Citoyens de la terre - Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale

Intervention d'Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Atelier No. 5 : Inventer la croissance écologique : le changement des mentalités, des modes de production et de consommation, Conférence "Citoyens de la terre"
Paris, vendredi 2 février 2007

Monsieur le Président, cette conférence ne pouvait pas être programmée à un meilleur moment. Il semble en effet que, ces dernières semaines ou ces derniers mois, le monde en soit venu à la conclusion suivante : la planète est en danger et nous devons changer. Nos modes actuels de croissance et de consommation ne sont tout simplement pas viables dans un monde de plus en plus exigeant et dont la population s’accroît. C’est aussi un énorme test de la capacité du monde d’agir de concert pour régler un problème collectif.

D’après les projections, la population mondiale s’établira approximativement à 7,6 milliards d’habitants en 2020, dont 6,6 milliards environ vivront dans ce qu’il est convenu d’appeler le monde en développement. Ils manifestent le désir légitime d’élever leur niveau de vie, mais il est possible d’y parvenir de manière plus durable. La croissance économique peut aller de pair avec la protection de l’environnement et l’utilisation rationnelle des ressources.

Tout le problème est là : comment améliorer le niveau de vie de tous les habitants de la planète sans anéantir la capacité de la biosphère à satisfaire leurs besoins ? Telle sera peut être la plus grande gageure du XXIème siècle.

A l’OCDE, nous analysons actuellement la situation et les options sous l’angle de l’action publique. Ainsi, le mois prochain, nous publierons une vaste étude sur la gestion de l’environnement en Chine. Au début de l’année prochaine paraîtra un important rapport sur les perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2030.

Qu’en ressort il ? Tout d’abord, que pour garder à l’esprit les répercussions de nos actes sur l’environnement et pour nous comporter en conséquence, nous devons établir des conditions générales propices. Cela impose de fixer les prix à leur juste niveau, de veiller à ce que tous les coûts environnementaux et sanitaires de la production et de la consommation se reflètent dans les prix que nous payons. Il faut aussi mettre en place les réglementations environnementales qui conviennent et les appliquer.

Nous avons besoin que les prix transmettent des signaux sans ambiguïté pour changer de comportement, encourager le développement de nouvelles technologies et renoncer au gaspillage et à la pollution. Les écotaxes, comme la taxe sur le carbone ou d’autres prélèvements au titre des activités polluantes, peuvent avoir une forte incidence. L’OCDE peut d’ailleurs s’enorgueillir d’avoir, par ses travaux, fait évoluer et prospérer le principe "pollueur payeur".

Les échanges de permis sont eux aussi un outil précieux dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ou d’autres pollutions. L’Union européenne mérite d’être saluée pour avoir pris l’initiative de créer un système d’échanges de permis d’émission de gaz à effet de serre. Mais il nous faudra passer à un système mondial.

Ces approches sont essentielles pour permettre aux marchés de jouer un rôle capital dans l’évolution du comportement des consommateurs et des producteurs, et dans l’affectation des ressources aux nouvelles technologies et au développement de nouveaux procédés et produits. Les conditions cadres doivent être soigneusement conçues et mises en œuvre par les pouvoirs publics. Mais les gouvernements peuvent aussi jouer un rôle sur d’autres plans.

Ils possèdent en effet des moyens sans équivalent pour montrer la voie, en sensibilisant les citoyens aux problèmes écologiques et en contribuant à faire en sorte que les consommateurs et les producteurs disposent des informations nécessaires pour se comporter de la manière la plus responsable vis à vis de l’environnement. Ils peuvent changer les mentalités.

Les pouvoirs publics sont aussi des investisseurs de premier plan dans les transports publics, la distribution de l’eau, l’assainissement et la construction de bâtiments, et ils financent le logement social. Dans ces domaines comme dans d’autres, les marchés publics peuvent jouer un rôle moteur et créer un premier débouché pour les nouvelles technologies.

Les investissements dans la recherche développement aident à découvrir des technologies nouvelles et le marché doit recevoir les incitations appropriées pour que soient mises au point de nouvelles technologies propres, comme celles du carburant hydrogène et des piles à combustible. Toutes les options technologiques qui nous permettront de diminuer l’intensité en carbone à l’avenir, y compris l’énergie nucléaire, doivent être laissées ouvertes.

De plus, les pouvoirs publics sont bien entendu au cœur de l’action à mener dans l’optique de fournir à chacun l’information dont il a besoin pour faire des choix favorables à l’environnement. Les mesures comme l’étiquetage énergétique ou d’autres formes d’éco étiquetage peuvent aider les consommateurs à prendre les bonnes décisions.

Enfin, les gouvernements peuvent agir ensemble dans le cadre de la coopération multilatérale pour concevoir des instruments d’action collective et s’engager dans la réalisation de solutions internationales communes. C’est ce que nous offrons à l’OCDE.

Monsieur le Président, on parle beaucoup actuellement des défis planétaires. Préserver l’environnement est bien sûr l’un des volets du débat. Pour que la mondialisation soit couronnée de succès, elle doit être écologiquement durable et nous ne manquons pas d’instruments viables pour agir.

Comme je l’ai signalé au début de mon intervention, l’urgence n’a jamais été aussi manifeste de s’attaquer aux grands défis environnementaux. Le monde est mûr pour l’initiative et pour l’action. Les citoyens sont disposés à reconsidérer leur manière de vivre, de produire et de consommer, ainsi que les effets qu’elle peut avoir sur l’environnement. Maintenant, il nous appartient de donner l’impulsion et de montrer la voie, comme ils le souhaitent. Nous, tous les pays de l’OCDE, nous devons montrer l’exemple en changeant nos comportements, de manière à encourager les autres à nous emboîter le pas. Telle est la délicate et lourde tâche qui nous incombe. Je vous remercie.

Haut de la page

Ralentissement mondial

Agir face à la crise

Inscrivez-vous au fil RSS de notre salle de presse

Une manière simple et gratuite de recevoir nos derniers communiqués de presse