Le rôle de l'OCDE dans la transition économique des pays d'Europe centrale et orientale

par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Allocution au Centre d'études orientales
Varsovie, Pologne
24 novembre 2006

Monsieur le Sous Secrétaire d'Etat, Monsieur l'Ambassadeur, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs,

C'est un plaisir pour moi d'être invité au Centre d'études orientales. Comme on me l'a indiqué, ce centre a été créé en 1991 à la suite des événements qui se sont alors produits en Russie et dans le reste de l'ex Union soviétique.

Les changements qui ont eu lieu ces 15 à 20 dernières années en Europe centrale et orientale ont été spectaculaires. Ils ont d'une certaine manière donné au monde son visage d'aujourd'hui.

La fin de la guerre froide a ouvert de vastes possibilités, mais a aussi représenté un défi majeur. A de nombreux égards, la Pologne est l'un des meilleurs exemples d'un pays qui a su relever le défi, en tirant le meilleur parti d'une opportunité historique.

Avoir géré la transition dans la démocratie et la paix, avoir mené une action aussi complète et avoir enregistré autant de succès témoigne de la détermination et de l'énergie du peuple polonais.
Aujourd'hui, vous êtes une source d'inspiration pour beaucoup, en particulier plus à l'Est, là où il y a encore fort à faire pour mettre en place une économie de marché et une société libre.

Nous sommes fiers que la Pologne soit membre de l'OCDE. Nous vous avons accompagnés durant votre transformation et votre adhésion a donné une nouvelle perspective à nos débats.

Nous sommes maintenant confrontés à l'OCDE à la question de l'élargissement. Le Conseil de l'OCDE est en pleine discussion pour déterminer quels sont les pays qui sont prêts à une éventuelle adhésion et ceux qui le sont pour un engagement renforcé, conformément au mandat ministériel qui nous a été conféré en mai 2006.

Les Russes ont demandé d'adhérer à l'OCDE il y a dix ans et le Conseil de l'OCDE a rendu un premier avis positif sur cette demande. Aujourd'hui, une avancée serait possible sur la demande de la Russie. Mais il nous faut examiner la meilleure façon de procéder, compte tenu des perspectives d'ensemble pour tous les pays qui souhaitent nous rejoindre et avec lesquels nous avons établi une coopération sous une forme ou sous une autre.

La Russie est l'un des plus importants de ces pays. Non seulement en raison de sa taille et de son influence dans l'économie mondiale, mais aussi parce qu'elle est à l'orée d'une gigantesque transformation et que notre coopération avec elle peut l'aider à avancer dans son programme de réformes. Pour nos pays membres, l'Ukraine n'est pas considérée comme une priorité pour l'élargissement, mais pour un engagement renforcé.

Aussi bien la Russie que l'Ukraine ont demandé notre avis sur les politiques à suivre et ont expressément souhaité et encouragé de notre part une analyse critique de leurs politiques. Dans le cas de la Russie, nous avons un large programme de coopération. Cette coopération a été un véritable défi, car au départ il n'y avait aucune tradition de libre entreprise ou d'économie de marché. Ces dernières années, nous avons réalisé un grand nombre d'examens des politiques de la Russie, notamment plusieurs Etudes économiques et un examen de la réforme de la réglementation. Notre coopération porte également sur les questions qui ont trait à la politique de l'investissement, à la science et à la technologie, à l'éducation, à l'agriculture, aux marchés de capitaux et à l'environnement. Avec l'Ukraine, nous n'en sommes pas aussi loin : nous avons réalisé une évaluation de la gouvernance et nous entreprendrons prochainement une première évaluation d'ensemble de l'économie ukrainienne.

En outre, nous invitons constamment les responsables russes et ukrainiens à assister aux réunions de nos comités en qualité d'observateur, ce qui leur fait bien connaître la façon de penser de l'OCDE. La Russie est actuellement observateur auprès de 19 comités et groupes de travail.

Cette coopération a été très fructueuse. Dans plusieurs domaines, nous en sommes au delà du dialogue sur les politiques et nous nous sommes engagés plus activement dans l'examen des questions qui ont trait au cadre institutionnel et à la réforme structurelle.

Mais nous ne devons considérer en aucun cas que notre rôle soit figé.

Je me permettrais de citer un extrait d'un article rédigé en 2004 par l'Ambassadeur Woroniecki : "La Russie ne fera jamais ses choix stratégiques simplement pour plaire aux démocraties occidentales. La Russie fera ses choix selon ses intérêts tels que les conçoivent ses dirigeants".

La situation actuelle, où plusieurs pays importants ne participent aux travaux de l'OCDE qu'en qualité de non membres, ne répond pas à ce qu'attendent ces pays pour l'avenir. Ce constat renforce ma conviction personnelle, à savoir que tant que l'OCDE n'offrira pas la possibilité de démarrer des négociations d'adhésion, son influence restera limitée.

En ce qui concerne la Russie, par exemple, l'OCDE travaille activement avec les responsables de ce pays depuis près de 15 ans. D'aucuns considèrent que nous devrions attendre que la Russie soit prête à adhérer, c'est à dire qu'elle partage suffisamment les mêmes conceptions fondamentales. D'autres préfèrent la rapprocher progressivement de nous, en espérant que cela nous aidera à élaborer des approches et des orientations communes.

Maintenant, c'est à nos pays membres de se poser la question : en rester à ce statu quo suffira t il pour conduire la Russie à démontrer son attachement aux valeurs de base communes de tous les membres de l'OCDE, une économie de marché ouverte, la suprématie de la règle de droit et l'engagement de respecter les instruments juridiques de l'OCDE ? Ou bien n'y aura t il que des négociations d'adhésion pour donner à la communauté internationale l'emprise nécessaire ?

Vous êtes bien placés pour comprendre cet enjeu. Si nous pouvons faire en sorte que les pays situés à l'Est suivent le chemin de la Pologne et réussissent dans la paix leur transformation, nous y gagnerons tous en bien être. En bien être et en sécurité.

Nous avons beaucoup de choses en commun et je me réjouis d'avance de collaborer avec vous.

Merci beaucoup.

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