Présentation de l'étude économique de l'OCDE sur la Belgique

Présentation de l'étude économique de l'OCDE sur la Belgique
Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Bruxelles, mardi le 13 mars 2007

Mesdames et Messieurs, je vous souhaite un bon après midi. Je suis particulièrement heureux et honoré d'être ici avec vous aujourd'hui pour présenter l'Etude économique de l'OCDE sur la Belgique, et je  remercie Monsieur le Premier ministre Verhofstadt pour son invitation et son accueil chaleureux. Je suis plus satisfait encore de pouvoir vous donner de bonnes nouvelles de l'économie belge.

La reprise économique en Belgique est vigoureuse. La croissance a atteint 3 % en 2006, ce qui est mieux que dans beaucoup d'autres pays européens, y compris certains de vos proches voisins, et elle devrait rester forte en 2007. L'emploi augmente, de même que l'offre de travail. Ces conditions offrent une excellente occasion de lancer des mesures pour préserver la croissance dans le long terme. Je voudrais aujourd'hui mettre l'accent sur deux domaines de réforme : la viabilité budgétaire et le marché du travail.

Maintenir la viabilité budgétaire

Je tiens à féliciter la Belgique pour avoir considérablement réduit sa dette publique au cours de la décennie écoulée, de 130 % du PIB à moins de 90 %. Grâce à votre politique de budgets équilibrés, il n'y a pas eu de déficit depuis 2000. Toutefois, la dette demeure élevée en comparaison d'autres pays, et la contraction que vous avez enregistrée a été facilitée par des facteurs non répétitifs tels que la détente des taux d'intérêt et des mesures ponctuelles. Les efforts d'assainissement se sont jusqu'ici concentrés au niveau de l'administration centrale, mais d'autres secteurs doivent désormais s'y associer. J'encourage tous les niveaux d'administration à œuvrer ensemble pour établir une règle de dépense qui plafonnerait la hausse des dépenses publiques. Pour leur part, les régions et les communautés doivent dégager des excédents afin d'assurer la viabilité à long terme.

A plus longue échéance, la Belgique est confrontée comme d'autres au vieillissement de sa population. Votre stratégie à moyen terme pour faire face au coût du vieillissement jusqu'en 2030 est tout à fait opportune, mais il faut aller plus loin encore pour garantir la viabilité au-delà de 2030 (d'aucuns pensent que 2030 se situe dans le long terme). Les objectifs budgétaires doivent être encore plus ambitieux de façon à permettre de préfinancer toutes les promesses de retraites. Un moyen de faciliter l'ajustement consiste à relever l'âge effectif de la retraite De nombreux pays envisagent des mesures de ce type pour prendre en compte les gains d'espérance de vie. Même si cette mesure peut s'avérer impopulaire, elle constitue une solution concrète face aux problèmes du vieillissement démographique et de la viabilité budgétaire.

Améliorer le marché du travail pour stimuler la création d'emplois

Une clé importante de l'enjeu budgétaire est l'accroissement du niveau d'activité. Les réformes prospectives du marché du travail engagées par votre gouvernement ont commencé de produire des résultats, mais on observe encore un chômage élevé et persistant qui tend à se concentrer dans certaines catégories de la population. L'Étude de l'OCDE relève plusieurs aspects dans lesquels une action est souhaitable.

Premièrement, une meilleure coordination s'impose entre l'agence fédérale qui distribue les prestations de chômage et les agences régionales qui assurent les services de placement. Vos politiques d'aide à la réinsertion des chômeurs y gagneront en efficacité. Deuxièmement, vous avez pris des mesures pour améliorer l'activité des travailleurs âgés et ces actions ont porté leurs fruits : depuis 2000, le taux d'activité des travailleurs âgés (55 64 ans) a augmenté de 7 ½ points de pourcentage pour atteindre 34.9 % . Ce chiffre témoigne de progrès substantiels, mais il reste faible en comparaison internationale, et il faut s'employer encore à fermer les voies de sortie vers la retraite anticipée.

Autre point important : la Belgique est le seul pays de l'OCDE où les indemnités de chômage ne sont pas limitées dans le temps. Limiter la durée de ces prestations ou les réduire progressivement au fil du temps peut consolider vos politiques d'emploi et inciter les intéressés à reprendre une activité.

Il existe aussi de fortes différences géographiques concernant le degré de dynamisme du marché du travail : certaines régions connaissent un chômage persistant, alors que d'autres se heurtent à des difficultés de recrutement. Rendre le système centralisé de négociations salariales plus réactif à l'évolution des marchés du travail locaux contribuerait à résoudre ce problème. Une autre mesure consiste à supprimer progressivement l'indexation des salaires, comme l'ont fait la plupart des pays de l'OCDE, ce qui favoriserait une flexibilité accrue du salaire réel.

Économie politique de la réforme

Ces réformes ne sont pas aisées à mettre en oeuvre, car certains citoyens risquent d'en ressentir plus que d'autres les effets douloureux à court terme. Pourtant, elles sont indispensables pour accroître la prospérité économique au profit non seulement de la génération actuelle, mais aussi des générations futures. Un moyen de surmonter la résistance à la réforme consiste à associer des mesures compensatrices aux réformes, tout en préservant l'efficacité de ces dernières. A titre d'exemple, la réduction progressive des indemnités de chômage pourrait être conjuguée avec un relèvement du niveau initial des prestations. Cette combinaison de mesures répondrait aux préoccupations en matière de revenu tout en préservant des incitations efficaces à la recherche d'emploi. 

L'OCDE se tient prête non seulement à étudier les politiques requises, mais aussi à aider le gouvernement de la Belgique à impliquer les différentes parties prenantes afin que la nécessité d'adopter des réformes soit mieux acceptée par la population.

Naturellement, il y a dans l'Étude de nombreux points très intéressants que je n'ai pas eu le temps d'évoquer ; je citerai en exemple les moyens d'améliorer l'efficience de l'enseignement supérieur et de rendre le système financier plus performant. J'espère que nous aurons l'occasion d'approfondir ces aspects, et c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.  Merci.

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