à des crises de cette envergure ?

 

Tout d’abord permettez-moi de remercier les nombreuses personnes soit individuellement soit à travers leurs associations ou institutions et aussi nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, qui ont répondu favorablement à cet appel. Mais je dois vous dire que les besoins de financements d’urgence sont évalués à plus de dix millions d’euros et le coût global de réhabilitation est estimé à plus de cent millions d’euros. Vous faites allusion à ce que certains sinistrés redoutent que l’aide ne leur parvienne ; je comprends bien cette inquiétude parce que comme je vous l’ai dit tantôt, les besoins sont très énormes et des sinistrés peuvent en effet craindre qu’il n’ y en ai pas assez pour eux tous. Avec toute la bonne volonté des nombreux donateurs, je ne vous cache pas que les sommes récoltées n’ont pas encore atteint les besoins escomptés.

Pour l’heure, le comité de crise met tout en œuvre pour pallier au plus pressé. En effet, les sites sont progressivement aménagés, les repas régulièrement servis. Du reste, je puis vous affirmer qu’un accent particulier est mis sur la transparence de toutes les opérations qui découleront de ces aides. Le Premier Ministre a été très ferme en ce qui concerne la gestion ; aussi, tout individu qui se ferait prendre pour quelques pratiques non conformes à l’éthique et à la philosophie de ces aides, sera puni conformément à la loi. Nous avons voulu prévenir toutes mauvaises intentions en mettant en ligne un site web dont l’adresse est : www.inondationsauburkina.net  

Ce site ouvert à tous les internautes est sans aucun doute la preuve concrète de la bonne foi des autorités qui invitent par la même occasion au respect du bien public. C’est la première fois que le Burkina Faso est confronté à une telle catastrophe et de ce fait, toutes les suggestions sont les bienvenues.


Quelle est la contribution de la diaspora burkinabè ? Pouvez-vous tirer un premier bilan de cette mobilisation ?


La catastrophe naturelle qui a frappé le Burkina Faso le 1er septembre dernier est venue souder davantage les liens de solidarité entre les Burkinabè. Pour preuve, dès les premières heures, des populations ont spontanément accueilli des sinistrés dans leurs maisons avant que le gouvernement ne prenne le relais. Cette solidarité est également constatée au niveau des Burkinabè de l’étranger. Pour ce qui est de la France, je puis vous assurer que les compatriotes n’ont pas attendu l’appel à la solidarité nationale et internationale ; ils ont pris des initiatives individuellement et au sein de leurs associations respectives. Certains ont même travaillé avec des médias afin de mieux faire entendre la voix du Burkina.
La diaspora burkinabè est vraiment très active au regard des contributions diverses que nous continuons d’enregistrer. Nous avons pour cela constitué un comité au niveau de l’ambassade pour coordonner toutes ces actions. Des permanences sont assurées tous les jours afin de donner les informations nécessaires au public, mais aussi pour recevoir les dons. Je suis satisfait de l’engagement des compatriotes qui démontrent une fois de plus à travers cette catastrophe leur patriotisme et leur engagement sans réserve pour la cause nationale.  


 

Pensez-vous que ces pluies sont une conséquence directe du changement climatique ? Qu’est-ce qui pourrait être entrepris pour mieux adapter la région à la variabilité du climat ? Quelles leçons tirez-vous de cette expérience qui pourraient contribuer aux discussions du Sommet mondial sur les changements climatiques, prévu en décembre à Copenhague ?  

 

Ce phénomène naturel ne concerne pas uniquement le Burkina Faso. Il a concerné aussi d’autres pays de la sous-région tels le Sénégal, le Niger, la Mauritanie, le Mali, le Ghana, le Togo. Selon les spécialistes, il est question ici d’un phénomène cyclique difficile à cerner pour le moment par nos climatologues africains qui manquent de moyens pour réaliser des prévisions précises. Nous devons donc en tirer les conséquences et être à l’avenir plus regardants en ce qui concerne nos plans et schémas directeurs d’aménagement du territoire. Cette catastrophe naturelle pourrait bien être un avertissement car il n’est pas dit que d’autres perturbations atmosphériques ne sont pas à prévoir dans cette zone soudano-sahélienne.  

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