Etude économique de la Suisse 2007 : Performance macroéconomique et principaux enjeux

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Les évaluations et recommandations suivantes sont extraites du chapitre 1 de l'Etude économique de la Suisse, publiée le 6 novembre 2007.

 

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L’enjeu primordial est de transformer la reprise économique actuelle en une accélération durable de la croissance potentielle.

La Suisse connaît une vigoureuse reprise économique depuis 2004. La croissance a été supérieure à celle de la zone euro ces trois dernières années, après avoir été inférieure tout au long de la décennie précédente. Mais certains des facteurs à l’origine de la reprise actuelle ne devraient être que temporaires.

La forte contribution du secteur financier à l’expansion a bénéficié de la vigueur conjoncturelle des marchés financiers mondiaux – qui pourrait toucher à sa fin – et les industries manufacturières ont tiré parti d’une dépréciation du taux de change et d’un taux de croissance supérieur au potentiel chez les grands partenaires commerciaux, en particulier l’Allemagne. En revanche, l’immigration, en progression, pourrait contribuer plus durablement à l’offre globale.

 

Décomposition du PIB par habitant en termes de parités
de pouvoir d’achat


http://dx.doi.org/10.1787/138328268383
1. A parités de pouvoir d’achat courantes et prix courants.
2. L’utilisation des ressources en main-d’oeuvre est égale au nombre total d’heures travaillées, divisé par la
population.
3. La productivité du travail est égale au PIB par heure travaillée.
Source : OCDE, base de données des Comptes nationaux annuels et base de données de la productivité.

 

Le niveau de productivité du travail dans l’ensemble de l’économie est plus faible que dans un grand nombre de pays de l’OCDE à haut revenu et l’écart s’est encore approfondi depuis la fin des années 90, à cause des résultats moins bons dans les secteurs protégés de la concurrence internationale. En 2004, le gouvernement a lancé un « train de mesures en faveur de la croissance », qui comporte toute une série de mesures visant à améliorer la productivité. Mais un grand nombre de ces mesures soit n’ont pas encore été adoptées, soit viennent d’entrer en vigueur. Le gouvernement a l’intention de proposer au Parlement un nouvel ensemble de mesures pour renforcer la croissance potentielle ces quatre prochaines années. Le solde budgétaire des administrations publiques est maintenant excédentaire, mais les dépenses pour les prestations sociales progressent encore rapidement. Dès lors, la politique budgétaire pourrait rencontrer des difficultés pour appuyer la transformation d’une nette expansion conjoncturelle en une accélération durable de la production potentielle. Dans ces conditions, les grands enjeux sont les suivants:

  • Améliorer la viabilité à long terme des finances publiques et atténuer les distorsions fiscales. Les mécanismes budgétaires en place aux différents niveaux d’administration, de même que le contrôle des taux d’imposition par le biais de la démocratie directe et de la concurrence fiscale parmi les juridictions des niveaux infranationaux de gouvernement, ont permis de limiter les dépenses totales. Mais une meilleure maîtrise des dépenses sociales éviterait les contre-incitations à l’activité et dégagerait des ressources au profit de mesures plus propices à la croissance. Les réformes fiscales pourraient davantage favoriser l’exercice d’un emploi et l’entrepreneuriat.
  • Faire en sorte que les gains de productivité contribuent davantage à la croissance économique potentielle. La Suisse reste à la traîne dans un certain nombre de domaines de la réglementation où les réformes favorisant la concurrence sur les marchés de produits ont eu une nette incidence sur la productivité dans les pays de l’OCDE. Il faut achever rapidement la mise en oeuvre du « train de mesures en faveur de la croissance » adopté précédemment et l’accompagner de nouvelles mesures (voir ci-après).
  • Éliminer les obstacles qui empêchent encore les immigrants et leurs descendants de s’exprimer pleinement sur le marché du travail. Bien que l’immigration se soit enrichie en qualifications ces dernières années et que l’effort d’intégration ait été très soutenu, les disparités entre les immigrants et les natifs pour les résultats sur le marché du travail et dans le système éducatif sont à certains égards plus marquées que dans d’autres pays de l’OCDE. Des mesures pourraient être prises pour que les immigrants et leurs descendants contribuent davantage à la prospérité nationale.

La réforme de la réglementation des marchés de produits et la maîtrise des dépenses sociales ont été également jugées prioritaires dans l’édition 2007 de la publication de l’OCDE Objectif croissance.

La reprise s’est accélérée en 2006 et consolidée en 2007

2006 a marqué la quatrième année d’expansion, la croissance du PIB réel atteignant 3.2 % et dépassant de plus d’un point le taux potentiel. Il n’y a pas eu de sérieuses tensions inflationnistes, mais l’écart de production s’est vraisemblablement résorbé. Les dépenses ont été tirées par la demande extérieure. Plus récemment, la consommation s’est elle aussi accélérée. La valeur ajoutée dans le secteur financier a fait preuve d’un particulier dynamisme, à la faveur de la hausse des indices boursiers et d’un très net accroissement des transactions boursières, tandis que les faibles taux d’intérêt soutenaient le crédit. L’emploi a sensiblement progressé, l’immigration contribuant à une nette augmentation de l’offre de main-d’oeuvre et le taux de chômage (chômage recensé) reculant pour sa part à 2.6 %. La plus forte immigration tient en partie à l’accord qui a été conclu avec l’Union européenne en 1999 pour la libre circulation des personnes. Entré en vigueur en 2002, il a pris pleinement effet en juin 2007, bien que des quotas transitoires restent applicables à l’égard des pays d’Europe centrale et orientale membres de l’UE.

 

La croissance économique en Suisse et dans la zone euro
En pourcentage


http://dx.doi.org/10.1787/138441114235
Source : OCDE, base de données des Perspectives économiques, n° 82 (à paraître).

 

Les perspectives dépendent en partie de l’évolution du taux de change

La croissance économique devrait se ralentir quelque peu tout en restant supérieure à son taux potentiel, compte tenu de la conjoncture favorable attendue chez les partenaires commerciaux européens. En revanche, l’inflation pourrait légèrement s’accélérer, en fonction des pressions croissantes de la demande. Ces pressions s’accentueront si le franc suisse continue de baisser. Quoi qu’il en soit, il ne semble guère y avoir de raisons de s’attendre à une nette contraction de l’excédent de balance courante, ancien et en progression, qui a atteint plus de 15 % du PIB. Cet excédent tient essentiellement au solde considérable pour les revenus des investissements, qui s’explique lui-même dans une large mesure par le poids des entreprises multinationales en Suisse, même si les conventions comptables en vigueur au niveau international conduisent à surestimer ce poids. Plus fondamentalement, cet accroissement de l’excédent peut être attribué à un taux d’épargne national très élevé – dû, dans une certaine mesure, au système de retraite obligatoire – se doublant d’un taux d’investissement intérieur relativement faible, qui découle en partie d’une intensité capitalistique déjà forte et d’une croissance relativement faible de la productivité totale des facteurs. La faiblesse persistante du franc, malgré le niveau de plus en plus élevé de l’excédent, a peut-être en partie pour origine les opérations de portage sur les changes, qui pourraient s’inverser à un moment ou à un autre.

La politique monétaire devrait laisser suffisamment de possibilités d’expansion de l’offre globale

Avec la forte accélération de la croissance économique et la dégradation des perspectives du côté de l’inflation, la Banque nationale suisse (BNS) a réduit la stimulation monétaire, en relevant la fourchette d’objectif du taux d’intérêt interbancaire en francs suisses à 3 mois de 2 points au total ces deux dernières années, cette fourchette se situant maintenant entre 2.25 et 3.25 %. Dans le même temps, la BNS a accordé aux banques des crédits temporaires supplémentaires à court terme à la suite des turbulences des marchés mondiaux de capitaux de la mi-août 2007, qui s’étaient traduites par une demande de liquidités en forte progression. Une nouvelle hausse des taux d’intérêt pourrait être nécessaire si l’expansion de la production devait rester vive. La poursuite de la dépréciation du franc suisse en 2006 et au premier semestre de cette année a contribué à une hausse plus marquée des prix à l’importation. Ces pressions pourraient davantage se répercuter sur l’inflation globale puisque, maintenant, le volant de ressources inutilisées est très faible en Suisse et également en Europe, et la hausse de l’IPC s’est légèrement accélérée cette année, à 0.7 % en septembre. Mais avec l’augmentation de l’offre de main-d’oeuvre, la hausse des salaires est restée faible et les progrès accomplis dans l’ouverture à la concurrence des marchés de produits protégés pourraient en principe freiner la hausse des prix intérieurs, en compensant l’augmentation des coûts à l’importation. De plus, on ne sait pas très bien actuellement quel pourra être l’impact des turbulences financières mondiales sur l’activité économique en Suisse. En définitive, cette situation justifie une approche progressive et flexible par rapport à un nouveau durcissement afin de pouvoir absorber l’expansion de l’offre globale, même avec le dynamisme actuel de l’activité.

L’orientation budgétaire convient à la situation conjoncturelle de l’économie

Le solde budgétaire des administrations publiques s’est amélioré, passant d’un déficit d’environ 1 % du PIB en 2004 à un excédent estimé à quelque 1 % en 2006, un résultat du même ordre étant attendu pour 2007; ainsi les finances publiques ont-elles été assainies à juste titre en période de forte croissance. Cette amélioration tient en partie à une plus stricte maîtrise des dépenses après la mise en place, en 2003, de la règle du « frein à l’endettement », qui exige l’équilibre du budget fédéral estimé corrigé des fluctuations conjoncturelles. De plus, la reprise s’est fortement répercutée sur les recettes publiques, du fait de la vigueur des recettes fiscales instables provenant des bénéfices et des revenus du capital, qui ont été nettement supérieures aux prévisions, en partie grâce à l’essor du secteur financier. Toutefois, les dépenses sociales ont encore connu une rapide progression, en particulier pour la santé, l’assurance invalidité et l’aide sociale, malgré l’évolution favorable du marché du travail.

 

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Informations complémentaires                                                                        

Des informations complémentaires sur cette Etude peuvent être obtenues auprès du Bureau de la Suisse du Département des affaires économiques de l'OCDE à eco.survey@oecd.org. Ce rapport du Secrétariat de l'OCDE a été préparé par Andrés Fuentes, Claude Giorno et Eduardo Camero sous la direction de Peter Jarrett. La recherche statistique a été faite par Françoise Correia.

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