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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Allocution prononcée devant la Confédération des industries finlandaises
Helsinki, Finlande
29 septembre 2006
Je voudrais remercier Christoffer Taxell de nous avoir invités à la Confédération des industries finlandaises à partager ce déjeuner et de me donner ainsi l'occasion de prononcer quelques mots sur les thèmes d'actualité. J'évoquerai tout d'abord les perspectives et les risques planétaires, puis je traiterai plus en détail certains des grands défis qui attendent l'Europe. J'aborderai aussi brièvement le sujet de l'amélioration de la compétitivité par la stimulation de l'innovation, pour conclure sur les défis propres à la Finlande.
Il ne me paraît pas utile de vous parler longuement de l'OCDE, Organisation que j'ai le privilège de diriger. L'OCDE a pour mission de promouvoir la croissance et le développement économiques de pays répartis sur toute la planète. Elle compte 30 pays membres et coopère avec de nombreuses autres économies. Nous œuvrons en faveur de l'économie de marché et de systèmes commerciaux et financiers ouverts, fondés sur des règles et non discriminatoires, étayés par une bonne gouvernance.
Perspectives et risques planétaires
Permettez-moi d'aborder mon premier sujet : les perspectives et les risques planétaires. Je reviens tout juste des réunions de la Banque mondiale et du FMI à Singapour où ces thèmes ont été traités de manière approfondie.
Malgré le niveau élevé et l'instabilité des prix de l'énergie, cette année et l'année prochaine devraient voir se poursuivre et s'étendre l'expansion mondiale. L'économie des États-Unis tourne à peu près à pleine capacité, et le Japon est en passe de connaître sa plus longue phase d'expansion depuis un demi-siècle. Dans la zone euro, la croissance devrait atteindre les 2.7 % cette année, c'est-à-dire sa meilleure performance depuis 2000. La croissance en Finlande, soutenue par de solides performances dans le domaine de l'innovation et un niveau d'instruction enviable (la Finlande est en tête du classement PISA - le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), est parmi les plus élevées de la zone OCDE. Ajoutons aussi que toutes ces évolutions bénéficient des conditions favorables qui règnent sur les marchés de capitaux.
L'autosatisfaction n'est toutefois pas de mise, car nous sommes confrontés à de nombreux défis :
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Les forts déséquilibres des comptes courants vont probablement perdurer. Certes, ils n'ont pas encore provoqué de dérèglements majeurs, mais ils ne peuvent continuer de s'accumuler sans conséquences.
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Les taux d'intérêt remontent, ce qui va accroître le poids de l'endettement des ménages.
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La recrudescence de l'instabilité et des confrontations au Moyen-Orient, dont témoignent les événements du Liban, dans un contexte de demande pétrolière croissante et d'offre contenue, ne permet pas de prévoir un recul sensible des prix de l'énergie à brève échéance.
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La convergence économique des pays de l'OCDE s'est interrompue, voire inversée. La zone OCDE est marquée par de fortes disparités des performances économiques ; le fossé avec les pays en développement se creuse non seulement en termes de taux de croissance, mais aussi de normes de productivité et de niveau de vie.
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Dans de nombreux pays de l'OCDE, le vieillissement de la population est le plus grand défi à relever. Il faut pour cela mettre davantage l'accent sur la pérennité des systèmes de pension et la performance des systèmes de soins de santé. Mis en parallèle avec une croissance de la population lente ou négative, ce vieillissement impose aux pays de revoir leur politique en matière de migrations et d'intégration.
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Nous assistons, y compris au sein de la zone OCDE, à la résurgence du protectionnisme vis-à-vis des investissements. Ce phénomène ne laisse pas d'inquiéter, car la liberté des flux commerciaux et d'investissement est le vrai moteur de la croissance. L'IDE mondial provenant aux deux tiers environ des pays de l'OCDE, il est important de lutter contre ces tendances protectionnistes.
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Les négociations commerciales du Cycle de Doha peuvent encore connaître une issue positive. Mais elles ne peuvent progresser tant que les pays ne parviendront pas à un accord sur les modalités de l'Accès aux marchés des produits non agricoles (AMNA) - un accord qui, jusqu'ici, a semblé fort difficile à obtenir.
Productivité du travail et utilisation de la main-d'œuvre
Je voudrais parler très brièvement de la nécessité de stimuler la productivité du travail et de la façon d'améliorer l'utilisation de la main-d'œuvre. La productivité du travail a enregistré quelques progrès.
Tout d'abord, certains pays assouplissent les obstacles à l'entrée sur le marché du travail, mais aussi différents règlements entravant la concurrence. Par exemple, les Pays-Bas ont prévu de baisser d'un quart les frais administratifs liés à la création d'une entreprise. La Finlande et la Pologne ont poursuivi la privatisation de sociétés commerciales publiques. Et l'Union européenne s'efforce d'avancer, même modestement, avec sa Directive sur les services ; mais l'aptitude de l'Europe à progresser dans cette voie reste incertaine.
En second lieu, s'agissant de la formation de capital humain, de nombreux pays renforcent leur système éducatif, même si les réformes en sont encore à un stade précoce.
En revanche, les initiatives visant à accroître l'utilisation de la main-d'œuvre ont été plus rares. En particulier, trop peu d'efforts ont été déployés pour réduire la taxe implicite sur l'emploi des travailleurs dits vieillissants. Cela dit, nous ne pouvons que nous réjouir de l'orientation générale des mesures annoncées en France pour diminuer les freins à l'embauche dans les petites entreprises et, plus récemment, stimuler l'embauche des jeunes et l'emploi des seniors.
La compétitivité via l'innovation
Abordons maintenant l'amélioration de la compétitivité par la stimulation de l'innovation. À cet égard, les pays de l'OCDE peuvent se répartir entre quatre groupes :
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Le groupe de tête rassemble les pays nordiques, les États-Unis et le Japon qui, pour la plupart, ont connu cette dernière décennie une forte croissance de la productivité et affichent des taux élevés de diplômés de l'enseignement supérieur. Mais certains sont confrontés au défi que représente la stimulation de l'innovation dans les services au moyen de marchés plus ouverts et concurrentiels.
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À l'autre extrémité du spectre de la performance en matière d'innovation, des améliorations du système éducatif sont nécessaires en Europe méridionale, et un renforcement de la concurrence sur les marchés de produits est indispensable en Europe tant centrale que méridionale.
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Entre les deux se situent les pays anglophones autres que les États-Unis, où la productivité affiche des performances généralement satisfaisantes. Leur défi commun est de parvenir à renforcer les liens entre recherche publique et industrie.
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Les pays restants - c'est-à-dire notamment la France et l'Allemagne - affichent des performances plutôt supérieures à la moyenne, mais doivent renforcer leur enseignement supérieur et la contribution des universités à la recherche. La plupart d'entre eux pourraient aussi améliorer le rapport coût-efficacité des mesures financières prises pour soutenir les activités de recherche-développement du secteur privé.
Les défis de la croissance en Finlande
Permettez-moi de conclure en abordant les défis structurels de la Finlande. On en dénombre trois principaux :
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Garantir la pérennité des finances publiques, qui sont menacées par la conjonction d'une multitude d'aides sociales et d'un vieillissement de la population parmi les plus précoces et les plus rapides de la zone OCDE.
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Relever le taux d'emploi, qui est faible par rapport aux autres pays scandinaves et aux niveaux atteints durant les années 80. L'allongement de la vie active sera en outre essentiel pour faire face au vieillissement de la population et à la longévité accrue.
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Élargir et accroître le potentiel de croissance. Selon les normes internationales, la productivité du secteur manufacturier est élevée, mais elle est basse dans celui des services protégés et, ces derniers temps, dans de nombreux services publics, sa croissance a même faibli.
Je vous remercie de l'attention que vous avez portée à ces observations liminaires. J'attends maintenant avec intérêt que débutent nos débats.
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