Les gouvernements de la région MENA ont pris rapidement des mesures décisives pour ralentir la propagation du COVID-19 en limitant les déplacements de centaines de millions de personnes. On recense plus de 320 000 cas confirmés dans la région MENA, dont un peu moins de la moitié (46%) en Iran. Parmi les pays arabes, l’Arabie saoudite compte le plus grand nombre de cas confirmés, suivie du Qatar et des Émirats arabes unis.

Malgré la diversité de la situation du système de santé dans la région, les pays MENA ont recouru à des stratégies de santé publique globales caractérisées par de strictes mesures de confinement aux toutes premières phases de la propagation, qui se sont avérées efficaces pour ralentir la pandémie dans la région. Au mois de mai, les pays ont commencé progressivement et méticuleusement à assouplir les restrictions de la mobilité et des activités économiques, et à préparer leurs stratégies de déconfinement.

La pandémie affecte la capacité des économies régionales de faire face à la pression exercée sur les systèmes médicaux, qui sont parfois très faibles et surchargés. La situation n’est bien sûr pas la même dans les pays du Golfe, plus prospères, dans les économies en développement du Levant ou d’Afrique du Nord, et dans les pays fragiles ou en guerre comme la Syrie, l’Irak, la Bande de Gaza, le Yémen et la Libye, où le manque de lits d’hôpitaux et de tests de contamination est un réel souci. Par ailleurs, certains pays ont adopté des mesures rapides, décisives ou innovantes pour contenir le virus, comme des médecins virtuels et des robots de nettoyage dans les ÉAU, ou l’intensification de la production nationale de masques au Maroc. Sont ainsi mises au jour des différences importantes entre les pays en termes de capacités sanitaires.

La crise met aussi le secteur public à l’épreuve, en forçant les gouvernements à prendre des décisions rapides et à mettre en œuvre des mesures rigoureuses pour protéger les groupes menacés. De nombreuses administrations ont fait montre d’une bonne capacité de mobilisation et adopté des mesures de prévention, tout en préparant des plans de relance. Cette crise révèle l’importance des enjeux structurels sous-jacents, comme le caractère décisif de la transparence et de la lutte contre la corruption, de marchés publics efficaces, de la numérisation et des approches en termes de gouvernement ouvert, ainsi que d’un rôle accru de la société civile. Les mesures de gouvernance publique devraient être utilisées pour garantir la continuité des réponses et des services fondamentaux de l’État, mais aussi pour renforcer la résilience du secteur public et sa souplesse alors qu’il convient de rétablir la confiance des populations dans les institutions publiques. La crise met aussi en évidence le besoin d’un renforcement de la capacité du secteur public de faire face à la crise et d’y répondre de manière adéquate, ce qui suppose d’investir dans les capacités de coordination, de priorisation et de flexibilité.

La pandémie a déjà eu un coût économique considérable, du fait du choc de l’offre et de la demande négatif et de l’effondrement des prix du pétrole1. Les diverses mesures de confinement limitant les transports et l’activité économique qu’ont prises les États affectent fortement la capacité des personnes de se rendre au travail et des entreprises de continuer à alimenter l’économie. Dans le même temps, la région connaît une chute de la demande aux niveaux régional et mondial, tandis que les chaînes de distribution sont interrompues. Les effets des mesures de confinement sur le secteur des services, qui emploie un grand nombre de personnes dans la région, aura des répercussions importantes si le chômage s’accroît et si les salaires et les transferts de fonds diminuent. La Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale estime que le ralentissement économique provoqué par la pandémie amènera 8,3 millions de personnes supplémentaires à tomber dans la pauvreté2. Les prix du pétrole au plus bas ont exercé une pression supplémentaire même sur les pays les plus riches de la région. La chute des prix peut donner aux importateurs de pétrole de la région une possibilité d’allocation de financements supplémentaires aux secteurs les plus touchés par la crise. Cependant, ces importateurs sont eu aussi affectés par la baisse des prix du pétrole, compte tenu de la diminution des investissements des pays du Golfe, qui sont le premier investisseur de la région, et de la chute des transferts de fonds en provenance de ces pays en même temps que des offres d’emploi dans la région prospère du CCG au bénéfice de ressortissants d’autres pays de la région MENA.

L’impact de l’épidémie du COVID-19 peut encore accroître les disparités et inégalités structurelles dans la région, en plus d’aggraver l’instabilité politique voire la fragilité de certaines pays. Le virus a en effet perturbé les processus politiques au sein des pays MENA. Les manifestations en Algérie et au Liban, qui se sont déclenchées en février et octobre 2019 respectivement, ont été interrompues par la crise sanitaire. Le 8 avril, l’Arabie saoudite a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines dans son offensive au Yémen compte tenu de la crise humanitaire.

Cette crise pourrait pourtant représenter une opportunité d’initier un agenda global de réformes et de faire face aux enjeux structurels importants dans la région (décentralisation, développement du secteur privé, protection sociale), ainsi que de concevoir un nouveau modèle de croissance (diversification économique, dépenses de santé et d’éducation, innovation industrielle et participation aux chaînes de valeur régionales), en mobilisant tous les segments de la société. Dans une région très hétérogène du point de vue de la capacité de la société civile à faire preuve d’autonomie, il sera à l’avenir crucial d’évaluer l’impact de la pandémie sur les cadres de gouvernance. En effet, les lois et dispositifs de contrôle mis en place pour contrôler la pandémie peuvent avoir des effets négatifs à long terme sur l’espace public où agit la société civile. À une période où la contribution de tous à la réponse à des difficultés économiques et sociales sans précédent est plus que jamais nécessaire, rendre les populations plus autonomes est d’une grande importance.

Les pays MENA ont fait état des premiers malades atteints du COVID-19 fin janvier/début février 2020, d’abord aux Émirats arabes unis. Conformément à la tendance mondiale, les effectifs déclarés ont fortement augmenté dans les premières semaines de l’épidémie. Les taux d’infection et de mortalité en mai semblent toutefois indiquer que la pandémie ne touche pas la région autant qu’on s’y attendait. Le nombre de morts imputables au COVID-19 dans les pays arabes, comparé à la population, reste bien inférieur aux taux enregistrés dans les pays d’Europe et d’Asie.

Ce constat peut être mis en rapport avec la réaction précoce des pays MENA. Après le déclenchement de la pandémie, ceux-ci ont introduit des mesures strictes de confinement dès la première moitié de mars. De nombreux pays n’ont pas attendu d’enregistrer des cas confirmés pour limiter les déplacements et imposer des mesures de distanciation sociale. L’Arabie saoudite, par exemple, a suspendu le pèlerinage à la Mecque et à Médine, et interdit l’accès aux sites religieux dans les deux villes dès le 26 février.

La plupart des pays ont vite fermé les écoles et les garderies, et interdit les grands rassemblements publics, notamment religieux. Étant donné le risque de pandémie, plusieurs pays ont imposé un état d’urgence nationale et des mesures plus strictes de confinement y compris un confinement obligatoire à domicile et des couvre-feux. Tous les pays ont interdit l’entrée des étrangers jusqu’à plus ample informé, le trafic aérien étant suspendu ou fortement réduit. Les frontières sont restées ouvertes au transport de marchandises et d’équipement médical. Les règles de quarantaine ont souvent été assorties de fortes sanctions en cas de non-respect, allant de fortes amendes à des peines de prison, par exemple en Jordanie, en Arabie saoudite et dans les ÉAU.

Au mois de mai, plusieurs pays MENA ont commencé à alléger progressivement les mesures d’urgence et d’organiser les stratégies de sortie de crise. Les plans de déconfinement révélés jusqu’à aujourd’hui sont progressifs, comme le plan de redémarrage en cinq étapes du Liban lancé le 27 avril, ou différenciés selon les régions à faible ou haut risque, comme c’est le cas en Iran, qui a été divisé en zones blanche, jaune et rouge selon le nombre de cas confirmés et de morts. L’Algérie, le Bahreïn, l’Irak, la Jordanie, le Liban, l’Arabie saoudite et les ÉAU ont tous autorisé les entreprises et centres commerciaux à reprendre au moins partiellement leur activité.

Les pays MENA semblent continuer d’appliquer à la phase de déconfinement les logiques qui ont fait le succès de leurs stratégies de confinement. Dans tous les pays, l’allègement progressif des restrictions a été associé à des mesures de prévention permanentes strictes. La distanciation physique est encore appliquée dans la plupart des pays, les entreprises étant obligées de mettre en place des mesures de prudence avant toute réouverture. Des masques faciaux ont en outre été rendus obligatoires dans les espaces publics au Bahreïn, au Maroc, au Qatar et dans les ÉAU, ceux qui n’en portent pas se voyant condamnés à de lourdes sanctions qui vont jusqu’à trois mois d’emprisonnement au Maroc.

Les efforts de prévention des pays MENA ont été d’une réelle importance au regard de la variété de la situation des systèmes de santé de la région.

  • Au cours des 25 dernières années, les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont massivement investi dans les infrastructures de santé, et se sont efforcés d’accroître le nombre des médecins et personnels soignants. Ces efforts ont beaucoup amélioré la qualité des services de santé dans la région. L’évaluation du degré de préparation au COVID-19 publiée à la mi-mars par l’OMS, qui note les pays de 1 à 5, 1 signifiant l’incapacité de réagir, et 5 une capacité pérenne, a noté les pays du CCG entre 4 et 5, à l’exception du Qatar. Les systèmes de santé du CCG connaissent pourtant plusieurs difficultés, dont d’importants facteurs de risque liés aux styles de vie comme le diabète, l’obésité et les maladies cardiovasculaires. Les taux de prévalence des diabètes dans la région figurent parmi les plus élevés au monde, à hauteur de 22% au Koweït et de 18,3% en Arabie saoudite3. Dans la mesure où diabète et obésité sont considérés comme un facteur de risque accru d’hospitalisation et de mortalité dans le cas d’une infection par le COVID-19, il peut en résulter une pression supplémentaire sur la capacité de ces systèmes sanitaires à répondre à la crise. La forte dépendance du CCG vis-à-vis d’un personnel soignant expatrié et d’un équipement et de fournitures médicaux importés est une autre difficulté, puisqu’elle peut faire ressentir durement les restrictions des déplacements et de transport.

  • Les pays en développement de la région MENA ont souffert de la faiblesse des dépenses de santé, du nombre insuffisant de personnels soignants et du manque d’équipement médical. La dépense totale de santé par habitant est dans la plupart des pays MENA très inférieure à la moyenne dans les pays aux niveaux de revenus similaires. En outre, le taux de médecins pour 1 000 habitants est dans la région très en-dessous du seuil recommandé par l’OMS de 4,45 docteurs, infirmiers et sages-femmes pour 1 000 habitants, et atteint même 0,72 au Maroc et 0,79 en Égypte4.

  • Pour les pays souffrant de fragilité et de conflits violents, l’épidémie de COVID-19 représente un défi majeur étant donné les dégâts subis par les systèmes de santé. Dans des situations d’urgence, où la disponibilité des services de fourniture d’eau, d’assainissement et d’hygiène est faible, l’application de mesures préventives afin de limiter la propagation de la maladie peut être complexe. Les pays dont les services de santé ont été en partie détruits par la guerre et dont la gouvernance reste très fragile et peu coordonnée dans certaines régions, n’ont pas la capacité de faire face à la crise en termes de services, d’équipements et de personnels médicaux. En Syrie, l’OMS5 estime que 70% des personnels soignants ont quitté le pays en tant que migrants ou réfugiés, tandis que seuls 64% des hôpitaux et 52% des centres de santé primaires restent complètement opérationnels.

Afin d’éviter la surcharge de leurs systèmes de santé et de limiter la vitesse de propagation du COVID-19, pour mieux protéger leurs populations, les gouvernements MENA ont introduit des mesures et alloué des fonds dédiés en appui à leurs personnels soignants. Plusieurs pays ont notamment augmenté le nombre de leurs unités de soins intensifs et des lits d’hôpitaux destinés aux patients atteints du COVID-19, notamment en construisant des services spécifiques, comme dans les ÉAU, qui réalisent plus de 40 000 tests par jour. Les gouvernements ont aussi augmenté leur capacité de réaliser des tests en ouvrant de nouveaux sites et en installant des centres de test depuis les véhicules. Ceci a permis aux pays de faciliter la détection, le traçage et l’isolement des cas repérés.

Pour un aperçu plus complet des politiques sanitaires adoptées par les pays MENA, merci de consulter l’Annexe 1A.

À la suite de la confirmation des premiers cas de COVID-19 dans la région MENA, les gouvernements nationaux ont rapidement pris des mesures pour renforcer la coordination institutionnelle, en créant des structures interministérielles.

D’autres mesures ont consisté en la création de comités scientifiques et techniques chargés du suivi et de l’évaluation des évolutions de la situation, ainsi que d’anticiper les répercussions directes et indirectes du COVID-19. Par exemple, le gouvernement tunisien a créé une Autorité nationale de suivi du COVID-19, rassemblant les hauts responsables de tous les ministères, afin d’« imposer un plein respect des mesures de lutte contre le virus ». L’Autorité assurera en outre la coordination entre le Comité national de lutte contre le coronavirus, présidé par la Présidence du Gouvernement, et les comités régionaux de réaction aux catastrophes naturelles. Elle sera aussi responsable du « suivi de la régularité de l’approvisionnement en produits de base, de la distribution d’une aide sociale aux familles pauvres ou sans revenus, ainsi que du renvoi des recommandations au comité national pour combattre le COVID-19 et adopter les mesures nécessaires de limitation de la propagation du virus ».

De nombreux gouvernements ont aussi adopté des mesures garantissant la continuité des services publics dans des pays où des mesures de confinement ont été imposées. Des dispositifs de télétravail et des outils en ligne ont été mis en place pour faciliter le bon fonctionnement de l’administration d’État. La Jordanie6 et le Maroc7 ont publié des manuels pratiques sur le télétravail, valorisant des recommandations centrales et des solutions pour faciliter son utilisation. Le Maroc a aussi créé une série de nouveaux services numériques qui visent à réduire l’échange de documents papier, limitant ainsi le risque de transmission du COVID-19.

Plusieurs pays ont par ailleurs mis en œuvre des mesures de communication publique comme des campagnes télévisées, radiophoniques et sur les médias sociaux afin de sensibiliser les citoyens aux règles d’hygiène et mesures préventives pour freiner la propagation du COVID-19. En Jordanie, le ministère de la Culture a mobilisé divers acteurs et influenceurs jordaniens dans l’organisation d’une campagne de sensibilisation vidéo participant au combat contre le coronavirus. Dans les vidéos, les influenceurs et les acteurs ont aussi présenté des conseils et des manières d’aider les enfants à s’occuper à la maison pendant la quarantaine8. Les gouvernements ont aussi créé des sites Internet rassemblant toute l’information sur la situation sanitaire dans leur pays. Ces sites doivent fournir aux citoyens des réponses aux questions les plus fréquemment posées, éviter la désinformation et fournir des conseils permettant aux personnes de rester en bonne santé et d’éviter de favoriser la propagation de la maladie.

Le fonctionnement des marchés publics des pays MENA s’est par ailleurs adapté à la crise en mettant en œuvre des mesures favorisant la fourniture adéquate de produits de base et sanitaires en tenant compte de l’évolution rapide des besoins. La Haute Instance de la Commande publique tunisienne a par exemple produit une circulaire rappelant aux acheteurs publics la nécessité de respecter les dispositions établies dans des cas de force majeure et d’assouplir les procédures. Des efforts sont de la même manière menés pour améliorer la résilience des infrastructures indispensables, comme les services de santé et les fournisseurs de produits de base, afin d’atténuer l’impact de la crise à court terme et d’encourager leur pérennité et leur résistance aux crises future sur un terme plus long, lorsque les réactions de la gouvernance publique seront décisives pour établir les conditions de la reprise économique et sociale. Il s’agit d’un pas vers la construction d’un secteur public fort qui soit coordonné, réactif, ouvert, inclusif, transparent et responsable, et ainsi capable d’anticiper constamment et de répondre efficacement aux besoins évolutifs et aux problèmes qui pourraient naître des possibles chocs à venir.

La pandémie a provoqué des bouleversements économiques majeurs dans la région du fait de plusieurs chocs simultanés, dont une chute de la demande domestique et étrangère, un effondrement des prix du pétrole, le ralentissement des échanges commerciaux, la perturbation de la production, une fragilisation de la confiance des consommateurs et des investisseurs et le durcissement des conditions financières. La croissance du PIB sera sévèrement affectée en 2020. Prenant en compte les mesures rigoureuses de confinement mises en œuvre dans les pays MENA, en même temps que la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales des économies nationales, le FMI que toutes les économies MENA, à l’exception de l’Égypte, se contracteront en 2020. La croissance de la région MENA chutera de 4.2% pour tous les pays exportateurs de pétrole et de 0.7% pour tous les pays importateurs de pétrole en 20209. Les deux pays le plus durement touchés par le déclin de leur PIB sont la Libye et le Liban avec des taux de -58,1% et -12% du PIB respectivement. Tandis que le FMI prévoit une reprise en V dans la région, presque tous les pays MENA étant supposés connaître un redressement en 202110, cette note se concentrera sur les conséquences économiques concrètes spécifiques à la région, notamment l’impact sur le commerce et l’investissement, les prix du pétrole, le développement du secteur privé, les transferts de fonds et le tourisme.

Les pays MENA ont réagi rapidement pour atténuer les conséquences économiques de la crise sur le secteur privé et les ménages, ainsi que pour permettre au marché financier de continuer à fonctionner. En moyenne, ce sont 2,7% du PIB qui ont été alloués à des mesures budgétaires, alors que 3,4% du PIB (plus de 47 milliards de dollars E.-U.) ont été injectées sous forme de liquidités par les Banques centrales dans toute la région lors des premières semaines de la crise. Pour un aperçu plus complet des mesures économiques prises par les pays MENA, voir l’Annexe 1B.

De telles mesures posent toutefois des difficultés sur le plan de la stabilité macroéconomique, notamment dans les pays dont le niveau de dette est élevé. Une pression accrue liée aux dépenses suscitées par la crise se répercute fortement sur le déficit budgétaire de la région, qui devrait passer de 2,8% du PIB en 2019 à 10% du PIB en 202011. Ces risques sont particulièrement marqués pour des pays dont les capacités d’amortissement budgétaire sont peu élevées, comme l’Algérie, le Bahreïn, l’Irak, l’Iran et Oman. Ce qui pose la question de la viabilité de la réaction économique des pays, dans le contexte actuel de préparation de la reprise.

L’OCDE anticipe une chute des flux mondiaux d’IDE d’au moins 30% en 2020 (scénario le plus optimiste) comparé au niveau de 2019, suivie d’un retour aux niveaux antérieurs à la crise à la fin de 202112. Les chocs de l’offre et de la demande, associés à la baisse des prix du pétrole et à la fragilisation de la confiance des investisseurs, devraient provoquer un déclin au moins équivalent dans la région13. La Commission économique de l’ONU pour l’Asie occidentale estime que la région arabe est susceptible de perdre 45% de ses flux d’IDE en 202014 15.

En 2019, l’IDE mondial a augmenté de 12% pour atteindre 1 426 milliards de dollars E.-U. Il demeurait toutefois fragile lorsque le COVID-19 a frappé, en restant en-dessous des niveaux constatés entre 2010 et 2017 (voir OCDE L’IDE en schémas, 2020). La même année, les flux d’IDE vers la région MENA16 se sont élevés à 17,2 milliards, soit une augmentation de 10% par comparaison avec 2017, mais toujours de moins de la moitié du niveau enregistré en 2008, où les flux d’IDE régionaux étaient à leur faîte (Schéma 2). On constatera un impact immédiat sur l’IDE, à l’échelle mondiale comme dans la région MENA, de la réduction des placements en actions, dans la mesure où les investisseurs suspendront leurs nouveaux placements ainsi que les fusions et acquisitions. Les premières estimations indiquent que la valeur des fusions et acquisitions aurait déjà baissé de 71% au cours des quatre premiers mois de 2020, passant de 89,6 à 26.2 milliards de dollars comparé à la même période en 201917. Les nouveaux investissements représentent plus de 80% du total des projets d’IDE dans la plupart des pays MENA importateurs de pétrole18, tandis que les fusions et acquisitions concerneront surtout les pays du CCG19.

La plupart des pays MENA ont pris immédiatement des mesures relatives à l’investissement pour faire face à la crise. Ils ont déployé des politiques sectorielles d’appui et encouragé la réorientation de la production, particulièrement dans les zones libres, introduit des mesures fiscales et financières pour alléger la pression sur certaines industries et soutenu les activités économiques affectées, en élargissant l’accès d’investisseurs étrangers à leur marché local (par exemple en Tunisie et en Égypte). Les agences de promotion de l’investissement (API) ont adopté des mesures d’urgence pour consolider et soutenir l’investissement existant. Elles ont mis en place des cellules de crise afin d’informer les investisseurs et de communiquer avec eux, de répondre à leurs demandes et de suivre les perturbations de la production. Ils sont en train de recentrer, de repenser et de renforcer leurs services post-crise en ciblant le maintien de l’investissement, en particulier dans les secteurs stratégiques et essentiels (par exemple, le post-crise représente aujourd’hui 70% des activités de l’Agence de promotion de l’investissement étranger de Tunisie, qui résout les problèmes ponctuels des investisseurs et encourage la réaffectation des lignes de production vers les produits et services demandés).

Le commerce a lui aussi été durement affecté par l’épidémie du fait de la fermeture des usines, de la perturbation des chaînes d’approvisionnement et de la diminution de la demande. La région MENA dépend principalement de la Chine et de l’Union européenne en matière de commerce, avec environ 60% du commerce nord-africain avec l’UE des 28. Les quatre premières économies de la région ont été particulièrement exposées à la remise en cause des exportations de biens intermédiaires de la Chine : la Maroc et la Tunisie (pour les appareils électriques, surtout), l’Arabie saoudite (la chimie) et les ÉAU (métaux et produits du métal) La plupart des pays MENA connaissent des baisses des importations et interdisent les exportations, en particulier pour les produits alimentaires, médicaux et d’hygiène.

Les perturbations causées par la pandémie pourraient aussi avoir des conséquences sur la décision des entreprises multinationales de réorganiser la distribution géographique et sectorielle de leurs activités de production. Les pays MENA ont commencé de réfléchir aux implications de telles décisions et à la manière de répondre à une possible nouvelles configuration des chaînes de valeur. La Tunisie prépare déjà, par exemple, sa stratégie d’investissement pour 2021. Cette stratégie se concentrerait sur les stratégies des investisseurs étrangers de reconfiguration de la sous-traitance et de choix d’une sous-traitance de proximité, afin d’attirer des investisseurs désireux de redistribuer leurs lignes de production pour raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement (voir note OCDE à paraître sur l’investissement dans la région MENA lors de la pandémie du COVID-19).

Les conséquences des décisions en matière d’approvisionnement sont aussi importantes pour les investissements dans les secteurs de la pharmacie, des produits et de l’équipement médicaux, et pour l’augmentation de la fourniture de soins, qui dépend davantage que dans le passé de chaînes de valeurs mondiales (voir Note de l’OCDE sur la chaîne de valeur mondiale du masque facial lors de la pandémie du COVID-19 : éléments factuels et enseignements). Dans la région MENA, les nouveaux investissements annoncés dans ces secteurs ont augmenté de 42%, de 771 millions de dollars E.-U. de 2015 à 2019, par rapport à 544 millions pendant 2004-2008. Assurer l’approvisionnement requis par la lutte contre la pandémie est devenu la priorité immédiate des décideurs en matière de commerce et d’investissement de la région. Le ministère égyptien de l’Industrie et du Commerce, par exemple, a interdit pour une période de trois mois l’exportation de fournitures de prévention de l’infection, comme les masques faciaux et l’alcool et ses dérivés20.

Les options et réflexions stratégiques en matière de redressement concernent aussi des cadres, stratégies et méthodes de travail renouvelés d’investissement, une incitation plus forte des investissements au travers de la numérisation, et des réformes du climat de l’investissement en faveur d’une plus grande ouverture (par exemple les amendements législatifs visant à annuler la règle 49/51 sauf dans les secteurs stratégiques en Algérie, et à autoriser une pleine propriété étrangère dans de nombreux secteurs aux ÉAU et au Qatar). Le défi est de construire un agenda ambitieux de réforme du commerce et de l’investissement, de saisir les opportunités de construire des chaînes de valeurs régionales et d’attirer des investissements de qualité qui promeuvent un redressement diversifié, équitable, plus vert et résilient.

Les perturbations mondiales provoquées par le COVID-19 affecteront les transferts de fonds vers la région MENA, en particulier dans les pays d’Europe et du Golfe. En 2018, la région a reçu des transferts de fonds pour un total de 62 milliards de dollars E.-U., ce qui représente une augmentation de 9% comparé à l’année passée. À la suite de la crise, la Banque mondiale estime que les fonds transférés à la région MENA diminueront de 19.6% par rapport aux 42 milliards de dollars E.-U. en 202021.

Les pays de la région les plus affectés par la diminution des transferts de fonds provoquée par la pandémie du COVID-19 sont l’Égypte et le Liban, mais d’autres pays devraient aussi connaître un semblable perte. L’Égypte est le 5ème plus gros bénéficiaire de transferts dans le monde, pour un montant de 26,8 milliards en 2019 et près de 10% du PIB. Tandis que la valeur des transferts en janvier-mars était proche de la moyenne de 6 milliards de dollars, une diminution de 2,3 milliards est attendue pour avril-juin 2020. Au Liban, les transferts ont représenté 7,3 milliards (ou 12,5% du PIB) en 2019 ; étant donné que près de la moitié de ces versements sont en provenance des pays du Golfe, la diminution des prix du pétrole devrait affaiblir la contribution de ces transferts à l’économie.

Selon le FMI, les transferts vers la Tunisie devraient aussi diminuer de 12%, passant de 5,5% du PIB en 2019 à 4,4% du PIB en 2020. Plus généralement, la reprise des transferts dépendra notamment du succès des plans de stimulation des économies développées mais aussi de l’évolution des dynamiques mondiales en matière de migration et de marché du travail, dans la mesure où de nombreux secteurs industriels intensifs en travail ont été particulièrement touchés par la pandémie.

La pandémie du COVID-19 et les mesures liées de confinement ont provoqué une contraction mondiale sans précédent de l’activité économique et une chute de la demande mondiale de produits pétroliers. Au même moment, la décision de certains producteurs clés d’augmenter leur production début mars a aggravé l’impact sur un marché déjà approvisionné de manière excédentaire, ce qui a accru les déséquilibres. Le résultat a été l’un des plus graves chocs sur les prix de l’histoire du marché de l’énergie. À leur pic en avril, les prix du pétrole Brent sont passés sous la barre de 20 dollars E.-U. par baril, soit une perte de près de 70% de sa valeur. Alors que les capacités de stockage ont approché leurs limites, les prix du pétrole fixé par les contrats du West Texas Intermediate sont devenus négatifs en mai, pour la première fois de leur histoire22.

Le choc sur la demande causé par la pandémie représente une opportunité pour les producteurs à faible coût de reconquérir une part de marché à la faveur d’un effondrement des prix.

En réaction à la détérioration rapide des fondamentaux, le jeudi 9 avril, l’OPEC, la Russie et d’autres producteurs ont essayé de s’accorder sur la plus forte réduction de la production de pétrole dans l’histoire. Ils ont ensemble décidé de retirer du marché 10 million de barils par jour (mbj), soit 10% de la production mondiale pour les mois de mai et de juin. Cette décision a été confortée par la réunion ministérielle extraordinaire du G20 le 10 avril, qui a réuni certains des plus gros producteurs mondiaux, dont les États-Unis, le Canada, le Brésil et d’autres, pour discuter une action concertée face à l’excédent sur le marché pétrolier. La vigueur de la destruction de la demande, qui a atteint environ 25,2 mbj en avril, a eu pour conséquence qu’aucune action sur l’offre ne suffirait à rééquilibrer le marché. Cependant, dans la mesure où les réductions de la production de l’OPEC+ sont entrées en vigueur début mai, et où les réponses du marché aux prix bas ont commencé à se clarifier, en particulier aux États-Unis, on s’attend que la baisse de l’approvisionnement et le raffermissement de la demande (avec la reprise des activités en cours) fassent passer le marché de niveaux de stocks très élevés à la rétractation. Le caractère informel de l’accord et l’approvisionnement des marchés asiatiques en pétrole brut saoudien (Reuters) ne fournissent pas l’assurance que le marché surmonte cette situation difficile.

Pour les pays producteurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la réduction des prix du pétrole a eu des effets immédiats sur les trajectoires économiques. Aux yeux de certains observateurs, elle a à nouveau mis au jour les fragilités d’une économie trop dépendante par rapport aux revenus du pétrole et du gaz. En Arabie saoudite, par exemple, les revenus pétroliers ont diminué de 24% sur un an au T1. Si on tient compte de la relative résilience des prix du pétrole, qui se maintenaient au-dessus de 50 dollars par baril vers le 5 mars et du fait que les exportations étaient élevées en mars, une chute plus marquée est prévisible ce trimestre. La chute des revenus non pétroliers a été de même ordre, atteignant environ 17% au T1. Le gouvernement a réagi à la diminution des revenus en demandant aux ministères de réduire leurs dépenses de 20 à 30%, mais ceci ne s’est pas produit suffisamment rapidement pour compenser cette chut ; le budget trimestriel est donc devenu déficitaire d’environ 9 milliards de dollars. Les réserves nettes de change du pays ont diminué de 26,8 milliards le mois dernier pour atteindre 465,1 milliards de dollars, soit le niveau le plus bas en neuf ans, ce qui augure vraisemblablement de la nécessité pour le gouvernement de mobiliser les dépôts pour satisfaire ses obligations de paiement, compte tenu de la baisse des prix du pétrole et de l’injection de liquidité dans le secteur bancaire. C’est la plus importante diminution des capitaux étrangers en 20 ans, supérieure d’environ 50% au déclin brutal enregistré après la chute des prix en 2014.

La baisse des dépenses publiques peut aggraver la crise économique. En Arabie saoudite mais aussi dans le Golfe, le ralentissement de l’activité économique devrait affecter lourdement la main d’œuvre expatriée, et aboutir à une baisse de la population entre 4% et 10% dans la région cette année. En Irak, l’une des économies les plus dépendantes au pétrole du Moyen-Orient, la situation est grave. En avril, les exportations pétrolières ont diminué de 1,4 milliard de dollars (par rapport à un montant de 6,1 milliards en janvier), ce qui débouche sur un manque de 4,1 milliards pour remplir les obligations liées aux dépenses essentielles de salaires et pensions et de fonctionnement des institutions du gouvernement. Pour préciser le tableau, sans une augmentation significative des prix, les revenus diminueront encore en mai, si le retrait par l’Irak de 1 mb/d au titre de l’accord de l’OPEC+ est appliqué. La baisse des revenus a déjà provoqué des tensions manifestes, et forcé le nouveau gouvernement à puiser dans ses réserves de change (d’environ 67 milliards de dollars) pour faire face aux obligations salariales mensuelles en mai.

Les dimensions de santé environnementale de la pandémie du COVID-19 sont particulièrement importantes pour les pays MENA23. L’impact de la pandémie peut être aggravé par la rareté des ressources en eau et l’insuffisance de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement ainsi que de la gestion des déchets (dont les matières dangereuses comme les déchets sanitaires et biomédicaux) dans les pays MENA. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne les segments les moins favorisés de la société, dans les territoires en guerre et les camps de réfugiés. Les mesures de confinement peuvent de surcroît provoquer une exposition accrue à la pollution de l’air intérieur, surtout pour les personnes qui utilisent des combustibles polluants pour la cuisine ou le chauffage dans les pays les plus pauvres de la région, ou pour les logements non ou mal ventilés.

S’il s’agit surtout aujourd’hui de combattre la crise sanitaire provoquée par le COVID-19 et de prendre les mesures de redressement économiques qui s’imposent, les gouvernements MENA ne devraient pas laisser de côté l’action requise pour limiter les risques suscités par le changement climatique, l’insuffisance des ressources en eau, la pollution de l’air et de l’eau, la dégradation des sols, la désertification et la dégradation de la biodiversité. Bien que ces menaces aient une autre temporalité, elles peuvent aussi fortement déstabiliser les sociétés et les économies MENA.

Alors que la crise se répand dans le monde, les gouvernements MENA devraient veiller à mettre leurs mesures de stimulation et leurs politiques en cohérence avec leurs objectifs plus larges et ambitieux de protection de l’environnement et de réponse au changement climatique. Ils devraient évaluer de manière systématique les possibles conséquences inattendues sur l’environnement des mesures de redressement à court terme (comme les dispositions budgétaires et fiscales), garantir la cohérence politique et éviter les conséquences environnementales négatives et non anticipées qui pourraient mettre en péril la résilience et la santé environnementale futures des sociétés.

Les mesures de stimulation peuvent être une opportunité pour la région MENA d’investir dans les transformations économiques et innovations technologiques réelles (en évitant le blanchiment écologique), en dynamisant les technologies en matière d’énergie solaire et éolienne, pour les villes vertes et intelligentes aussi bien que pour les projets de désalinisation de l’eau de mer (alimentés par des sources d’énergie renouvelables), ainsi qu’en développant des systèmes de transport public écologiques. Cela pourrait aider les pays du Conseil de Coopération du Golfe à réduire leur empreinte carbone et la demande énergétique ainsi qu’à réduire la part des énergies fossiles dans l’économie. L’appui public et privé devrait aussi être renforcé en ce qui concerne les investissements dans le développement et la modernisation des secteurs de l’eau et de la gestion des déchets, particulièrement dans les pays MENA. Des niveaux rehaussés de santé environnementale renforceront la résilience des sociétés face aux pandémies et autres urgences.

Les gouvernements MENA devraient dans la mesure du possible faire dépendre les mesures sectorielles d’appui financier des améliorations sur le plan environnemental. Le recours à des mesures d’appui financier comme les prêts préférentiels, les garanties de prêts et les abattements fiscaux pourrait favoriser des engagements plus marqués en faveur de l’environnement et une meilleure performance des secteurs polluants susceptibles d’être particulièrement affectés par la crise. Les campagnes de communication qui soulignent les bénéfices du bien-être et de la prospérité dans des sociétés plus résilientes peuvent renforcer le soutien de la population à des mesures améliorant la santé environnementale.

Le tourisme est l’un des secteurs économiques les plus affectés par la crise. Le choc subi par l’industrie mondiale du tourisme pourrait concerner 45 à 70% de la production selon la sévérité de la pandémie. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale du tourisme prévoit un déclin des arrivées de touristes étrangers de 58% à 78%, soit une perte de 910 milliards dollars E.-U., sur la base des profits procurés par le tourisme international.

Le tourisme représente un pilier économique majeur pour les pays MENA et une composante clé de la diversification économique des pays exportateurs de pétrole. En 2019, le secteur du voyage et du tourisme a représenté 5,3% de la croissance du PIB et 6,7 millions d’emplois dans toute la région, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme. Les mesures de confinement et l’impact sur la croissance économique aux États-Unis, au sein de l’Union Européenne et en Chine, freineront le nombre de visites de touristes étrangers au Moyen-Orient. Ce déclin de l’activité touristique devrait avoir des conséquences fortes dans plusieurs pays de la région, ceux surtout qui sont très dépendants des revenus procurés par le tourisme, notamment le Maroc, la Tunisie, le Liban et l’Égypte. Dans ce dernier pays, où le secteur du tourisme représente près de 12% du24 PIB, l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute, IFPRI) estime que la baisse des revenus du tourisme représentera deux tiers des pertes totales de PIB provoquées par la crise. L’annulation des grands événements dans la région, dont EXPO 2020 à Dubaï et le pèlerinage annuel de la Mecque en Arabie saoudite, qui attendaient respectivement 25 millions de visiteurs et 2 millions de touristes religieux, affectera notamment l’économie des pays. Dans les pays du CCG, PwC estime que près de 400 000 emplois liés au tourisme pourraient être détruits du fait de la crise.

Afin de répondre à ces difficultés, de nombreux gouvernements MENA ont pris des initiatives pour appuyer l’industrie nationale du tourisme. Les mesures incluent des lignes de crédit dédiées pour les entreprises du secteur, comme celles mises en place par la Banque Centrale d’Égypte, des exemptions de taxes et redevances, par exemple au Bahreïn et des Émirats arabes unis, et la restructuration de la dette comme en Tunisie.

Une attention particulière a aussi été accordée au secteur du tourisme dans les stratégies nationales de confinement. En Égypte, les hôtels ont été autorisés à accueillir des touristes nationaux à hauteur de 25% de leurs capacités jusqu’à la fin du mois de mai et de 50% de leurs capacités à partir de juin, s’ils respectent les mesures de sécurité et notamment le test de contamination des employés, l’installation d’un équipement de désinfection, la réservation d’un étage ou d’un lieu dédié à la quarantaine pour les cas suspects ou positifs et la mise en œuvre de mesures de distanciation sociale.

Le développement du secteur privé est une priorité importante pour la région MENA afin de favoriser une croissance durable. Traditionnellement, la plupart des pays MENA reposent sur une prédominance du secteur public. Néanmoins, les petites et moyennes entreprises (PME) représentent une part importante de l'emploi dans le secteur privé, avec des chiffres allant de 10% à 40% de tous les emplois dans la région MENA.

L'impact du COVID-19 sur les petites entreprises a été spectaculaire dans le monde entier. En réponse, les pays ont déployé une série de mesures, notamment un soutien aux salariés, des reports de paiements (par exemple, taxes, paiements des services publics, loyer, cotisations de sécurité sociale, etc.), un soutien financier (par exemple, garanties de crédit, prêts directs et autres), et des mesures structurelles (par exemple, aider les PME à adopter les technologies numériques, à accéder à de nouveaux marchés, etc.). Les gouvernements de la région MENA ont rejoint la tendance mondiale et ont activé divers outils concrets, notamment:

  1. 1. Report d'impôts et autres paiements: Algérie (sauf pour les grandes entreprises); Égypte (pour les secteurs industriel et touristique); Jordan; Liban; Maroc (à l'exclusion des grandes entreprises); Autorité palestinienne; Arabie saoudite (procédure accélérée sur les cotisations gouvernementales); Tunisie (remboursement rapide des crédits d'impôt); EAU (réduction des frais et amendes du gouvernement; remboursement de 20% sur les frais de douane, etc.).

  2. 2. Report du paiement des prêts par les banques: Algérie; Égypte; Irak; Jordan; Autorité palestinienne; Arabie Saoudite; Tunisie; Émirats Arabes Unis.

  3. 3. Nouveaux prêts aux entreprises des secteurs touchés: Égypte (industrie et tourisme); Maroc; Arabie Saoudite; Tunisie.

  4. 4. Autres mesures, notamment la réduction des factures de services publics (Égypte; Arabie saoudite); soutien direct au paiement des salaires (Arabie saoudite - 60% pendant trois mois); et indemnisation des entreprises qui perdent des marchés (Algérie).

Les associations professionnelles et les chambres de commerce de la région font état du rôle critique et de la responsabilité sociale du secteur privé, qui a démontré une bonne capacité à fournir des solutions innovantes :

  1. 1. Les entreprises ont ajusté leur production pour augmenter l'offre d’équipements de protection, de masques faciaux ou de gels hydro-alcooliques.

  2. 2. Le secteur privé s'est avéré efficace pour fournir un soutien spécifique au secteur de la santé en aidant considérablement les gouvernements, notamment en utilisant l'infrastructure numérique et les nouvelles technologies. Par exemple, en Égypte, une startup de la santé propose des consultations médicales gratuites par téléphone et mène des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux pour promouvoir l'hygiène et la distanciation sociale. En coopération avec le ministère de la Santé, une start-up libyenne développe actuellement une plateforme en ligne où les médecins de la diaspora peuvent traiter les patients du pays. De même, une startup à Gaza a développé un service de consultation médicale en ligne pour fournir des traitements aux patients COVID-19 et pour sensibiliser aux mesures de distanciation sociale. Cette startup propose actuellement ses services gratuitement aux résidents de Gaza et de Cisjordanie..

Un grand nombre de pays ont mis en œuvre dans le monde un ensemble de mesures pour aider les PME à faire face à la crise et préparer un éventuel redressement. L’information à ce sujet est rassemblée par l’OCDE25 et catégorisée selon l’objectif : protéger la main d’œuvre, offrir des possibilités de report de paiement (de taxes, factures de services publics, loyers, contributions de sécurité sociale, etc.), fournir un soutien financier (comme les garanties de prêts, les prêts directs et autres), et adopter des mesures structurelles (aidant les PME à adopter les technologies numériques, l’accès aux nouveaux marchés, etc.). Les pays MENA déploient en outre différents outils, et notamment :

  1. 1. Reports de taxes et autres paiements : Algérie (sauf pour les grandes entreprises) ; Égypte (pour les secteurs de l’industrie et du tourisme) ; Jordanie ; Liban ; Maroc (sauf pour les grandes entreprises) ; Autorité palestinienne ; Arabie saoudite (outre une procédure accélérée pour les charges fiscales) ; Tunisie (outre le remboursement rapide de crédits fiscaux) ; ÉAU (réduction des charges et amendes dues au gouvernement ; 20% de remboursement des frais de douane, etc.).

  2. 2. Report de paiement des prêts bancaires : Algérie ; Égypte ; Irak ; Jordanie ; Autorité palestinienne ; Arabie saoudite ; Tunisie ; ÉAU.

  3. 3. Nouveaux prêts pour les entreprises des secteurs affectés : Égypte (secteur manufacturier et tourisme) ; Maroc ; Arabie saoudite ; Tunisie.

  4. 4. Autres mesures, dont la réduction des factures des services publics (Égypte ; Arabie saoudite) ; un appui direct au paiement des salaires (Arabie saoudite – 60% pour trois mois) ; et des compensations pour les entreprises qui perdent des marchés (Algérie).

L’OCDE prépare une note de synthèse catégorisant et analysant ces mesures, en s’attachant surtout à : 1) à évaluer leur efficacité (dans la mesure du possible et en gardant à l’esprit que ce sont les gouvernements et les acteurs à l’origine des mesures qui ont besoin d’évaluer l’impact final de leur politique). 2) à prendre en compte le poids et le rôle du secteur informel, particulièrement dans des pays comme l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Liban, le Maroc, l’Autorité palestinienne et le Tunisie. 3) à tirer des enseignements pour aider les PME et l’ensemble de l’économie à mieux résister aux chocs futurs.

Après des consultations avec des associations d’entrepreneurs et des chambres de commerce de la région, la pandémie de COVID-19 a aussi mis en évidence le rôle crucial et la responsabilité sociale du secteur privé dans la réaction à la crise. Dans plusieurs pays MENA, les entreprises continuent de payer les salaires et les contributions à la sécurité sociale. Les entreprises ont ajusté leur production pour augmenter la fourniture en vêtements de protection, masques faciaux et gels hydro-alcooliques26. D’autres apportent un soutien particulier au secteur de santé où le gouvernement intervient massivement, notamment en utilisant les infrastructures numériques et les nouvelles technologies. En Égypte, par exemple, une start-up de technologies de la santé propose des consultations téléphoniques et organise des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux pour promouvoir l’hygiène et la distanciation sociale27. En coopération avec le ministère de la Santé, une start-up libyenne développe aujourd’hui une plateforme numérique au travers de laquelle les médecins de la diaspora peuvent traiter les patients dans le pays28. De la même manière, une start-up de Gaza a mis sur pied un service de consultation médicale en ligne pour fournir des traitements aux patients atteints du COVID-19 et sensibiliser aux mesures de distanciation sociale29. Cette start-up offre aujourd’hui ses services gratuitement aux résidents de Gaza et de Cisjordanie. Ces différentes initiatives mettent en évidence le rôle particulier du secteur privé pour compléter et faire progresser la capacité des gouvernements MENA de répondre à la pandémie du COVID-19. En outre, elles montrent l’important potentiel de l’intensification des interactions, de la coordination et de la confiance entre les secteurs privé et public dans la région.

Pour les entreprises cotées en bourse, l’impact de la crise du COVID-19 a été fort en termes surtout de gouvernance d’entreprise. La plupart des pays ont par exemple adopté des mesures de report des échéances financières ainsi que les obligations de participation en présentiel aux réunions de conseil et d’actionnaires. Le Conseil de l’Autorité d’Arabie saoudite des marchés financiers a pris la décision, le 16 mars, de suspendre les assemblées générales physiques pour les entreprises cotées du marché saoudien, dès lors que ces réunions pouvaient avoir lieu virtuellement et recourir à des services de vote en ligne “Tadawulaty” fournis par la compagnie dépositaire centrale des titres (Edaa). Une analyse plus poussée est menée, qui porte aussi sur le rôle du conseil dans la gestion de crise. La crise pose un certain nombre de problèmes sociaux spécifiques.

Les gouvernements de la région ont fait un effort institutionnel et politique sans précédent tout au long de la crise. Des mesures exceptionnelles ont été prises pour garantir que cette réaction atteigne aussi les groupes cibles qui sont habituellement hors du périmètre des dispositifs de sécurité sociale, à l’instar des travailleurs informels et saisonniers, et des initiatives conjointes ont été prises avec le secteur privé et les organisations de la société civile pour toucher les populations les plus vulnérables. Les pays ont été capables de réagir rapidement et d’impulser des politiques d’atténuation les effets de la crise, en faisant preuve d’une grande souplesse face aux aspects sociaux de la crise. La plupart ont systématisé les programmes d’assistance sociale, en étendant le bénéfice des transferts de liquidités aux ménages et, dans certains cas, aux travailleurs informels, et en renonçant aux contributions de sécurité sociale.

Les vulnérabilités préexistantes dans la région sont susceptibles d’amplifier l’impact de l’épidémie sur les entreprises et les ménages. Actuellement, les 10% les plus riches détiennent 64% des richesses, ce qui fait de la région MENA l’une des plus inégales au monde30. De telles inégalités pourraient être aggravées par la crise sanitaire, dans la mesure où les groupes vulnérables sont davantage exposés aux conséquences socioéconomiques de la pandémie. L’exposition, ainsi que la capacité et les mécanismes permettant de faire face à l’épidémie, sont directement affectés par les niveaux de revenus des ménages comme des régions. Les logements informels ou insalubres, les camps de réfugiés et les zones assiégées ont une capacité bien plus faible de freiner la propagation du virus et de fournir des services de santé. Les ménages pauvres – soit une part significative de la population de la région – les travailleurs migrants et les populations réfugiées ont un accès plus difficile aux sources de revenus, dans la mesure où ils ne bénéficient pas de dispositifs de travail à distance ou de congés payés. Ceci est une source de pression durable sur des inégalités préexistantes. Les fortes inégalités entre hommes et femmes constatées dans la région risquent aussi d’être exacerbées par la crise.

Les pays MENA sont caractérisés par une dichotomie entre un marché du travail formel et une économie informelle précaire. L’emploi privé formel est limité et représente en moyenne moins d’un cinquième de l’emploi31. L’emploi informel atteint jusqu’à 74% au Yémen, 71% au Liban et 63% au Maroc32 ; il représente en moyenne 68% de l’emploi dans la région33. L’informalité est en général associée à une protection sociale faible ou inexistante et par des revenus bas et instables, ce qui rend les travailleurs informels particulièrement vulnérables à la crise. Leurs emplois sont généralement à faible productivité, et requièrent une présence physique, sans possibilité de travail à distance. Dans le contexte de l’épidémie de COVID-19, les restrictions des déplacements et les mesures de confinement auront donc des effets disproportionnés sur l’activité de ces travailleurs informels. Nombre d’entre eux sont confrontés à un dilemme entre le respect des mesures de santé et la nécessité du maintien d’une source de revenus pour payer la nourriture et faire face aux autres dépenses de base.

Dans le même temps, les travailleurs informels ne sont pas nécessairement bénéficiaires des dispositifs d’appui mis en place pendant la crise, comme l’appui de l’État aux salaires. À court terme, les pays dont les secteurs informels sont développés pourraient trouver des moyens de soutenir le secteur informel au travers, par exemple, de versements de liquidités directs ou d’autres types de soutien adapté. À plus long terme, les pays devront faire face aux causes structurelles de l’activité informelle, dont le manque d’offres d’emploi, la fragilité et la mise en œuvre partielle des systèmes de sécurité sociale. C’est d’autant plus important que la pandémie de COVID-19 peut perturber ou remettre en cause le fonctionnement des filets de sécurité sociale. Le Maroc a par exemple mis en place un programme de transfert utilisant les téléphones mobiles au profit des travailleurs informels, et d’autres pays pourraient développer des programmes d’assistance similaires34.

Bien que les données existantes montrent que le COVID-19 touche moins les femmes que les hommes, les femmes des pays MENA seront vraisemblablement davantage affectées par les effets sociaux et économiques de la pandémie.

Étant donné l’existence de caractéristiques régionales spécifiques en matière d’inégalité des opportunités d’emploi et de l’accès aux services et marchés financiers, ainsi que de l’existence de discriminations professionnelles et sectorielles sur le marché du travail et de préjugés sur le rôle des femmes dans la société, le travail des femmes et la sécurité des revenus sont davantage exposés que ceux des hommes aux effets économiques de la crise. Ces risques sont particulièrement forts pour certaines catégories de travailleurs informels dont la sécurité de l’emploi et des revenus est peu assurée, notamment les travailleurs domestiques, les ouvriers agricoles et les réfugiés, parmi lesquels les femmes sont surreprésentées.

Plusieurs facteurs mettent en évidence les conséquences plus marquées de l’épidémie sur les femmes. Une large proportion des femmes des pays MENA travaille dans le secteur manufacturier, qui sera vraisemblablement le plus durement frappé par la crise. Beaucoup de femmes sont employées par des micro et petites entreprises, qui résistent moins bien aux crises et peuvent davantage recourir à la suspension ou la résiliation des contrats de travail pour faire face aux difficultés économiques. Les femmes sont surreprésentées dans la travail à temps partiel (jusqu’à 50% des femmes employées au Maroc et au sein de l’Autorité palestinienne sont dans ce cas), ce qui les rend plus vulnérables au licenciement. De manière globale, UNIFEM estime que les femmes perdront dans le monde arabe environ 700 000 emplois du fait de l’épidémie. Cette situation est aggravée par la prévalence des normes patriarcales dans la région, selon lesquelles les hommes doivent être privilégiés en matière d’emploi lorsque les opportunités sont rares35.

Les mesures de confinement à domicile et les restrictions des déplacements mis en place dans la plupart des pays MENA aggravent aussi l’exposition des femmes à la violence conjugale. Si cette tendance a été constatée partout dans le monde, elle peut être particulièrement marquée dans la région MENA du fait des normes sociales contraignantes qui investissent les hommes seuls du rôle de chef responsable des revenus de la famille. Si la crise empêche les hommes de remplir ce rôle à la suite d’une perte d’emploi ou de revenu, les frustrations suscitées peuvent s’extérioriser par la violence. Dans la région MENA, les ONG et les gouvernements ont constaté une augmentation des appels vers les plateformes d’écoute faisant état de cas de violence ainsi que des plaintes déposées. Cette vulnérabilité est renforcée par le fait que la prévention et les services d’écoute destinés aux victimes de violence de genre peuvent être perturbés dans leur fonctionnement et devenir difficiles d’accès.

Plusieurs pays MENA ont pris des initiatives pour prendre en compte les besoins spécifiques des femmes. En Algérie et en Tunisie, le ministère des Affaires de la femme est activement impliqué, avec d’autres ministères, dans les comités chargés de répondre à la crise. En Égypte, le Conseil national des femmes (NCW) a travaillé étroitement avec le gouvernement pour prendre en compte de l’égalité hommes/femmes dans la formulation des mesures économiques, de santé et de protection sociale adoptées pour atténuer l’impact de la crise. Le NCW a aussi mis en place un indicateur politique pour suivre les mesures politiques prises par le gouvernement pour satisfaire les besoins des femmes dans le contexte de l’épidémie.

À ce jour, seul un petit nombre d’actions publiques ont spécifiquement ciblé les femmes confrontées aux répercussions économiques de la crise. Elles incluent des transferts de liquidités destinés aux femmes (Égypte) et des congés payés exceptionnels (Autorité palestinienne, Irak). Les gouvernements ont aussi offert un appui aux femmes entrepreneurs, avec la participation des organisations internationales, sous la forme souvent de programmes de formation en ligne.

La plupart des efforts ciblés des gouvernements se sont concentrés sur la réponse à l’augmentation des violence à l’encontre des femmes. Les plateformes d’écoute nationales dédiées à la violence conjugale ont étendu leurs horaires d’ouverture pour mieux soutenir les victimes, et des services téléphoniques complémentaires ont été ouverts qui fournissent une assistance juridique ou psychologique. Les gouvernements ont en outre engagé des actions pour sensibiliser au problème de la violence conjugale et améliorer l’accès à l’information pour les victimes, en coopération avec la société civile et les organisations internationales.

Si la crise a forcé certains pays à prendre en compte les inégalités hommes/femmes dans leur politique ou à adopter des mesures ciblées pour répondre aux problèmes rencontrées spécifiquement par les femmes, ces initiatives devraient être généralisées et entériner le fait que les femmes sont des contributeurs essentiels à l’économie et une ressource indispensable pour le redressement économique.

La pandémie du COVID-19 pourrait aussi être une occasion de faire changer les normes en matière de genre dans la région. La crise a en effet favorisé la mise en évidence du rôle majeur et du potentiel des femmes dans les sociétés de la région. Les femmes représentent la majorité des personnes qui sont sur le front de la lutte en matière sociale, sanitaire et éducative ; elles ont aussi été très actives dans la mise en place d’initiatives et d’entreprises associées à cette lutte. Cette situation pourrait favoriser une évolution de la perception de la contribution des femmes au redressement économique.

Bien que les jeunes soient moins touchés en termes de santé que les autres groupes d’âge, ils sont bien plus affectés par les impacts socio-économiques de la crise suscitée par le COVID-19. Dans la région MENA, plus de 110 millions d’enfants en âge d’aller à l’école36 ont un accès limité à l’éducation (formelle ou pas) à la suite de la fermetures des écoles et des universités, des centres aérés et autres espaces publics. Les jeunes sont par ailleurs plus exposés à des risques de santé mentale qui peuvent être favorisés ou aggravés par les mesures de distanciation sociales mises en œuvre de manière plus ou moins vigoureuse dans les différents pays. Le ralentissement économique suscité par la crise accusera encore la vulnérabilité sur le marché du travail. La région MENA connaît le taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde (de plus de 27% en moyenne) et les jeunes y sont cinq fois plus susceptibles de connaître le chômage que les adultes37. On estime par ailleurs que 80% des jeunes de la région travaillent au sein du secteur informel des économies nationales38, lesquelles offrent généralement des avantages ou une protection faibles ou inexistants. Les jeunes peuvent donc être confrontés à des taux de chômage plus élevés et souffrir d’une baisse plus importante de revenus. La diffusion de la désinformation et des fausses nouvelles est une autre source d’inquiétude, en particulier sur les réseaux sociaux, qu’utilisent comme première source d’information 50% des jeunes de la région. La région MENA accueille environ 14 millions de déplacés39, dont beaucoup de jeunes davantage affectés par la crise et ses conséquences, par la restriction des déplacements, le manque d’offres d’emploi ou des risques accrus d’exclusion sociale.

Dans le même temps, les jeunes jouent souvent un rôle actif dans la réaction à la crise et la préparation de la reprise. Beaucoup de jeunes et d’organisations qui les représentent organisent des campagnes de sensibilisation, sont bénévoles pour soutenir les personnes âgées et vulnérables, proposent des formations numériques, partagent des données et s’impliquent en tant que chercheurs et entrepreneurs pour proposer des idées innovantes pour répondre nationalement et à l’échelle internationale à la pandémie du COVID-1940. La plateforme nationale de bénévolat et d’engagement des jeunes de Jordanie, Nahno41, fait des propositions d’engagement et de bénévolat en ligne aux citoyens jordaniens, afin de leur permettre d’agir et d’avoir un impact positif sur leur communauté pendant le confinement. Les politiques devraient tenir compte du potentiel des jeunes et d’autres groupes vulnérables dans la lutte contre la crise et au service de la résilience des sociétés de la région.

Avec la pandémie du COVID-19, les zones humanitaires et affectées par le conflit violent sont dans une situation particulièrement grave. La région MENA a connu une explosion de nombre des réfugiés et personnes déplacées lors de la dernière décennie, la Jordanie et le Liban accueillant les effectifs parmi les plus élevés au monde de réfugiés par habitant. La Jordanie est la terre d’accueil de 750 000 réfugiés enregistrés par le HCR, qui viennent surtout de Syrie, alors que le Liban en accueille environ 1,7 million, dont 1,5 million en provenance de Syrie (en novembre 2019). La situation des réfugiés est différente dans ces deux pays en ce qui concerne l’accès à la santé et aux permis de travail. De nombreux réfugiés vivent dans des camps densément peuplés ou dans des zones urbaines pauvres où les services de santé, les ressources en eau, les équipements sanitaires et d’hygiène sont rares. Les mesures de prévention, comme le lavage régulier des mains, la distanciation sociale et la quarantaine volontaire, sont dans ces lieux d’une grande importance mais difficiles à mettre en œuvre. Dans les zones en guerre, où les systèmes de santé sont déjà fragilisés et les ressources médicales rares, les réfugiés manquent d’un accès suffisant à la fois aux dispositifs de détection et au soins médicaux, ce qui rend difficile l’évaluation de la pandémie.

Identifier des manières d’intégrer les migrants et les réfugiés, quels que soient leur statut formel, dans les plans nationaux de lutte contre le virus est un facteur décisif de prévention de la pandémie dans les camps de réfugiés, à l’instar de ces initiatives :

  • Le ministère libanais des Affaires sociales a révélé début mars un plan de prévention élaboré en coordination avec les représentants d’ONG et des organisations internationales, pour prévenir la propagation du virus dans les zones accueillant les réfugiés. Ce plan inclut des campagnes de sensibilisation ciblant les réfugiés et la fourniture de dispositifs de désinfection dans les camps.

  • En Jordanie, le gouvernement, en coordination avec le HCR, a mis en place des mesures pour garantir un accès permanent des réfugiés aux services nationaux de santé, dont le renvoi des cas suspects vers des sites de quarantaine, et la fourniture du traitement requis. Le contrôle de la température est devenu systématique à l’entrée des deux principaux camps de réfugiés, la fourniture en électricité a été améliorée et les commerces ouvrent plus largement pour faciliter la distanciation sociale. Des distributions d’aide en nature sont faites par JHCO (Jordanian Hashemite Charity Organisation), notamment aux réfugiés.

  • Les organisations internationales se sont aussi mobilisées pour aider les pays les plus fragiles de la région à renforcer leur capacité de réagir à la crise. En particulier, la Banque mondiale a annoncé une aide de 26,9 millions de dollars E.-U. pour appuyer les efforts du Yémen dans la lutte contre l’épidémie, dont l’essentiel financera la fourniture d’équipement médical, la réhabilitation des services de santé et la formation de personnels soignants des services d’urgence. Des discussions sont en cours sur la manière de verser de l’argent liquide directement aux réfugiés syriens dans les camps. L’UE a en outre décidé une aide de près de 240 millions EUR pour renforcer la résilience dans les pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens dans le contexte de la pandémie de coronavirus.

Malgré ces efforts, différents problèmes se posent, dans une perspective sanitaire comme socio-économique. Bien qu’aucune situation épidémique n’ait été jusqu’à aujourd’hui signalée dans les camps de réfugiés de la région, l’absence ou l’insuffisance des tests de détection dans les zones où les populations de réfugiés sont concentrés ont fait naître des inquiétudes quant à la possibilité d’une épidémie dissimulée. Ce risque est accentué par la faiblesse des systèmes de santé de la région, qui pourrait donner aux réfugiés un rang de priorité secondaire. Il est toutefois crucial que les systèmes nationaux de santé assurent le test et le traitement des réfugiés.

L’épidémie menace par ailleurs sévèrement la sécurité économique des réfugiés. La vaste majorité des réfugiés, les femmes en particulier, travaillent dans le secteur informel, et ont souvent des emplois qui leur assurent un revenu jour après jour. Des restrictions fortes interdisant aux réfugiés de travailler les empêcheraient sans doute de faire face à leurs besoins élémentaires, à l’instar tout particulièrement des réfugiés travaillant dans certains secteurs particulièrement exposés, comme l’agriculture. Des mesures de confinement prolongées risquent d’aggraver la pauvreté des réfugiés. Ceci pose de réels problèmes dans des pays comme le Liban, où la Banque mondiale estime qu’environ un tiers des réfugiés vivaient dans la pauvreté avant la pandémie.

D’autre part, la survenue de la pandémie peut aussi fortement affecter le processus de réinstallation des réfugiés, dans le cadre de la demande d’asile. Les fermetures de frontières et les restrictions des déplacements affectent le droit d’asile dans la mesure où toutes le procédures de réinstallation sont aujourd’hui suspendues, ce qui peut forcer les personnes à retourner vers les situations où elles sont menacées de persécutions et de torture, en violation du principe de non-refoulement. Le Haut-Commissaire aux Réfugiés des Nations-Unis a récemment exprimé son inquiétude, en affirmant que si les gouvernements peuvent mettre en place des mesures comme la détection des cas auprès des personnes sollicitant une protection internationale à l’entrée dans le pays, ou leur mise en quarantaine, de telles mesures ne peuvent avoir pour effet de leur refuser la possibilité effective de demander l’asile, ni provoquer leur refoulement.

Par ailleurs, dans une région où 50 millions de personnes sont aujourd’hui sous-alimentées, les gouvernements devront réagir rapidement pour éviter une nouvelle augmentation de l’insécurité alimentaire qui pourrait résulter des conséquences économiques de la pandémie de COVID-19. Ce risque sera aggravé si les perturbations actuelles des chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales provoquent des pénuries et des augmentations des prix dans des pays MENA très dépendants des importations alimentaires.

La capacité hospitalière augmente en Algérie, et les campagnes de sensibilisation sont maintenues. 1 550 000 masques faciaux sont aujourd’hui disponibles et 54 millions d’autres ont été commandés. Le comité de surveillance spécial du ministère de la Santé accueillera de nouveaux experts scientifiques. L’état d’urgence a été renouvelé jusqu’au 14 mai (de manière permanente à Blida, de 15h à 7h dans 9 wilayas dont Alger, et de 19h à 7h dans le reste du pays).

L’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’au 10 juin. Le nombre de lits en soins intensifs est passé à 3 000. Le pays compte trois centres de contrôle, cette fonction étant étendue aux Hôpitaux universitaires et aux établissements de santé. Le port de masques médicaux est obligatoire dans les espaces publics et sur le lieu de travail depuis le jeudi 7 avril. Le prix des masques a été réglementé et une première capacité de production locale de 2,5 millions d’unités par jour a été établie grâce à la réaffectation de plusieurs unités industrielles.

Depuis le 16 mars, toutes les frontières de la Libye ont été fermées aux étrangers, par voie de terre, de mer ou aérienne, pour une période de trois semaines. Les mesures de confinement comprennent l’interdiction des grands rassemblements sociaux et culturels, la fermeture des institutions d’enseignement, et celle des restaurants et des cafés, ainsi que la libération de prisonniers. Le 16 avril, le Gouvernement d’Union Nationale (GNA) a annoncé un couvre-feu de 10 jours dans tout le pays, qui n’autorisait les piétons à circuler qu’entre 8h et 14h, à la condition qu’ils portent des masques.

Un total de 305 salles d’isolement et 542 lieux de mise en quarantaine et de stabilisation ont été identifiés dans le pays. Mais le système de santé libyen est déjà surchargé, sous-financé et peu à même de faire face à la pandémie, ce qui expose le pays à un très fort risque d’épidémie aux yeux de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le Gouvernement d’Union Nationale a alloué 500 millions LYD (354 millions de dollars E.-U.) aux dépenses d’urgence pour accroître la capacité du pays de faire face à la crise. Plusieurs pays, dont la Turquie, ont en outre fourni du matériel médical à la Libye.

Le 26 mars, le ministère tunisien de la Santé a annoncé qu’il libèrerait 2 000 lits en unités de soins intensifs pour faire face à l’épidémie du COVID-19. La Banque centrale de Tunisie (BCT) avait auparavant autorisé un prêt de 50 millions TND (15,5 millions EUR) au ministère de la Santé afin qu’il achète de l’équipement médical pour lutter contre le COVID-19. Un fonds spécial de 100 millions TND a été créé pour acquérir l’équipement nécessaire aux établissements de santé publique, et des compagnies de distribution de médicaments sont désormais exemptées de TVA. Un allègement partiel des restrictions fixées par l’état d’urgence a commencé le 4 mai, avec la réouverture des administrations publiques et des transports publics et la reprise des programmes de construction. Le ministère a annoncé que le port d’un masque serait obligatoire.

Le 1er mai, la Banque mondiale a approuvé une aide de 20 millions de dollars E.-U. en appui au système de santé du pays.

Selon l’OMS, l’Égypte a alloué 2 000 lits aux malades du COVID-19, dont la moitié en soins intensifs et 600 avec respirateurs. Environ 400 000 kits de test ont aussi été fournis. Le gouvernement a fermé toutes les écoles et universités, monuments, restaurants avec consommation sur place, églises, mosquées et leurs annexes. Il a annulé les événements culturels et les voyages touristiques, et interdit la prière en rassemblement public ainsi que les autres grands rassemblements. Avec le début du Ramadan, les centres commerciaux et les magasins ont été autorisés à ouvrir et le couvre-feu nocturne a été réduit de 21h à 6h.

Le gouvernement a récemment annoncé un financement supplémentaire d’un milliard EGP (63,5 millions de dollars) au bénéfice des services de santé. Il a adopté diverses mesures d’augmentation de la capacité du pays d’absorber la brusque croissance du nombre des patients en état critique que pourrait provoquer l’épidémie. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a promulgué deux décrets interdisant pour une période de trois mois l’exportation des matériels de prévention des infections, dont les masques faciaux et l’alcool et ses dérivés. La Banque mondiale a en outre alloué 7,9 millions de dollars aux activités de gestion de l’urgence en rapport avec l’épidémie du COVID-19 en Égypte dans le cadre du « Projet Transformer le système de santé de l’Égypte ».

Le 22 avril, le Parlement égyptien a approuvé les amendements de la loi d’urgence, en accordant des pouvoirs étendus à la Présidence et à l’armée. Parmi les prérogatives accordées figure la possibilité de transformer les hôpitaux, écoles et entreprises en hôpitaux de terrain. Le 4 mai, le ministère de la Santé a annoncé que les hôpitaux d’isolement des patients atteints par le COVID-19 du pays avaient atteint leur charge maximale et que qu’il lançait des programmes de conversion de davantage d’universités et de centres commerciaux en sites de quarantaine.

Selon l’OMS, on recense 14 lits d’hôpital pour 10 000 Irakiens. Un Haut Comité ministériel pour la Santé et la Sûreté a été créé pour contenir l’épidémie de COVID-19. Les autorités fédérales ont mis en place des couvre-feu et des restrictions des déplacements, jusqu’au 22 mai. Le 20 avril, les entreprises et les usines, à l’exception des restaurants, ont été autorisées à rouvrir à la condition de respecter les mesures de prudence et de distanciation physique. Les voyages entre les provinces sont interdits, et tous les services de l’État ont été mobilisés pour appuyer les services de santé. La Société irakienne de la Croix-Rouge a entrepris une campagne nationale de désinfection visant à stériliser les marchés, commerces, zones résidentielles, hôpitaux, établissements de santé, prisons, mosquées et temples.

Selon le ministère iranien de la Santé, le pays a une capacité de 8 212 lits en soins intensifs, dont la moitié dans la province de Téhéran. Ce chiffre est nettement inférieur au nombre de cas relevés dans le pays et, dans certaines provinces comme Qom, il y a cinq fois plus de patients requérant des soins intensifs que de lits disponibles dans les unités concernées. Depuis le début de la crise, l’OMS a fourni sept livraisons d’équipement médical au pays. Afin d’augmenter la capacité du pays, les militaires ont mis sur pied un service médical d’urgence incluant trois unités et plusieurs sites d’isolement, destinés à la convalescence des patients atteints par le virus.

Toutes les institutions d’enseignement du pays ont été fermées à partir du 5 mars, et les événements sportifs, culturels et religieux annulés. Un état d’urgence partiel a été décidé le 25 mars, toutes les entreprises non indispensables étant appelées à fermer et les déplacements étant suspendus entre les provinces. Compte tenu des difficultés économiques suscitées par l’état d’urgence, cependant, le gouvernement a annoncé le 8 avril que les deux tiers des activités « à faible risque » redémarraient le 20 avril. 100 000 prisonniers ont été temporairement libérés, jusqu’au 20 mai.

Le 27 avril, le gouvernement a révélé sa stratégie de déconfinement. Le plan divise le pays en zones blanche, jaune et rouge, selon le nombre de cas confirmés et de morts. Dans les zones blanches, les rassemblements religieux ont été autorisés à nouveau et le gouvernement a annoncé le 3 mai que les écoles et les mosquées rouvriraient à leur tour.

L’état d’urgence a été décidé le 17 mars, et mis en œuvre à partir du 19. Les frontières terrestres et maritimes avec la Syrie, l’Irak, l’Égypte et Israël ont été fermées. Tous les vols entrants et sortants ont été suspendus, seuls les vols de fret et les livraisons commerciales par voie de terre étant autorisés à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le Cabinet a annoncé la fermeture de tous les services de l’État à l’exception des hôpitaux à compter du mercredi et ordonné la fermeture des entreprises privées, obligées de renvoyer leurs employés à la maison. Toutes les boutiques des centres commerciaux ont fermé à l’exception des commerces alimentaires et pharmacies. Les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits.

À la mi-avril, les mesures de distanciation dans des régions qui ne sont pas affectées par le virus ont été assouplies, par exemple à Karak, Maan, Tafilah et Aqaba – bien que l’interdiction des déplacements soit maintenue à l’intérieur des provinces et entre elles. Tandis que les restrictions pesant sur les activités économiques ont été progressivement allégées à partir de la dernière semaine d’avril, le couvre-feu nocturne doit rester en vigueur au moins jusqu’à la fin du Ramadan. Les institutions d’enseignement et religieuses, ainsi que les infrastructures de loisirs, restent fermées.

Le 28 avril, la Banque mondiale a approuvé une aide de 20 millions pour appuyer la réponse sanitaire du pays.

La Banque mondiale a approuvé le 12 mars la réaffectation de 40 millions de dollars E.-U. dans le cadre du Projet sur la Résilience sanitaire en cours de déploiement (120 millions) au profit du renforcement de la capacité du ministère de la Santé publique de répondre à la crise, en équipant les hôpitaux publics et en renforçant leurs moyens en matière de test et de traitement des cas suspects. Un objectif de 2 500 tests par jour a été fixé par le ministère de la Santé. Les entreprises non indispensables ont fermé, et un couvre-feu a été imposé entre 20h et 5h. Au début du mois de mai, le gouvernement a commencé de lever les restrictions sur les activités économiques dans le cadre de son plan de déconfinement en 5 phases, en autorisant la réouverture partielle des sites de construction, de certaines entreprises et restaurants. Une augmentation des nouveaux cas a toutefois été ensuite constatée, nourrissant les craintes d’une nouvelle vague de contamination. Le 10 mai, les autorités libanaises ont étendu le couvre-feu nocturne de 19h à 5h.

L’état d’urgence a été déclaré en Cisjordanie le 5 mars. 70 lits de soins intensifs existent à Gaza, pour une population de près de 2 millions de personnes. Le 18 mars, une aide financière d’urgence d’un million dédiée à l’aide sanitaire et à l’appui technique a été allouée par l’ONU pour faciliter la lutte contre l’épidémie.

Des mesures strictes de confinement sont en vigueur depuis le 22 mars. Le Premier ministre Shtayyeh a annoncé que les autorités de santé avaient été en mesure de fournir 1 000 tests quotidiens, et attendaient une livraison de kits de test et d’appareils respiratoires de la Chine. L’OMS a fourni des kits de test du COVID-19 (environ 5 760 tests), un équipement de protection et des désinfectants pour les mains afin de protéger environ 2 000 travailleurs de santé, des matériaux pour la construction des installations d’isolement à Jéricho ainsi que plus de 100 000 brochures pédagogiques pour la population. L’Arabie saoudite coordonne en outre avec le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne la fourniture de matériel médical pour faire face au coronavirus.

Le ministère de la Santé a mis en œuvre diverses mesures de confinement. En Cisjordanie, des installations de quarantaine et de traitement ont été mises en place dans plusieurs gouvernorats et les capacité des laboratoires publics augmentées à Ramallah. Une unité centrale de coordination a été créée au sein du cabinet du Premier ministre. À Gaza, des problèmes demeurent. Les déplacements sont interdits dans tous les gouvernorats entre 19h30 et 10h, pour éviter les regroupements familiaux pendant le Ramadan.

Le système de santé syrien a été mis à mal par le conflit violent prolongé, d’autant plus que les hôpitaux ont été des cibles directes des combattants. 64% de ceux-ci et 52% des centres primaires de santé qui existaient avant 2011 sont en état de fonctionner, avec 200 lits en soins intensifs. Dans la d’Idlib, qui compte environ un million de déplacés, 153 respirateurs étaient disponibles, et aucun espace de mise en quarantaine.

Compte tenu de la fragmentation du contrôle du territoire, ce sont des mesures de confinement distinctes qui se sont appliquées dans le pays. Le gouvernement syrien a ordonné la clôture des écoles, parcs et restaurants, et interdit les transports entre certaines villes. L’Administration autonome du Nord et de l’Est a fermé ses frontières et mis en œuvre un couvre-feu à partir du 23 mars. Elle a aussi interdit les rassemblements et fermé écoles et universités.

Les entreprises ont été autorisées à rouvrir à partir du 29 avril, avec des horaires réduits. Le couvre-feu nocturne national a toutefois été étendu. Le 7 mai, le gouvernement a annoncé que les élections législatives prévues le 20 mai étaient repoussées, à titre préventif.

Le gouvernement saoudien a pris des mesures drastiques de confinement, dont la fermeture des écoles, des universités et de tous les centres commerciaux à l’exception des pharmacies et des épiceries, l’interdiction des rassemblements publics, y compris à des fins religieuses, et la suspension des activités de nombreux services de l’État. Un état d’urgence a été imposé à toutes les grandes villes, tandis que les autres régions faisaient l’objet d’un couvre-feu entre 19h et 6h jusqu’à plus ample informé. Les déplacements entre les provinces du pays sont interdits et tous les vols internationaux et nationaux ont été suspendus, ainsi que les transports publics interurbains.

Le ministère de la Santé a affecté 25 hôpitaux, avec une capacité totale de 80 000 lits et 8 000 lits de soins intensifs, au traitement des cas de COVID-19. 2 200 lits ont aussi été ouverts dans des services de mise en quarantaine. Enfin, le Centre d’aide humanitaire et de secours du Roi Salman a passé un accord par lequel l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’appuie dans sa lutte contre le coronavirus avec une aide de 10 millions de dollars E.-U.

Le pays a aussi pris des initiatives pour repérer et suivre les cas potentiels de contamination. Le 8 avril, le ministère de la Santé a lancé une application pour suivre l’état des cas de COVID-19 suspectés. Le 20 avril, la municipalité de Djeddah a installé des caméras thermiques pour suivre les travailleurs et les consommateurs dans les centres commerciaux. Des caméras thermiques et des portails de désinfection ont été installés à l’entrée de la Grand Mosquée à la Mecque.

Les autorités émiraties ont fermé toutes les écoles et les universités dès le 8 mars. Des mesures complémentaires ont été prises le 25 dont la fermeture de tous les centres commerciaux et marchés ouverts, ainsi que l’interdiction de tous les rassemblements publics jusqu’à plus ample informé. Un couvre-feu national a été imposé entre 20h et 6h, les transports publics étant alors suspendus, et des restrictions strictes décidées comme la suspension des entrées de tous les étrangers détenant un permis de résident en règle. Début mai, les établissements commerciaux ont été autorisés à rouvrir à 30% de leur capacité et fonctionnent avec des horaires réduits. Des mesures strictes de prudence doivent être appliquées et les clients sont tenus de porter des masques faciaux et des gants.

Les ÉAU organisent en parallèle des campagnes générales de désinfection et ont renforcé leur capacité de test pour atteindre l’un des taux de test par habitant les plus élevés au monde. La municipalité d’Abu Dhabi a créé plusieurs centres de test depuis le véhicule, gratuits pour les personnes les plus vulnérables comme les femmes enceintes et les personnes âgées. Selon les plans rendus publics, deux centres dédiés au COVID-19 ont été ouverts aux travailleurs des zones industrielles, que gèrent les Cliniques d’Abu Dhabi.

Le Bahreïn a fermé toutes les écoles et garderies le 28 février, et tous les lieux publics le 15 mars. Bien qu’aucun état d’urgence national n’ait été imposé, les autorités ont commencé à utiliser des bracelets électroniques de traçage pour garantir que les personnes placées en quarantaine obligatoire respectent les règles. Ceux qui ne le font pas encourent des sanctions sévères dont des amendes allant de 1 000 à 10 000 BHD (2 650 à 26 500 dollars E.-U.) et un minimum de trois mois d’emprisonnement. Le pays a en outre imposé des restrictions aux déplacements, en conditionnant la délivrance de visas à l’arrivée à un test obligatoire et à une quarantaine des passagers entrants, et en fermant la chaussée qui relie le Bahreïn à l’Arabie saoudite à tout trafic non-commercial. Le 6 mai, les entreprises commerciales et industrielles ont été autorisées à reprendre leur activité, pour autant qu’elles appliquent des mesures de prudence comme le port de masques, la distanciation physique et la désinfection régulière des installations.

Les centres actuels d’isolement et de traitement ont une capacité de 1 667 lits, et 2 504 lits dans les centres de quarantaine. Le ministère de la Santé a confirmé que les capacités médicales actuelles restent supérieures au taux d’occupation. Près de 80 000 personnes ont été testées. Des dispositifs de test depuis le véhicule ont été installés dans le Centre international de convention et d’exposition. Le Bahreïn a en outre beaucoup investi dans les laboratoires d’analyses médicales ; il est le premier pays à prendre part à l’« essai de solidarité » de l’OMS visant à tester le premier traitement du COVID-19.

Les autorités koweïtiennes ont fermé toutes les écoles et universités publiques jusqu’au mois d’août. Tous les commerces non indispensables et lieux publics ont été fermés, et les transports publics jusqu’à plus ample informé. Un couvre-feu national a été décidé entre 16h et 8h, certaines zones étant en état d’urgence complet pour deux semaines à partir du 6 avril. Des congés nationaux ont été déclarés jusqu’au 28 mai. L’aéroport a été fermé à tous les vols commerciaux, sauf pour les citoyens et résidents koweïtiens entrants, placés en quarantaine obligatoire à l’arrivée. Des bracelets électroniques ont été imposés pour assurer le respect des règles de mise en quarantaine. Le 10 mai, à la suite d’une augmentation des cas, le gouvernement a imposé un couvre-feu permanent pendant 20 jours.

Des salles d’urgence ont été ouvertes dans quatre hôpitaux du pays et des installations de quarantaine construites, notamment pour les travailleurs migrants qui vivent dans des zones densément peuplées.

Les autorités qatari ont fermé tous les établissements d’enseignement publics et privés et la plupart des lieux publics, y compris les parcs et les plages, suspendu les transports publics et annulé tous les événements sociaux et publics. En plus de ces mesures, le gouvernement a imposé le télétravail obligatoire pour 80% des employés du secteur privé en priorité pour les personnes vulnérables (personnes âgées, femmes enceintes et personnes souffrant de maladies chroniques) et réduit le temps de travail. Tous les vols de transport de passagers internationaux ont été suspendus, sauf ceux rapatriant des citoyens qatari qui ont été soumis à une quarantaine obligatoire. Le 8 avril, toutes les activités commerciales non indispensables ont été interdites les week-ends, avec quelques exceptions dont la restauration à domicile, les stations essence et les entreprises sous-traitantes du secteur de la construction.

Les rendez-vous médicaux ordinaires dans les établissements de santé publics et les interventions sans caractère d’urgence dans les centres privés de santé ont été suspendus respectivement les 15 et 30 mars afin de privilégier le traitement des cas de COVID-19.

Oman a fermé toutes les écoles, commerces et installations publiques la semaine du 15 mars, en interdisant au même moment les rassemblements publics. Les autorités ont aussi réduit les effectifs présents dans les services d’État à 30% et encouragé les entreprises privées à limiter la venue de leurs employés à un strict minimum. Le 10 avril, le gouvernement a appelé à la fermeture de toutes les activités industrielles et commerciales implantées dans les zones d’industries légères. Des mesures de distanciation sociale ont été appliquées, et des points de contrôle installés sur les routes reliant les différents gouvernorats, afin de restreindre les déplacements entre les régions au personnel d’urgence et au transport des marchandises indispensables. Le 1er avril, la municipalité de Matrah a été placée en état d’urgence permanent après que des cas de contamination ont été constatés. Mascate a connu le même sort et été isolé des autres gouvernorats jusqu’au 28 mai.

Le 28 avril, certaines entreprises ont été autorisées à reprendre leur activité, dont la réparation automobile et le change. Les rassemblements religieux et les prières à l’intérieur des mosquées continuent à être interdits pendant le mois du Ramadan.

Tous les vols commerciaux depuis et vers Oman ont été suspendus le 29 mars, à l’exception de 16 vols de transport de matériel médical venant de Chine.

La guerre en cours au Yémen a gravement affecté les infrastructures sanitaires du pays. Selon l’ONU, seulement 51% des centres de santé restent en état de fonctionner. Le matériel médical et de protection reste insuffisant, et seuls deux sites de test existent. Les autorités yéménites ont pris des initiatives pour limiter la propagation du virus, en suspendant les vols vers et depuis le pays, en fermant la frontière d’Al-Wadia avec l’Arabie saoudite, et en fermant les écoles. Le 11 avril, à la suite de l’identification du premier cas de COVID-19 dans la province d’Hadramaout, le gouvernement a imposé un couvre-feu (18h-6h) dans toutes les villes de la province.

Le 10 avril, l’Organisation mondiale de la Santé a fourni 500 kits de test et affecté 37 infrastructures de santé aux situations d’isolement. L’Initiative Internationale COVID-19 au Yémen (IICY), qui mobilise des entreprises multinationales privées travaillant en étroite coopération avec l’ONU, a donné des kits de test et de l’équipement médical, dont 225 respirateurs et plus de 500 000 masques.

La Banque d’Algérie a baissé son taux d’intérêt directeur de 3,25% à 3% et réduit le taux de réserve obligatoire de 8% à 6%. Elle a aussi annoncé que les banques et les institutions financières pouvaient désormais différer les remboursements des échéances de prêts ou rééchelonner les remboursements de dettes des clients affectés par les problèmes économiques provoqués par le COVID-19. Elles peuvent en outre octroyer des prêts complémentaires aux clients dont les prêts en cours ont été différés ou rééchelonnés, en réduisant le ratio minimum obligatoire de liquidités des banques. Les échéances de paiement des taxes des entreprises, à la consommation et des particuliers ont été reportées au 20 mai, et la taxe récemment introduite sur les bénéfices non distribués a été suspendue. Des plans de paiement flexibles ont été rendus possibles pour les entreprises, et les délais de soumission des déclarations et de paiement des impôts ont été prolongés. Les activités en rapport avec l’agriculture demeurent autorisées, et les entreprises peuvent bénéficier d’une extension du délai de soumission des comptes sociaux annuels jusqu’au 30 septembre.

Le pays a annoncé le 28 mars la création d’un fonds spécial pour gérer la pandémie, évalué à plus de 32,7 milliards de dirhams (environ 3 milliards de dollars E.-U.). Ce fonds s’appuie sur la solidarité et les contributions du secteur public, des entreprises et d’individus qui ont souhaité y participer. Il est dédié à l’amélioration des infrastructures sanitaires et à l’acquisition de l’équipement médical indispensable, mais sera aussi utilisé pour gérer les répercussions sanitaires d’épidémie et atténuer son impact économique et social. Un Comité de vigilance économique (CVE) a été créé pour discuter et prendre les mesures utiles pour faire face aux conséquences économiques et sociales de la pandémie. Il est présidé par le ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme administrative, et comprend des représentants des secteurs public et privé. Le Maroc est en outre le premier pays qui mobilise toutes les ressources disponibles au titre de la Ligne de précaution et de liquidité du FMI pour un montant de 2,15 milliards de DTS (environ 3 milliards de dollars ou 3% du PIB). Ceci aidera les autorités à limiter l’impact social et économique de la pandémie du COVID-19 et permettra au Maroc de maintenir un niveau suffisant de réserves officielles pour compenser les pressions sur la balance des paiements. À partir du 27 avril, les entrepreneurs seront éligibles à un nouveau crédit jusqu’à un montant de 15 000 MAD.

Le 30 avril, 5,1 millions de ménages ont bénéficié de mesures d’appui financier au titre du fonds spécial COVID-19, dont 800 000 travailleurs affiliés au système national de sécurité sociale system dont l’activité a été interrompue à la suite de la crise. 2,3 millions de ménages enregistrés dans le dispositif d’assistance médicale RAMED, et plus de 2 millions de ménages qui n’en bénéficient pas habituellement.

Le 11 mai, la Banque Centrale du Maroc a lancé un appel officiel aux établissements bancaires à ne pas payer les dividendes en 2019, afin de conserver les fonds nécessaires pour faire face à l’impact financier de la crise.

Le 23 avril, 57% des PME ont suspendu leurs activités42.

Le 22 mars, le gouvernement a annoncé une série de mesures économiques et budgétaires pour un montant estimé à 2 500 millions TND (environ 2,2% du PIB). Ces mesures, visant à soutenir l’activité des entreprises, incluent la création d’un fond de soutien de 300 millions de TND (103 millions de dollars) au bénéfice des PME, la mise en œuvre de procédures d’octroi d’un crédit exceptionnel aux entreprises du tourisme et du secteur hôtelier, et le rééchelonnement des impôts dus pour les entreprises les plus affectées. Le 25 mars, l’Italie a octroyé un prêt de 50 millions d’euros à la BCT afin de soutenir les entreprises tunisiennes et d’atténuer l’impact socio-économique de la crise. Le 28 mars, l’UE a annoncé un don de 800 millions TND (276,5 millions de dollars) pour lutter contre la crise et ses conséquences socio-économiques.

La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a demandé aux banques de donner une échéance supplémentaire de 3 mois pour le remboursement de tous les prêts entre le 1er avril et le 31 juin. Cette mesure, d’abord restreinte aux individus ayant un revenu mensuel inférieur à 1 000 TND (343 dollars), a été généralisée à tous le 1er avril.

Le gouvernement a en outre annoncé des mesures d’assistance sociale exceptionnelle ciblant les ménages les plus vulnérables. Les bénéficiaires, dont les ménages responsables d’enfants, de personnes âgées ou de handicapés, ainsi que les ménages considérés comme nécessiteux et les travailleurs au chômage technique, recevront un versement liquide de 200 TND (70 dollars). Les personnes retraitées recevant une pension inférieure à 180 TND bénéficieront d’un virement supplémentaire de 100 TND (35 dollars) par mois.

Les permis de séjour accordés aux étrangers et valides au 1er mars seront prolongés, si cela est nécessaire, jusqu’à la fin de la crise. Ceci concerne aussi bien les touristes et les résidents.

Début mai, le ministère des Finances a annoncé que douze banques tunisiennes avaient prêté au gouvernement 1,2 milliards TND (410 millions $) en monnaie étrangère en appui à ses efforts pour faire face aux conséquences de la crise. Les précisions sur l’usage des fonds n’ont pas encore été révélées.

Le 17 mars, le gouvernement a annoncé une réduction des prix du gaz naturel et de l’électricité au bénéfice du secteur industriel. Afin d’appuyer le secteur financier, les autorités ont réduit le droit de timbre sur les placements en actions, et divisé par deux le taux d’imposition sur les dividendes pour les entreprises cotées en bourse, en la ramenant à 5%. La Banque Centrale d’Égypte a amené ses taux d’intérêt aux plus bas niveaux historiques, réduisant son taux au jour le jour de 300 points de base à 9.25% et le taux de prêt à 10,25%. Elle a aussi autorisé un différé de six mois pour le remboursement des prêts aux consommateurs et petites entreprises.

L’Égypte a aussi pris d’importantes mesures pour soutenir les ménages les plus vulnérables, notamment en étendant le bénéfice de ses programmes d’assistance sociale Takaful et Karama à 60 000 ménages supplémentaires. Une compensation de 500 EGP (environ 32 dollars) sera fournie aux travailleurs informels enregistrés auprès du ministère du Travail, par l’intermédiaire des bureaux de poste dans tout le pays. Cette mesure doit bénéficier environ à un million d’Égyptiens qui travaillent de manière informelle dans les secteurs de la construction, de l’agriculture, de la pêche et de la plomberie. Le gouvernement a aussi augmenté les versements aux femmes qui jouent un rôle important dans les zones rurales, de 350 EGP à 900 EGP afin d’assurer l’égalité entre hommes et femmes. Le Fonds d’urgence pour le travail distribue par ailleurs des aides d’urgence aux travailleurs du secteur du tourisme, pour une somme allant de 600 EG à 1 765 EGP équivalente au salaire original enregistré par le système d’assurance sociale. Environ 7 500 employés de 70 entreprises ont déjà bénéficié de ces subventions, et plus de 3 525 entreprises sont en cours d’examen.

Le gouvernement égyptien est aujourd’hui engagé dans des discussions avec le FMI au sujet de la demande d’une nouvelle subvention de ses efforts pour faire face aux conséquences économiques de la crise. La demande soit être examinée le 11 mai.

Les autorités iraniennes ont retardé le paiement de l’assurance de santé, des impôts et des services publics pour trois mois, afin d’alléger la pression financière sur les ménages. Elles ont aussi annoncé des versements d’argent à trois millions d’Iraniens les plus pauvres, et des prêts à taux bas pour quatre millions de ménages, en partie financés par le gouvernement. L’Iran a demandé une aide d’urgence du FMI de 5 milliards de dollars, ce qui serait son premier emprunt depuis un demi-siècle, pour renforcer la lutte contre le virus. La Banque mondiale a annoncé une aide de 50 millions de dollars, tandis que la Banque Islamique de Développement a rendu public un prêt de 130 millions d’EUR.

A la mi-avril, les commerces ont progressivement repris leur activité, les autorités appelant à leur réouverture pour minimiser les pertes économiques.

La Banque Centrale de Jordanie a injecté 705 millions de dollars dans l’économie en réduisant le taux de réserve obligatoires des banques commerciales de 7% à 5%. Des facilités de prêt accrues ont été accordées à la Banque Centrale pour permettre le rééchelonnement du remboursement des dettes et l’octroi d’un crédit supplémentaire. Les banques commerciales ont été invitées à différer les échéances des crédits des entreprises et à rééchelonner les remboursements des prêts aux particuliers.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé des mesures d’allègement des impôts, notamment en différant la collecte des taxes sur les ventes jusqu’à la date où les biens sont vendus (et non plus lors de la signature du contrat ou la conclusion de la vente).

Des mesures sociales ont été prises par le Direction de la sécurité sociale de Jordanie, dont la suspension des contributions à l’assurance vieillesse pour le secteur jusqu’au 31 mai, l’extension de cette même assurance aux personnes qui n’en bénéficiaient pas jusqu’alors et l’affectation de 50% des revenus de l’assurance maternité de l’année 2020 à une assistance matérielle et en nature au plus âgés et aux malades. Les employés en congé sans solde du secteur du tourisme, du transport et du commerce ont aussi la possibilité de demander le versement d’indemnités de chômage.

Une aide du FMI incluant un prêt de 1,3 milliards de dollars E.-U. négocié avant la pandémie a été révisée de manière à aider le pays à faire face au virus.

Le 1er avril, le cabinet a annoncé un plan de versement de 400 000 LBP (150 $) aux familles les plus pauvres. Alors que les syndicats font de plus en plus pression sur le gouvernement pour qu’il adopte des mesures de compensation, le déficit de 1,2 milliards de dollars de la dette en devises étrangères révélé le 7 mars, qui traduisait la grave crise économique que traversait le pays avant l’épidémie, risque d’être beaucoup aggravé par les solutions budgétaires et financières adoptées. Compte tenu de cette crise de liquidités, les banques ont un accès très restreint aux dépôts en argent liquide. Le ministère des Finances a rendu publique la suspension de la déclaration et du paiement de toutes les taxes. Le 17 avril, le Premier ministre libanais Hassan Diab a annoncé un plan de stimulation de 1 200 milliards LBP (797 millions $) visant à aider les travailleurs journaliers du secteur public, les personnels soignants et les agriculteurs, en même temps que des prêts aidés aux PME. Le 30 avril, le Parlement a approuvé formellement un plan de sauvetage économique, qui sera la base d’une demande d’appui au FMI.

Le Plan de réaction national au COVID-19, rendu public par les autorités palestiniennes le 26 mars, alloue 120 millions de dollars sur une période de 90 jours aux mesures de confinement dans différents secteurs clés, dont la santé, l’économie et la protection sociale. Le 27 mars, les volets humanitaires placés sous l’égide du Coordinateur humanitaire ont donné le détail de cette réaction au COVID-19 à hauteur de 34 millions de dollars pour 90 jours.

Le 17 mars, le Ministère israélien de la Défense a annoncé que les résidents de Cisjordanie travaillant dans des secteurs indispensables en Israël étaient autorisés à rester sur le territoire.

Le ministre palestinien des Finances a annoncé une extension des délais de déclaration des taxes sur le revenu des entreprises, repoussé les contrôles fiscaux et suspendu les pénalités de retard de paiement de la TVA mensuelle. La Banque Centrale de Palestine a aussi invité les banques à différer les échéances des prêts de 4 mois (6 mois pour le tourisme et le secteur hôtelier) pour toutes les entreprises et les individus. Le ministère de l’Économie s’est engagé à prendre des mesures pour favoriser les activités du secteur privé et envisage de créer un fonds d’urgence pour les PME, même si les détails n’ont pas été donnés à ce sujet. Sous certaines conditions, l’activité économique des entreprises exportatrices redémarre.

L’Autorité monétaire d’Arabie saoudite (SAMA) a annoncé un ensemble de mesures et de lignes directrices permettant aux banques de limiter l’impact négatif de la crise. Le 14 mars, la SAMA a rendu publique une aide de 50 milliards SAR (13,3 milliards $) pour permettre aux banques de différer le remboursement des prêts de six mois et accroître les prêts au secteur privé. Le 29 mars, elle a ordonné aux banques commerciales d’appuyer les entreprises et les particuliers affectés par la crise au moyen de prêts de restructuration sans charges et de la révision des honoraires pour tenir compte la baisse des taux d’intérêt.

Le gouvernement saoudien a par ailleurs annoncé le 20 mars un plan économique de 70 milliards SAR (18,7 milliards $) pour appuyer le secteur privé, et notamment les PME et les secteurs les plus affectés par la crise. Il consiste en exemptions et différés de paiement de dettes à acquitter aux services de l’État, notamment les impôts, afin de dégager des liquidités supplémentaires permettant au secteur privé d’assurer la continuité de l’activité.

Le 3 avril, un décret royal a été promulgué débloquant 9 milliards SAR supplémentaires (2,4 milliards $) pour prendre en charge une partie des salaires du secteur privé dans des secteurs lourdement affectés. Afin de prévenir le licenciement des employés, le décret dispose que le gouvernement va compenser 60% de ces salaires pendant trois mois. Plus de 1,2 million de citoyens devraient bénéficier de cette mesure. 50 milliards SAR (13,3 milliards $) supplémentaires ont été alloués le 15 avril afin d’accélérer le paiement des dettes de l’État au secteur privé et de réduire de 30% les factures d’électricité des secteurs commercial, industriel et agricole pendant deux mois.

Le 2 mai, plus de 80 000 entreprises et 400 000 citoyens saoudiens, soit 23% des citoyens travaillant dans le secteur privé et bénéficiaires du système national d’assurance sociale, ont bénéficié d’un appui financier.

Début mai, de nouvelles mesures ont été rendues publiques au bénéfice des secteurs industriel et minier, dont le différé des remboursements de prêts et la réduction des factures de services publics des entreprises privées, des mesures facilitant le règlement des dettes du secteur privé, et la conception de nouveaux produits au bénéfice du fonds de roulement.

La Banque Centrale des ÉAU a annoncé le 15 mars un plan de stimulation de 100 milliards AED (27,2 milliards $) autorisant les banques à différer provisoirement le remboursement des prêts aux particuliers et aux entreprises. Ce montant a été accru le 5 avril de 256 milliards AED (69,7 milliards $), la suspension des échéances a été étendue à la fin 2020. D’autres mesures ont abaissé les obligations de réserve des banques de 14% à 7% et déboursant 50 milliards AED (13,6 milliards $) en prêts à taux zéro aux banques au bénéfice des PME.

Le 24 mars, le gouvernement des EAU a annoncé un plan économique global de 16 milliards AED (4,36 milliards $) pour atténuer les effets de la crise et favoriser la continuité de l’activité des entreprises. Ces mesures visent à abaisser le coût de l’activité, en réduisant les charges liées au travail et autres taxes dues au ministère de l’Économie, en suspendant la collecte des amendes administratives, en réduisant les honoraires de permis de travail pour les entreprises ayant au plus six employés déclarés, et en donnant aux entreprises un dégrèvement de 50% sur les garanties bancaires versées pour leurs employés. Cette réduction des honoraires a été étendue à 94 services le 12 avril, avec une réduction des taux à hauteur de 98% pour certains services. Le 14 avril, l’Agence fédérale des taxes a prolongé d’un mois le délai de paiement de la TVA et des taxes.

À l’échelle locale, les gouvernements de plusieurs émirats ont introduit des mesures d’assistance financière. Ces mesures prises par le gouvernement de Dubaï incluent le remboursement de 20% des droits de douane sur les marchandises importées, des réductions des taxes municipales sur les ventes hôtelières, et une réduction de 10% sur les factures d’eau et d’électricité. En outre, le gouvernement d’Abu Dhabi a réduit ou suspendu les différentes taxes ou pénalités gouvernementales, et accordé des dégrèvements importants sur les loyers des entreprises du tourisme, du secteur hôtelier et des loisirs.

La Banque Centrale de Bahreïn (CBB) a augmenté ses facilités de crédit de 3,7 milliards BHD (9,8 milliards $) afin de faciliter le report des échéances et l’octroi d’un crédit complémentaire. Les principaux taux directeurs ont été réduits de 2,45% à 1,7% et les taux de réserve obligatoire des banques commerciales abaissé à 3%. Les frais prélevés sur les transactions par cartes bancaires ont en outre été plafonnés à 0,8%.

Le gouvernement bahreïni a annoncé le 18 mars un plan de stimulation de 4,3 milliards BHD (11,4 milliards $) ciblant les ménages et les entreprises. Il prévoit le doublement du fonds d’appui en liquidités, le paiement des factures d’eau et de services publics et l’exonération de tous les particuliers et entreprises des taxes municipales pendant trois mois à compter d’avril 2020. Les entreprises sont aussi exemptées de taxes sur les loyers pour les terrains industriels et de taxes touristiques pour les entreprises du secteur. Le 29 avril, le Premier ministre a annoncé de nouvelles exemptions de loyers pendant trois mois pour les locataires de logements et de commerces enregistrés auprès du Conseil Suprême de l’Environnement. En outre, Tamkeen, l’agence d’État octroyant prêts et appui aux entreprises, a annoncé qu’elle réorienterait tous ses programmes pour soutenir les entreprises très affectées par la crise.

Le 8 avril, le ministère du Travail et du Développement social a annoncé qu’il prendrait en charge les salaires de 100 000 citoyens travaillant dans le secteur privé d’avril à juin, pour un coût approximatif de 215 millions BHD (568 millions $).

Le 6 mai, le Parlement bahreïni a approuvé six propositions urgentes visant à atténuer les effets économiques de la pandémie, dont la diminution des prix de l’essence, l’appui aux agences de voyage et opérateurs touristiques, le versement accéléré des indemnités de chômage et des actions à l’encontre des entreprises qui ne respecteraient pas les droits des travailleurs.

La Banque Centrale du Koweït a pris diverses mesures pour atténuer l’impact de l’épidémie sur la croissance économique du pays. Elles incluent la réduction du taux d’actualisation, des taux d’intérêt, des taux de pension et de tous les instruments de la politique monétaire de 1% afin de réduire le coût de l’emprunt et d’augmenter la liquidité entre le secteur bancaire et non-bancaire. CBK a aussi annoncé le 2 avril un plan de stimulation pour appuyer les PME et les secteurs indispensables dans le contexte de crise, qui comprend un allègement des exigences d’adéquation des fonds propres de 2,5%, l’octroi de 5 milliards KWD (16,5 milliards $) pour les prêts complémentaires de banques locales, et le report des échéances de prêt de trois mois. Le 19 avril, CBK a invité les banques locales à repousser en septembre le remboursement des prêts octroyés aux clients touchés par le virus, sans pénalités.

La Banque Centrale du Qatar (QCB) a pris des mesures pour assouplir les conditions d’emprunt par les banques, dont la réduction de ses taux de dépôt de 1%, ses taux de prêt de 2,5% et les taux de pension de 1,5%. La Banque de Développement du Qatar a annoncé qu’elle repousserait le remboursement des prêts de 6 mois. Le gouvernement a en outre augmenté ses investissements sur la bourse du Qatar de 10 milliards QAR (2,75 milliards $).

Le gouvernement a annoncé un plan de stimulation économique de 75 milliards QAR (20,6 milliards $) en appui au secteur privé dans le contexte de la crise. Les principales mesures incluent une exemption des droits de douane pour les marchandises alimentaires et médicales pendant six mois pour les secteurs très touchés par la crise comme le secteur hôtelier et le tourisme, le commerce et les PME. Les industries de ces secteurs sont aussi exemptées du paiement des factures d’eau et d’électricité.

Le Ministère du Développement administratif, du Travail et des Affaires sociales a annoncé le 31 mars que tous les employés en quarantaine, dont les expatriés et les travailleurs migrants, percevraient intégralement leurs salaires. 3 milliards QAR (820 millions $) ont été alloués aux entreprises pour les aider à payer leurs employés, dans le cadre d’un programme administré par la Banque de Développement du Qatar.

La Banque Centrale d’Oman a annoncé le 18 mars un plan global de 8 milliards OMR (20,78 milliards) sous la forme de liquidités supplémentaires facilitant l’octroi par les banques de prêts aux secteurs très touchés par la crise économique, dont la diminution de 50% des taux de conservation des fonds propres, l’augmentation du taux de prêt/financement de 5% et la réduction de ses principaux taux directeurs.

Le gouvernement a aussi adopté diverses mesures d’allègement des taxes pour les entreprises, dont un report de paiement des taxes de trois mois, l’introduction de mécanismes flexibles de paiement des taxes, et l’exemption de la taxe municipale pour les restaurants et les établissements commerciaux ainsi que de la taxe touristique sur les restaurants. Les usines implantées dans les zones industrielles contraintes d’interrompre leur activité ont aussi été exemptées du paiement des loyers pendant trois mois.

Le 15 avril, le Comité suprême omani a annoncé des mesures complémentaires de secours pour les entreprises du secteur privé. Les entreprises auront la possibilité de négocier des réductions des salaires en échange de réduction des heures de travail et de congés payés anticipés en cas de complète fermeture des activités. Elles pourront aussi passer des accords avec d’autres entreprises pour détacher des employés. Les compagnies seront par ailleurs autorisées à mettre fin aux contrats de travail des travailleurs expatriés et de demander leur rapatriement. Il est par contre interdit de mettre fin aux contrats de travail des citoyens omani.

Des mesures sociales ont enfin été introduites pour verser de l’argent et des bénéfices en nature aux ménages les plus vulnérables. L’Autorité publique de Protection des consommateurs (PACP) a pris une initiative visant à fournir aux ménages à faibles revenus affectés par la clôture des commerces un panier de courses hebdomadaire contenant les produits indispensables.

Contact

Carlos CONDE (✉ carlos.conde@oecd.org)

Arthur PATAUD (✉ arthur.pataud@oecd.org)

Notes

← 1. Voir « Coping with a Dual Shock: COVID-19 and Oil Prices », Banque mondiale, avril 2020

← 3. International Diabetes Federation, IDF Diabetes Atlas – Ninth edition 2019, https://www.diabetesatlas.org/upload/resources/material/20200302_133351_IDFATLAS9e-final-web.pdf

← 13. Voir la note de l’OCDE à paraître sur l’investissement dans la région MENA lors de la pandémie du COVID-19.

← 15. Par exemple, le FMI estime que la Tunisie connaîtra un fort déclin de son IDE de 82,3% en 2020, de 798 millions $ à 141 millions $. https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2020/04/14/Tunisia-Request-for-Purchase-Under-the-Rapid-Financing-Instrument-Press-Release-Staff-Report-49327?cid=em-COM-123-41407

← 16. Les données n’incluent pas les flux d’IDE du Qatar, d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Pour plus de précisions sur la couverture des pays voir la note du Schéma 2.

← 23. Voir aussi la plateforme numérique de l’OCDE : « From containment to recovery: Environmental responses to COVID-19 » et « Environmental health and strengthening resilience to pandemics ».

← 24. Incluant les contributions directes et indirectes

← 31. Banque mondiale (2013). Jobs for shared prosperity: time for action in the Middle East and North Africa (Vol. 4).

← 32. Banque mondiale (2013). Jobs for shared prosperity: time for action in the Middle East and North Africa (Vol. 4).

← 35. UNIFEM/Promundo (2017), Understanding Masculinities. Results From the International Men and Gender Equality Study (IMAGES) - Middle East and North Africa, https://www.unwomen.org/-/media/headquarters/attachments/sections/library/publications/2017/images-mena-multi-country-report-en.pdf?la=en&vs=3602.

← 36. UNICEF (2020) Middle East & North Africa Region COVID-19 – Situation Report No.1 https://www.unicef.org/mena/media/8061/file/MENA%20SitRep_COVID%2019%20#1_31%20March%202020.pdf%20.pdf

← 37. OIT (2017), “ILOSTAT Database”, https://data.worldbank.org/indicator/SL.UEM.1524. ZS?locations=ZQ

← 38. Kabbani, N. (2017), “Revisiting the MENA Youth Employment Challenge”. Evidence Symposium on Youth and Adolescents. Amman: 21 novembre 2017.

← 39. PNUD (2016), Rapport sur le développement humain, Programme des Nations-Unis pour le Développement, New York.

← 40. Données issues de l’Enquête de l’OCDE sur les Organisations de la jeunesse : http://www.oecd.org/gov/what-steps-are-youth-organisations-taking-to-mitigate-the-covid-19-crisis.htm

← 42. Haut-commissariat au plan

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