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Vous trouverez ci-dessous les questions et réponses de ce débat en ligne qui a eu lieu vendredi 29 juin avec Raymond Torres, Chef de la division des politiques de l'emploi à l'OCDE :
Question. Vous avez écrit que le fait d'encourager davantage d'immigrants à venir pour remédier aux pénuries de compétences peut aussi avoir son utilité. Voulez-vous dire que ce n'est qu'une mesure à prendre parmi d'autres mais que ce n'est pas celle qui s'impose le plus ? D'après les propos des médias allemands, on pourrait penser que l'immigration est la seule solution aux problèmes de l'Allemagne…
Corinne Schindlbeck, Markt & Technik
Réponse. A mon avis, Corinne, ce qu'il faut c'est que les politiques intérieures soient judicieuses. Les immigrés vont vieillir eux aussi et si on les force à partir tôt à la retraite, ils n'apporteront qu'un répit temporaire face au problème plus vaste du faible taux d'activité. Il est crucial également de doter les jeunes des compétences appropriées. Les systèmes éducatifs devraient s'adapter sans attendre et ne pas compter sur le fait qu'on peut faire venir davantage d'immigrés pour remédier aux pénuries de compétences. Cela dit, il faudra effectivement recourir davantage à l'immigration.
Q. Quelle est la proportion de pertes d'emploi dans l'UE que l'on peut imputer aux échanges avec les économies émergentes ou aux délocalisations dans ces économies ?
Philip Whyte, Londres
R. A cette question, il n'y a pas de réponse tranchée. Mais la plupart des analystes estiment que la proportion d'emplois perdus pour cause de délocalisation est très faible. Elle représenterait 5 % du nombre total des pertes d'emploi.
Q. Autre question concernant la pénurie de " professionnels des hautes technologies " et les dépenses des entreprises en matière de formation et d'éducation. Ces budgets sont-ils suffisamment élevés pour faire face aux problèmes de démographie et de déficit de capital humain ?
Corinne Schindlbeck, Markt & Technik
R. Les dépenses publiques dans ce domaine pourraient avoir pour premier objectif de veiller à ce que le système éducatif fournisse les compétences nécessaires au marché du travail. A cet égard, il semble qu'il existe un grave problème d'inadéquation dans nombre de pays : les étudiants qui sortent de certaines filières se retrouvent au chômage ou occupent des emplois peu qualifiés alors que d'autres filières comme les études d'ingénieur ont du mal à recruter des candidats. Concernant les adultes, la politique publique devrait se focaliser tout particulièrement sur les personnes à bas niveau d'instruction : ce sont elles qui ont le plus besoin de formation mais elles en reçoivent très peu. Bref, ce n'est pas nécessairement une question d'augmentation des dépenses ; il faudrait plutôt repenser les schémas actuels de dépenses.
Q. Qu'est-ce qui explique le recul de la part du travail dans le revenu national dans tous les pays de l'OCDE ? Cela tient-il à l'affaiblissement du pouvoir de négociation des syndicats parce que les entreprises s'internationalisent, et quelle devrait être la réponse des pouvoirs publics pour remédier à cette situation ?
John Evans, Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE
R. La délocalisation (ou la menace de délocaliser) donne aux employeurs les moyens techniques d'éclater le processus de production et d'en sous-traiter une partie, dans le pays ou à l'étranger. Cela a probablement fait réfléchir à deux fois les travailleurs avant de réclamer des hausses de salaires, phénomène qui, lui-même, a contribué à la modération salariale et à la baisse de la part des salaires. Et, de fait, les Perspectives de l'emploi de l'OCDE montrent que l'emploi est de plus en plus sensible aux chocs économiques. Mais jusqu'à présent, la portée réelle des délocalisations demeure limitée. Par conséquent, il n'est pas possible d'affirmer qu'en elle réside la principale explication de la baisse des parts des salaires observée dans presque tous les pays de l'OCDE. Les choses pourraient changer dans l'avenir et, dès lors, on peut se poser la question : que faire ? Avec des solutions protectionnistes, la situation empirerait. Aussi, les politiques devraient plutôt mettre à profit le fait que les délocalisations, et la mondialisation en général, créent de nombreuses opportunités. Il faudrait soutenir la mobilité des travailleurs et supprimer les obstacles à la création ou au développement des entreprises dans les secteurs de pointe naissants. Il conviendrait aussi que les travailleurs puissent bénéficier d'une aide sociale adéquate, comme nous l'avons vu précédemment. Les politiques de redistribution axées sur l'emploi ont un rôle à jouer. Enfin, dans une économie qui se mondialise, il est essentiel de veiller à ce que les gens puissent valoriser leurs compétences.
Q. En Allemagne comme dans d'autres pays, le secteur des hautes technologies s'inquiète du manque de travailleurs hautement qualifiés. Mais ne sont-ce pas les entreprises elles-mêmes qui sont responsables de cette pénurie, elles qui ont licencié leurs salariés trop rapidement ces dernières années ? Une nouvelle "carte verte" destinée aux professionnels des hautes technologies est actuellement à l'étude. Quelles suggestions souhaiteriez-vous formuler à l'adresse du gouvernement allemand ?
Corinne Schindlbeck, directrice de publication, Markt & Technik
R. Vous avez parfaitement raison ! Les entreprises européennes ont eu tendance à licencier leurs " salariés âgés " qui sont souvent partis en préretraite. C'était gaspiller des talents à une époque où des pénuries de main-d'œuvre qualifiée commençaient à apparaître. Il est indispensable d'inverser cette tendance au départ précoce à la retraite et de donner aux travailleurs âgés la possibilité de continuer leur activité. Ce devrait être la première mesure à prendre car c'est la meilleure solution. Il peut aussi être utile d'encourager la venue d'immigrants plus nombreux pour remédier aux pénuries mais cette solution ne saurait remplacer des politiques de qualité axées sur les travailleurs déjà présents dans le pays [travailleurs âgés (pour éviter les départs en préretraite), demandeurs d'emploi (qui pourraient recevoir une formation), jeunes (qui devraient bénéficier d'un meilleur niveau d'instruction), etc.].
Q. Diminuer le niveau des prestations sociales est-il la meilleure méthode pour s'adapter à la mondialisation ?
Tim Brookes, Royaume-Uni
R. Non ! Voyez ce qui a été fait aux Pays-Bas et au Danemark. Dans ces pays, les prestations sont généreuses et pourtant, ils affichent de bons résultats dans l'économie mondialisée. En effet, tout est mis en œuvre pour aider les bénéficiaires de prestations à retrouver le chemin de l'emploi.
Q. Vous parlez d'aider les travailleurs prisonniers d'emplois sans avenir. Mais comment ?
Michael Jordan, Irlande
R. Premièrement, il faudrait accorder des prestations sociales adéquates aux personnes qui perdent leur emploi. Cette solution devrait se conjuguer avec une aide à la recherche d'emploi et des obligations en ce sens, comme on le fait au Danemark, par exemple. Deuxièmement, il faudrait repenser la procédure de protection contre les licenciements. Ce sont les travailleurs qu'il faut protéger, pas les emplois sans avenir. C'est ce qu'a fait l'Autriche avec ses comptes d'épargne individuels : les travailleurs accumulent des droits à compensation en cas de licenciement, et ces droits sont transférables d'un employeur à l'autre. En revanche, dans les régimes classiques, vous perdez ces droits si vous quitter un emploi pour en prendre un autre.
Q. Des études ont montré que, dans les pays de l'OCDE, le creusement des écarts de salaires s'explique en grande partie par des facteurs autres que le commerce international. Il semble pourtant que l'on rende les échanges responsables de cette situation ainsi que d'autres maux économiques et sociaux, ce qui fait que la question a pris une dimension politique. Comment mieux appréhender les causes des écarts de salaires et la manière dont les pouvoirs publics doivent s'y prendre pour réduire ces écarts, et montrer que les échanges globaux font augmenter les niveaux de vie ?
Harvey Bronstein
Économiste international principal
US Small Business Administration
R. C'est un défi majeur et, comme votre question l'indique clairement, il faudrait plus d'études et plus de communication pour faciliter et éclairer davantage le débat sur les échanges, les inégalités et les politiques publiques. De nombreuses études de bonne qualité portant sur ces questions sont en cours mais elles sont très complexes et il ne serait pas réaliste, pour les tenants des politiques de libéralisation des échanges et de l'investissement, de compter disposer, dans un avenir proche, d'une preuve scientifique indiscutable de l'importance des avantages procurés par l'absence de restrictions aux échanges. Il appartient donc aux pouvoirs publics de trouver de meilleurs arguments pour établir le bien-fondé de la libéralisation des échanges sans attendre les résultats définitifs des études pour prouver qu'ils ont raison. Il leur faut aussi adopter des politiques intérieures adéquates pour accroître les avantages de cette libéralisation, alléger les coûts d'ajustement et s'attaquer aux problèmes d'équité.
Comment mieux faire passer le message en faveur des échanges ? Premièrement, et c'est important, les préoccupations du public selon lesquelles de nombreux travailleurs rencontrent des difficultés à cause (du moins en partie) du resserrement des liens dans le domaine du commerce et de l'investissement dans l'économie mondialisée méritent d'être prises au sérieux. La " mondialisation " avance dans un contexte d'inégalités croissantes sur le marché du travail des économies les plus avancées, mais aussi du ressenti d'un accroissement de l'insécurité dans certains de ces pays. Il sera difficile d'inscrire dans la durée le soutien politique en faveur de la libéralisation des échanges si les pouvoirs publics ne parviennent pas à démontrer qu'ils mettent en œuvre les mesures adéquates pour répondre aux inquiétudes suscitées par les inégalités et l'insécurité et, partant, que les actifs peuvent s'attendre à recevoir leur juste part des gains provenant de l'intégration économique internationale. Fort heureusement, on peut constater que, dans un certain nombre de pays de l'OCDE, les marchés du travail se sont bien comportés ces dernières années en dépit de leur intégration toujours plus grande dans l'économie mondiale. Ces exemples de réussite sont utiles pour illustrer la façon dont des politiques intérieures idoines peuvent, en fait, limiter les inégalités et l'insécurité alors même que l'intensification des échanges accroît l'efficience globale de l'économie nationale.
Q. Les effets négatifs de la mondialisation (mutations économiques, chômage, délocalisation etc...)occupent le devant de la scène medias. Or ses effets positifs sont réels, profonds et déterminants pour notre futur (innovation, croissance, développement durable, recherche fondamentale et appliquée etc...) L'école ne pourrait-elle pas être le premier maillon de cette culture économique qu'il est indispensable d'inculquer aux nouvelles générations? Qu'en pensez-vous?
Bernard Bonnamour, France
R. Les pertes d'emploi liées à la mondialisation sont souvent concentrées dans le temps aussi bien que dans l'espace. Tandis que les effets positifs (par exemple en termes de produits meilleur marché pour les consommateurs) sont plus diffus, s'étalent dans le temps et sont moins "médiatisables". Je crois cependant que les gens le savent --qui ne se rend pas compte que l'ouverture du marché aérien a permis de reduire le prix des billets d'avion? Mais vous avez raison que la culture économique y aiderait également. Par ailleurs il est essentiel de ne pas négliger les coûts d'ajustment liés à la mondialisation, même si celle-ci est globalement favorable à la croissance. On a trop tendance à oublier cela.
A lire
Les gouvernements doivent faire davantage pour aider les travailleurs à s’adapter à la nouvelle économie mondiale, estime l’OCDE
Les Perspectives de l'emploi 2007
Globalisation, jobs and wages (anglais)
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