L'innovation et la crise : Exemples de la Finlande et de la Corée

Des réponses à la crise qui favorisent l’innovation – les exemples de la Finlande et de la Corée

La Finlande a connu une crise économique exceptionnellement grave durant la première moitié des années 90. En quatre ans, la production a été réduite de plus de 10 % et le taux de chômage a quadruplé pour atteindre près de 17 %. Les chocs extérieurs (chute du commerce avec l’ex-Union soviétique en 1991, mais aussi fort ralentissement dans la zone de l’OCDE), conjugués à une crise bancaire intérieure, ont conduit à un effondrement des dépenses de consommation et des investissements.

Pour surmonter la crise, il a fallu mettre en œuvre des mesures rigoureuses pour améliorer la compétitivité et consolider les finances publiques –– en même temps que des mesures très coûteuses étaient nécessaires pour relancer le secteur bancaire. La plupart des dépenses publiques ont été réduites de manière quasi linéaire et certains impôts ont été relevés. Les dépenses de R D ont été la principale exception, puisqu’elles ont été accrues et non réduites.

Esko Aho

Vice Président de Nokia et ancien Premier Ministre de la Finlande nous parle de la reprise économique induite par la technologie au début des années 90.

(Anglais, 4:20)

En particulier, l’appui anticonjoncturel de TEKES (le plus grand organisme finlandais de financement de la technologie et de l’innovation) a beaucoup contribué à réduire l’ampleur et la durée de la baisse de la R D des entreprises, préparant le terrain à une forte reprise. La décision du gouvernement d’accompagner les mesures de stabilisation macroéconomique par des investissements soutenus dans l’infrastructure et l’éducation et des incitations en faveur du changement structurel a permis de placer l’économie finlandaise sur le chemin d’une croissance plus solide et plus intensive en connaissances après la crise.

 

L’expérience de la Corée illustre aussi comment une bonne gestion de la crise peut accélérer l’ajustement structurel. La crise financière asiatique de la fin des années 90 a conduit à des réductions importantes d’effectifs dans les grandes entreprises coréennes. Ce processus s’est caractérisé par des licenciements massifs de personnel très qualifié et d’importantes réductions des dépenses de R D des entreprises.

Face à cette situation, le Gouvernement coréen a non seulement accru les dépenses d’éducation, mais a aussi augmenté les crédits budgétaires consacrées à la R-D afin de compenser la baisse des dépenses de R D des entreprises. En outre, il a tiré parti de la crise pour mettre en place un secteur des PME à vocation technologique, en s’appuyant sur la loi spéciale de promotion des entreprises à risque (adoptée en 1998). Un ensemble concerté de mesures a été mis en place : réglementations visant à améliorer les conditions de fonctionnement des nouvelles entreprises à risque et à favoriser leur croissance ; fonds de capital-risque appuyé par l’État et incitations fiscales pour les investisseurs ; et soutien à la recherche.

Ces mesures ont contribué à une expansion rapide du nombre de laboratoires de R D des entreprises (qui de 3 000 environ au moment de la crise sont passés à 9 000 environ en 2001), les PME entrant pour 95 % dans cette augmentation. À la veille de la crise, on dénombrait environ 100 « entreprises à risque ». À la fin de 1999, leur nombre était passé à plus de 5 000, et à la fin de 2001, il était de plus de 11 000. Les effets à long terme de ces mesures ont été surprenants. En 1997, les dépenses des PME représentaient juste 12 % de la R D totale des entreprises, alors qu’en 2006, ce pourcentage était passé à 24 %.

Bien entendu, ces bons résultats ne peuvent être expliqués par la seule intervention des pouvoirs publics. La transition mondiale à l’économie numérique a ouvert des possibilités exceptionnelles aux individus à même d’exploiter leurs idées et leur expertise technique, notamment ceux licenciés par les grandes entreprises.

Mais l’action publique a contribué à établir un cadre qui a permis à de nouvelles entreprises de tirer parti de ces nouvelles possibilités.

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