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Voir ci-dessous les questions et réponses du débat en ligne qui a eu lieu jeudi 5 avril avec les économistes de l'OCDE Monika Queisser, Ed Whitehouse, Fiona Stewart et Pablo Antolin.
Q. Parmi tous les arguments mettant en avant la défaillance du marché pour justifier l'intervention des pouvoirs publics dans le domaine des pensions, le plus convaincant, à mon sens, est l'insuffisance des rentes versées par les prestataires privés. En l'absence de régimes de retraite obligatoires, les problèmes d'anti-sélection ainsi que la préférence pour la flexibilité que manifestent la plupart des consommateurs suffisent pour vouer ce produit à la disparition. Si l'on ajoute à cela, du côté de l'offre, l'absence d'instruments à long terme de protection contre le risque d'allongement sans précédent de l'espérance de vie, il semble y avoir peu d'espoir que le marché puisse satisfaire ceux qui misent sur l'assurance contre le risque de longévité. Ainsi, les régimes obligatoires à cotisations définies visent ils à faire en sorte que l'objectif de lissage de la consommation fixé par les pouvoirs publics ne soit pas compromis au bout du compte lorsque l'épargne-retraite accumulée pendant toute une vie est dilapidée, dépensée ou perdue bien avant la fin de la période de consommation.
Si l'on admet qu'il faut un régime de retraite obligatoire, du moins à un niveau minimum, est ce au secteur privé d'intervenir ? Les compagnies d'assurance n'ont toujours pas d'instruments de couverture appropriés. Les compagnies prudentes se sentiront toujours obligées de tenir compte du risque de longévité excessive que peuvent entraîner les progrès de la médecine (le problème se pose déjà sur le marché du Royaume-Uni, par exemple) et elles majoreront donc leurs commissions. Celles qui sont moins prudentes pourraient prendre trop de risques. Compte tenu du caractère obligatoire du régime de retraite et des conséquences sociales de la défaillance, une garantie publique implicite semble nécessaire.
Il paraît aussi peu justifié d'autoriser une grande différenciation des produits compte tenu des objectifs simples des pouvoirs publics. Par contre, la période d'accumulation pourrait permettre, dans certaines limites, une plus grande variation dans l'arbitrage risque-rémunération. La concurrence entre prestataires ne semblerait justifiée que du point de vue de la qualité du service. Est-ce suffisant pour justifier la présence de prestataires de pensions concurrents dans un système obligatoire ?
L'autre possibilité serait que les pouvoirs publics assument cette fonction eux-mêmes ou qu'ils procèdent à un appel d'offres pour un produit de pension minimum comportant une garantie explicite en cas d'augmentation extrême de la longévité. Les économies d'échelle réalisées dans l'administration réduiraient les coûts ainsi que le besoin d'une réglementation et d'une surveillance publiques des prestataires.
Il s'agit alors de savoir si, et dans quels cas, il serait judicieux que les pouvoirs publics jouent le rôle d'un prestataire de pensions, soit directement soit par voie de sous-traitance pour le compte des membres d'un régime obligatoire de pensions à cotisations définies.
Robert Palacios, Banque mondiale
R. Comme on l'a vu dans une question précédente concernant les obligations indexées sur la longévité, les pouvoirs publics sont déjà exposés au risque de longévité puisqu'ils servent des rentes dans le cadre des régimes publics de retraite. Ils ne prendront donc probablement pas davantage de risques de longévité en offrant des pensions dans le cadre du système privé. Ils pourraient cependant encourager le développement des marchés de pensions en établissant des indices de longévité que le secteur privé pourrait utiliser pour émettre des obligations indexées sur la longévité. Du côté de la demande, les gouvernements pourraient aider à stimuler le marché des produits de pension en améliorant l'éducation financière et en faisant ainsi mieux comprendre les avantages de ces produits.
Q. Le Royaume-Uni a conçu le système de comptes individuels pour couvrir les personnes qui n'ont pas de pension. Est-ce le meilleur moyen pour ce pays de résoudre la crise des pensions ?
Raji Menon, Royaume-Uni
R. Avec la baisse des niveaux de revenu garantis par les pensions publiques, de nombreux gouvernements encouragent les individus à compléter ces ressources par une épargne-retraite privée. Il s'avère toutefois difficile de porter le taux de couverture des pensions du secteur privé au-delà d'environ 50 % de la population active sans une certaine forme d'obligation. Telle est la difficulté à laquelle le Royaume-Uni est aussi confronté.
Les comptes individuels sont un moyen innovant d'étendre la couverture des pensions, qui donne de bons résultats en Amérique latine et en Europe orientale. Il s'agit cependant de systèmes obligatoires et il sera par conséquent intéressant de voir si la méthode d'"affiliation automatique" (selon laquelle les individus sont affiliés au système par défaut et disposent d'un délai pour "en sortir") - expérimentée au Royaume Uni et en Nouvelle-Zélande - donnera des résultats analogues.
Il convient de noter, toutefois, que les comptes individuels ne résolvent pas tous les problèmes de couverture des pensions puisqu'ils concernent seulement les personnes qui font partie de la population active. Dans de nombreux pays, comme le Chili, il y a toujours une forte proportion des personnes sans emploi, des travailleurs indépendants ou des travailleurs non déclarés qui ne bénéficie d'aucune pension. Aussi les réformes proposées dans le système de comptes individuels au Chili visent-elles à rendre ces comptes obligatoires pour les travailleurs indépendants et à offrir des aides financières aux jeunes travailleurs ayant un faible revenu afin de les encourager à prendre des emplois déclarés.
Q. D'aucuns pensent que des systèmes notionnels de pensions à cotisations définies résoudraient les problèmes de pensions. Quels sont les pays qui ont ce type de systèmes ? Qu'en pense l'OCDE ?
Montserrat Pallares-Miralles, Banque mondiale
R. L'Italie, la Lettonie, la Pologne et la Suède ont adopté des comptes notionnels ou systèmes notionnels de pensions à cotisations définies.
Les comptes notionnels sont une sorte de système public de pensions dans lequel la prestation dépend des gains des individus. Les cotisations des affiliés sont créditées à un compte " notionnel ", en ce sens que l'argent n'y reste pas. Chaque année, les intérêts notionnels sont ajoutés au compte, généralement en fonction d'une variable macroéconomique telle que le taux de croissance dans l'économie ou la progression des gains moyens. Au moment de la retraite, le solde du compte est transformé en un versement périodique de rente dont le montant est actualisé en fonction de l'espérance de vie.
Les comptes notionnels présentent un certain nombre d'aspects positifs. En premier lieu, la prestation de retraite est calculée sur les gains de toute la carrière et non sur le salaire final perçu pendant une période plus courte. Il est plus équitable de fonder les pensions sur les gains de toute la vie active et cela fausse moins le marché du travail. En deuxième lieu, la pension dépend de l'âge du départ en retraite, le taux étant plus faible en cas de retraite anticipée et plus élevé en cas de départ plus tardif. En troisième lieu, la prestation est liée à l'espérance de vie, si bien que, avec l'augmentation de la longévité, la pension diminue ou il faut travailler plus longtemps pour toucher la même pension.
Il n'est cependant pas nécessaire de recourir à des comptes notionnels pour atteindre ces objectifs : tout régime public bien conçu offre des pensions calculées sur la rémunération de toute la carrière et plus ou moins élevées selon l'âge du départ en retraite. Par ailleurs, de nombreux pays, dont la Finlande, l'Allemagne et le Portugal, ont des régimes traditionnels de pensions publiques dans lesquels les pensions varient en fonction de l'espérance de vie. De surcroît, les comptes notionnels ne suffisent pas, en eux mêmes, pour atteindre ces objectifs : tout dépend de leur conception précise.
Q. Quel est le pays qui a le meilleur système de pensions ?
Andrew Clark, Royaume-Uni
R. C'est une question difficile. Il y a beaucoup d'éléments des systèmes de pensions des pays de l'OCDE qui fonctionnent bien et qui peuvent être considérés comme " meilleure pratique ". Il n'y a cependant pas de modèle unique qui puisse ou qui doive être appliqué dans tous les pays. Les régimes de pensions des pays de l'OCDE se sont développés petit à petit et ont été façonnés en fonction de l'économie, des valeurs sociétales et des normes culturelles de chaque pays. Ce qui fonctionne bien en Suisse ou en Suède ne sera pas forcément la meilleure solution pour le Mexique ou le Japon.
Il faut aussi préciser les critères que l'on utilise pour évaluer le meilleur système. Est-ce le système qui offre les taux de remplacement les plus élevés ? À cet égard, les systèmes de pensions liées aux gains qui existent en Grèce et au Luxembourg seraient les meilleurs, mais du point de vue de la viabilité financière, ils seraient beaucoup moins bien classés. Ou est-ce le système qui est le plus ciblé sur les pauvres ? Selon ce critère, les systèmes de pension universelle à taux uniforme de l'Irlande et de la Nouvelle-Zélande ou la pension de base du Royaume-Uni seraient les meilleurs. L'on pourrait prendre comme autre critère la diversification des sources de pensions. Sur ce plan, le meilleur système serait celui de la Suède puisque, dans ce pays, les retraités reçoivent des prestations de cinq composantes différentes : programmes par capitalisation et par répartition, à prestations définies et à cotisations définies, public et privé. Si l'on veut avoir le meilleur système au monde, il faut déterminer les divers objectifs du régime de pensions et analyser minutieusement l'expérience acquise par les différents pays. L'OCDE tente d'y contribuer par ses travaux sur les régimes de pensions publics et privés.
Q. Les individus comprennent-ils la nécessité d'épargner en vue de la retraite et savent-ils quelle est la meilleure façon de le faire ?
Ingeborg Scheven, Allemagne
R. Les enquêtes menées dans les pays de l'OCDE et dans le monde entier font apparaître régulièrement des niveaux extrêmement bas de connaissances financières en général et de compréhension de la nécessité et de l'importance de l'épargne-retraite en particulier. Les enquêtes réalisées aux États-Unis, par exemple, montrent que quatre travailleurs sur dix n'épargnent pas du tout en vue de la retraite, tandis qu'un rapport établi en Nouvelle-Zélande indique que beaucoup de gens ne sont ni "disposés" à épargner suffisamment pour la retraite ni "en mesure" de le faire, environ 30 % des ménages dépensant plus qu'ils ne gagnent. Au Japon, 71 % des personnes ayant répondu au questionnaire d'enquête ne savaient rien des placements en actions et en obligations et, au Canada, il a été répondu qu'il était plus pénible de choisir un bon plan d'épargne-retraite que d'aller chez le dentiste !
Même s'il est difficile de mesurer l'impact de l'éducation financière, des programmes de sensibilisation peuvent aider à faire mieux comprendre l'évolution des conditions de fonctionnement des régimes de pensions, la nécessité d'épargner et les formules de placement. En Allemagne, par exemple, on a observé que l'information sur les droits à pensions contribue grandement à une meilleure préparation de la retraite. Aux États-Unis, l'affiliation aux régimes 401(k) a progressé de 12 % après la mise en place de programmes d'éducation financière pour les travailleurs, et les taux de cotisations augmentent aussi, tandis que, dans une étude réalisée au Chili, on estime que les travailleurs indépendants ayant une connaissance du système de pensions supérieure à la moyenne ont 14 % plus de chances de cotiser à des plans de retraite.
Les gouvernements des pays de l'OCDE prennent donc de plus en plus conscience de l'importance de l'éducation financière, en particulier dans le domaine de l'épargne-retraite, et des campagnes nationales ont été lancées au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Pays-Bas notamment. L'OCDE continuera de faire connaître l'expérience internationale en la matière et de fournir des analyses sur ce sujet important.
Q. À mon avis, le passage de l'imposition sur le revenu à l'imposition sur la consommation que nous observons dans de nombreux pays d'Europe n'est pas motivé seulement par des questions d'efficience (qui ne sont pas si claires et convaincantes que cela dans la théorie économique).
N'est-ce pas un moyen dérobé, pour de nombreux gouvernements, de transférer la charge fiscale davantage sur les retraités ? Actuellement, dans la plupart des pays, l'imposition sur le revenu est très faible sur les retraites et, comme il est politiquement très risqué de diminuer les pensions, le passage à l'imposition sur la consommation est un moyen dérobé de réduire la générosité des pensions.
Cette interprétation est-elle plausible et avez-vous, en tant qu'économistes de l'OCDE, un avis bien établi sur les questions d'efficience et d'équité que pose ce changement et sur son impact intergénérationnel (dans la théorie économique, l'analyse de Ramsey, le théorème de Corlett et Hague et le théorème de la séparabilité de Atkinson-Stiglitz font école mais ils ne sont pas d'un grand secours dans la pratique) ?
Patrick Broullard, France
R. Le passage à l'impôt sur la consommation est un phénomène mondial, qui ne se limite pas à l'Europe. L'Australie, le Canada, le Japon et la Suisse, par exemple, ont adopté des taxes générales nationales sur la consommation (telles que la taxe sur la valeur ajoutée, TVA), tout comme de nombreux pays en développement. Les raisons du passage de la fiscalité directe à la fiscalité indirecte sont nombreuses. Une de ces raisons est l'argument relatif à l'efficience : taxer la consommation réduit la nécessité de prélever des impôts directs sur le travail et le capital. Les effets de ce déplacement de la fiscalité sont complexes et il importe de considérer le cycle de vie. Les impôts sur le revenu, par exemple, frappent tout ou partie de l'épargne, ce qui n'est pas le cas des impôts sur la consommation. Cependant, l'épargne constitue un moyen de consommation pour l'avenir, et les impôts sur la consommation seront payés dans l'avenir, lorsque l'argent épargné sera dépensé. Le passage à l'impôt sur la consommation peut donc alourdir la charge fiscale pesant sur les retraités, mais une fois la réforme opérée, ils auront payé moins d'impôts sur le revenu lorsqu'ils travaillaient.
Dans beaucoup de pays, il est vrai, les personnes âgées bénéficient d'allégements fiscaux qui font que la charge effective de l'impôt sur le revenu payé sur les pensions est faible. Il est cependant difficile de justifier le fait qu'un retraité ayant le même revenu qu'un actif paie moins d'impôts. La plupart des systèmes d'impôt sur le revenu sont progressifs, ce qui signifie que les retraités paient, de toute façon, moins d'impôt sur le revenu, même sans allégements particuliers.
Les récentes réformes ont, dans bien des cas, réduit fortement les pensions des futurs retraités : dans les 16 pays de l'OCDE qui ont mis en œuvre d'importantes réformes dans ce domaine depuis 1990, les prestations pour un travailleur entrant dans la vie active aujourd'hui sont, en moyenne, inférieures de 25 % à ce qu'elles auraient été en l'absence de réforme. Cela amoindrit l'effet, sur les retraités, du passage de l'impôt sur le revenu à l'impôt sur la consommation.
Q. Plusieurs pays de l'OCDE ont récemment relevé l'âge de la retraite dans les secteurs public et/ou privé. Y a-t-il, dans les pays de l'OCDE, des exemples de bonnes pratiques pour encourager les travailleurs à travailler plus longtemps ? S'il en existe, y a-t-il des études qui font apparaître un effet vraiment positif de ces mesures ?
Anne Gosselin, Canada
R. Un relèvement de l'âge effectif de la retraite, qui a baissé en dépit d'un rapide allongement de l'espérance de vie et d'une amélioration de la santé, aiderait grandement à faire face à la charge démographique du vieillissement de la population. Cela aura un double effet positif : réduire les dépenses au titre des pensions tout en augmentant les recettes procurées par l'impôt et les cotisations.
L'analyse de l'OCDE montre que de nombreux pays continuent de subventionner le départ en retraite précoce, par le biais des systèmes de pensions et d'autres filières d'accès à la retraite anticipée. Dans les systèmes de pensions de vieillesse, par exemple : (i) certains autorisent le départ en retraite avec peu ou pas de réduction des prestations compte tenu de l'allongement de la durée de paiement des pensions ; (ii) la prise en compte des ressources encourage les personnes ayant un petit salaire à prendre la retraite dès que possible ; (iii) dans certains systèmes, il y a peu ou pas d'avantage financier pour une année de cotisation supplémentaire ; (iv) la prise en compte des ressources empêche de cumuler revenu du travail et pension. La position de l'OCDE est donc tout à la fois de supprimer les subventions en faveur de la retraite anticipée et d'obliger les gens à travailler plus longtemps.
On observe généralement que les incitations liées à la pension influent sur les décisions concernant le départ en retraite (en même temps que bien d'autres facteurs tels que la santé, la situation du marché du travail etc.). Les réformes récentes visant à améliorer les incitations ont eu un net effet sur les taux d'emploi des travailleurs âgés en Finlande, en France, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et aux États Unis, par exemple.
Q. En Europe, la réglementation et les modifications des normes comptables conduisent un nombre croissant de fonds de pensions à adopter des stratégies plus prudentes. Cela ne va-t-il pas à l'encontre de l'objectif de maximisation des rendements pour le bénéficiaire final qu'est le retraité ?
Raji Menon, Royaume-Uni
R. Le "cyclone" qui a balayé le secteur des pensions au début du millénaire a déprimé les marchés des actions et réduit de façon draconienne les actifs des fonds de pensions. En même temps, les promesses faites par les fonds de pensions, leurs engagements, ont augmenté du fait de la baisse des taux d'intérêt - les pensions, qui sont des promesses à long terme équivalant, en fait, à une dette, reviennent plus cher lorsque les taux d'intérêt sont peu élevés. Ce sous-financement, qui apparaît toujours comme une menace pour de nombreux fonds de pensions, a conduit les gouvernements et les autorités chargées de la réglementation, en réaction, à durcir les règles de financement et de comptabilité, obligeant les fonds de pensions à faire mieux correspondre leurs actifs et leurs engagements et exigeant des promoteurs de plans de retraite qu'ils déclarent les déficits au titre des pensions dans leurs bilans. Ces réformes de la réglementation ont eu des répercussions sur les bilans des fonds de pensions - provoquant une diminution des ressources allouées aux fonds propres et une demande accrue d'obligations publiques indexées à long terme, par exemple.
Les fonds de pensions doivent toujours assurer un délicat équilibre entre la gestion des risques et la maximisation du rendement potentiel de leurs portefeuilles. Les nouvelles normes réglementaires font, de fait, pencher la balance en faveur de la réduction des risques, mais la réaction des fonds de pensions à ces réformes de la réglementation a été intéressante. Non seulement ils font de plus en plus concorder leurs actifs et leurs engagements, mais ils recherchent aussi des moyens de gérer leurs portefeuilles de manière plus efficiente - en privilégiant les placements absolument rentables, en renforçant la diversification (investissements dans l'immobilier et les produits de base, par exemple) et en cherchant de nouveaux investissements d'un autre type. L'on espère que, avec ces diverses évolutions dans la réglementation, la gestion des risques et l'investissement, les pensions seront dans l'avenir plus confortables et plus sûres pour les retraités.
Q. Peut-on s'attendre, dans un avenir prévisible, à l'émission d'obligations publiques indexées sur la mortalité ? En quoi cela pourrait-il réduire le risque pour les régimes de pensions ? Peut-être un groupe multinational d'assurance-vie serait-il en mesure d'offrir ce type de titres ?
Paul Bowden, Royaume-Uni
R. Les pouvoirs publics pourraient soutenir et encourager le développement d'un marché pour les obligations indexées sur la mortalité ou sur la longévité dans le cas où les fonds de pensions et les participants en général seraient protégés contre le risque lié à la longévité. Pour ce faire, ils pourraient émettre des obligations indexées sur la longévité et établir un indice de la longévité. Malheureusement, ce rôle d'intervention publique est entravé par le fait que les gouvernements sont eux-mêmes déjà exposés à un risque important lié à la longévité, à travers leurs systèmes de pensions publics. Il ne faut par conséquent pas s'attendre à ce qu'ils émettent ce type d'instruments dans un avenir proche. Ils pourraient cependant prendre d'autres mesures pour aider à développer un marché pour ces obligations, notamment en établissant un indice de la longévité. S'agissant de l'émission d'obligations indexées sur la longévité par le secteur privé, EIB-BNParibas a effectivement tenté de lancer cet instrument l'an dernier sur le marché du Royaume-Uni, mais la demande n'a pas été suffisante (en raison, pour partie, de problèmes structurels tels que le fait que l'obligation était limitée à 25 ans et à cause d'autres réglementations plus contraignantes à respecter).
Les obligations indexées sur la longévité contribueraient à réduire le risque pour les régimes de pensions. Une personne de 65 ans, par exemple, ayant l'espérance de vie actuelle (qui augmente d'un an par décennie), avec des taux d'intérêt de 5.5 %, pourrait compter sur une rente de 100. Si son espérance de vie augmentait de 2 ans par décennie, la rente passerait à 102.4. Les obligations indexées sur la longévité pourraient par conséquent aider les prestataires de retraite à se protéger contre le risque d'avoir à verser un supplément de 2.4 %. Il ne faut cependant pas surestimer l'impact du risque lié à la longévité. La même personne pourrait, par exemple, compter sur une rente de 118.6 si les taux d'intérêt tombaient à 3.5 %, même si l'espérance de vie ne changeait pas, ce qui montre qu'il est plus important, pour les prestataires de retraite, de se protéger contre le risque lié aux taux d'intérêt. Ce qui est intéressant, malgré tout, c'est l'interaction entre le risque lié aux taux d'intérêt et le risque lié à la longévité. Si les taux d'intérêt tombaient à 3.5 % et si la longévité augmentait de 2 ans, la rente des retraités serait de 122.3. Il importe aussi de noter que l'effet de la longévité s'amplifie notablement pour les personnes plus jeunes.
Q. L'OCDE a publié en mars 2007 un rapport sur la réforme des plans de retraite des salariés du secteur public. Une des conclusions du rapport est que de nombreux pays Membres doivent faire face à des coûts très lourds liés aux pensions publiques. Plus précisément, l'OCDE a indiqué que les pays Membres dépensent, en moyenne, près de 2 % de leur PIB au titre des pensions publiques.
Plusieurs stratégies communes de réforme des plans de retraite des agents du secteur public sont identifiées dans ce rapport, mais une question importante semble être celle de savoir dans quelle mesure une meilleure information financière influe sur les choix stratégiques. À combien les pays de l'OCDE estiment-ils les coûts à long terme des pensions du secteur public ? Les pays calculent-ils des estimations, sur la base du fait générateur, des paiements futurs au titre des pensions ? En quoi une meilleure information financière sur les coûts attendus des pensions du secteur public a-t-elle influé sur les propositions de réforme dans les pays de l'OCDE ?
Michael O'Neill, United States Government Accountability Office
R. La plupart des pays de l'OCDE ont des systèmes de pensions différents pour les salariés du secteur public et ceux du secteur privé : seuls les pays de l'ancien bloc socialiste d'Europe centrale et orientale, comme la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la République slovaque, ont un programme national unique. Les dépenses au titre des pensions du secteur public représentent, en moyenne, environ un quart des dépenses publiques totales consacrées aux pensions.
La plupart des pays tiennent compte, effectivement, des pensions du secteur public dans les prévisions de dépenses au titre des pensions : voyez, par exemple, les récentes prévisions établies pour les États membres de l'UE*. L'utilisation de la comptabilité sur la base du fait générateur n'est pas particulièrement répandue : les paiements de pensions sont généralement financés sur les budgets courants selon le principe de répartition. Il est par conséquent difficile d'évaluer l'effet des méthodes comptables sur le processus de réforme des pensions.
* Union européenne, Comité pour la politique économique (2006), " The Impact of Ageing on Public Expenditure: projections for the EU-25 Member States on pensions, health care, long-term care, education and unemployment transfers (2004-2005) ", European Economy, Special Reports No. 1/2006.
Q. Du fait de la diminution des pensions publiques, les futurs retraités devront épargner davantage par eux-mêmes. Cependant, les travailleurs ont le choix entre épargner dans des actifs tels que l'immobilier ou des actifs financiers et acheter des produits d'épargne-retraite à régime fiscal souvent avantageux qui imposent la conversion en rente. Que pensez-vous de ces choix ?
Thomas Durand, France
R. Les gens peuvent faire différents montages financiers pour leur retraite. D'après ce qu'on peut observer dans la plupart des pays, les travailleurs sont souvent myopes : ils sous-estiment presque toujours leurs besoins financiers pendant la retraite et beaucoup pensent qu'ils vivront moins longtemps que ce n'est le cas. Avec un produit financier converti en rente, le retraité est sûr que son épargne suffira pour couvrir ses besoins jusqu'à la fin de sa vie puisque les paiements sont garantis jusqu'au décès du bénéficiaire. Mais si les comptes ne sont pas convertis en rente, le retraité risque de ne plus avoir d'argent pour finir ses jours. C'est pourquoi de nombreux gouvernements insistent pour qu'au moins une partie de l'épargne-retraite bénéficiant d'avantages fiscaux soit versée sous forme de rente.
La réponse à la question dépend aussi de ce que le système public obligatoire de pensions offre dans les différents pays. Si les pensions du régime public sont relativement élevées, les gens n'ont peut-être pas besoin d'un revenu complémentaire sous forme de rente. Ils préfèrent peut-être, dans ce cas, épargner davantage afin d'utiliser leur argent pour voyager, acheter une résidence secondaire ou pour d'autres choses. En autorisant les gens à acheter des contrats volontaires offrant comme seule formule possible la conversion en rente, l'on pourrait créer une situation où les rentes jouent un rôle excessif. Cependant, dans les systèmes qui n'offrent qu'une faible pension publique de base, les décideurs voudront probablement limiter le risque de voir les retraités dépenser tout leur argent et dépendre uniquement du filet de sécurité.
Enfin, le choix est probablement aussi d'ordre personnel. En France, les gens semblent préférer l'assurance-vie au nouveau PERP car l'épargne sous forme de plan d'assurance-vie à régime fiscal avantageux n'est bloquée que pendant 8 ans, après quoi l'argent est accessible, tandis que le PERCO impose la conversion en rente. Pour le moment, c'est sans doute un choix rationnel puisque les taux de remplacement pour les retraités actuels sont encore très élevés. Cependant, les travailleurs plus jeunes doivent s'attendre à des pensions beaucoup plus faibles dans l'avenir, et beaucoup d'entre eux devraient penser à s'assurer dès maintenant un revenu complémentaire sûr pour la retraite.
Q. Dans le système à cotisations définies, comment pouvons-nous concilier stabilité de vie des anciens et stabilité financière ?
Kim, Kun Min, du Ministère de l'administration publique et de l'intérieur, Corée
R. Face à la hausse des coûts des pensions (due à l'augmentation de la longévité et à la diminution des rendements des actifs), de nombreux organismes de retraite à prestations définies ont été contraints de restructurer leurs régimes et ont choisi d'offrir des pensions à cotisations définies. Dans ces régimes, seules les cotisations sont fixes, aucune prestation particulière n'étant garantie - ce qui les rend "plus stables financièrement" pour les prestataires. Cependant, ces régimes transfèrent la totalité des risques, tels que le risque lié à l'investissement et le risque lié à la longévité, sur les bénéficiaires - ce qui soulève la question de savoir s'ils peuvent assurer un revenu stable pour la vieillesse.
Pourtant, le risque n'est pas forcément inhérent aux régimes à cotisations définies et, de fait, les risques liés à l'investissement et à la longévité sont gérables. Pendant la "phase d'accumulation", il est possible d'investir dans des actifs sûrs, à rendement stable, ou les individus peuvent rééquilibrer leur portefeuille en remplaçant des actifs à risque et rendement élevés par des placements plus sûrs lorsqu'ils approchent de l'âge de la retraite. Cette approche dite "du cycle de vie" est le mécanisme utilisé dans de nombreux systèmes de pensions en Amérique latine, par exemple. De même, il existe des produits sous forme de rente pour assurer un revenu stable durant la "phase de versement", lorsque les bénéficiaires commencent à utiliser leur pension. Les décideurs peuvent et doivent être encouragés à veiller à ce qu'il existe une réglementation qui assure la stabilité aussi bien pendant la phase d'accumulation que pendant la phase de versement. Il faudrait aussi souligner l'importance de l'éducation et de la sensibilisation aux questions financières pour aider les gens à comprendre et à gérer le risque avec efficacité.
Par ailleurs, la stabilité peut être encore accrue, dans les systèmes à cotisations définies, par le partage ou la mise en commun des risques. Des régimes "hybrides", par exemple, se développent actuellement dans certains pays de l'OCDE, qui comportent une certaine forme de garantie et permettent aux prestataires de retraite et aux bénéficiaires de partager les risques (le promoteur du plan ou le prestataire garantissant un certain rendement sur les actifs des fonds de pensions, par exemple). Parallèlement, dans des pays comme les Pays-Bas, il existe des régimes "collectifs à cotisations définies" dans lesquels les membres ou le fonds de pensions mettent en commun les risques (en partageant les rendements de l'investissement). Dans les systèmes de rentes offerts par des compagnies d'assurance, le risque lié à la longévité est, de la même façon, mis en commun durant la phase de versement.
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