Etude économique de la Turquie, 2004: Politiques macroéconomiques: renforcer la confiance et réduire les primes de risques

Le programme de réformes adopté à la suite de la crise de 2000-01, fondé sur le programme national de convergence pour l’adoption de l’acquis communautaire et sur l’Accord de confirmation avec le FMI, puis renforcé par le Plan d’action d’urgence du gouvernement actuel, s’est effectivement attaqué à ces problèmes. Ce programme prévoit des mesures de stabilisation macroéconomique et des réformes institutionnelles ambitieuses et a été approuvé par deux gouvernements successifs. Les nouvelles mesures sont considérées comme le préalable nécessaire à l’ouverture possible de négociations d’adhésion avec l’UE, et elles bénéficient d’un remarquable soutien dans l’opinion. Les efforts entrepris pour remanier le cadre de la politique macroéconomique, renforcer les institutions et services publics essentiels, et mettre intégralement en place un environnement ouvert et favorable aux entreprises reviennent à construire un nouveau « régime » pour la croissance économique. Ils sont en mesure de renforcer durablement la confiance des investisseurs intérieurs et internationaux, d’améliorer la gouvernance publique et d’aider le secteur des entreprises à développer ses investissements et sa productivité. C’est en mettant en œuvre avec succès et en poussant plus avant cet ambitieux programme de réforme que la Turquie sera à même de s’engager sur la trajectoire d’une croissance plus soutenue, plus durable, et plus riche en emplois. La stabilité politique conforte ce processus. Si les réformes microéconomiques et macroéconomiques se traduisent par une croissance plus vigoureuse, des ressources supplémentaires seront disponibles pour réaliser les objectifs sociaux et environnementaux. Si l’opinion publique sent que les dimensions sociale et environnementale du développement durable ne sont pas négligées mais font partie intégrante du calendrier de réforme, le soutien aux initiatives de stimulation de la croissance se renforcera.

La mise en place du nouveau cadre macroéconomique a été déterminante pour  raffermir la confiance. La réforme dans ce sens a été engagée à la suite de la crise de 2000-01 et a impliqué des changements fondamentaux dans la formulation de la politique monétaire comme de la politique budgétaire. Sur le plan monétaire, la Banque centrale est devenue indépendante du gouvernement en avril 2001 ; elle a pour objectif explicite la stabilité des prix  et n’est plus autorisée à accorder des prêts au Trésor. Bien que les taux d’intérêt et de change continuent d’être fortement influencés par la politique budgétaire du fait de l’ampleur des besoins d’emprunts du secteur public, la Banque centrale est parvenue à asseoir progressivement sa crédibilité et pèse de plus en plus sur les anticipations de l’inflation et des taux d’intérêt. Le processus de désinflation a été spectaculaire, le taux d’inflation passant de 54 pour cent en 2001 à 25 pour cent en 2003 et 12 pour cent au premier semestre de 2004. Selon les estimations du Secrétariat, il poursuivra sa décrue pour s’établir à 8 ou 9 pour cent en 2005. Pour la première fois depuis trente ans, la Turquie enregistrerait alors un taux annuel d’inflation à un seul chiffre. Il faut cependant pour cela que les politiques budgétaire et monétaire ne dévient pas et que rien ne vienne perturber le taux de change. L’évolution de ce dernier est indissociable de la politique budgétaire ; compte tenu de l’ampleur de la dette publique, toute perte de confiance ferait monter les taux d’intérêt et alourdirait par là même la charge du service de la dette de l’État en même temps qu’elle ferait naître des doutes sur la viabilité des finances publiques, entraînant par là même une dépréciation de la livre turque et une hausse des prix des importations. La Banque centrale  aurait dans ces conditions des difficultés à maîtriser l’inflation. Néanmoins, compte tenu des progrès persistants de l’assainissement budgétaire et de la désinflation, la confiance des marchés financiers devrait continuer de se renforcer de sorte que les autorités monétaires pourraient être en mesure de réduire encore progressivement les taux d’intérêt pour améliorer les conditions d’investissement. Qui plus est, grâce aux bons résultats obtenus concernant la réalisation des objectifs d’inflation en fin d’année, les autorités monétaires devraient finir par passer du système actuel de ciblage implicite de l’inflation à un ciblage formel, ce qui améliorerait la transparence et la visibilité et renforcerait par là même leur détermination à assurer la stabilité des prix. Parallèlement, la Banque centrale devrait continuer de lisser les déséquilibres momentanés de l’offre et de la demande de devises afin d’éviter de brusques fluctuations du taux de change avec leurs répercussions potentiellement négatives sur l’économie.

Sur le plan budgétaire, l’accord passé au lendemain de la crise entre le gouvernement et le FMI, qui prévoit un ambitieux objectif de 6.5 pour cent du PNB pour l’excédent primaire, a marqué une rupture avec le passé  et le fait que cet objectif ait été pratiquement atteint a contribué de manière déterminante à la stabilisation macroéconomique. Les finances publiques sont désormais plus rigoureusement gérées, la plupart des fonds extra-budgétaires ayant été supprimés tandis que les activités quasi-budgétaires sont beaucoup plus difficiles à entreprendre sans les crédits correspondants. Néanmoins, les besoins d’emprunt et les paiements d’intérêts du Trésor restent très élevés. Il est donc indispensable de poursuivre l’effort rigoureux d’assainissement des finances publiques et de continuer à dégager d’importants excédents primaires pour faire reconnaître la nouvelle prudence dont témoigne le gouvernement en matière budgétaire et pour réduire encore les primes de risque et les taux d’intérêt en longue période. Dans ce contexte, le nouveau système de comptabilité des administrations publiques devrait être intégralement et rapidement mis en œuvre et incorporé aux comptes nationaux. Le gouvernement devrait rester attaché aux points d’ancrage internationaux existants, tels que son étroite collaboration avec le FMI, afin de donner plus de crédibilité à ses objectifs de politique budgétaire, de préserver et renforcer la confiance des investisseurs et de réduire les paiements d’intérêts sur la dette souveraine.

La viabilité de la dette publique a-t-elle été améliorée ?

Le niveau et le rythme de croissance de l’endettement du secteur public sont devenus la principale source de vulnérabilité macroéconomique en Turquie au lendemain de la crise, dans la mesure où la dette publique nette a représenté quelque 90 pour cent du PNB en 2001, conduisant les marchés intérieurs et internationaux à douter de sa viabilité. Étant donné la faible échéance de l’encours de la dette et la part élevée des titres liés à des devises, les opérations de reconduction sur les marchés intérieurs et internationaux ont été particulièrement importantes, ce qui a augmenté la vulnérabilité en cas de chocs sur les taux d’intérêt et le taux de change. Bien que la Turquie ait fait de remarquables avancées vers le rétablissement de la viabilité de sa dette grâce à d’importants excédents primaires, à une réduction des coûts d’emprunt, à une appréciation de la monnaie et à une forte croissance   autant de facteurs grâce auxquels la dette publique nette rapportée au PNB a pu être ramenée aux environs de 70 pour cent à la fin de 2003  , les principaux facteurs de risque subsistent, même s’ils se sont atténués. Toute augmentation des primes de risque non seulement élève le coût des emprunts actuels du gouvernement, mais se répercute immédiatement sur le coût du service de l’important volume d’emprunts déjà contractés. Ceux-ci augmentent ou diminuent facilement de plusieurs points de PNB en cas de fluctuations des primes de risque. Étant donné cette sensibilité aux conditions des marchés, il est particulièrement important de conforter la confiance et de réduire les primes de risque. Le fait est que les tensions politiques, même celles qui résultent de problèmes non économiques, ont une forte incidence sur les marchés. Il est donc très important de préserver l’heureux consensus politique dont bénéficie actuellement le programme de réforme. Il pourrait être bon à cet égard d’améliorer la politique de communication, en insistant particulièrement sur la volonté largement partagée de mener à bien le programme de réforme. La récente adoption d’un système plus transparent de gestion et de comptabilisation de la dette contribuera également à améliorer l’information du marché et à réduire les risques perçus. Ce système de comptabilisation devrait être intégralement appliqué à tous les engagements des administrations publiques et aux emprunts non garantis des administrations infranationales et d’autres entités du secteur public.

 

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Perspectives économiques n°86