Etude économique de la zone euro 2005: Perspectives et enjeux

Ces Evaluation et recommandations de l'OCDE résument le Chapitre 1 de l'Etude économique de la zone euro 2005 publiée le 12 juillet 2005.

Pour assurer une croissance plus soutenue qu'elle ne l'a été jusqu'ici, il faut accélérer les réformes structurelles et rétablir la viabilité des finances publiques

La croissance économique dans la zone euro est moins soutenue que dans les pays de l'OCDE les plus performants depuis le milieu des années 90. En outre, la zone euro ne s'est remise que lentement de la récession de 2001-03, alors que l'inflation n'a pratiquement pas baissé. Cela dénote apparemment un manque de résilience en cas de choc, mais aussi un problème à plus long terme puisque la croissance potentielle semble avoir faibli également. La création des conditions permettant une croissance plus soutenue dans la zone euro, tout en maintenant l'inflation à un faible niveau, contribuera aussi à renforcer la croissance potentielle, et appelle les principales mesures suivantes:

  • Mobiliser les ressources humaines inutilisées. En dépit de quelques améliorations, l'économie de la zone euro continue de se caractériser par un chômage structurel élevé et de faibles taux d'activité parmi les travailleurs âgés. Des réformes des marchés du travail, destinées notamment à réduire le coût des travailleurs les moins qualifiés, ont permis d'améliorer la situation dans une certaine mesure, mais des questions politiquement plus sensibles, comme un assouplissement de la législation relative à la protection de l'emploi (LPE) applicable aux titulaires de contrats permanents, doivent aussi être abordées.
  • Renforcer les gains de productivité. La zone euro accuse un retard en matière d'innovation, tandis que les possibilités de gains d'efficience grâce à l'intégration des marchés de services sont en partie inexploitées. Il est indispensable de préserver l'esprit du projet de directive sur les services afin de favoriser une plus grande convergence des niveaux de prix des services et d'exploiter les avantages offerts par le développement de ces échanges. De meilleures conditions-cadres et une recherche-développement (R-D) mieux ciblée pourraient permettre de tirer des avantages considérables de l'innovation.
  • Assurer la viabilité à long terme des finances publiques. Dans un contexte de vieillissement démographique, l'un des principaux enjeux est d'assurer la pérennité à long terme des finances publiques, qui est loin d'être acquise dans un certain nombre de pays. Il sera plus facile d'y parvenir si la croissance est stimulée par des réformes structurelles. L'assainissement budgétaire comme les réformes structurelles devraient doper  la confiance Les États membres doivent veiller à la viabilité de leurs finances publiques, ou la rétablir. À cette fin, ils doivent  utiliser des procédures budgétaires plus réalistes et transparentes, faire preuve d'une plus grande rigueur et améliorer la qualité des dépenses publiques de manière à fortifier la croissance.

L'écart de revenu
PIB par habitant à prix constants et en termes de PPA de 2000


1. Comprend l'Australie, le Canada, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Suède et le Royaume-Uni.
Source:  OCDE, Comptes nationaux.

La reprise est restée hésitante

L'activité s'est redressée depuis le milieu de 2003, mais la croissance est restée inférieure à son potentiel, estimé à environ 2% par an. L'euro s'étant fortement apprécié depuis 2002, le solde commercial n'a apporté qu'une contribution limitée à l'activité économique. La confiance des ménages s'est raffermie de façon hésitante depuis le début de 2003, entraînant un renforcement progressif de la demande de consommation. La formation de capital a finalement amorcé une reprise, après avoir reculé de façon pratiquement ininterrompue depuis le début de la récession, en 2001. L'emploi a fait preuve d'une relativement bonne résistance pendant toute cette période, grâce à la modération des salaires et à des mesures destinées à favoriser l'emploi des travailleurs peu qualifiés et l'emploi temporaire dans plusieurs pays. De ce fait, le taux de chômage est resté pratiquement stationnaire, à un peu moins de 9%, pendant près de deux ans. L'inflation, bien que modérée, à près de 2%, n'a guère réagi à l'augmentation de la marge de capacité inutilisée et à l'appréciation de la monnaie, la hausse de l'énergie et des prix administrés et l'alourdissement de la fiscalité indirecte compensant un certain affaiblissement des pressions de prix sur d'autres postes, du fait en partie de l'absence d'effet salariaux secondaires jusqu'ici.

Demande et production

Les perspectives à court terme sont fragiles

On s'attend à une reprise progressive, mais la combinaison de nouveaux chocs négatifs pourrait créer des difficultés. La croissance semble devoir redescendre à 1¼ pour cent en 2005, marquant un léger recul par rapport à 2004, avant de se raffermir pour atteindre 2% en 2006. La demande intérieure devrait être le principal moteur de la croissance, l'investissement et la consommation privée s'accélérant encore, alors que le solde commercial n'apportera qu'une contribution légèrement positive. Le taux de chômage devrait accuser une légère baisse, à 8¾ pour cent en 2006. Cependant, il n'est absolument pas exclu que la croissance évolue de façon moins favorable : sur le plan externe, des prix du pétrole encore plus élevés et la résorption des déséquilibres de balance courante à l'échelle mondiale, qui pourraient exercer de nouvelles pressions à la hausse sur le taux de change de l'euro, seraient susceptibles d'affaiblir la reprise ; une augmentation plus prononcée que prévu des taux d'intérêt à long terme aux États-Unis pourrait se répercuter dans la zone euro ; et, sur le plan intérieur, la confiance des ménages et les anticipations des chefs d'entreprise demeurent fragiles. D'un autre côté, le redressement des bénéfices et des bilans des entreprises pourrait stimuler plus fortement l'investissement productif, en particulier si les prix du pétrole se modèrent, tandis que la consommation pourrait reprendre une fois la confiance plus fermement rétablie et se solder par un taux d'épargne plus bas.

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Perspectives économiques n°86