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Les citoyens se soucient de plus en plus de leur qualité de vie. Un consensus émerge peu à peu sur la nécessité d’envisager de manière plus globale la notion de progrès en prenant en compte des préoccupations sociales, environnementales et économiques, plutôt que de se focaliser sur des indicateurs économiques, tels que le produit intérieur brut, qui, bien que jouant un grand rôle pour mesurer l’activité économique, n’ pas été conçu comme l’ indicateur unique des progrès d’une nation. On s’accorde aussi largement à reconnaître, que l’élaboration d’informations transversales, de qualité, partagées et accessibles concernant l’état de la société est un gage de réactivité et de responsabilité pour la prise de décision à tous les niveaux (gouvernement, entreprises, citoyens, etc.). Il s’agit là d’une question essentielle pour la démocratie. Plus les électeurs pourront rendre les pouvoirs publics comptables des politiques qu’ils mènent, plus les responsables seront incités à mieux agir. Des données prises en compte dans des indicateurs de progrès plus fins pourraient aider la société à atteindre des objectifs plus pertinents en consommant moins de ressources.
Des initiatives allant précisément dans ce sens ont vu le jour dans de nombreux pays, riches et pauvres. Elles ont été lancées par les gouvernements, la société civile, les universités et le secteur privé. Certaines des plus fructueuses se sont inscrites dans le cadre de partenariats novateurs entre les différents secteurs. Elles se déploient au niveau des pays et au niveau international. Certaines ont été conçues pour des communautés locales. Beaucoup de ceux qui travaillent dans ce domaine ont rarement l’occasion de discuter avec leurs homologues de leurs expériences communes, ou d’établir les meilleures pratiques. Et lorsqu’ ils se rencontrent, leur vocabulaire et leurs méthodes sont tellement différents, que la discussion vire souvent au dialogue de sourds.
Plusieurs organisations nationales et supranationales ont mis au point des batteries d’indicateurs statistiques pour mesurer des phénomènes économiques, sociaux et environnementaux. Certains de ces outils sont utilisés pour élaborer des politiques sectorielles et/ou pour apprécier leurs effets. D’autres dispositifs de mesure élaborés par des instituts de recherche privés et publics, ainsi que par des organisations non-gouvernementales (ONG) s’appliquent à des phénomènes particuliers et servent à des fins d’analyse et de sensibilisation du public.
En 2000, les chefs d’Etats du monde ont approuvé la Déclaration du Millénium des Nations-Unies : un plan visant à améliorer considérablement la vie des gens dans les pays en voie de développement. Le plan a mené aux objectifs du Millénaire pour le développement, et vise à atteindre ces buts d’ici à 2015. Des indicateurs statistiques ont été mis au point afin d’accompagner ce processus et sont utilisés à la fois pour apporter des flux d’aide directe et pour sensibiliser le public.
Les Forums mondiaux de l’OCDE, et la Déclaration d’Istanbul
En Juin 2007, trois ans après son premier Forum mondial consacré aux « Statistiques, connaissances et politiques », qui s’est tenu en Italie, l’OCDE, en collaboration avec d’autres organisations internationales, a organisé un 2e Forum mondial à Istanbul sur le thème « Mesurer et favoriser le progrès des sociétés », lequel a réuni plus de 1200 personnes venues de 130 pays, Forum mondial à Istanbul 1997. Présidents et ministres, chefs statisticiens et personnalités influentes de la société civile, capitaines d’industrie, dirigeants de fondations caritatives et universitaires de renom s’y sont tous retrouvés côte- à- côte, et ont manifesté leur volonté commune de mettre au point de meilleures mesures du progrès au niveau mondial. Diffusion sur le web et ordre du jour du second Forum mondial de l’OCDE à Istanbul en 2007.
La conférence a débouché sur la rédaction d’un texte, la Déclaration d’Istanbul, version française qui a été signé par la Commission Européenne, l’Organisation de la Conférence islamique, l’OCDE, l’Organisation des nations Unies, le Programme des Nations -Unies pour le développement, l’UNICEF, l’ UNESCO, le Fonds des Nations Unies pour les partenariats internationaux, la Banque mondiale et plusieurs autres organisations. La Déclaration d’Istanbul appelle à réfléchir sur le sens du mot « progrès » au XXI siècle et à stimuler le débat international, à partir d’éléments statistiques et d’indicateurs fiables, à la fois sur des questions mondiales qui ont trait aux progrès des sociétés et sur les questions de comparaison de ces progrès. Elle engage en particulier ses signataires à agir pour :
• encourager les communautés à réfléchir sur le sens du mot « progrès » au XXIe siècle ;
• partager les meilleures pratiques sur la mesure du progrès sociétal et renforcer la prise de conscience quant à la nécessité d’utiliser des méthodes de qualité et fiables ;
• stimuler le débat international sur la base de statistiques et d’indicateurs solides, à la fois sur les dimensions mondiales du progrès des sociétés et les comparaisons de ces progrès ;
• élargir et développer la compréhension générale du public quant aux évolutions en cours, tout en mettant l’accent sur certains domaines où le changement est significatif, ou les connaissances inadéquates.
Plaider en faveur d’investissements appropriés permettant de renforcer la capacité d’élaboration de statistiques (en particulier dans les pays en développement) faciliter l’ accès aux données et indicateurs permettant d’orienter les programmes de développement et faire le point quant à la réalisation d’objectifs internationaux tels que les objectifs du Millénaire pour le développement.
Les participants au Forum mondial ont estimé que le monde avait besoin d’un élément moteur dans ce domaine, et il leur est apparu que le Projet mondial « Mesurer le progrès des sociétés » pouvait remplir ce rôle. C’est pourquoi ils ont encouragé l’OCDE à entreprendre ce projet en collaboration avec d’autres.
La théorie économique et politique souligne l’importance que revêt une meilleure information pour le bien-être sociétal. Cependant l’information, à elle seule ne suffit pas. Elle doit se transformer en connaissances et donc se traduire en comportements concrets ; ce sont les connaissances qui amélioreront le fonctionnement de nos sociétés et de nos démocraties.
Pour être sain, le processus politique doit donner au citoyen l’accès à des informations fiables sur les résultats des politiques passées (c’est-à-dire sur leurs résultats économiques et sociaux), ou sur les résultats escomptés des politiques envisagées.
Les résultats économiques et sociaux peuvent se mesurer de plusieurs manières, et il est fréquent que les protagonistes d’une élection s’appuient sur des données différentes pour étayer leurs assertions. Que se passerait-il si toutes les parties se mettaient d’ accord sur un « jeu commun d’informations », c’est-à-dire sur un ensemble d’indicateurs du progrès global d’une nation ou d’une société, qu’utiliseraient tous les participants au débat sur les politiques? Qu’adviendrait-il si la discussion, au lieu de mettre aux prises les parties au sujet du bilan supposé d’un politicien se transformait en débat factuel sur la réalité et les modalités des progrès de la nation et sur les changements à apporter? Cela ne pourrait que bouleverser le jeu politique. Mais que contiendrait le jeu commun d’informations, comment faudrait-il le définir et qui devrait être chargé de cette définition? Autant de questions que le Projet mondial d’efforce d’aborder.
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