Avec une centaine de pays confinés, la pandémie de COVID-19 est à l’origine du troisième choc économique, financier et social du xxie siècle, et le plus grave, après les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière mondiale de 2008. Ce choc systémique a provoqué un arrêt de la production mondiale qui a désorganisé les chaînes d’approvisionnement partout dans le monde, un effondrement brutal de la consommation accompagné d’une crise de confiance, et enfin, un recul marqué des services sous l’effet des mesures de confinement et de distanciation sociale, en milieu urbain notamment. Selon les estimations de l’OCDE, le PIB des pays de l’OCDE va se contracter de 9,5% en 2020 en cas de deuxième vague d’infections au COVID-191.

Au cours des derniers mois, de nombreuses mesures rigoureuses ont été mises en œuvre pour maîtriser le virus et soulager la pression pesant sur les hôpitaux et les infrastructures de santé. Initialement, la priorité absolue était de limiter au maximum les pertes en termes de vies humaines et de santé. Néanmoins, la pandémie a également déclenché une crise économique et sociale majeure. Compte tenu de la fin des restrictions liées au confinement dans de nombreux pays de l’OCDE, les premières mesures à court terme doivent être associées à des plans de relance à long terme, ce qui nécessitera des efforts coordonnés de l’ensemble des intervenants, et à tous les niveaux de l’administration publique, pour relever ce défi. La coopération internationale est devenue plus importante que jamais pour sortir de la crise, et les villes ont un rôle de premier plan à jouer à cet égard.

Depuis le début du mois de mars, l’OCDE recense les mesures locales visant à enrayer la propagation du virus, à protéger les habitants et les économies locales, et à sortir de la crise économique et sociale. La présente note fait un nouveau point sur ces mesures, notamment celles liées à l’assouplissement des restrictions liées au confinement et la reprise de long terme. Elle donne un aperçu de l’impact économique, social et environnemental de la crise de la pandémie de COVID-19 sur les villes, ainsi que des enseignements tirés sur la transition numérique, la mobilité urbaine, la densité urbaine, l’urbanisme et la gouvernance collaborative. Elle propose également un ensemble de recommandations sur les actions à mener pour construire des villes meilleures, résilientes et bien préparées à l’avenir dans le monde de l’après-COVID 19.

Près de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain, et cette proportion devrait atteindre 55 % à l’horizon 20502. Étant donné leur solide réseau d’établissements de santé, les villes sont mieux équipées que les autres régions pour faire face à la crise du COVID-19. Cela dit, ce sont des lieux densément peuplés, où les gens vivent et se rassemblent, et où le virus risque donc de se diffuser compte tenu de l’étroite proximité des habitants et des difficultés à appliquer la distanciation sociale. Les grandes métropoles et les villes secondaires, en particulier, sont souvent des centres d’affaires et de déplacements transnationaux, où les nombreux contacts humains peuvent amplifier la pandémie. Au Japon, par exemple, un festival d’hiver (Sapporo) et un club de musique (Osaka) ont été les foyers de contamination de nombreux individus3. Plusieurs assemblées religieuses organisées dans des villes ont aussi contribué à propager le virus, de Kuala Lumpur4 (Malaisie) à Daegu5 (Corée).

Par ailleurs, les villes caractérisées par des inégalités et une forte concentration de populations pauvres sont potentiellement plus vulnérables que les villes plus riches, moins peuplées, qui présentent moins de disparités. Selon les spécialistes, les pandémies naissent souvent en bordure des agglomérations, car les flambées virales sont généralement incubées et transmises par les populations périurbaines et les couloirs de transport situés en périphérie avant de se diffuser dans les centres-villes6.

La pollution, qui atteint des niveaux plus élevés en ville, est également à l’origine de troubles pulmonaires et cardiaques7, et est responsable d’au moins 7 millions de décès prématurés chaque année8. Les personnes souffrant d’affections respiratoires préexistantes, comme l’asthme ou la bronchite chronique, sont plus vulnérables face au virus. Les conséquences pour les citadins ou les personnes exposées à des émanations toxiques risquent donc d’être plus graves que pour d’autres9.

La crise du COVID-19 pourrait être l’occasion pour les citadins et les urbanistes de revoir radicalement et entièrement leurs habitudes de consommation, de production et de déplacement. Dans une certaine mesure, «la vie après le COVID-19 » sera plutôt une « vie avec le COVID-19 », d’où la nécessité de reconstruire les villes sur le long terme, en s’appuyant sur une nouvelle approche des espaces urbains qui tienne mieux compte des différents besoins, et abandonne la logique de mobilité au profit d’une logique d’accessibilité des équipements et des services de base. Des notions essentielles comme « l’économie circulaire », la « localisation des objectifs de développement durable », « l’urbanisme tactique10 » et « la ville du quart d’heure11 » peuvent contribuer à améliorer la qualité de vie tout en préservant la productivité, l’inclusion sociale et l’environnement.

La première partie de cette note à deux objectifs. Dans un premier temps, elle fournit une analyse des incidences économiques, sociales et environnementales de l’épidémie de COVID-19 sur les villes. Même s’il est encore tôt pour mesurer les conséquences globales de cette épidémie, de nombreuses villes ont commencé à faire des projections et des études d’impact afin d’étayer la prise de décision et l’action au niveau local, notamment en matière de stratégie de relance. Dans un second temps, elle résume les enseignements tirés pour la conception et la mise en œuvre des politiques urbaines et en vue de construire des villes meilleures, notamment en ce qui concerne : i) l’utilisation des outils numériques ; ii) la mobilité urbaine et l’avenir des transports publics urbains ; iii) le rôle de la densité urbaine ; iv) l’urbanisme et l’aménagement ; et v) la gouvernance collective. Ces enseignements seront utiles pour repenser les villes et les politiques urbaines dans le monde de l’après COVID-19.

L’OCDE prévoit une contraction sans précédent de l’économie mondiale en 2020. Le PIB des pays de l’OCDE devrait chuter de 9.5 % d’ici la fin de 2020 en cas de deuxième vague. Il s’agirait d’un recul sans précédent depuis la Grande dépression des années 193012. Le PIB devrait reculer dans presque tous les pays en 2020, avec cependant d’importantes variations en fonction des différentes situations. Alors que les prévisions de croissance économique ont été révisées à la baisse, le chômage lui continue de croître. Dans le monde, quelque 300 millions d’emplois à temps plein pourraient disparaître et près de 450 millions d’entreprises risquent de se retrouver en grande difficulté13.

Dans ce contexte, les villes ont commencé à faire des projections des conséquences de la crise sur les finances et l’économie locales. Les situations varient beaucoup au sein des pays et entre les pays, en fonction des branches d’activité les plus développées dans les villes (ainsi, celles reposant fortement sur le tourisme sont particulièrement affectées), et de leurs sources de revenus, mais toutes enregistrent de fortes tendances à la baisse en matière de PIB et de taux d’emploi :

  • La Communauté métropolitaine de Montréal (Canada) a publié une analyse de l’impact de la pandémie sur l’économie métropolitaine, qui montre que le COVID-19 devrait engendrer une contraction prononcée, mais temporaire, de l’économie du Grand Montréal au cours du deuxième trimestre de 2020. La distanciation sociale requise pour éviter la contagion et réduire la mortalité freinera l’activité économique en immobilisant surtout les secteurs où les contacts personnels sont plus fréquents : commerces de détail, services à la personne, transport de passagers (transports aériens et en commun surtout). Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les récessions frappant les principaux partenaires commerciaux vont affaiblir les exportations, l’investissement et le tourisme à moyen terme14.

  • La ville de Paris (France) a vu son activité économique baisser de 37 % depuis la mi-mars, contre 34 % à l’échelle nationale. On estime que la crise coûtera 400 millions EUR à la ville15.

  • La ville de Barcelone (Espagne) estime que la baisse de son PIB se situe à 14 %, soit quatre fois plus que lors de la crise financière de 2009.

  • Les principales villes du Royaume-Uni – Belfast, Birmingham, Bristol, Cardiff, Glasgow, Leeds, Liverpool, Manchester, Newcastle, Nottingham, et Sheffield – ont estimé que la crise avait entraîné des coûts s’élevant à 1.6 milliard GBP dans leurs villes en date du 22 mai 202016.

  • Selon une première estimation, la pandémie devrait avoir un impact économique majeur à Amsterdam (Pays-Bas), au vu de sa branche d’activité principale (à savoir le secteur touristique). Bien que les chiffres ne soient pas encore confirmés, les répercussions économiques sont estimées à 1.6 milliard EUR par mois, si la crise se poursuit, et la baisse de la croissance devrait être comprise entre 1.5 et 2.8 %, au lieu des 2.3 % de croissance initialement prévus17.

  • Selon les estimations d’une étude d’impact du confinement sur le marché du travail menée à Madrid (Espagne)18, la ville perdait 60 500 emplois directs après deux mois de confinement, un chiffre qui pourrait monter à 108 000 si l’on compte les emplois indirects. Cela représente 5.4 % de l’emploi total. Si l’on ventile les données par secteur, l’hôtellerie et la restauration sont les plus touchées (31.8 %, soit 19 227 emplois en moins), suivies du commerce de détail (11.3 %, soit 6 850 emplois en moins), des services à la personne (5.6 %, soit 3 425 emplois en moins) et de la culture (2.5 %, soit 1 497 emplois en moins).

  • Après deux mois de confinement, la chute du PIB à Bogota (Colombie) est estimée à environ 4 %, et le chômage a atteint 18 %. Avec trois mois de confinement, la baisse serait de 8 %, du jamais vu dans l’histoire de la ville. La ville va continuer à subir un fort impact, car son PIB dépend d’activités qui mettront plus longtemps à se rétablir, comme l’hôtellerie, la restauration, le tourisme et les spectacles. Avant la pandémie, la ville espérait une croissance économique de 3.5 % en 202019.

  • À Washington DC (États-Unis), le COVID-19 et ses conséquences ont entraîné la fermeture d’entreprises, menant 70 000 employés à s’inscrire au chômage ; un déficit de 700 millions USD est apparu dans le budget en cours de la ville, qui augmentera encore en 2021 et dans les années suivantes du budget pluriannuel de la ville20.

  • En mars, 77 entreprises de San Francisco (États-Unis) ont déclaré procéder à des licenciements, pour un total de 5 676 employés21. Le secteur technologique de la ville est également source de vulnérabilité économique, car l’on peut craindre que les dispositions favorisant le travail à distance mises en place dans ces entreprises ne mènent à un « exode » de la main‑d’œuvre, réduisant ainsi la consommation locale et les ressources fiscales de la ville22.

Outre la chute brutale des activités économiques et de l’emploi, les villes connaissent également une forte baisse des recettes fiscales :

  • La ville de San Francisco (États-Unis) estime que le déficit du prochain budget biennal établi plus tôt cette année se creusera de 1.1 à 1.7 milliard USD, en raison de la baisse des recettes23.

  • La ville de Florence (Italie) a également connu des pertes catastrophiques, le tourisme représentant 15 % de son PIB de 35 milliards EUR. La perte budgétaire est estimée à 200 millions EUR sur un montant habituel de 800 millions EUR24.

  • La ville de Reykjavik (Islande) a mis en place une équipe chargée d’estimer l’impact économique de la crise sur ses finances et d’élaborer des mesures de protection financière des services de base de la ville, des entreprises locales et des citoyens25.

  • Une enquête menée auprès des municipalités au cours de la première semaine d’avril par la National League of Cities et la U.S. Conference of Mayors a révélé que la grande majorité d’entre elles s’attend à une moins-value de recettes. La baisse des dépenses dans les commerces et les restaurants se traduit par une diminution des recettes des taxes sur les ventes, l’un des principaux moyens dont disposent les villes pour financer leurs services. La ville de New York (États-Unis) s’attend à perdre 7.4 milliards USD de recettes fiscales sur deux exercices, tandis que Los Angeles (États-Unis) pourrait perdre entre 425 et 829 millions USD sur la même période26. Plus de 30 % des revenus de la ville de Phoenix (États-Unis) proviennent des taxes sur les ventes liées au commerce de détail, au tourisme et aux divertissements. Avant l’épidémie de COVID-19, Phoenix prévoyait un excédent de 28 millions USD pour le prochain exercice. Elle prévoit désormais un déficit de 26 millions USD, d’après une estimation optimiste de l’impact de l’épidémie sur son budget. Ce déficit a été calculé en supposant que le choc provoqué par la pandémie ne durerait que jusqu’en juillet. S’il dure jusqu’en octobre, Phoenix pourrait faire face à un déficit de 56 millions USD. S’il se poursuit jusqu’en décembre, ce déficit pourrait atteindre 79 millions USD. Enfin, s’il se poursuit jusqu’en juin 2021, le déficit s’établira à pas moins de 100 millions USD27.

  • Une étude conduite en mai 2020 par le Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE) sur l’impact de la crise sur les finances locales et régionales confirme l’incidence significative sur les finances locales, car en plus des pertes de revenu qu’elles connaissent, les administrations locales sont en première ligne de la gestion de la crise et sont confrontées à d’importantes hausses des dépenses. L’étude indique que l’augmentation des dépenses a été principalement due à l’achat d’équipement de protection pour les agents publics et les travailleurs exposés, au coût de la mise en œuvre du confinement et des mesures de protection, et à l’aide apportée aux plus vulnérables. Concernant la perte de revenus, les principales raisons étaient une baisse des recettes fiscales provenant des impôts sur le revenu des particuliers et de la taxation des entreprises, en raison du fort ralentissement de l’activité économique28.

La note de l’OCDE L’Impact territorial du Covid-19 : Gérer la crise entre niveaux de gouvernement souligne en outre que les restrictions budgétaires au sein des administrations infranationales – bien que non uniformes – devraient être de longue durée. Alors que la crise exerce une pression à court terme sur les dépenses sociales et de santé, son impact le plus fort est attendu à moyen terme. La note avertit des éventuels effets néfastes des réductions des dépenses, et appelle à éviter un « effet ciseaux » de baisse des recettes locales et de hausses des dépenses, et à maintenir l’investissement public29.

Les conséquences de la pandémie viennent s’ajouter à des vulnérabilités socio-économiques déjà existantes et affectent surtout les minorités et les populations vulnérables. Les travailleurs à faible revenu, qui disposent de moins d’épargne et sont moins susceptibles de pouvoir télétravailler, ont été durement touchés par les mesures telles que la distanciation sociale et la fermeture des commerces, des transports, des restaurants et d’autres services. Les sans-abris, dont la population est estimée à 1.9 million dans les pays de l’OCDE, n’ont pas ou peu les moyens de s’isoler et de se protéger de l’infection. Pour les personnes âgées, qui sont nombreuses à vivre seules et qui peuvent de moins en moins s’appuyer sur leur famille ou leurs connaissances, le COVID-19 a fortement perturbé leur quotidien et leur autonomie, et a été source de solitude et d’autres répercussions d’ordre psychologique, en plus des risques plus élevés de complications en cas d’infection. Les femmes, qui sont surreprésentées dans les secteurs des services (comme le tourisme, l’hôtellerie et la restauration) qui reposent sur l’interaction physique avec les clients, sont plus susceptibles d’être affectées par le repli économique dû au COVID-19 ; elles sont par ailleurs confrontées à un risque accru de violence domestique30. Pour la ville de Manchester (Royaume-Uni), les inégalités socio-économiques représentent la principale urgence à traiter pour se sortir de la crise, car les zones affichant une plus grande concentration de logements inadaptés et d’emplois précaires ont été bien plus touchées par le coronavirus. Cet état de fait a également été constaté à l’échelle régionale : le 5 juin, alors que le taux de reproduction (R0) était descendu en dessous de 1 à Londres et dans le sud du Royaume-Uni, il était toujours supérieur à 1 dans le nord-ouest du pays31. La ville de Manchester travaille avec les communautés locales par le biais d’enquêtes et de consultations afin d’évaluer l’impact de la crise sur les minorités et les populations vulnérables.

La ville de Bristol (Royaume-Uni) a également reconnu que la crise liée au COVID-19 et les règles de distanciation sociale avaient exacerbé les dynamiques des inégalités socio-économiques. La ville finance et prend en compte des études et des recommandations émanant d’organisations de la société civile traitant de ces disparités32. On peut citer en exemple le travail effectué par le Black South West Network (BSWN) de Bristol, qui est venu en aide aux entreprises, organisations, et communautés noires, asiatiques et liées aux minorités ethniques (BAME – Black, Asian, and Minority Ethnic), à travers des conseils et un suivi de l’impact de la crise sur ces communautés. Les conclusions d’une étude menée par le BSWN en vue d’orienter l’action locale révèle que les communautés BAME tendent à être surreprésentées dans des secteurs qui sont les plus durement touchés par la crise du COVID-19, à savoir les secteurs de l’alimentation et du commerce de détail, les arts, les secteurs culturels et de la création, et les chauffeurs de taxi et autres emplois à faible revenu parmi les travailleurs indépendants, et que cette situation était aggravée par des conditions inégalitaires déjà existantes en termes de santé, de logement et d’accès aux TIC, ainsi que par les difficultés historiques que rencontrent les organisations de terrain s’adressant aux BAME pour accéder aux financements nationaux33.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, les émissions de CO2 devraient baisser de 8 % en 2020, les émissions quotidiennes de CO2 ayant chuté en moyenne de 17 % dans le monde début avril, principalement en raison du ralentissement de l’activité économique lié au confinement imposé par le COVID-1934. La ville de New York (États-Unis), par exemple, a enregistré une baisse de 38 % des émissions de CO2 par rapport à leur niveau d’avant la pandémie. En Europe, on rapporte que les émissions quotidiennes de carbone ont diminué de 58 % pendant le confinement, les émissions des voitures et des motocyclettes ayant baissé de 88 %. À long terme toutefois, une baisse de 8 % sur un an n’est pas particulièrement significative, sachant que les reprises économiques ayant fait suite aux précédentes crises mondiales ont engendré une forte hausse des émissions de GES qui a annulé les réductions d’émissions à court terme35. En outre, sans mesures concrètes et coordonnées, la crise liée au COVID‑19 risque de mettre en péril les investissements bas carbone, pour deux raisons majeures : tout d’abord l’incertitude économique incite plutôt les entreprises à réduire ou à retarder leurs activités d’investissement et d’innovation, qui sont particulièrement importantes pour les investissements dans le secteur de l’énergie ; ensuite le faible prix des énergies fossiles incite peu à investir dans les technologies bas carbone et les économies d’énergie36.

La réduction de la circulation a eu un impact positif sur la qualité de l’air pendant le confinement dans de nombreuses villes à travers le monde. Dans les régions ayant imposé un confinement, l’activité de transport routier a chuté de 50 à 75 %, et les embouteillages aux heures de pointe ont connu une baisse atteignant jusqu’à 95 % dans les grandes villes. La ville de Madrid (Espagne) a enregistré une baisse de 14 % du trafic aux heures de pointe après les premiers jours de confinement37. La pollution atmosphérique a diminué de 10 à 30 % dans les villes chinoises en raison du confinement38. Par rapport à 2019, les niveaux de pollution à New York (États-Unis) ont diminué de près de 50 % du fait des mesures prises pour maîtriser le virus39. Le niveau mondial de dioxyde d’azote, un polluant associé aux voitures, est au plus bas. Les niveaux de dioxyde d’azote ont fortement diminué entre le 13 mars et le 13 avril 2020 par rapport à l’année précédente. Les villes de Madrid (Espagne), Milan (Italie) et Rome (Italie) ont enregistré des chutes d’environ 45 %, et Paris (France) a même connu une baisse de 54 % suite aux mesures de confinement40. Les données provenant du Service de surveillance de l’atmosphère Copernicus de l’Union européenne, qui suit la pollution atmosphérique dans 50 villes européennes, révèlent que 42 d’entre elles ont enregistré des niveaux de dioxyde d’azote inférieurs à la moyenne en mars41. À New Delhi (Inde), la réduction de 95 % des embouteillages aux heures de pointe durant les premières semaines du confinement a coïncidé avec une baisse de 66 % du dioxyde d’azote. Les villes en Inde et en Chine ont par ailleurs enregistré une diminution des concentrations d’oxyde de soufre parallèle à la réduction de l’activité industrielle42.

Toutefois, à mesure qu’il est mis fin au confinement dans de nombreux pays, les concentrations de dioxyde d’azote remontent, et retrouvent, en Chine par exemple, leur niveau normal43. La pollution, qui atteint des niveaux plus élevés en ville, est également à l’origine de troubles pulmonaires et cardiaques, et est responsable d’au moins 7 millions de décès prématurés chaque année44. Dans les 3 000 villes qui surveillent la pollution atmosphérique dans le monde, plus de 80 % des habitants sont exposés à des niveaux de qualité de l’air inférieurs aux limites fixées par l’Organisation mondiale de la santé45. Le dioxyde d’azote, produit par les centrales électriques, les véhicules et les installations industrielles, peut avoir des incidences importantes sur la santé, comme un risque plus élevé de développer des problèmes respiratoires. Les personnes souffrant d’affections respiratoires préexistantes, comme l’asthme ou la bronchite chronique, sont plus vulnérables face au virus. Les conséquences pour les citadins ou les personnes exposées à des émanations toxiques risquent donc d’être plus graves que pour d’autres46.

Durant la crise du COVID-19, les volumes de déchets solides ont augmenté, y compris ceux des déchets non recyclables comme les gants et les masques jetables qu’on retrouve sur les plages du monde entier en raison d’une élimination inadaptée. En Amérique du Nord, les volumes de déchets ménagers devraient augmenter d’environ 30 %47. En Irlande, les quantités de déchets ménagers ont augmenté de 20 à 30 %48. Entre mars et avril 2020, les villes des États-Unis ont enregistré une hausse moyenne de la collecte des déchets solides et des matières recyclables de 20 %49, certaines villes comme Chicago connaissant une augmentation pouvant aller jusqu’à 50 %50. Les déchets médicaux infectieux ont augmenté de 600 %, passant de 40 tonnes à 240 tonnes par jour dans la province du Hubei (Chine) en pleine épidémie de COVID-1951. L’agence en charge des déchets en Catalogne (Espagne) a observé une hausse de 350 % depuis la mi-mars. Alors que 3 300 tonnes sont habituellement générées par an en Catalogne (environ 275 tonnes par mois), depuis le début du confinement en mars, la production a atteint 1 200 tonnes, ce qui représente 925 tonnes de plus que d’habitude52.

La transformation numérique a occupé un rôle important dans la réponse des villes à la pandémie, avec des outils permettant de surveiller le risque de contagion et de veiller au respect du confinement et de la distanciation sociale, mais aussi en facilitant la continuité de certains services et de l’activité économique par voie virtuelle. Ces outils et les changements d’habitudes qu’ils ont impliqués resteront présents pendant la phase de relance des villes et pour renforcer la préparation à d’éventuelles nouvelles vagues. Cette situation a accéléré la réflexion sur les questions des droits à la vie privée et de l’universalité de l’accès à internet.

En matière de traçage des contacts et de surveillance de la distanciation sociale, les villes ont en effet adopté différentes approches dans leur utilisation des données. La ville de Newcastle (Royaume-Uni) utilise les technologies urbaines intelligentes pour évaluer le respect de la distanciation sociale53. À Daegu (Corée), l’enquête épidémiologique menée durant l’épidémie s’est appuyée sur la plateforme de données de la « ville intelligente » pour retracer les itinéraires des patients54. La ville de Séoul (Corée) a également exploité les données de géolocalisation et d’utilisation des cartes bancaires, ainsi que la vidéosurveillance55. D’autres villes ont opté pour un suivi moins individualisé, en recourant par exemple aux données urbaines pour observer la densité collective et les schémas de mobilité. Ainsi, la ville de Mexico (Mexique) a établi un partenariat avec Google Maps et Waze pour suivre l’évolution de la mobilité56, et la ville de Budapest (Hongrie) utilise les outils de la ville intelligente pour repérer les regroupements de personnes57. Le gouvernement coréen prévoit de créer une base de données des « villes intelligentes » et de faire en sorte que les contrevenants à la quarantaine acceptent d’utiliser des bracelets de suivi58. Cette base de données a été initialement conçue pour permettre aux villes de partager des informations sur des thématiques comme le trafic et la pollution. Les autorités sanitaires comptent exploiter ce réseau pour réduire le temps nécessaire pour détecter et isoler les cas de COVID-19. Toutefois, malgré leur impact positif dans la lutte contre l’épidémie, leur utilisation soulève des inquiétudes quant à la protection de la vie privée. Par exemple, la Commission européenne est actuellement en contact avec huit opérateurs de télécommunications européens afin d’obtenir des données agrégées anonymes de géolocalisation mobile, et de coordonner les mesures de suivi de la propagation de la maladie. Ces données seront supprimées une fois la crise terminée, afin de tenir compte des préoccupations liées à la protection de la vie privée59.

Le travail et l’étude à distance sont également devenus la norme pour une grande partie de la population lorsque les villes ont mis en place un confinement et pris des mesures de distanciation sociale. Un enseignement important de la pandémie de COVID-19, résultant en grande partie d’une conjugaison de « l’effet Zoom » et de « l’effet Greta », est que le télétravail est compatible avec la productivité, et contribue largement à réduire les externalités environnementales négatives.

Une « nouvelle normalité » va probablement émerger, en vertu de laquelle nombre de salariés et d’entreprises exploiteront le potentiel du télétravail et adapteront leurs habitudes de déplacement lorsque cela sera approprié et possible. De fait, les sondages montrent que les citoyens conservent leurs nouvelles habitudes de travail et de déplacement après une crise des transports. Par exemple, après la grève des transports de Londres, en 2014, 5 % des passagers ont conservé leurs nouveaux itinéraires et modes de transport60. Plus récemment, un sondage mené en Belgique a montré que jusqu’à 90 % des salariés souhaiteraient poursuivre le télétravail après la levée des restrictions actuelles et lorsque tout le monde pourra retourner au travail61. Il a été rapporté en juin que jusqu’à 70 % des habitants de Londres (Royaume-Uni) n’étaient pas à l’aise avec l’idée d’aller au travail en transport en commun62. En région Ile-de France, on rapporte que depuis le 11 mai, jusqu’à 31 % de la population utilise moins ou n’utilise plus les transports en commun, les remplaçant par le véhicule personnel ou la mobilité active (vélo, trottinette électrique, marche)63.

Cependant, les travailleurs et les entreprises sont inégaux en matière de télétravail. Si certains salariés peuvent réduire leur exposition au risque de contagion en télétravaillant, ou bénéficier de mesures préventives, beaucoup n’en ont pas la possibilité en raison de la nature de leur travail, d’inégalités préexistantes, ou de la fracture numérique. Tout d’abord, 61 % de la population active mondiale, soit 2 milliards de travailleurs, occupent un emploi informel64 et sont plus susceptibles d’être exposés à des risques pour la santé et la sécurité faute de protections appropriées, comme des masques ou des désinfectants pour les mains. Ensuite, tout le monde ne peut pas travailler à domicile. Aux États-Unis, moins de 30 % des salariés ont la possibilité de travailler à domicile du fait de la nature de leur emploi, et cette possibilité varie énormément selon la race et l’origine ethnique, mais aussi d’une entreprise à l’autre65. La note de l’OCDE « Les capacités en termes de télétravail peuvent entraîner des coûts de confinement différents selon les territoires » met en évidence de fortes disparités régionales au sein des pays de l’OCDE en termes de possibilités de télétravail : en moyenne, 50 % des emplois au Luxembourg, 40 % en France et 21 % en Turquie sont compatibles avec ce mode de travail66. Enfin, de nombreux travailleurs ne disposent pas d’une connexion Internet haut débit stable à leur domicile, ou alors les entreprises n’ont pas les moyens de fournir à leurs salariés la technologie nécessaire pour télétravailler67.

La fracture numérique fait partie des nombreuses inégalités mises en évidence par la pandémie de COVID-19. Les villes ont dans un premier temps pris des mesures d’urgence ou temporaires pour essayer de combler ce déficit. La ville de Boston (États-Unis) s’efforce de réduire la fracture numérique en fournissant aux lycéens un « téléphone mobile/point d’accès » gratuit dans le cadre du projet « 1Million ». Les écoles publiques de Boston fournissent également un Chromebook aux élèves qui ont besoin d’un appareil. La ville de New York (États-Unis) dispose d’un stock de 25 000 Chromebooks à remettre aux élèves, mais quelque 300 000 élèves n’ont toujours pas accès à des appareils. À Yokohama (Japon), comme il se peut que certains élèves n’aient pas accès à internet, certains cours ont été diffusés sur la chaîne secondaire d’une chaîne de télévision locale (TV Kanagawa) à compter du 20 avril. La ville de Milan (Italie) a lancé un appel au don d’appareils ou de connexions internet aux écoles qui ont commencé l’enseignement à distance. La ville de Toronto (Canada) s’est associée à des entreprises du secteur des TIC pour fournir un accès internet temporaire gratuit aux quartiers défavorisés, aux établissements de soins de longue durée et aux refuges. Pour faire suite aux mesures d’urgence adoptées, les villes pensent maintenant mettre en place des stratégies à long terme, et le renforcement et l’extension de l’accès à internet et aux équipements numériques deviennent un aspect important de la reprise et de la résilience.

La mobilité a été très affectée par la pandémie de COVID-19, ce qui a donné aux villes l’impulsion nécessaire pour revoir leur approche de l’espace urbain et proposer d’autres solutions. Elles ont par exemple encouragé la pratique du vélo, qui fait partie des options privilégiées pour la période de l’après‑confinement dans le cadre du mouvement d’urbanisme tactique (voir la Partie III). Les villes travaillent désormais à des stratégies permanentes et à plus long terme, et investissent dans une infrastructure de mobilité active, l’amélioration de la sécurité dans les transports en commun, et des options de transport à faible émission, comme les trottinettes et les véhicules électriques.

Malgré l’ampleur de l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les systèmes de transport public, dans la plupart des pays de l’OCDE, ces systèmes ont fait preuve d’une remarquable capacité à mettre en place des mesures d’hygiène et de distanciation lors de la sortie du confinement, limitant ainsi la création de nouveaux foyers liés aux transports. De nombreux systèmes de transport urbain se sont ainsi adaptés à cette crise sans précédent, et ont réussi à garantir un niveau minimum de service et d’entretien, et à déployer rapidement des mesures strictes d’hygiène afin de protéger la santé des employés et des usagers, mais d’importants défis restent cependant à relever68. Les organismes de transport urbain du monde entier ont également dû faire face à des niveaux extraordinairement bas de voyageurs et aux pertes qui en ont découlé en termes de recettes ; ce manque à gagner menace leur stabilité financière et durera encore des mois tant que la distanciation sera de mise dans les transports en commun :

  • L’Association américaine des transports publics (American Public Transportation Association – APTA) estime que les organismes de transport en commun seront confrontés à un déficit financier de 48.8 milliards USD entre le 2e trimestre 2020 et la fin de 2021. À l’échelle nationale, le nombre d’usagers a chuté de 73 %, et les recettes de 86 % en avril 2020 par rapport à avril 2019. La réduction des dépenses d’équipement pourrait en outre conduire à la perte de 37 000 emplois dans la construction en 2020, et 34 000 en 2021, en raison des retards pris et des annulations de projets. Le manque à gagner trimestriel est estimé entre 4.2 et 8.1 milliards USD d’ici la fin 2021, même en cas de reprise de l’économie, en raison de plusieurs contraintes comme la réduction de la capacité, les coûts liés à la désinfection, la baisse des tarifs et les prévisions de hausse du chômage69.

  • En avril 2020, l’APTA a réalisé une enquête auprès de ses membres (plus de 1 500,  appartenant au secteur public ou au secteur privé, aux États-Unis et au Canada) sur l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les organismes de transport et leur planification. Elle a reçu 121 réponses provenant d’organismes de transport public représentant 76 % du trafic aux États‑Unis. Les résultats montrent qu’en avril 45 % des organismes affichaient des niveaux de service à 50 % ou moins par rapport aux niveaux pré-COVID ; 87 % des organismes appliquaient la gratuité ou avaient stoppé l’encaissement des prix des billets ; et 52 % des organismes déclaraient des retards ou des interruptions des projets d’équipement70.

  • Avant l’épidémie de COVID-19, la Washington Metropolitan Area Transit Authority (WMATA) prenait en charge environ 1 million de personnes au cours d’une journée de semaine ordinaire dans ses 91 gares ferroviaires et plus de 10 000 arrêts de bus. L’épidémie a provoqué un effondrement des voyages et des services ; les déplacements en train ont chuté de 92 % et le nombre des passagers dans les bus a baissé de 75 % la dernière semaine de mars71.

  • On estime que la Metropolitan Transport Authority de la ville de New York pourrait faire face à un déficit allant jusqu’à 8.5 milliards USD d’ici la fin de l’année, cela même en prenant en compte l’aide financière fédérale de 3.8 milliards USD qu’elle a reçue72. Fin mars, les trajets en métro avaient chuté de 10 % sur les 5 millions de voyages les jours de semaine73.

  • À San Francisco, le système de transport en commun municipal perçoit près de deux fois plus de recettes des redevances de stationnement et des amendes que des titres de transport ; et ses recettes se sont effondrées pendant le confinement (70 % du réseau de bus était à l’arrêt lorsque les restrictions étaient les plus strictes)74.

  • Transport for London a également connu une diminution de 90 % de ses recettes provenant des titres de transport depuis que des mesures de confinement ont été instaurées au Royaume-Uni75.

  • Pendant le confinement en France, 30 % du réseau de la RATP à Paris était opérationnel, et seuls 500 000 trajets quotidiens ont été enregistrés en moyenne (soit 4 % des 12 millions de trajets habituels)76.

Entre le 9 mai et le 11 juin en France, 300 nouveaux foyers de coronavirus se sont déclarés, mais aucun n’était lié aux transports en commun. De même, après la levée de l’état d’urgence fin mai, le Japon a déclaré que pendant l’épidémie, aucun nouveau foyer n’a été associé aux transports en commun77 (mais plutôt aux salles de sport, aux bars et aux salles de concert78). Même si ces données et observations ne couvrent qu’une courte période, l’absence de foyers explicitement liés aux transports vient peut-être de la mise en place efficace de mesures de distanciation et du respect du port du masque (parallèlement à d’autres facteurs tels que la réduction des trajets, les mesures d’hygiène plus strictes, ou les difficultés à localiser directement l’origine exacte des foyers). Il s’agit néanmoins de signes encourageants concernant la possibilité d’utiliser les transports en commun en toute sécurité pendant une telle pandémie.

Les villes compactes sont vantées depuis longtemps pour leurs avantages, qui sont notamment des modes d’urbanisation denses, la meilleure accessibilité des services et emplois locaux, les courtes distances intra-urbaines et les systèmes de transport public, qui contribuent positivement à l’efficience des investissements en infrastructure, à la réduction de la consommation d’énergie et des émissions de CO2, ainsi qu’à la diffusion des connaissances et à la croissance économique79. Même dans le contexte de la pandémie de COVID-19, des environnements urbains denses peuvent permettre d’accéder plus rapidement aux services sanitaires et sociaux, de créer des réseaux de soutien pour lutter contre l’isolement social, et de mettre à profit les « infrastructures sociales » (à savoir les institutions communautaires) pour atténuer les conséquences de la pandémie. Toutefois, avec cette crise, la vulnérabilité des villes densément peuplées et les risques de propagation du virus qui y sont associés ont commencé à faire débat, en raison de la proximité des habitants et des difficultés à appliquer les mesures de distanciation sociale.

Des données récentes suggèrent toutefois que la densité urbaine n’est pas automatiquement corrélée à des taux d’infection plus élevés. Une étude publiée le 18 juin dans le Journal of the American Planning Association a analysé les taux d’infection et de mortalité dans 913 comtés métropolitains des États-Unis. Prenant en compte d’autres facteurs comme l’origine ethnique et le niveau d’instruction, l’étude démontre que la densité du comté n’est pas significativement associée au taux d’infection, et constate même que les comtés les plus densément peuplés – par opposition aux plus étendus – présentent des taux de mortalité plus faibles. Ce plus faible taux de mortalité a été attribué à un niveau de développement supérieur, notamment un meilleur système de santé. Enfin, il est rapporté que des taux plus élevés d’infection et de mortalité sont effectivement corrélés à une proportion plus élevée de personnes âgées de 60 ans et plus, à une plus faible proportion d’individus diplômés de l’enseignement supérieur, et à une plus grande proportion d’Afro-Américains80.

Ces résultats de recherche indiquent également que la densité n’est pas la seule cause de la vulnérabilité des villes face à la pandémie : en fonction des conditions structurelles, économiques et sociales qui y règnent, elles sont plus ou moins capables de mettre en œuvre des solutions efficaces. Par exemple, les villes caractérisées par des inégalités, des logements inadaptés et une forte concentration de populations pauvres sont potentiellement plus vulnérables que les villes plus riches, moins peuplées, et qui présentent moins de disparités.

Dans certains pays d’Asie, des mesures rapides (décrets sur le télétravail et le confinement), ainsi que des tests précoces et un dépistage à grande échelle des cas de COVID-19, ont permis d’éviter d’importantes poussées épidémiques dans plusieurs villes hyperdenses comme Hong Kong, Séoul et Tokyo. Dans la plupart des quartiers aisés de ces villes hyperdenses, les habitants ont pu se confiner sur place, télétravailler et se faire livrer toute leur nourriture et autres produits de première nécessité, réduisant ainsi leur exposition au virus. Les villes chinoises plus riches et plus denses, comme Shanghai, Pékin, Shenzhen, Tianjin et Zhuhai, ont eu moins de cas confirmés en raison de leur capacité à mobiliser suffisamment de ressources budgétaires et à fournir des équipements et des services de meilleure qualité à leurs habitants81.

Par ailleurs, dans les banlieues pauvres plus densément peuplées, beaucoup d’habitants s’entassent dans des foyers multifamiliaux et multigénérationnels, ou occupent des emplois de service de première ligne impliquant une proximité physique avec d’autres personnes ou avec le public sans protections ni mesures de distanciation sociale adéquates, ce qui les expose davantage au risque d’infection. Cet écart de densité entre quartiers riches et quartiers pauvres transparaît également dans la répartition géographique du virus dans la ville de New York : le virus frappe plus durement des quartiers périphériques, comme le Bronx, le Queens, et même Staten Island, moins densément peuplés que le quartier de Manhattan82. À Singapour, on rapporte que la dernière phase de propagation exponentielle du virus est partie des dortoirs bondés qui abritent les milliers de travailleurs étrangers titulaires de contrats de longue durée83. De la même manière, à Melbourne un ensemble de logements sociaux a dû être mis brutalement en confinement, car les conditions de vie dans le bâtiment ne permettaient pas le respect de la distanciation sociale84. En outre, les personnes vivant dans des bidonvilles sont plus vulnérables que celles vivant dans des conditions plus favorables. Cela est particulièrement visible à Guayaquil, en Équateur, où une planification urbaine inefficace et des logements inadaptés compliquent la réponse à la crise85.

Les villes adaptent l’aménagement urbain, récupèrent des espaces publics pour les citoyens, et redéfinissent l’emplacement des fonctions urbaines essentielles afin de garantir un accès plus facile aux commodités et services urbains tout en veillant à la sécurité et à la santé des habitants. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, des concepts tels que la « ville du quart d’heure » élaboré par Carlos Moreno gagnent du terrain et sont considérés comme des moyens d’accroître la qualité et la durabilité de la vie dans les villes, en garantissant un accès à six fonctions essentielles dans un périmètre restreint (habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, apprendre, s’épanouir)86.

  • Le Plan d’Adaptation 2020 de Milan (Italie) adopte ce concept en veillant à ce que l’accessibilité des services s’accompagne de la promotion de la flexibilité des usages des infrastructures et aménagements existants, par exemple en utilisant les bâtiments scolaires durant l’été pour y accueillir des gens et rendre leurs espaces verts accessibles87.

  • Après le 2e tour des élections municipales de la ville de Paris (France) le 28 juin, un adjoint a été nommé par la maire Anne Hidalgo pour s’occuper exclusivement de la ville du quart d’heure.

  • La ville de Montréal (Canada) profite de la crise du COVID-19 pour mener une réflexion sur l’avenir de la forme urbaine et des usages urbains de son centre-ville, consultant les universités et les entreprises (qui ont mis en œuvre le télétravail pendant le confinement) afin de définir un nouveau système hybride entre le travail à distance et la nécessité de continuer à utiliser des espaces physiques. L’espace public jouera un rôle clé pour atteindre cet équilibre, et sera aménagé pour rester attrayant aux yeux des citoyens, tout en permettant la distanciation sociale, via l’extension des terrasses sur les trottoirs, et la piétonnisation de certaines rues. Ceci confirme les avantages de la « taille humaine » de Montréal, car la ville est déjà une juxtaposition de quartiers, chacun disposant d’aménagements et de services publics facilement accessibles.

La crise a également mis en lumière l’importance de disposer d’espaces verts accessibles aux habitants.

  • Ainsi, aux États-Unis, les parcs du pays ont connu une forte augmentation de leur fréquentation en mars lors de la mise en place du confinement. La fréquentation des sentiers à Dallas est passée de 30 % à 35 %, tandis qu’à Minneapolis, les sentiers ont vu leur fréquentation atteindre les niveaux estivaux, et dans le parc d’État de Presque Isle, en Pennsylvanie, les visiteurs ont augmenté de 165 % d’une année à l’autre lors de la troisième semaine de mars88.

  • À Paris (France), les espaces verts sont considérés comme essentiels non seulement pour la résilience au changement climatique, mais aussi en tant que « refuges » durant la crise : ils constituent des espaces publics nécessaires dans lesquels il est possible de se réunir tout en respectant les mesures de distanciation sociale89. Paris prévoit également de relocaliser une partie de sa production alimentaire, pour réduire la distance moyenne parcourue par les produits alimentaires depuis le lieu de production jusqu’au consommateur parisien. Cette distance est actuellement de 660 km et constitue un problème en termes d’impact environnemental, mais aussi une menace de pénurie en cas de choc ou de blocage des transports90.

  • La ville de Montréal (Canada) prévoit également d’accroître le nombre d’espaces verts pour garantir que tous les habitants puissent s’y rendre à pied91.

  • De même, la crise a renforcé à Valence (Espagne) l’image favorable qu’ont les habitants de sa ceinture verte – qui est protégée en tant que partie intégrante de sa stratégie de résilience – non seulement pour son potentiel d’adaptation à long terme au changement climatique, mais aussi en tant que source immédiate et directe de nourriture fraiche pour la ville92.

La crise a renforcé la sensibilisation aux risques de pénuries de ressources et de saturation des services de santé, incitant les villes à sécuriser, augmenter et déplacer la production de certains services et ressources essentiels. La ville de Séoul (Corée) a engagé d’importants investissements dans la santé publique, en mettant en place un système de suivi de la pandémie, et de nouvelles installations municipales qui comprennent une école de médecine publique, un centre de recherche sur les maladies infectieuses et un laboratoire épidémiologique93.

Les villes collaborent avec un large éventail d’acteurs, notamment les administrations nationales et régionales, les citoyens et les acteurs urbains, afin d’élaborer et de mettre en œuvre des réponses immédiates, à court terme et à long terme aux multiples dimensions de la crise du COVID-19. Les réseaux de villes nationaux et internationaux, comme l’initiative OCDE des Maires champions de la croissance inclusive, s’investissent dans l’apprentissage mutuel et l’échange des connaissances et des expériences. Ils jouent également un rôle majeur dans les dialogues instaurés avec les niveaux régionaux et nationaux et à l’échelle internationale pour mettre en place une aide immédiate, des actions coordonnées pendant et après les confinements, et une approche globale et intégrée de la résilience et de la relance urbaine à long terme. Dans de nombreux pays, les différences de priorités et de contextes politiques ont souvent créé des tensions entre les niveaux d’administration. Des mécanismes efficaces de coordination et de dialogue à plusieurs niveaux se sont révélés essentiels pour apaiser ces tensions et gérer les situations difficiles.

Le dialogue avec les niveaux nationaux et régionaux d’administration a été crucial pour permettre aux villes de répondre aux urgences au début de la pandémie, en particulier pour gérer les capacités des établissements de santé, et le reste encore pour aider les villes à déployer d’ambitieux programmes de relance économique. Ce dialogue a permis aux responsables nationaux de comprendre les besoins des villes et de les prendre en compte dans l’élaboration des instruments financiers et juridiques nationaux :

  • La ville de Mexico (Mexique) a étroitement collaboré avec le gouvernement de l’État de Mexico, afin de coordonner la capacité des hôpitaux dans la région. Ces deux niveaux d’administration prévoient désormais de poursuivre ce dialogue à propos d’un autre problème urgent : celui de la gestion de l’eau dans un contexte de pénurie94.

  • En Colombie, le gouvernement national a permis aux maires d’intervenir dans le secteur de la santé pour coordonner leurs mesures d’urgence, en autorisant par exemple Bogota à réquisitionner 90 % des lits des Unités de soins intensifs des cliniques privées pour les mettre à disposition de tous les patients. La ville a aussi construit un hôpital temporaire de 2 000 lits et a passé de 4 à 103 le nombre d’équipes médicales intervenant à domicile95.

  • Au Royaume-Uni, la coordination entre les villes, les autorités locales et l’administration nationale s’est révélée cruciale pour la lutte contre la pandémie, et une série de programmes de financement ont été mis en place pour venir en aide aux petites entreprises. Afin de mettre ces fonds à disposition des entreprises le plus rapidement possible, ils sont transférés par l’intermédiaire des autorités locales. Treize milliards GBP (plus de 15 milliards EUR) sont actuellement mis à disposition sous forme de subventions, et non de prêts.

  • En Turquie, le gouvernement national a annoncé que les régions bénéficieraient d’une aide financière directe. Les agences locales proposent également des mesures, et apportent un soutien financier aux PME et aux autres institutions concernées. Des conseils pandémiques ont été établis dans chaque ville pour suivre les mesures et prendre des dispositions supplémentaires si nécessaire, afin de garantir la continuité des services publics locaux.

  • En Espagne, la politique territoriale a été réformée pour permettre aux autorités locales de tenir des réunions virtuelles et autoriser les municipalités à utiliser leurs excédents budgétaires pour lutter contre la pandémie. Les municipalités jouissent d’une certaine autonomie pour concevoir leurs propres solutions, en complément des innovations conçues par la société civile et les ONG. La Fédération espagnole des villes et des provinces (FEMP) joue un rôle important dans la gestion de cette crise, et se réunit régulièrement avec le gouvernement pour conclure des accords, notamment économiques, relatifs à la période postérieure à la pandémie96.

Certaines villes ont pris l’initiative de développer des stratégies innovantes, ou d’en faire la promotion, face à la crise, stratégies qui ont été par la suite transposées à l’échelle nationale. Au Royaume-Uni, les villes de Manchester, Londres, Birmingham et Liverpool se sont adressées d’une seule voix à l’administration nationale, préconisant avec succès le port du masque obligatoire dans les transports en commun, ainsi que la désagrégation régionale du suivi du R097. La ville de Séoul (Corée) a joué un rôle de premier plan dans la réponse immédiate à la crise, avec l’installation de centres de crise, la distanciation sociale et le port du masque obligatoire dans les transports en commun. Ces mesures ont par la suite été adoptées à l’échelle nationale98. Les villes sortent peu à peu des phases d’urgence, et définissent des stratégies de relance, mais certaines demandent davantage de soutien financier de la part des niveaux supérieurs d’administration, ainsi que plus de souplesse budgétaire, afin de garantir que les mesures à long terme soient adaptées aux besoins locaux, et d’investir pour plus de résilience, de durabilité et d’équité.

Les processus de réponse à la pandémie et de relance ont prouvé que les réseaux nationaux et internationaux de villes peuvent jouer un rôle clé dans l’apprentissage mutuel, l’échange de connaissances et d’expériences, et dans la prise d’initiatives en matière d’élaboration de stratégies. Davantage de détails sur les initiatives liées à la pandémie de COVID-19 qui ont été prises par des institutions et des réseaux internationaux sont disponibles à l’Annexe C.

  • L’initiative OCDE des Maires champions de la croissance inclusive a établi un forum de discussion privé où les villes peuvent échanger des informations sur les pratiques relatives à la gestion de la crise sanitaire mondiale et à la mise en place de villes plus résilientes, plus vertes et plus inclusives qui ne laissent personne de côté. Lors du webinaire The COVID crisis in cities : a tale of two lockdowns99, tenu dans le cadre de la série Inequality Matters100, les maires associés à l’initiative ont expliqué leur action pour réduire les sources de vulnérabilité et ont apporté des enseignements utiles pour renforcer la résilience à l’avenir. Nombre d’entre eux ont par ailleurs été activement impliqués dans les stratégies d’intervention et de relance mises en place à l’échelle internationale, comme les exemples de la présente note le démontrent.

  • Le Réseau mondial des villes résilientes a été particulièrement actif tout au long de la crise causée par le coronavirus, en invitant sa communauté de responsables de la résilience à partager régulièrement leur expertise et leurs expériences de gestion de la crise. Il a en outre lancé une plateforme ouverte, participative et collaborative, dans laquelle les villes peuvent échanger leurs connaissances, et identifier les initiatives et mesures clés permettant de faire face aux impacts de la crise et de rendre leurs systèmes aptes à relever les futurs défis mondiaux101.

  • Le réseau des villes du C40 Cities a mis en place un Groupe de travail des maires pour une relance après la crise du COVID-19 (Global Mayors COVID-19 Recovery Task Force), qui a publié une déclaration de principes appelant à une relance économique saine, durable et équitable. Cette déclaration demande instamment que cette relance ne soit pas un retour à la normale, qui conduirait à un réchauffement de 3 °C, et rappelle l’importance du respect de l’expertise scientifique et médicale, de la garantie des services publics, de la promotion de l’équité, et de la poursuite des efforts consentis pour atténuer la crise climatique et s’adapter à ses effets. Ces villes s’engagent notamment à se faire entendre collectivement pour veiller à ce que les gouvernements soutiennent à la fois les villes et les investissements nécessaires dans les villes, et à ce que les institutions régionales et internationales investissent directement dans les villes à l’appui d’une relance saine, équitable et durable102. En juillet, ces principes ont été encore détaillés dans le rapport C40 Mayors Agenda for a Green and Just Recovery, qui met en lumière les mesures axées sur la création d’emplois verts, l’investissement sur les services publics essentiels, la protection des transports en commun, le soutien aux travailleurs essentiels, et la restitution des espaces publics aux populations et à la nature103.

  • Le réseau Eurocities a également fait une déclaration conjointe intitulée EU recovery powered by cities dans laquelle il appelle la Commission européenne à davantage impliquer les villes dans les programmes de relance de l’UE et à donner aux villes un accès direct aux financements européens104.

La coordination des actions multidisciplinaires s’est révélée cruciale pour surveiller la situation socio‑économique, mettre en place des mesures de manière opportune, et coordonner les plans d’action pour la reprise.

  • La ville de Barcelone (Espagne) a mis en place un Centre pour la coordination des réponses économiques (CECORE) afin de suivre et de prévoir l’impact économique de la crise, et d’élaborer une réponse coordonnée105.

  • Les villes des États-Unis ont mobilisé des instances multidisciplinaires et créé des groupes de travail dédiés à la conception ou à l’accompagnement des stratégies de relance, comme le Greater Houston Business Recovery Center106, axé sur une initiative de relance menée par les entreprises ; la District Economic Recovery Team107 à Washington DC, et le Reopen DC Advisory Group108, composé de 11 comités de secteur pour orienter la relance dans le respect des valeurs d’opportunité, de prospérité, de santé et d’équité. La ville de Chicago a lancé un groupe de travail (COVID-19 Recovery Taskforce), qui mobilise des experts venant d’un large éventail de secteurs, des responsables régionaux, des partenaires locaux et des décideurs politiques, et qui s’articule autour de cinq comités principaux : i) le Comité pour la stratégie et la relance économique, ii) le Comité pour la santé mentale et émotionnelle, iii) le Comité pour le marketing et le développement commercial, iv) le Comité pour la coordination régionale, et v) le Comité pour le changement social et économique109. Le Comté de Los Angeles a mis en place un groupe de travail nommé Economic Resiliency Task Force, qui comporte 13 groupes sectoriels, notamment dédiés au commerce, à la santé, au travail, et à la restauration et aux loisirs110. La ville de Denver a établi un Conseil de relance et d’aide économique qui fait office de groupe consultatif et fournit des recommandations sur l’atténuation et la prévention des futurs impacts négatifs de la pandémie de COVID-19111.

Un autre enseignement clé concerne la nécessité de mobiliser les citoyens et les acteurs urbains pour l’élaboration de stratégies de relance pour l’après COVID-19. Les citoyens et les experts multidisciplinaires ont joué un rôle majeur non seulement en s’assurant que les stratégies soient plus exhaustives et multisectorielles, mais aussi en rendant les processus plus inclusifs pour dégager un consensus et accroître le sentiment d’appropriation. Dans une enquête conduite pas le Réseau mondial des villes résilientes auprès des responsables de la résilience dans 47 villes, 94 % des répondants ont déclaré qu’ils favorisaient la participation des parties prenantes à la planification de la relance, et 83 % ont cité plusieurs parties prenantes en tant que partenaires de planification et de mise en œuvre. Ces parties prenantes font partie de différents niveaux de gouvernement, tant horizontalement que verticalement, et sont aussi des établissements universitaires et de recherche, des banques et des organisations multilatérales, des donateurs et des fondations philanthropiques, et des intervenants communautaires112.

  • La ville de Bristol (Royaume-Uni) élabore son plan de relance One City Economic Recovery Plan avec l’aide du Conseil économique One City Economic Board, qui s’appuie sur l’engagement de milliers d’entreprises, d’organisations communautaires, d’experts, d’universitaires et d’organisations partenaires qui ont participé à plusieurs webinaires, enquêtes et ateliers interactifs. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la stratégie « One City » : un mécanisme qui vise à rassembler la ville d’une nouvelle manière, et tenant compte du fait que les villes sont des systèmes et que les décisions prises par une entité ont des incidences sur l’ensemble de la ville. Elle est soutenue par une structure dirigeante qui rassemble des centaines de partenaires venant de divers horizons – d’entreprises commerciales ou d’organisations des secteurs volontaires, communautaires et d’entreprises sociales, du monde de la santé, des services officiels, de l’éducation, des transports, du logement, de l’environnement et des universités de la ville113.

  • La ville de Barcelone (Espagne) prépare un pacte pour la ville avec des acteurs venant des secteurs sociaux, culturels et du sport, mais aussi les partis politiques, pour réfléchir à la meilleure façon de répondre à la crise114.

  • La ville de Toronto (Canada) a mis en place le Toronto Office of Recovery and Rebuild (TORR) pour coordonner la participation et la recherche, élaborer les stratégies de relance de la ville et recommander des mesures pour réinventer la façon dont la ville assure la prestation des programmes et des services. Les habitants, les entreprises et les collectivités joueront un rôle majeur dans le rétablissement des communautés ainsi que des infrastructures sociales et économiques. La ville continuera de collaborer avec les institutions, la communauté et les partenaires afin de recueillir des avis qui contribueront à définir les mesures de la ville en faveur du redressement et de la reconstruction. La ville a demandé aux citoyens de s’exprimer sur le rétablissement de Toronto à l’aide d’une enquête qui a pris fin le 15 juillet 2020115.

  • La ville de Montréal (Canada) collabore avec des universités et des entreprises pour définir le futur système hybride de la ville, et trouver le juste équilibre entre étude et travail à distance et la nécessité de maintenir des activités physiques en ville116.

  • La ville de Sydney (Australie) est en train de préparer un Plan de reprise de la ville qui s’appuie sur les données collectées lors d’une consultation publique ouverte entre le 18 mai et le 3 juin. Cette enquête a permis à la ville de collecter les observations et les suggestions d’entreprises locales, de propriétaires fonciers, d’organisations, d’habitants, de travailleurs, d’étudiants et d’autres groupes, qui seront présentées dans un rapport public. La ville a également invité tous les habitants à faire part de leurs commentaires, en veillant à ce que les personnes ayant une déficience auditive, un trouble de la parole, ou ayant besoin d’un interprète reçoivent l’aide nécessaire à leur expression117.

  • La ville de Melbourne (Australie) a également ouvert une plateforme en ligne pour permettre aux habitants de s’exprimer et d’indiquer ce que la crise a changé dans leurs priorités et perspectives pour l’avenir de la ville ; les informations recueillies sur la plateforme seront utilisées lors de l’élaboration du plan de relance à long terme118.

  • Pour soutenir la reprise de l’activité touristique, la ville de Valmiera (Lettonie) a organisé un hackathon destiné à générer et financer des idées et des projets pour favoriser le retour des touristes lettons et estoniens dans la ville119.

L’urgence de santé publique, qui nécessite de réduire la propagation du virus et de protéger la santé des citoyens, la pandémie et ses conséquences incitent les villes à redéfinir comment fournir leurs services, aménager l’espace et renouer avec la croissance économique. Certaines municipalités ont déjà engagé une réflexion sur les mesures de relance qui s’imposeront après la pandémie. Les villes ont toujours été des centres de créativité et d’innovation, et les responsables locaux veillent à ce que cela soit encore le cas à l’avenir.

Le moment est probablement venu de prendre des décisions audacieuses et courageuses, certes coûteuses sur le plan politique, mais socialement plus acceptables qu’elles ne l’étaient il y a quelques mois. Les efforts d’après-crise peuvent être l’occasion d’améliorer la vie des citoyens et de stimuler l’innovation, depuis le recours massif aux solutions numériques, à la production décentralisée, au reconditionnement et à la restructuration des chaînes d’approvisionnement pour faire face aux pénuries. Le devoir civique et la mobilisation de la communauté prévalent sur l’intérêt individuel, afin de protéger les populations vulnérables. Cela peut inspirer des changements de comportement durables afin de rendre les villes plus résilientes et de les connecter de manière plus efficiente aux zones rurales, en termes de mode de production des biens, de consommation d’énergie et d’organisation des transports.

La relance post-COVID-19 pourrait contribuer à instaurer une « nouvelle normalité » dans les villes, en réduisant la vulnérabilité des systèmes économiques, sociaux et environnementaux. Généralement, les projections de l’impact de l’évolution démographique, de l’urbanisation et du changement climatique sur les villes représentent une menace pour le bien-être social et la croissance économique des générations actuelles et futures. Face à ces mégatendances, les villes peuvent accélérer leurs efforts pour devenir plus résilientes, plus vertes, plus ouvertes à l’économie circulaire et plus intelligentes, avant qu’une nouvelle crise ne survienne.

Les programmes d’action mondiaux, comme les Objectifs de développement durable (ODD) et l’Accord de Paris, offrent aux administrations nationales, régionales et locales une occasion unique de promouvoir un nouveau paradigme de développement durable, et de donner la priorité aux investissements et aux ressources nécessaires pour se remettre de la pandémie. Ces programmes d’action mondiaux définissent également une feuille de route et une vision communes pour inciter les acteurs locaux, y compris le secteur privé et la société civile, à s’investir dans la co-création et l’instauration de cette « nouvelle normalité ».

Les principaux enseignements de la résilience urbaine montrent que trois étapes sont nécessaires à la mise en œuvre d’une gestion efficace des risques : préparation, prévention et réaction. Bien que la présente note se concentre sur les réactions, la préparation et la prévention doivent orienter les actions futures. Les villes peuvent devenir résilientes non seulement en réagissant à une crise, mais également en se préparant aux crises futures et en les évitant. La préparation établit une base pour gérer et limiter les dommages, tout en prenant en compte le coût et le temps nécessaires pour se remettre d’une crise. La prévention est un moyen proactif de réduire l’exposition aux crises sociales, économiques et environnementales à long terme par le biais de la réglementation, des instruments budgétaires et des investissements dans des infrastructures urbaines résilientes.

La pandémie de COVID-19 et les réponses qui y ont été apportées mettent en évidence l’importance et le potentiel des stratégies à long terme pour rendre les villes plus inclusives, plus vertes et plus intelligentes dans le cadre de leurs efforts de relance, ainsi que les besoins sous-jacents en termes de gouvernance et de financement pour rendre la transformation possible (Graphique 1.).

Alors que la pandémie de COVID-19 continue de s’étendre dans de nombreuses parties du monde et que certaines villes sont encore confinées, assouplissant progressivement les restrictions, ou en réintroduisant de plus strictes en raison de la menace d’une deuxième vague, de nombreuses villes ont déjà commencé à élaborer leurs stratégies à long terme pour se remettre se son impact économique dévastateur et pour construire des villes meilleures et plus résilientes. Certaines villes investissent dans l’éducation et le renforcement des compétences pour venir en aide aux populations les plus vulnérables et rendre la société post-COVID-19 plus inclusive. D’autres souhaitent profiter de leur plan de relance économique pour verdir leur ville et leur économie. Il convient de noter que bon nombre de ces nouvelles stratégies sont globales plutôt que sectorielles, ce qui reflète le caractère généralisé des impacts de la pandémie et l’ambition des villes de favoriser de multiples dimensions de la durabilité. Ces stratégies sont par ailleurs souvent développées en partenariat avec les citoyens, les entreprises et la société civile, afin de s’assurer que le processus d’élaboration des politiques soit lui-même inclusif.

Dans ce contexte, la Partie II de la présente note expose les dernières avancées en matière de stratégies de relance à long terme et pour plus de résilience face aux crises futures. Les exemples collectés auprès de 33 villes sont présentés sous cinq catégories. Trois sections transversales portent sur les stratégies concernant : i) une relance inclusive, ii) une relance verte, et iii) une relance intelligente ; et deux autres sections se penchent sur iv) les stratégies de relance dans les secteurs du tourisme, de la culture et de la création ; et v) les stratégies globales pour la résilience urbaine. Des informations plus détaillées et les références pour chacune des initiatives mentionnées ci-après sont disponibles à l’Annexe A.

La crise du COVID-19 rappelle à quel point il est important de remédier aux inégalités sociales déjà existantes. Les confinements mis en place ont affecté un large éventail d’entreprises, mais les PME qui dépendent d’une interaction physique ont particulièrement souffert de cette situation. Même si elle a touché tous les segments de la société, la crise a particulièrement affecté les populations vulnérables comme les femmes, les enfants, les sans-abris et les personnes âgées120. Pour réduire les écarts et lutter contre les inégalités structurelles durant la phase de relance post-COVID-19, les villes ont adopté de nombreuses mesures pour favoriser la reprise, en particulier pour soutenir l’activité locale et l’emploi, la rénovation et la construction de logements abordables, et venir en aide aux foyers vulnérables.

La pandémie a fortement affecté le marché de l’emploi et des millions d’individus sont confrontés au chômage et à la pauvreté dans le monde. Alors que les gouvernements nationaux du monde entier ont annoncé des mesures pour protéger leur économie des graves répercussions de la pandémie, les administrations municipales ont également un rôle à jouer dans l’élaboration de stratégies de relance à l’échelle locale, dans la stimulation de l’économie locale en recourant aux investissements publics et dans le soutien aux petites et moyennes entreprises. De nombreuses villes ont mis en place des plans et des visions de la relance, et utilisent une vaste gamme de mesures incitatives, notamment des investissements dans les infrastructures, des réductions d’impôts et des aides financières :

  • Le 17 juin, la ville de Chicago (États-Unis) a présenté une vision et des lignes directrices en faveur de la relance de l’économie. Une initiative de l’Équipe spéciale pour la reprise économique (Economic Recovery Task Force) de la Chambre de commerce de la ville inclut des mesures multidimensionnelles, dont des investissements dans les infrastructures. Un investissement de 8.5 milliards USD est prévu pour la modernisation de l’aéroport O’Hare. La ville fait en outre ce qu’elle peut pour accélérer les décisions d’urbanisme relatives à d’importants projets (Obama Presidential Center, ONE Central, Lincoln Yards, et Michael Reese Hospital) ainsi que pour des sociétés souhaitant installer des centres de données localement121.

  • La ville de Houston (États-Unis) a créé le Greater Houston Business Recovery Center pour mettre en place une initiative de relance axée sur les entreprises, qui fournira des orientations quant aux actions publiques et au financement liés aux programmes de relance122.

  • Le 29 mai, le conseil municipal de Madrid (Espagne) a indiqué avoir diminué certains impôts pour promouvoir la reprise du commerce, des loisirs, de l’hôtellerie et de la culture. Cette réduction entraînera une baisse de plus de 66 millions EUR de l’impôt sur les sociétés. En outre, en 2020, l’exigence du maintien de l’emploi est supprimée afin de maintenir l’activité économique et d’accélérer la reprise, mais les sociétés qui choisiront de maintenir l’emploi verront leur allégement fiscal reconduit en 2021123124.

  • La ville de Barcelone (Espagne) a lancé un projet de relance économique (« Barcelona Never Stops »), avec la mise en œuvre d’une série de mesures visant à favoriser la régénération du tissu économique et social, ainsi que la stimulation économique de la ville. Ce plan, qui durera jusqu’à l’été 2021, a pour objectif de promouvoir de nouveaux modèles économiques pour faire de Barcelone une ville plus résiliente, pour encourager la consommation locale, pour protéger et stimuler l’emploi et pour redorer la réputation internationale de la ville. Pour atteindre ces objectifs, la ville va prendre une série de mesures dans les domaines suivants : les subventions et le financement, le renforcement des capacités, la promotion et la communication, les instruments économiques et l’adaptation de la législation existante125.

  • Le 8 mai, la ville de Bilbao (Espagne) a approuvé un plan (Bilbao Aurrera) doté de 50 mesures pour la cohésion sociale, la reprise économique, l’emploi et la culture. Avec un budget total de 15 millions EUR directement fournis par la municipalité, il portera sur trois domaines principaux : la cohésion sociale (plus de 2.2 millions EUR) ; l’économie et l’emploi (plus de 11.4 millions EUR) ; et la culture (plus de 1.3 million EUR). Dans le domaine économique, les principales mesures suivent deux axes : d’une part, dans le domaine fiscal, certains impôts et redevances vont être diminués pour une valeur totale de 3 millions EUR, par exemple pour les terrasses (75 %), les déchets (95 %) ou les taxis ; d’autre part, la ville offrira des bons d’achat pour une valeur de 2.5 millions EUR afin de stimuler la consommation dans les commerces, les hôtels et le tourisme126.

  • La ville de San Francisco (États-Unis) a organisé un groupe de travail sur la reprise économique (COVID-19 Economic Recovery Task Force) afin de concevoir une stratégie pour guider la ville dans ses efforts de relance économique. Ce groupe travaillera dans trois domaines principaux : i) les emplois et le soutien aux entreprises (pour les PME) ; ii) les populations vulnérables ; et iii) le développement économique. Plus de 30 membres ont mené des recherches par le biais d’entretiens, de groupe de réflexion, d’assemblées publiques et de sondages, et ont ainsi consulté plus de mille personnes pour préparer les recommandations finales sur la relance économique globale, qui seront présentées en août127.

  • La ville de Maringa (Brésil) a créé une équipe spéciale le 29 juin dans le but d’élaborer un plan de relance du développement économique et social, qui repose sur un partenariat entre l’administration municipale et le Sebrae (le service brésilien d’aide aux micro et petites entreprises). Le plan devrait favoriser la création d’emplois, de nouveaux investissements, le renforcement des capacités, la réforme juridique, l’accès aux prestations et au crédit, entre autres initiatives prévues pour stimuler l’économie. Il repose sur la participation des citoyens et implique également les universités, la société civile et le secteur privé128.

  • La ville de Paraty (Brésil) a lancé un plan de relance économique qui inclut un programme municipal à l’appui des travailleurs informels, avec un projet spécifique pour le commerce de rue, et un programme de mesures incitatives pour la culture basé sur des partenariats public-privé. À moyen terme, les mesures portent sur la décentralisation du secteur du tourisme, car la ville dépend des activités touristiques et de la gastronomie. À long terme, les mesures impliquent la rénovation et le réaménagement des lieux publics, comme le centre historique et la jetée, et l’amélioration du réseau d’égouts dans des zones du centre historique où les infrastructures d’assainissement sont inexistantes129.

Les villes ont également élaboré des programmes spécifiques pour soutenir les entreprises locales, en particulier les PME, à l’aide de diverses mesures comme des aides financières et des campagnes de promotion pour encourager les citoyens à soutenir les entreprises locales, des aides pour le télétravail, l’utilisation souple des espaces publics et la formation professionnelle :

  • La ville de Boston (États-Unis) a mis en place le Reopen Boston Fund pour venir en aide aux petites entreprises dont la majorité des employés travaillent à proximité immédiate des clients et les uns des autres130.

  • Dans le cadre de son programme de soutien économique, la ville de Francfort (Allemagne) a lancé une campagne faisant la promotion des commerces locaux. Des affiches et des publicités dans la presse et en ligne sont utilisées pour promouvoir les commerces et les restaurants locaux, ou pour encourager les citoyens à profiter des nombreuses possibilités de livraison. L’objectif est d’inciter les citoyens et les visiteurs à soutenir les commerces locaux131.

  • Le 29 mai, la ville de Nice (France) a lancé un pacte pour l’emploi pour soutenir la relance économique post-COVID-19. Le maire Christian Estrosi a annoncé un budget additionnel de 3.5 millions EUR destiné aux entrepreneurs et aux administrations publiques les plus vulnérables, ainsi qu’aux PME stratégiques de la région. Le programme cible les secteurs économiques les plus impactés, comme le tourisme et le commerce, mais aussi l’industrie et l’innovation afin de renforcer l’attractivité économique132.

  • La ville de Paris (France) a élaboré un plan pour soutenir les entreprises, les acteurs culturels et les associations. Le plan engage la ville sur les points suivants pour les 5 prochaines années : 9 prestataires de services pour la ville sur 10 seront des PME ; 6 millions EUR seront investis dans les commerces, les artisans, les entreprises culturelles, et dans les jeunes entreprises innovantes ; 5 millions EUR viendront soutenir le secteur du tourisme ; et 4 millions EUR sont prévus pour soutenir les acteurs de l’économie sociale et solidaire133.

  • La ville de Tokyo (Japon) a élaboré une feuille de route de relance qui comprend des lignes directrices pour aider les entreprises à prévenir la propagation du virus134, accompagnées de subventions destinées à permettre aux PME d’investir dans des installations et des équipements appropriés135. En parallèle, et pour soutenir le secteur hôtelier, elle établit un programme mettant en contact les hôtels qui fournissent des moyens de télétravailler avec les employés qui ne peuvent travailler de chez eux, et inclut un programme de subvention pour améliorer l’accès aux personnes en fauteuil roulant136.

  • La ville de Milan (Italie) a développé une stratégie de relance globale (Milan 2020 : Adaptation Strategy), qui comprend la promotion de la numérisation dans les services, la production et la distribution, la stimulation de la production et de la gestion des ressources au niveau local, le soutien de la relance dans le secteur de la construction, et une aide à destination de l’innovation sociale et des start-ups137.

  • La ville de Hoboken (États-Unis) a établi une stratégie de relance des petites entreprises, qui permet aux commerces d’étendre leur espace extérieur sur les trottoirs, convertit les places de stationnement en espace de restauration partagé (strEATERIES et Parklets), et crée un cadre permettant aux commerces de s’installer davantage dans les rues lorsque celles-ci sont fermées à la circulation138.

  • Un nouveau type de restaurants et de bars qui utilise l’espace public piétonnier a également vu le jour dans la préfecture de Saga (Japon). Le programme (SAGA Night Terrace Challenge) est expérimenté dans un quartier du centre, en coopération avec la ville de Saga et les associations professionnelles locales, pour proposer des espaces permettant aux clients de manger et de boire en toute sécurité, et pour soutenir les commerces locaux139.

  • La ville de Yokohama (Japon) a créé un site web (Takeout and Delivery Yokohama) destiné à présenter et à soutenir les restaurants qui proposent des plats à emporter ou en livraison140. La ville a demandé aux propriétaires d’enregistrer leur restaurant, et les habitants peuvent explorer leur quartier sur une carte.

La crise du COVID-19 a également mis en lumière le manque de logements stables et abordables pour les ménages à faible revenu, et les risques d’infection que représentent les logements inadaptés pour les populations défavorisées. En plus des mesures à court terme telles que le soutien à l’emploi et aux revenus ou l’ouverture de lieux d’accueil pour les sans-abris, une réponse des autorités à long terme est nécessaire pour faire face aux mauvaises conditions de logement et atténuer les incidences négatives de la crise141. Certaines villes ont mis en place des programmes d’investissements publics ou des mesures visant à élargir l’offre de logements adéquats et abordables et à améliorer les quartiers défavorisés :

  • La ville de Vienne (Autriche) a annoncé que 7 nouveaux ensembles de logements municipaux rassemblant 1 000 appartements seraient construits dans les prochaines années. Ces nouveaux bâtiments seront répartis dans toute la ville afin de créer une offre abordable et de haute qualité dans des environnements résidentiels attractifs. Ces projets immobiliers ont pour objectif de proposer des quartiers avec des zones piétonnes, des espaces verts, ainsi que des installations sportives et culturelles accessibles à pied. Le début des travaux est prévu pour 2022142.

  • La ville de Mexico (Mexique) va investir 1 milliard USD pour créer environ 1 million de nouveaux emplois dans le secteur de la construction. L’investissement couvrira l’infrastructure publique et le logement social. Ce programme devrait contribuer au réaménagement de 13 corridors urbains par l’intermédiaire de projets immobiliers, surtout des projets d’amélioration de l’habitat et de nouveaux logements sociaux dans des zones bien desservies. Pour la municipalité, l’investissement en infrastructure et en logement social est essentiel à la stratégie de relance en raison de l’effet multiplicateur et des emplois indirects qu’il pourrait créer143. La stratégie fait également appel à des ressources destinées à des projets de mobilité qui ont été annoncés avant la crise, tels qu’une nouvelle ligne de bus circulant sur des voies dédiées et deux lignes de trolleybus144.

  • La ville de Liverpool (Royaume-Uni) a élaboré un plan de relance à 1.4 milliard GBP qui inclut la construction de plus de 200 logements modulaires et de centres communautaires, et la rénovation de 4 000 logements pour les ménages vulnérables dans les quartiers les plus défavorisés, qui sont aussi les plus exposés au COVID-19. Le plan devrait permettre la création de 12 000 emplois dans la construction, et 25 600 au total145.

  • La ville de Yokohama (Japon) accroît les subventions à destination des propriétaires d’appartements loués à des personnes vulnérables, afin de leur permettre de réduire le loyer des locataires dont les revenus ont souffert de la pandémie146.

  • La ville de Bogota (Colombie) a revu son Plan de développement pour faire face aux différentes crises liées à la pandémie de COVID-19. La nouvelle version du plan a pour objectif de préserver les niveaux d’emploi et de soutenir les PME, de développer le commerce numérique, et de créer de nouvelles compétences pour le marché du travail, le télétravail et les emplois verts. Pour compléter le Plan de développement, la municipalité va conduire des projets immobiliers et d’urbanisme pour la génération d’emplois et la promotion des activités économiques. Il s’agit notamment de gérer la durabilité environnementale, de mettre en place un fonds de conversion technologique, et de promouvoir une agriculture urbaine et périurbaine. Une attention particulière sera accordée à la promotion de l’entrepreneuriat et de l’employabilité des femmes147.

Conscientes que la pandémie de COVID-19 frapperait plus durement les communautés les plus vulnérables, les villes ont pris des mesures pour atténuer les impacts sur les membres les plus fragiles de la société. Les villes sont particulièrement bien placées pour jouer ce rôle, car elles sont plus proches des citoyens et peuvent mieux comprendre les besoins locaux. Les groupes vulnérables incluent ceux qui sont susceptibles d’être plus exposés physiquement ou économiquement à la pandémie. En plus des mesures à court terme telles que l’encadrement, l’approvisionnement alimentaire et la fourniture d’un abri (voir la Partie III pour plus d’informations), les villes ont mis en place des stratégies à long terme et des programmes d’investissement qui sont spécialement ciblés pour aider les personnes les plus vulnérables, à savoir les enfants, les sans-abris, les immigrés et les jeunes :

  • La ville de Nantes (France) est en train de devenir un potager géant destiné à nourrir les populations vulnérables. La ville transforme les espaces verts, les serres, les jardins partagés et les surfaces vertes non occupées en potagers. Environ 50 parcelles (pour un total de 25 000 m²) vont être dédiées à la culture des légumes et des fruits. Au total, la ville espère récolter 25 tonnes de légumes, qui seront distribués à environ 1 000 foyers vulnérables par l’intermédiaire de banques alimentaires, comme le Secours populaire, les Restos du cœur et des associations locales148. Cette stratégie est un bon exemple de l’exploitation des co-bénéfices du verdissement des villes à l’appui des populations vulnérables. Elle combine efficacement les efforts consentis pour nourrir et soutenir les familles dans le besoin et pour le verdissement des espaces publics.

  • La ville de Rotterdam (Pays-Bas) investit dans le soutien aux élèves et aux sans-abris. Un budget de 2.4 millions EUR permettra d’organiser des cours supplémentaires durant l’été auxquels auront accès 6 000 élèves issus de milieux défavorisés, afin d’empêcher qu’ils ne prennent trop de retard. Une enveloppe de 20 millions EUR pour les services dédiés aux sans-abris viendra soutenir la fourniture de logements indépendants et de meilleures conditions de vie, ainsi que de services de conseils, qui s’ajouteront aux 150 centres d’accueil adaptés à la distanciation sociale en tant que réponse immédiate à la crise149. Ceci illustre la façon dont les villes sortent de la phase d’urgence et mettent en œuvre des stratégies à plus long terme en s’appuyant sur les mesures d’urgence prises pendant le confinement, ou en les renforçant.

  • Dans sa stratégie de relance, la ville de Milan (Italie) prévoit de garantir la participation de tous, y compris des institutions locales, des élus, des associations de citoyens à but non lucratif et des travailleurs autonomes, via l’utilisation renforcée des outils numériques et la mise en œuvre de mesures appropriées aux plus vulnérables dans des domaines comme la nourriture, l’aide et la livraison des courses par l’intermédiaire d’associations bénévoles et de donateurs150.

  • La ville de La Nouvelle-Orléans (États-Unis) va consacrer 750 000 USD à une aide financière immédiate destinée aux travailleurs immigrés, qui ont été fortement touchés par crise du COVID‑19151. Les fonds seront distribués à environ 500 familles sous forme d’aide financière directe. La ville a également lancé un programme alimentaire de masse qui propose des repas aux habitants vulnérables en partenariat avec l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA)152.

  • En juin 2020, la Municipalité métropolitaine d’Istanbul (Turquie) est venue en aide à 860 000 familles, en particulier en attribuant des aides financières et des bons d’achat spéciaux153.

  • La région de Madrid (Espagne) a présenté un plan de relance154 post-COVID-19 qui prévoit des bourses pour les étudiants, dans le cadre d’une dotation de 9 millions EUR par le gouvernement régional et de 3 millions EUR par les universités. Cette initiative garantira que les étudiants les plus affectés par la crise pourront poursuivre leurs études dans les universités publiques. Par ailleurs, des projets de recherche concernant le traitement et le diagnostic de la maladie à coronavirus recevront 8 millions EUR.

  • La ville de Vienne (Autriche) souhaite aider les jeunes qui ont été fortement touchés par la pandémie en raison de son impact sur le marché du travail. Elle investit donc 17 millions EUR pour soutenir les plus de 16 000 jeunes actuellement sans emploi. L’enveloppe inclut des formations professionnelles intra-entreprise, des passeports de compétences, de l’aide pour rattraper le temps perdu et des offres pour entrer dans des professions dans les domaines de la santé, des soins et des technologies de l’information, réservées à la jeune génération155.

La relance post-COVID-19 représente une occasion évidente pour les villes de verdir leur économie. L’investissement dans des mesures vertes pour les villes signifie non seulement la création d’emplois et l’établissement de conditions locales favorables à une croissance économique à long terme, mais il permet également de réduire les émissions de CO2, de préparer les populations aux futurs risques liés au climat (inondations, les vagues de chaleur, etc.), et d’améliorer la qualité environnementale urbaine (pollution atmosphérique, biodiversité, etc.). Après la crise financière mondiale de 2008, les responsables politiques avaient déjà élaboré des plans pour une relance verte, comme ceux concernant le développement de l’utilisation des énergies renouvelables – à ce propos, la crise actuelle offre de meilleures conditions pour de tels plans, car depuis lors, les coûts des technologies renouvelables et autres technologies vertes ont fortement chuté156. Une analyse récente de l’OCDE montre que les gouvernements nationaux jouent un rôle majeur dans la conduite de la relance verte, mais que les mesures de relance économique nationales les plus souvent proposées sont souvent insuffisamment « vertes », ou ne font pas le poids face au soutien actuel apporté aux « activités brunes » (les subventions accordées aux combustibles fossiles par exemple)157. Au niveau des villes, un nombre croissant d’initiatives de relance verte ont vu le jour, affichant le niveau d’ambition élevé des villes ainsi que leurs capacités à expérimenter des solutions innovantes. Les villes de par le monde anticipent déjà la vie après le COVID-19 à l’aide d’une large variété d’investissements visant la reprise économique et la durabilité environnementale, en mettant l’accent sur une mobilité urbaine durable et l’efficacité énergétique.

Durant les périodes de confinement, la plupart des villes ont connu une forte baisse du trafic automobile, qui s’est suivie d’une réduction de la pollution atmosphérique et des émissions de CO2. Comme déjà indiqué, dans les régions qui ont imposé un confinement, il a été constaté une baisse de 50 à 75 % de l’activité de transport routier, et les embouteillages aux heures de pointe ont connu une baisse atteignant jusqu’à 95 % dans les grandes villes ; mais ces réductions n’ont été que temporaires et la tendance s’inverse déjà dans de nombreuses villes qui se remettent du confinement.

Alors que la plupart des villes observent ce rebond à mesure que les restrictions sont levées, la récente expérience d’un trafic réduit et d’une pollution moins élevée a incité certains responsables municipaux à mettre en œuvre une mobilité urbaine plus propre et plus durable. Les mesures de mobilité urbaine durable les plus couramment proposées par les villes sont notamment des investissements dans : les infrastructures de mobilité active, comme les pistes cyclables ; une plus grande sécurité dans les transports en commun et un meilleur accès à ces derniers, comme des mesures d’hygiène renforcées, le paiement sans contact et une plus grande couverture du service ; et des options de transport à faible émission, comme les véhicules électriques et les trottinettes. Ces choix d’investissement sont conformes à l’objectif général de relance économique, car l’investissement dans les infrastructures crée des opportunités d’emploi et stimule l’investissement privé dans divers secteurs économiques (comme la construction, l’automobile, les TIC) et parce qu’un système de mobilité urbaine efficace est essentiel à la productivité des villes.

Les villes du monde entier ont largement fait la promotion de la mobilité active, principalement à travers des investissements dans les infrastructures dédiées au vélo. Les villes ont surtout mené cette stratégie en tant que moyen de réduire l’utilisation du véhicule personnel et la demande en transport public, tout en cherchant à améliorer la qualité de l’air local. Même si elle est souvent considérée comme une mesure à court terme, la priorisation de la mobilité active aura des incidences à long terme sur l’utilisation des véhicules dans les villes, car les investissements dans les infrastructures et les priorités récemment définies par les villes sont importants et vont restructurer de nombreux paysages urbains :

  • Claudia Lopez, maire de Bogota (Colombie), a récemment annoncé la création de 35 km de voies cyclables supplémentaires, qui s’ajoutent aux 550 km déjà sécurisés grâce à une politique ambitieuse et proactive lancée dans les années 70158.

  • Le maire de Milan (Italie) a également annoncé que la ville allait réaménager 35 km de rues au cours de l’été pour permettre aux citoyens de se déplacer à pied et à vélo après la crise159. Cette mesure est d’autant plus bienvenue que la Lombardie fait partie des régions les plus polluées d’Europe. Ces engagements audacieux en faveur de la micromobilité et de formes non polluantes de mobilité urbaine ont inspiré de nombreuses autres villes à travers le monde.

  • La maire de Paris (France) a annoncé que 50 km de voies normalement utilisées par les voitures seraient réservées aux cyclistes. Sont notamment concernés l’avenue de la Porte d’Orléans, l’avenue du Général Leclerc (partie sud), le tunnel de l’Étoile, et la Porte-Maillot. En outre, 30 rues seront piétonnisées, en particulier autour des écoles, pour éviter les attroupements sur les trottoirs. La rue de Rivoli, la principale artère traversant le cœur de Paris d’est en ouest est réservée aux vélos depuis le 11 mai. Seuls quelques autres véhicules sont autorisés à circuler dans cette rue, à savoir les bus, les taxis, les camions de livraison, ainsi que les véhicules d’urgence et ceux des personnes handicapées160161.

Pour accompagner le développement de la mobilité active, de nombreuses villes repensent également l’organisation de l’espace public et cherchent à optimiser les transports en commun existants sur le long terme, car les mesures de distanciation sociale seront encore nécessaires dans les mois à venir. À cette fin, les villes ont déjà commencé à intégrer des révisions majeures de leurs priorités en matière d’aménagement urbain dans leurs visions et stratégies à long terme, notamment en fermant des routes de manière permanente, en réservant des espaces publics pour les voitures électriques ou partagées, en réorganisant et en alignant les options de transports en commun afin de réduire la demande et d’accroître la couverture, et en expérimentant des options de mobilité verte et intelligente :

  • La ville de Seattle (États-Unis) va définitivement bannir la plupart des véhicules de 32 km de rues. Cette décision s’inscrit dans la continuité de l’initiative « Stay Healthy Streets » qui a été lancée en avril en tant que mesure temporaire pour offrir plus d’espace aux habitants pendant le confinement et leur permettre de pratiquer une activité sportive tout en respectant la distanciation sociale162.

  • La ville de Madrid (Espagne) a ouvert, fin mai, un nouveau parking entièrement réservé aux véhicules partagés. Ce nouvel espace se situe à 25 mètres de l’avenue Capital de España, à proximité de l’une des sorties de la station de métro Feria de Madrid. Ce projet pilote a pour but de promouvoir la mobilité durable et l’intermodalité dans ce quartier d’affaires qui enregistre le passage de 10 000 véhicules privés chaque jour163. La ville va également ajouter 45 km de voies de bus, ce qui représente 30 % du réseau actuel, afin d’aider les habitants qui souhaitent utiliser les transports en commun164.

  • La ville de Medellín (Colombie) se prépare à relancer son économie après la crise du COVID‑19, tout en cherchant à réduire de 20 % les émissions de carbone d’ici 2030, en mettant l’accent sur les transports. En particulier, la ville prévoit d’étendre son réseau de pistes cyclables d’au moins 50 % en trois ans, pour atteindre 145 km, et de doubler le nombre de lignes de transports publics interconnectées, y compris les trains, les tramways et les métrocables d’ici 2030. La ville travaille par ailleurs à la fourniture de 50 000 vélos électriques que les habitants peuvent louer à bas coût, et elle s’est engagée à électrifier la totalité des transports publics avant la fin de la décennie165.

  • La ville de Séoul (Corée) va continuer d’innover dans le domaine des options de mobilité verte et intelligente en mettant en place des véhicules sans chauffeur, la livraison de produits par des robots et des aires de stationnement intelligentes. Ces mesures viennent s’ajouter à l’accélération de la mise en place d’un système de pistes cyclables avec une voie express, dans l’objectif d’atteindre une part de 15 % pour les vélos en 2030166.

  • La ville de Rome (Italie) a adopté des directives concernant les trottinettes électriques partagées afin de permettre la mise à disposition de plusieurs milliers de trottinettes par deux prestataires de services167.

  • Suite à la légalisation de la location de trottinettes électriques le 4 juillet 2020, la ville de Middlesbrough (Royaume-Uni) est devenue la première ville à mettre en place un programme pilote de location de trottinettes électriques à l’échelle de son territoire, afin de jeter les bases d’une mise en œuvre plus systématique dans tout le Royaume-Uni dans le but de dissuader les citadins de s’entasser dans les transports en commun ou de reprendre leur véhicule personnel polluant168.

  • La ville de Rotterdam (Pays-Bas) a élaboré un plan de mobilité en coordination avec sa société de transports en commun (RET) et quatre entreprises fournissant des vélos et des trottinettes électriques pour proposer une offre de transport alternative. Ce plan s’accompagne d’un service sur l’application de la société RET, qui aide les utilisateurs à trouver le moyen le plus pratique et le plus rapide pour effectuer un trajet169.

  • La ville de Dublin (Irlande) a commencé à mettre en place un cadre « vivant » de propositions de mobilité en collaboration avec l’Autorité nationale des transports dès le début du mois de mai. Ce plan propose de fournir davantage d’espace pour les zones piétonnes et des aménagements pour des déplacements à vélo plus sûrs, ainsi que de mettre en œuvre les modifications des itinéraires de bus nécessaires pour favoriser des mesures en faveur du vélo et de la marche, tout en maintenant un réseau de transports en commun performant170.

  • La ville de Milan (Italie) a lancé une stratégie d’adaptation qui définit des mesures globales pour : réduire la demande de transport (par exemple en promouvant des modèles de travail intelligent et à distance) ; améliorer et diversifier les options de mobilité (par exemple en promouvant le vélo, les trottinettes électriques, les véhicules partagés) ; renforcer la sécurité dans les transports (par exemple en limitant le nombre de personnes dans les bus et le métro, et en réduisant les attroupements aux arrêts de bus et dans les gares en instaurant des distances de sécurité) ; dégager les trottoirs ; intégrer les transports publics à d’autres systèmes de mobilité ; améliorer l’automatisation des tickets et des abonnements dans les transports et les parkings ; et pour investir dans les espaces de stationnement de courte durée (par exemple pour la livraison des produits de première nécessité et pour les services de santé ou d’urgence)171. Le plan a également pour objectif de redéfinir le calendrier, les horaires et le rythme de la ville, de maximiser la flexibilité et de répartir la demande de mobilité dans le temps, en encourageant des horaires plus flexibles pour les établissements scolaires et les travailleurs, et allongeant les heures d’ouverture des services et des entreprises, ainsi que des activités culturelles. Il vise en outre à récupérer des espaces publics pour le bien-être, les loisirs et les activités sportives, avec une réouverture graduelle des parcs et des installations sportives. Il entend aussi garantir une place ouverte (Piazze Aperte) dans chaque quartier, via un urbanisme tactique et la piétonnisation, et prévoit l’extension des terrasses sur les places de stationnement, et la limitation de la vitesse à 30 km/h dans toute la ville172.

  • Aux États-Unis, on rapporte qu’au moins 67 organismes de transport ont élaboré un plan de relance ou de rétablissement pour l’après COVID-19. Ces organismes envisagent également plusieurs changements de fonctionnement, comme la consolidation et l’amélioration des services sur les itinéraires (44 organismes), la redistribution des employés (42 organismes), et le recours aux équipes de travail en service à des horaires différents (31 organismes)173.

  • Le projet « ReOpen DC » mis en place à Washington DC (États-Unis) présente une feuille de route portant sur l’utilisation des transports dans un contexte qui sera marqué par le COVID-19 durant les mois à venir.174 Des mesures spécifiques pour repenser l’orientation des espaces publics incluent la priorisation de l’élargissement des trottoirs, l’augmentation du nombre de pistes cyclables et l’attribution de davantage de voies pour les corridors de bus du réseau Lifeline. La Washington Metropolitan Area Transit Authority (WMATA) a également élaboré un plan portant sur une stabilisation pendant l’été – durant lequel des travaux de construction et de réparation seront engagés pour profiter de la baisse de la circulation – et une reprise encadrée à compter de septembre, les itinéraires des bus étant redéfinis et alignés sur les nouveaux horaires du métro pour limiter les attroupements. La WMATA multiplie également les efforts pour regrouper les tarifs entre les modes de transport et pour déployer le paiement sans contact de manière intégrée.175

  • L’Association américaine des transports publics (APTA), qui regroupe plus de 1 500 membres des secteurs public et privé aux États-Unis et au Canada, a publié un vaste document, qui comprend, entre autres, une liste récapitulative des mesures à prendre pour rétablir les services de transport pendant une pandémie, des conseils sur la désinfection du matériel et un livre blanc sur la protection des employés et des usagers des transports en commun176. En avril l’APTA a créé une nouvelle équipe spéciale sur le rétablissement de la mobilité, qui élabore une feuille de route pour les services de transports en commun dans un monde post-COVID-19. Les résultats de ses travaux comprendront des recommandations couvrant un large éventail de sujets cruciaux pour le bon fonctionnement futur des transports en commun, notamment la protection des employés et des usagers, la confiance du public, les opérations axées sur les clients, ainsi que la résilience, l’équité et les besoins sociétaux177.

Les villes profitent de cette période pour investir dans la rénovation urbaine, qui peut leur permettre de beaucoup gagner en efficacité énergétique après la crise du COVID-19, et de faire des économies sur les factures énergétiques de leurs bâtiments. Les enseignements tirés des précédents programmes de relance verte montrent que certains domaines, comme l’investissement dans l’efficacité énergétique et la rénovation, contribuent fortement à la création d’emplois et à l’activité économique dans le domaine de la construction, tout en réduisant les émissions178.

La modernisation des bâtiments peut par exemple créer un grand nombre d’emplois qui injecteront de l’argent dans les chaînes de valeur locales, qui sont bien souvent détenues par des PME. Ainsi, le 1er juin, la Métropole de Lille (France) a annoncé son plan de relance à 66 millions EUR qui inclut des investissements dans la rénovation énergétique de 3 000 logements sociaux, de plus de 3 600 logements privés et de 600 chambres d’étudiant au cours des trois prochaines années. Le projet vise à promouvoir la création d’emplois dans le secteur de la construction et la transition vers une société bas carbone179. La ville de Copenhague (Danemark) met en œuvre des projets de construction municipaux à un rythme accéléré ; ces derniers devraient créer entre 50 et 100 nouveaux emplois dans l’administration municipale. Cette initiative est facilitée par la levée des restrictions sur les dépenses en capital en matière de marchés publics180.

La ville de Lille (France) injecte environ 32 millions EUR, sous la forme de différents systèmes d’aide aux entreprises, dans son économie locale. Le Fonds de rebond distribuera 20 millions EUR aux petites entreprises (commerçants, artisans et agriculteurs) qui devront s’engager pour une transition écologique ou énergétique pour bénéficier du fonds. Un nouvel organisme dédié aux petites entreprises et associations avec moins de dix employés a été créé et devrait proposer des prêts allant jusqu’à 6.6 millions EUR qui pourront être remboursés sur 3 à 5 ans181.

Parallèlement aux mesures relatives à l’efficacité énergétique, les villes investissent également dans des projets liés aux énergies renouvelables. Ainsi, la ville de Séoul (Corée) a adopté un plan solaire ambitieux en 2018 qui vise à installer des panneaux solaires sur tous les bâtiments municipaux et un million de logements entre 2018 et 2022, ce qui devrait créer 4 500 emplois. À ce jour, la ville a installé 98 MW de systèmes solaires photovoltaïques sur les bâtiments municipaux, plus de 13 125 foyers ont reçu des panneaux solaires, et les émissions de polluants atmosphériques PM2.5 ont baissé de 8.7 tonnes 182. En outre, Séoul est devenue en mars la première ville coréenne à annoncer un plan de subventions (1 milliard KRW ont été alloués pour 2020) pour favoriser le photovoltaïque intégré au bâtiment dans les nouvelles constructions commerciales et résidentielles183. La Ville de Swansea Bay (Royaume-Uni) a annoncé en juin un projet d’énergie marine à 60 millions GBP qui contribuera à lutter contre le changement climatique tout en revitalisant l’économie du Pembrokeshire dans le contexte du COVID-19. Le projet Pembroke Dock Marine est conduit par le secteur privé, avec le soutien du Conseil de comté du Pembrokeshire. Il devrait générer plus de 1 800 emplois dans les quinze prochaines années. Le projet se compose de quatre éléments dont une zone de démonstration de 90 km², fournie par Wave Hub Limited qui permettra le déploiement de futures technologies génératrices d’énergie ainsi qu’un centre de recherche, d’innovation et de technologie (le Marine Energy Engineering Centre of Excellence) rattaché au centre Catapult ORE (Offshore Renewable Energy)184.

La transformation numérique a joué un rôle central dans les mesures d’urgence prises par les villes pour répondre à la pandémie. Alors que de nombreux pays mettent progressivement fin au confinement, les villes renforcent et étendent l’utilisation des outils de la ville intelligente afin de faciliter l’adoption permanente des nouveaux rythmes et des nouvelles habitudes dans un contexte où la distanciation sociale reste nécessaire, tout en restant vigilantes et attentives aux risques de contagion. L’espace virtuel devient partie intégrante des sphères publiques de la ville à mesure que les services municipaux, l’information et les moyens de participation et les ressources culturelles sont numérisés. Un service internet adéquat devient de ce fait essentiel, et l’accès de tous à ce service doit être garanti par l’infrastructure.

La crise a poussé de nombreuses villes à accélérer le développement de solutions numériques à la fois durant le confinement, mais aussi à long terme dans le cadre de leurs processus participatifs de définition des plans de relance :

  • La ville de Tallinn (Estonie) a organisé un hackathon, tandis qu’Anvers (Belgique), Cologne (Allemagne) et Madrid (Espagne) ont invité des start-ups à créer des moyens innovants pour relever les défis posés par la pandémie de COVID-19. Dans son appel aux start-ups et PME innovantes pour un « retour à la normale », Madrid a sollicité des solutions à trois défis : affronter la réalité économique après la pandémie ; redéfinir le concept de ville face aux besoins de nouveaux modèles de relations interpersonnelles ; et chercher des solutions pour les groupes avec des besoins spéciaux. La ville de Nice (France) a élaboré de nouveaux outils numériques de gestion de la logistique de crise dont s’inspirera Microsoft pour aider d’autres collectivités185.

Les confinements soudains imposés partout dans le monde ont obligé de nombreux élèves à poursuivre leurs études à la maison. Tirant des enseignements de cette période, les villes ont mis en place des plateformes et des mesures de soutien pour garantir une meilleure expérience de l’apprentissage à distance, tant à court terme qu’à long terme :

  • À Riga (Lettonie), le département de l’éducation, de la culture et des sports de la ville a lancé une plateforme numérique qui constitue une classe virtuelle pour les élèves. Les villes de Bamberg (Allemagne), Istanbul (Turquie) et Tirana (Albanie) ont également établi des plateformes numériques d’apprentissage (à Tirana, tous les cours sont mis en ligne sur une plateforme gratuite et sont diffusés à la télévision nationale186). Le Service de développement de la ville de Riga a également instauré un jour par semaine de télétravail, organisant des webinaires sur les documents d’aménagement urbain plutôt que des réunions physiques187.

  • La ville de Tokyo (Japon) s’est engagée à accélérer ses efforts en matière de transformation numérique, en promouvant l’apprentissage en ligne, la télémédecine, le télétravail et la dématérialisation des services publics. Le projet Smart school vise à permettre à tous les élèves et étudiants des établissements publics de Tokyo d’étudier en ligne188.

Les enseignements tirés de la nécessité, soudaine et inattendue pour la plupart des citadins, de rester à la maison et de limiter les contacts physiques ont conduit les municipalités à intensifier leurs efforts de transformation numérique des services municipaux :

  • Le projet de la ville de Milan (Italie), Adaptation Strategy 2020, comprend une section sur les services numériques, qui prévoit le développement, la simplification et l’accélération de la fourniture de ces services numériques aux citoyens, et le renforcement du réseau de TIC pour la soutenir. Les outils numériques sont optimisés pour soutenir et compléter les différents secteurs et initiatives publics. Le plan a ainsi pour objectif d’élaborer un système de suivi de la contagion. En vue d’accroître l’accès à la culture, le plan élargit également les catalogues électroniques des bibliothèques, et fait la promotion des initiatives culturelles en ligne, parallèlement aux événements traditionnels en public. Il prévoit enfin d’élaborer une plateforme numérique pour aider la ville de Milan à repenser la logistique de livraison et encourager la consommation locale189.

  • La ville de Florence (Italie) s’engage elle aussi pour la transformation numérique des services municipaux, et souhaiterait atteindre les 100 % (85 % actuellement). Cela s’étend également aux pratiques en matière de construction et d’aménagement paysager, dans l’objectif de simplifier les procédures d’autorisation. La ville cherche aussi à faciliter le travail à distance, en assurant la fourniture de services et d’équipements appropriés, et des environnements sûrs. Pour garantir un accès universel à la connexion internet indispensable au télétravail ‑ le « droit au réseau » ‑ la ville cartographie la fourniture et la qualité de la connexion par fibre optique afin d’identifier les zones dans lesquelles le service doit être amélioré190.

  • D’autres villes, comme Séoul (Corée), reconnaissent également que ces efforts de transformation numérique doivent être accompagnés d’interventions publiques visant à combler le fossé numérique et à améliorer l’accès aux technologies191.

Pour de nombreuses villes, le tourisme est un secteur crucial qui soutient l’emploi, les commerces et les services. Le secteur du tourisme national et international contribue directement, en moyenne, à 4.4 % du PIB, et à 21.5 % des exportations de services dans les pays de l’OCDE. Les scénarios révisés de l’OCDE indiquent que le choc pourrait représenter une chute de 60 à 80 % de l’économie du tourisme international en 2020, en fonction de la durée de la crise et de la vitesse à laquelle les voyages et le tourisme repartent192. Comparées aux zones rurales, les villes pourraient être davantage touchées, car les visiteurs sont susceptibles de préférer les zones naturelles et rurales au moins dans un premier temps193.

Alors que le tourisme national devrait repartir en 2021, il est probable que la reprise du tourisme international prenne deux ans ou plus194. Certaines villes qui dépendent beaucoup du tourisme international sont proactives et élaborent des stratégies pour attirer les touristes internationaux. La ville de Reykjavik (Islande) a par exemple annoncé un ensemble de mesures pour le tourisme, dont une campagne publicitaire pour devenir une destination de choix dès le retour à la normale195. La Stratégie d’adaptation de la ville de Milan (Italie) comprend également la promotion de Milan en tant que « ville sûre » qui respecte les protocoles sanitaires, et des plans prévoyant la réouverture progressive des activités culturelles et de création au tourisme local, puis international, lorsque la situation le permettra196.

Par ailleurs, d’autres villes ont profité de la crise pour repenser le développement du tourisme en s’orientant vers d’autres modèles d’activité plus durables. Pour certaines, les réflexions récentes sur la culture et la fonction de la ville ont mené au souhait de s’écarter du tourisme de masse, qui dans certains cas se révélait préjudiciable au tissu social. La ville de Florence (Italie) souhaite retrouver 30 % de son activité touristique d’ici la fin de l’année sans tourisme de masse, qui a conduit les habitants à se sentir dépossédés de leur centre-ville. Le plan pour la renaissance de Florence (Rinasce Firenze) interdit désormais l’accès du centre-ville aux bus touristiques. À plus long terme, les bus devront s’arrêter à la périphérie de la ville. Le plan prévoit également de redonner l’usage du centre aux habitants et aux entreprises, et empêchera ainsi l’ouverture de nouveaux hôtels ou restaurants197. Les villes de Barcelone (Espagne) et de Budapest (Hongrie) ont également fait le choix de réorienter le tourisme vers un modèle davantage culturel et adapté aux familles198.

Avec le tourisme, les secteurs de la culture et de la création sont parmi les plus touchés par la pandémie et la crise qu’elle a provoquée199. De nombreuses villes ont ainsi orienté leur stratégie de relance vers le soutien à ces secteurs. Les principaux exemples de stratégies de relance mettant l’accent sur les secteurs de la culture et de la création sont notamment les suivants :

  • La ville de Madrid (Espagne) a adopté un plan de relance pour les établissements et les activités culturelles (Plan Aplaude Madrid)200, doté de 7.5 millions EUR. Les espaces dédiés à l’art contemporain, aux performances et à l’échange culturel seront éligibles à des subventions de programmation bisannuelles, et le conseil de la ville a reconduit une réduction de 25 % de la taxe foncière et de la taxe sur l’activité économique pour 2020. La rénovation de deux lieux emblématiques de Madrid, le Teatro Circo Price et, après presque quatre décennies d’attente, le centre culturel Fernán Gómez, est prévue pour 2.2 millions EUR201.

  • La ville de Londres (Royaume-Uni) a également mis en place un fonds d’urgence de 2.6 millions EUR pour soutenir les secteurs à risque de la culture et de la création, notamment les salles de concert populaires, les ateliers d’artistes et les cinémas indépendants202.

  • La ville de Vilnius (Lituanie) dispose elle aussi d’un plan de relance (Plan 4×3), qui inclut des mesures d’aide à destination des individus, des entreprises et de la culture. Le secteur de la culture sera une priorité pour Vilnius, 1 million EUR étant réservés à ce secteur203. Le plan comprend un soutien financier aux secteurs de la culture et de la création, un remboursement partiel des événements annulés, une aide ponctuelle aux arts de la scène, des exemptions de certaines charges, la participation des établissements d’enseignement aux événements culturels éducatifs, et le renforcement des festivals par l’implication des auteurs et interprètes locaux204.

  • Par ailleurs, de nombreuses villes ont mis l’accent sur les événements musicaux pour soutenir le secteur musical et les salles de concert locales, et proposent des divertissements accessibles aux habitants. Ainsi, chaque nuit l’initiative mondiale United We Stream diffuse en ligne et en direct un concert depuis des villes comme Manchester, Berlin, Amsterdam, Paris, Bangkok, et récolte des milliers de dollars pour aider les artistes et les organisateurs du secteur musical. De la même manière, la ville de La Nouvelle-Orléans (États-Unis) a organisé le même type de diffusion (Band Together) à l’appui des salles et des artistes locaux. La Commission musicale de Colombus (États-Unis) organise des concerts sur les trottoirs pour les personnes âgées bloquées chez elles205.

Les villes perçoivent la relance comme l’occasion d’opérer d’importants changements en faveur de sociétés plus durables, plus équitables et plus résilientes206. Cette évolution vient en partie de la plus grande visibilité, due à la crise du COVID-19, des vulnérabilités et inégalités existantes. En outre, les perturbations du mode de vie subies durant le confinement ont rendu les gens plus enclins à modifier leur comportement et à accepter des changements plus radicaux207. Dans son plan d’adaptation 2020, la ville de Milan (Italie) s’appuie par exemple sur la sortie de crise pour mettre en question les caractéristiques et les attentes fondamentales de la ville et son envergure, et les besoins en termes de bien-être. La ville a souligné des questions clés énoncées pour son approche de la relance, telles que : « quelles sociétés et quelles collectivités voulons-nous être et bâtir après la crise ? ; notre objectif est-il de simplement revenir aussi vite que possible à ce que nous avions ‘avant’ ? ; souhaitons-nous ‘tirer profit’ de la crise et avancer pour améliorer notre ville et notre qualité de vie ? »208.

Reconnaissant qu’il est nécessaire d’adopter une vision globale de la résilience en matière de développement urbain, de nombreuses villes ont la volonté de mettre à jour ou d’élaborer des stratégies globales de résilience :

  • La ville de Malmö (Suède) a constaté que les crises et les chocs précédents avaient déjà conduit à renforcer la résilience, avec par exemple l’extension des espaces verts pour atténuer les inondations, ou davantage d’attention apportée à la sécurité alimentaire. La ville tient désormais compte du critère de résilience dans les procédures de passation de marchés et d’urbanisme209.

  • La ville de Milan (Italie) met elle aussi à jour ses stratégies de résilience, car son évaluation initiale de la résilience n’avait pas pris en compte le risque de pandémie, ce qui confirme par ailleurs qu’il est nécessaire d’intégrer des scénarios catastrophes dans la planification urbaine pour mieux se préparer aux risques exceptionnels210.

  • À Paris (France) la crise a révélé à quel point il est important de considérer la résilience comme un cadre d’analyse à appliquer à tous les secteurs d’administration. Les mesures prévues dans la stratégie de résilience de 2017 se sont révélées utiles durant la crise, comme la mobilisation d’un réseau citoyen de solidarité (Volontaires de Paris) pour veiller sur les personnes âgées ou l’utilisation de communications pour renforcer la sensibilisation aux mesures de prévention. La crise a incité la ville à réfléchir à la façon de mettre à jour la stratégie pour y intégrer les enseignements tirés de la crise et mieux préparer les futures crises211.

  • La ville d’Izmir (Turquie) a élaboré un plan d’action de résilience au COVID-19 qui reprend les mesures préventives déjà existantes en cas de catastrophe ou de crise, et introduit de nouvelles mesures spécifiquement conçues pour la gestion de la pandémie et de ses répercussions212.

Les villes procèdent également à l’intégration du contexte de la relance post-COVID-19 dans la mise à jour de leurs stratégies de développement à long terme. Ainsi, les villes d’Amsterdam (Pays-Bas), de Barcelone (Espagne), de Tallinn (Estonie), de Vienne (Autriche) et d’Utrecht (Pays-Bas) se réfèrent au Programme de développement durable à l’horizon 2030 et aux ODD pour élaborer leur stratégie de développement (Healthy Urban Living strategy à Utrecht et Smart City Wien à Vienne par exemple). Ces stratégies étaient déjà en place avant la pandémie, mais les villes utilisent désormais les cadres d’action mondiaux et facilitent leur adoption en tant qu’instruments d’action plutôt que programmes de conformité afin de guider la conception et la mise en œuvre de leurs stratégies de relance213

On trouvera ci-après quelques recommandations concrètes à mettre en œuvre pour que tous les niveaux d’administration collaborent à la construction de villes meilleures à la lumière des enseignements de la crise. Ces recommandations s’appuient également sur des orientations antérieures de l’OCDE relatives à la gestion des risques de catastrophes, à la résilience urbaine et sur les Principes de l’OCDE sur la politique urbaine, adoptés en mars 2019214.

Pour construire des villes inclusives offrant des opportunités à tous, tous les niveaux d’administration doivent :

  • Fournir des services sociaux et communautaires efficaces aux populations défavorisées, comme des soins de santé et des soins à domicile (personnes âgées et sans-abri), par la conception et la mise en œuvre de stratégies ambitieuses d’innovation sociale, et la requalification des bâtiments inoccupés.

  • Veiller à ce que les laissés-pour-compte (à savoir les migrants, les travailleurs au bas de l’échelle des salaires) bénéficient de programmes d’emploi et d’activation personnalisés adaptables, pertinents, flexibles, qui répondent aux nouveaux besoins du marché du travail local après la crise.

  • Prendre des mesures pour adapter la quantité, la qualité et l’accessibilité financière des logements à la diversité des besoins en la matière, en vue de promouvoir la cohésion sociale et l’intégration avec des modes de transport durables.

  • Améliorer l’accès à la mobilité douce, en tenant compte des besoins des différentes catégories de population (personnes âgées, familles avec enfants, personnes handicapées) au moment de redéfinir l’avenir de la mobilité urbaine pendant la phase de relance post-COVID-19 (par exemple, le vélo comme mode de transport).

  • Promouvoir un accès équitable à une éducation de qualité et exploiter tout le potentiel de l’enseignement en ligne, en particulier pour les jeunes issus de milieux défavorisés, et encourager la collaboration entre les établissements d’enseignement supérieur, les entreprises, les autorités locales et régionales et la société civile.

Pour construire des villes vertes capables de passer à une économie bas carbone, tous les niveaux d’administration doivent :

  • S’attaquer aux externalités négatives des agglomérations, comme la congestion du trafic et la pollution atmosphérique, en réduisant l’utilisation des voitures particulières grâce à des péages urbains et à une réglementation ad hoc tenant compte des exemptions spécifiques, en améliorant le transport multimodal, comme la mobilité urbaine active et propre (proximité et accessibilité à pieds ; combinaison de politiques de gestion des transports du côté de l’offre et de la demande).

  • Exploiter les avantages de la densité et de la forme urbaines (compacte ou étalée) par une planification prospective de l’espace et de l’occupation des sols, afin de donner la priorité aux infrastructures résilientes au changement climatique et sobres en carbone, par exemple en concevant et en construisant des bâtiments et des rues écologiques, et en produisant et en fournissant des énergies renouvelables lorsque cela est possible.

  • Encourager une utilisation plus efficiente des ressources, et des modes de consommation et de production plus durables, en favorisant notamment l’économie circulaire afin de maintenir la valeur des biens et des produits à son niveau le plus élevé, de prévenir la production de déchets, de réutiliser et de transformer les déchets en ressources.

  • Intégrer les priorités en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses effets aux plans de relance et aux investissements pour sortir de la crise, par exemple en concevant des subventions sous conditions, des prêts préférentiels et des incitations fiscales pour les projets d’investissement et les pratiques commerciales écologiques, tout en définissant des mesures d’accompagnement pour les populations les plus vulnérables qui risquent d’être touchées de manière disproportionnée.

  • Stimuler l’économie locale (comme la production alimentaire locale), tout en repensant la logistique sur les courtes distances.

Pour construire des villes intelligentes qui peuvent tirer le meilleur parti de l’innovation pour le bien-être des habitants et favoriser une croissance inclusive, tous les niveaux d’administration doivent :

  • Faire en sorte que le recours aux nouvelles technologies dans les transports publics (services de transport fondés sur des applications par exemple) soit synonyme à la fois d’inclusion et de durabilité, y compris pour les personnes à mobilité réduite et les communautés mal desservies, ainsi que pour les personnes ayant un accès plus limité aux technologies, tout en protégeant la vie privée des individus.

  • Adopter une réglementation appropriée en matière d’économie du partage et des petits boulots, afin de favoriser la sécurité de l’emploi et de préserver l’intérêt général et la protection sociale des travailleurs, en envisageant l’application des règles de distanciation sociale sur le long terme.

  • Faire avancer le programme de mesure des données afin de mieux évaluer les performances des villes intelligentes et leur contribution au bien-être des citadins et à la croissance inclusive.

  • Tirer parti de la transformation numérique pour offrir des services publics locaux plus efficients, durables, abordables et inclusifs, via l’accès à des données en temps réel, des péages de congestion électroniques, des systèmes de stationnement intelligent, des capteurs IdO et des contrats intelligents.

  • Mettre en place un cadre pour aider les villes à recourir aux marchés publics innovants afin d’acquérir des solutions axées sur l’innovation.

Pour construire des villes inclusives, vertes et intelligentes, les gouvernements doivent mettre à profit la bonne gouvernance afin de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies et des politiques efficaces, en partageant la responsabilité avec les parties prenantes :

  • Promouvoir un modèle de gouvernance dynamique et souple reposant sur des outils de collaboration, des partenariats et des dispositifs contractuels novateurs, qui mettent l’intérêt de la population locale au premier plan et améliorent de la résilience, comme la coopération intercommunale et internationale et les partenariats public-privé.

  • Coordonner les responsabilités et les ressources entre les différents niveaux d’administration afin de répondre simultanément aux besoins locaux, aux objectifs nationaux et aux engagements mondiaux eu égard aux objectifs à long terme en matière de sécurité sanitaire, à la résilience et au développement durable, de manière efficace et transparente.

  • Adopter une approche fonctionnelle de l’action publique à l’échelle métropolitaine, fondée sur le lieu de vie et de travail des habitants, afin d’adapter les stratégies et la prestation de services publics à la diversité des échelles urbaines.

  • Renforcer les capacités de gestion stratégique et d’innovation des responsables publics locaux afin de concevoir et appliquer des stratégies urbaines intégrées et résilientes qui permettent d’aborder dans toute leur complexité les problèmes présents et à venir.

  • Encourager l’engagement civique afin de redéfinir les mesures sociales, environnementales et économiques pour la phase de relance, en faisant participer la communauté aux décisions et à la mise en œuvre, et en continuant à utiliser des outils numériques afin de trouver des solutions plus permanentes aux inégalités structurelles.

  • Exploiter des mécanismes innovants afin de mobiliser le secteur privé pendant la phase de relance, comme les promoteurs immobiliers, les urbanistes, les investisseurs institutionnels, le secteur financier, ainsi que les régulateurs, les universités et la société civile.

  • Promouvoir les marchés publics et les infrastructures durables combinant des objectifs économiques, sociaux et environnementaux, afin de créer et de façonner les marchés locaux dans une optique de croissance verte et inclusive, de modifier les modes de consommation et de production, et de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire dans le cadre d’une responsabilité partagée avec les entreprises et les citoyens.

  • Soutenir les initiatives d’ouverture de l’administration, afin d’étendre et de faciliter l’accès aux informations publiques, de favoriser la transparence et la responsabilisation des décideurs, ainsi que l’aménagement d’espaces dédiés à la formulation de politiques publiques participatives.

  • Soutenir les systèmes et réseaux de villes, par exemple par le biais de la coopération de ville à ville, afin de tirer des enseignements des mesures innovantes mises en œuvre à l’échelle de la ville.

Pour mettre en œuvre des mesures post-relance intégrées et tournées vers l’avenir, les pouvoirs publics doivent mobiliser des ressources financières adéquates en faveur de villes inclusives, vertes et intelligentes :

  • Promouvoir l’adoption de mécanismes financiers innovants, incluant le recours à des obligations durables afin de financer les espaces publics, développer l’infrastructure urbaine, aménager des quartiers et construire des logements à prix abordable.

  • Exploiter le potentiel d’instruments financiers spécifiques en cas de crise ou de chocs économiques imprévus, comme des fonds de réserve, des lignes de crédit et des moratoires sur le paiement des loyers.

  • Tirer parti des financements en provenance du secteur privé, le cas échéant, afin de maximiser les possibilités connexes et de faire face aux risques.

  • Encourager les entreprises, notamment les PME, à préparer des plans de continuité des activités tenant également compte des risques de crise sanitaire et de choc systémique, et prévoyant, entre autres, des modalités de travail flexibles et à distance et une transformation numérique.

  • Étudier la pratique du budget participatif, une autre innovation qui peut offrir aux citoyens l’occasion de donner leur avis sur l’utilisation des deniers publics, notamment lorsqu’il s’agit de financer des programmes et projets d’infrastructures répondant à des objectifs d’inclusion.

  • Promouvoir des modèles financiers en faveur d’une économie sociale, comme ceux qui mettent les citoyens à contribution dans le cadre de coopératives ou d’autres formes d’entreprises sociales, dans des domaines comme les énergies renouvelables, la production et la distribution alimentaires décentralisées.

Tandis que le virus se propageait dans les villes du monde entier, avec des effets dévastateurs sur les populations et le bien-être des résidents, de nombreuses autorités locales se trouvaient aux premiers rangs de la lutte contre l’épidémie. Alors que la plupart des gouvernements nationaux pilotaient des interventions visant à endiguer la diffusion du virus, les municipalités ont largement contribué à compléter les réponses aux problèmes que la pandémie pose sur le terrain. Dans de nombreux pays, elles ont rempli une double fonction :

  • D’une part, elles ont appliqué les mesures nationales, en soutenant localement les mesures de confinement et en contrôlant leur respect grâce à leurs ressources et leur capacité de coercition (police municipale) ou à leurs prérogatives locales (fermeture des parcs et jardins publics) ; et

  • D’autre part, elles ont mis en œuvre des mesures plus innovantes, partant de la base, et ont en parallèle fait appel aux technologies ou à d’autres moyens et mis à profit leur proximité sans égal avec leurs citoyens (en portant attention aux populations vulnérables).

Les exemples recueillis auprès d’une quarantaine de villes (voir annexe A) sont regroupés en six catégories d’interventions (Graphique 1), déployées à divers degrés selon le stade de progression de la pandémie :

  • Distanciation sociale et confinement

  • Pratiques de travail et modes de déplacement quotidiens

  • Mesures ciblant les populations vulnérables

  • Prestation locale de services — distribution d’eau et collecte et traitement des déchets notamment

  • Aide aux entreprises et relance économique

  • Communication, sensibilisation et outils numériques

À partir des mesures recensées, il est possible de faire certaines observations sur la résilience des villes et leur capacité à se relever à la suite de chocs :

  • Les mesures adoptées par les villes doivent être interprétées et examinées à la lumière du degré d’avancement de la pandémie dans leur pays (c’est-à-dire selon que celle-ci en est à ses premiers ou à ses derniers stades). En tout état de cause, ces mesures peuvent aider à mieux surmonter les crises ultérieures, à atténuer leurs retombées et à élaborer des programmes de relance.

  • D’un pays à l’autre, ou à l’intérieur des pays, les villes n’ont pas toutes la même capacité à réagir à la crise du COVID-19. Cette capacité dépend de plusieurs facteurs, notamment de la répartition des responsabilités en matière de prestation des services publics (les services de santé sont généralement plus centralisés), du nombre d’habitants (les villes moins peuplées semblent avoir prêté davantage attention à l’inclusion), des cadres réglementaires, des moyens budgétaires ou de l’infrastructure en place.

  • Les villes mettent en œuvre un large éventail de mesures locales, depuis des dispositions immédiates visant à fournir des informations, protéger leurs administrés (hygiène), limiter les contacts sociaux et aider les entreprises (sur le plan financier par exemple), jusqu’à des politiques à plus long terme (à savoir la modification de l’organisation du travail) ;

  • Pour mettre en œuvre la plupart de leurs mesures de lutte contre l’épidémie, les villes s’appuient sur l’innovation et les outils en ligne/numériques comme l’Internet, les applications et technologies mobiles, qui remplissent une fonction stratégique à l’appui de la communication, de la sensibilisation, du télétravail, mais aussi de l’enseignement et de l’amélioration des compétences ;

  • Dans un premier temps, la plupart des interventions ont porté sur la gestion immédiate de la crise, mais certaines villes se sont progressivement orientées vers des réponses à moyen terme, visant notamment à redéfinir la vie publique et à revoir la conception et l’utilisation des espaces publics dans les villes, afin de laisser plus de place à la micromobilité des cyclistes et des piétons ;

  • Alors que les avantages des villes compactes sont vantés depuis longtemps, la crise du COVID-19 a suscité un débat sur la vulnérabilité des villes densément peuplées, qui tient à la promiscuité de leurs habitants et aux difficultés rencontrées pour appliquer les mesures de distanciation sociale, et sur la nécessité de réfléchir à la manière dont les villes peuvent garantir un environnement urbain compact et sûr offrant un accès de proximité aux services de base.

  • Les perturbations subies par les chaînes d’approvisionnement, l’affaiblissement des exportations et des investissements, ainsi que les restrictions des déplacements professionnels et de tourisme, sont susceptibles d’affecter les villes à moyen et long terme.

  • De nombreuses villes ont compris que la pandémie et ses conséquences peuvent être l’occasion de rendre les villes plus résilientes, circulaires, intelligentes et de mieux les relier aux zones rurales, en agissant sur la production des biens, la consommation d’énergie et l’organisation des transports et des autres services.

  • Indépendamment du niveau de décentralisation, les villes doivent toujours coopérer avec les administrations nationales pour assurer l’application efficace des mesures prises à l’échelle du pays, ou pour définir des interventions locales en rapport avec les initiatives et les dispositifs nationaux.

  • La coopération de ville à ville au sein des pays et au-delà des frontières nationales pendant la pandémie est essentielle pour aider les villes à faire face. Les échanges de pair à pair entre les villes sont un facteur d’unité et de solidarité, et favorisent l’ouverture et la transparence, tandis que les réseaux de villes donnent des informations utiles sur les meilleures pratiques pour faire face à la crise et se relever efficacement, en tenant compte des objectifs économiques, sociaux et environnementaux.

Au tout début de la pandémie, les réponses immédiates ont consisté en des mesures de distanciation sociale et de confinement, telles que :

  • Limitation de tous les rassemblements, annulation ou report des manifestations. La plupart des villes ont annulé ou reporté les grands rassemblements. Par exemple, la ville d’Austin (États-Unis) a annulé le festival annuel de cinéma et de musique South by Southwest, programmé en mars, qui attire d’ordinaire plus de 400 000 personnes et dont les retombées économiques ont été estimées à 355.9 millions USD en 2019215. Dans les cas où les grands rassemblements n’ont pu être annulés ou reportés (le premier tour des élections municipales en France, par exemple), des désinfectants ou des dispositifs pour se laver les mains ont été mis à disposition, et les lieux ont été nettoyés fréquemment. De nombreuses villes se sont approvisionnées en masques et en gel désinfectant. Les événements sportifs ont été annulés ou reportés, comme les Jeux Olympiques de Tokyo (Japon), qui se devaient se tenir à l’été 2020. Les municipalités de Milan (Italie) et de Paris (France) ont été parmi les premières à fermer tous les parcs publics afin de limiter les sorties en groupe et soutenir la mise en application des mesures nationales de confinement216.

  • Fermeture des établissements culturels. Les établissements culturels, comme les musées, les salles de concert et les cinémas, ont été fermés. La municipalité de Buenos Aires (Argentine) a publié un décret qui suspendait toutes les activités récréatives, sociales et culturelles réunissant plus de 200 personnes pour une durée initiale de 30 jours, qui a ensuite été prolongée217. Dans de nombreuses villes à travers le monde, en France notamment, des mesures similaires ont été prises pour interdire les manifestations, fermer les cinémas, les théâtres et les restaurants.

  • Fermeture des écoles et des universités. Cette mesure a nécessité de reprogrammer les cours, reporter les examens, et accélérer la fourniture gratuite d’outils d’apprentissage en ligne et d’applications éducatives. La ville de Fukuoka (Japon) a mis des films éducatifs à disposition des enfants que la fermeture des écoles publiques contraignait à rester chez eux218. Autre exemple, la ville de Moscou (Fédération de Russie) a créé « l’École électronique moscovite » pour permettre aux élèves de suivre leurs cours en ligne219.

Après quelques mois de confinement, la plupart des villes européennes ont conçu et mis en œuvre des plans de soutien aux mesures de déconfinement progressif. La plupart de ces plans reposaient sur une approche progressive et territoriale qui, en fonction des chiffres de la contagion, ont assoupli les restrictions des rassemblements sociaux et facilité le redémarrage des activités économiques. Les décisions furent prises au niveau national et/ou infranational, selon les caractéristiques institutionnelles des pays (fédéral, centralisé).

  • La France a élaboré une carte mise à jour régulièrement afin de classer les départements (en rouge, orange et vert) en fonction de la propagation de la maladie et de la pression pesant sur les hôpitaux. Dans les départements classés « rouge », où le virus était censé s’être propagé davantage et où les patients plus nombreux faisaient pression sur le système hospitalier, les mesures d’assouplissement des restrictions de confinement furent appliquées avec plus de prudence que dans les départements classés « vert ».

  • L’Autriche a progressivement assoupli les restrictions en vigueur après Pâques. Après la réouverture des petites entreprises le 14 avril, les autres commerces et restaurants ont suivi en mai. Les déplacements ont continué d’être soumis à un motif impérieux jusqu’à la fin du mois d’avril. Les écoles sont restées fermées jusqu’à la mi-mai, l’enseignement supérieur poursuivant les cours en ligne jusqu’à la fin de l’année universitaire. Les restaurants, zoos et musées furent autorisés à ré-ouvir à partir du 15 mai, et les dispositifs d’hébergement et de loisir, les piscines et les attractions touristiques le 29 mai. Les manifestations sportives et culturelles, et les grands rassemblements publics en général, ne seront pas autorisés avant le mois de juillet au plus tôt.

En tant que premiers points de contact entre les citoyens et le gouvernement et lieux de rassemblement de groupes de population plus denses, les villes mettent en œuvre les mesures suivantes pour maintenir la distanciation sociale, tout en revenant à la « normale » :

  • Distribution d’équipements de sécurité. De nombreuses mairies distribuent des masques et d’autres équipements de protection dans le cadre des mesures de déconfinement. Dans certains pays, comme la France et l’Espagne, le port d’un masque est désormais obligatoire dans les transports publics. En avril, la ville de Madrid (Espagne), en collaboration avec les pouvoirs publics, a commencé à distribuer des masques dans les principaux nœuds de transport220. La maire de Paris (France) s’est engagée à distribuer 2 millions de masques en tissu aux habitants à compter du 11 mai, par l’intermédiaire des mairies et des pharmacies221.

  • Garantie de la distanciation sociale dans les établissements scolaires. Un nombre croissant de données indiquent que les enfants peuvent être des vecteurs asymptomatiques de la propagation du virus222. Par ailleurs, il est difficile de s’assurer que les enfants respectent bien les mesures de distanciation sociale. C’est pourquoi les administrations nationales et locales font preuve de prudence lors de la réouverture des écoles, afin de garantir des mesures de sécurité et d’hygiène appropriées. En Espagne, les écoles ont été partiellement ré-ouvertes à partir du 15 mai, et une ré-ouverture complète n’est pas envisagée avant septembre, une décision similaire à l’Italie223. Le 15 avril, le Danemark a été le premier pays occidental à rouvrir ses écoles élémentaires. Pour limiter la propagation de l’infection, les parents ne sont pas autorisés à pénétrer dans les locaux scolaires, les enseignants n’ont pas le droit de se réunir dans la salle des professeurs, chaque enfant a son propre bureau qui doit rester à deux mètres de son voisin le plus proche224.. La ville de Paris avait annoncé que les écoles primaires n’accueilleraient que les enfants des personnels soignants et des employés des services d’urgence et municipaux à compter du 11 mai, bien que certains établissements eussent déjà accueilli les enfants des personnels soignants et d’autres travailleurs « essentiels » pendant la période de fermeture. Le 14 mai, le « public prioritaire » fut élargi aux enfants des employés des transports publics, à ceux ayant des besoins particuliers et ceux issus de milieux défavorisés ne disposant pas des moyens nécessaires pour suivre les enseignements en ligne225. Le 22 juin, tous les établissements scolaires à l’exception des lycées furent complètement rouverts. Les lycées des zones vertes commencèrent à ré-ouvrir pour la phase 2, mais la présence n’était pas oligatoire pour les élèves226.

Au tout début de la pandémie et pendant le confinement, de nombreuses administrations municipales ont encouragé leurs agents à travailler à domicile avant même que le télétravail ne soit imposé à l’ensemble de la nation. Les villes ont mis en place plusieurs mesures, telles que :

  • Mise en place du télétravail ou assouplissement des horaires de travail L’une des villes les plus durement et les plus rapidement frappées par l’épidémie de COVID-19, Milan (Italie), a encouragé ses habitants à travailler à domicile dès le 24 février, avant que le confinement national ne soit mis en place le 10 mars227. À San Jose (États-Unis), les employés municipaux ont été invités à télétravailler pour donner l’exemple aux habitants228. Le maire de Rio de Janeiro (Brésil) a été l’un des premiers responsables locaux à encourager le décalage des horaires de travail, suggérant que le secteur industriel commence le premier, à 6 heures, le secteur commercial à 8 heures, et celui des services à 10 heures, de manière à éviter la surfréquentation des transports. Le secteur public municipal a mis en place les mêmes principes d’échelonnement des horaires et de travail à domicile229. Le Premier ministre japonais a demandé que les entreprises autorisent leurs employés à télétravailler le plus possible afin de réduire les contacts entre les personnes de 70 %, voire idéalement de 80 %. Par ailleurs, le télétravail, la rotation des équipes, les horaires variables ou l’organisation de réunions en ligne sont qualifiés de « nouveau style de vie » dans les recommandations de la réunion du groupe d’experts conseillant le gouvernement japonais, publiées le 4 mai.

  • Incitation des entreprises locales à encourager le télétravail et les horaires variables. Le gouvernement métropolitain de Tokyo (Japon) a non seulement invité le personnel municipal à télétravailler, mais a également encouragé les entreprises privées à instaurer des horaires de travail flexibles230, et a pris des mesures spécifiques pour soutenir les PME et d’autres entreprises dans cette transition, sous la forme de subventions visant à les aider à assumer les coûts liés à l’installation du matériel et des logiciels nécessaires au télétravail. À Braga (Portugal), l’agence municipale pour le développement économique, InvestBraga, a organisé un webinaire pour aider les petites entreprises à favoriser les compétences numériques, comme le commerce électronique, le télétravail et les vidéoconférences. Elle propose également des conseils gratuits sur des thématiques numériques.

  • Réaliser des tests pour renforcer la sécurité au travail. Dès le début de l’épidémie, la municipalité de Moscou (Fédération de Russie) a conseillé aux entreprises de prendre la température des salariés, d’empêcher ceux qui présentent des symptômes de la maladie (fièvre, toux ou difficultés respiratoires) de venir au travail, et de les renvoyer chez eux pour suivre un traitement médical231. La ville métropolitaine de Daegu (Corée) a mis en place des stations de dépistage du virus COVID-19 « au volant » pour faire face à la hausse rapide de la demande. Ces stations permettent au personnel médical de tester les habitants directement dans leur véhicule. Le premier « drive corona » a ouvert à Paris (France) fin mars dans la cour de la mairie du 17e arrondissement. Dédié aux professionnels de santé, il leur permettait de se faire tester sur rendez-vous sans avoir à sortir de leur véhicule232. Le test en voiture est beaucoup plus rapide et sûr pour les patients et les professionnels de santé, car il les dispense de se rendre dans un hôpital ou un centre de santé. Il dure environ 10 minutes, et dans le cas de Daegu, les résultats sont envoyés par message textuel dans un délai de trois jours.

  • Réorganisation et désinfection des services de transport. La proximité des voyageurs dans les transports en commun peut jouer un rôle de première importance dans la propagation du virus du COVID-19. Ce risque est particulièrement élevé dans les villes, où les migrants journaliers s’entassent souvent dans des trains ou des bus bondés aux heures de pointe. Au tout début de la pandémie et en application des directives nationales visant à limiter les déplacements domicile-travail, de nombreuses villes et régions métropolitaines ont progressivement mis en place des services réduits, et les collectivités locales ont invité les particuliers à limiter les déplacements non essentiels et mis en place des mesures d’hygiène, comme la désinfection, dans les transports publics. À San Francisco (États-Unis), les stations et véhicules de transport public sont équipés de désinfectant et sont nettoyés plus souvent233. À Venise (Italie), une désinfection extraordinaire des bateaux-bus a été effectuée au tout début de la pandémie. Les autorités de Naples (Italie) ont appliqué des mesures préventives adaptées pour protéger les employés et les usagers, en nettoyant et désinfectant les compartiments passagers des trains et des bus et en affichant visiblement le certificat de désinfection correspondant234. À Madrid (Espagne), les contacts directs sont minimisés du fait que la plupart des trains (64 %) sont équipés de portes à ouverture automatique235. La ville a également réorganisé ses lignes de bus en fonction des variations de la demande, en réduisant les lignes desservant les universités ou la ligne express vers l’aéroport, mais en maintenant les bus nocturnes. EMT (l’entreprise municipale de transports) a également mis en place un plan quotidien de désinfection en profondeur de son parc236. Bratislava (République slovaque) a été l’une des premières villes européennes à rendre le port d’un masque de protection facial obligatoire dans les transports en commun. L’autorité des transports a également interdit l’entrée et la sortie par les portes situées à l’avant des véhicules, près des conducteurs. L’ouverture des portes est automatique, de sorte que les passagers n’aient pas à appuyer sur un bouton237.

La pandémie a révolutionné les modes de déplacement et de travail. Dans l’immédiat, elle a obligé les entreprises et les villes à mettre en place des mesures de télétravail lorsque cela était possible, afin que les habitants puissent rester chez eux pour mettre un frein à la propagation du virus. Après un assouplissement des restrictions, les salariés peuvent aujourd’hui poursuivre le télétravail lorsque cela est possible afin d’éviter les grands rassemblements dans les bureaux et les transports publics, du moins jusqu’à ce qu’un vaccin ait été trouvé. L’Organisation internationale du Travail a mis en garde contre la possibilité d’une résurgence du virus dans les différents pays si des mesures de protection suffisantes ne sont pas prises pour s’assurer que les entreprises respectent des critères très stricts en matière de sécurité et de santé238. Voici quelques exemples des mesures prises dans les entreprises pour minimiser les risques d’une deuxième vague de contaminations :

  • Poursuite du télétravail et étalement des horaires de travail. Les administrations nationales, régionales et locales exhortent les entreprises à poursuivre le télétravail dans la mesure du possible. Dans d’autres cas, les administrations locales mettent en œuvre et recommandent un étalement des horaires de travail, afin d’éviter l’encombrement des transports et les rassemblements dans les entreprises239. La région Île-de-France (France) négocie actuellement une charte avec les entreprises, les partenaires, les collectivités locales et les réseaux de transport. Il est suggéré de répartir de manière homogène les arrivées et les départs dans les entreprises. Les salariés arriveraient en décalé sur les tranches 5h30-6h30, 6h30-7h30,7h30-8h30, 8h30-9h30 et 9h30-10h30240. Au 21 juin, Île de France Mobilités avait renouvelé son appel à favoriser le télétravail et à « lisser les heures de pointe », c’est-à-dire autoriser les employés à arriver entre 6h30 et 10h30 le matin, et à repartir entre 15h30 et 19h l’après-midi241.

    Garantie de la sécurité des déplacements. Certaines villes ont commencé à mettre en œuvre des plans de transport et de mobilité encourageant les déplacements à vélo ou à pied afin de minimiser les risques liés au transport pour les travailleurs non essentiels qui retournent physiquement sur leur lieu de travail après le confinement. New York (États-Unis) s’est engagée à ouvrir 100 miles de rues aux loisirs socialement responsables pendant la crise242. Paris (France) s’est engagée à mettre en place 50 km de voies cyclables supplémentaires pendant et après le confinement, dont un certain nombre de « pistes cyclables corona » temporaires243. Toronto (Canada) a élargi les trottoirs en certains endroits en condamnant des sections de voie en bordure de trottoir, afin que les piétons puissent se déployer sur la chaussée en toute sécurité244. D’autres efforts visent à minimiser la propagation du virus dans les transports publics, en augmentant la fréquence des trains et des bus. À Chicago (États-Unis), le département des Transports collabore avec le prestataire de vélocation en libre-service de la ville, Divvy, pour proposer des abonnements à prix considérablement réduit pendant les mois de crise245. À Berlin (Allemagne), les quartiers de Kreuzberg et de Friedrichshain ont mis en place des pistes cyclables éphémères, présentées comme une solution novatrice pour garantir la distanciation sociale lors des déplacements essentiels, tout en évitant une hausse de l’utilisation des voitures individuelles. Une extension de ce dispositif à d’autres rues de la ville est prévue pour les semaines à venir246.

Les zones métropolitaines de l’OCDE représentent 60 % du PIB total de la zone OCDE, 59 % de l’emploi et 55 % de la population totale de l’OCDE247. Du fait de la crise du COVID-19, de nombreuses villes ont suspendu leurs activités économiques et commerciales, à l’exception des activités essentielles comme les supermarchés, les pharmacies, les banques, les assurances et les services postaux.

À l’heure où, partout dans le monde, les gouvernements nationaux ont annoncé des mesures pour mettre leurs économies à l’abri des retombées vertigineuses de la crise du COVID-19, les municipalités ont elles aussi un rôle à jouer, en apportant une aide aux PME et des financements aux moins favorisés, et en renforçant les capacités des entreprises afin qu’elles soient dans la meilleure position possible pour rebondir après la crise :

  • Services de conseil aux PME : Depuis la fin du mois de mars, Bilbao (Espagne) a apporté son soutien aux entrepreneurs, aux petits commerçants et aux PME par l’intermédiaire d’un service de conseil d’urgence mis en place par le Conseil municipal, qui propose une assistance téléphonique et en ligne248. Le traitement de toutes les procédures fiscales a été reporté. La municipalité de Yokohama (Japon) a créé dès le 30 janvier un service de conseil spécifiquement destiné aux PME249. À Seattle (États-Unis), divers prestataires de services numériques proposent une aide aux petites entreprises250. Lisbonne (Portugal) a créé une équipe de soutien aux micro-, petites et moyennes entreprises, chargée de s’assurer qu’elles sont correctement informées sur toutes les aides existantes, et de leur prodiguer des conseils afin d’atténuer les effets de la crise et favoriser la relance économique. Cette équipe est composée de spécialistes de divers secteurs251. Paris (France) encourage des échanges hebdomadaires avec les syndicats, les associations professionnelles et les partenaires économiques252.

  • Attribution d’aides. Le maire de Milan (Italie) a annoncé la création d’un fonds d’aide mutuelle pour aider les personnes les plus démunies et soutenir la reprise des activités. Outre l’enveloppe de 3 millions EUR déjà approuvée par le conseil municipal, le fonds est ouvert à la participation financière des particuliers, des entreprises et des associations. Il a mobilisé 800 000 EUR le jour de son lancement (le 14 mars 2020)253. Le comté de King (États-Unis) s’est associé à des organismes philanthropiques pour créer un fonds de secours et a créé une page de mise en contact où des particuliers peuvent exprimer leurs besoins et d’autres proposer leurs dons254. Seattle (États-Unis) a débloqué les fonds d’assistance mis en place par les grandes entreprises de technologie255.

  • Allègements d’impôts. Le Conseil municipal de Madrid (Espagne) a approuvé une baisse de 63 millions EUR des recettes de la taxe sur les activités économiques et des impôts auxquels sont assujettis les établissements commerciaux, hôteliers et de loisirs, les agences de voyages et les grands magasins, à condition que ceux-ci conservent leur personnel jusqu’à la fin de l’année256. La Ville de Montréal (Canada) a offert un appui financier d’urgence et adopté des mesures d’aide aux entreprises. Celles-ci comprenaient notamment le report de l’échéance de versement des taxes municipales, une aide financière d’urgence et un moratoire automatique sur le capital et les intérêts257. La municipalité de Seattle (États-Unis) a annoncé la suppression des sanctions financières pour les entreprises en retard d’impôt258. Braga (Portugal) a exonéré totalement les entreprises locales fermées au public des taxes municipales sur l’occupation de l’espace public, les terrasses, et la publicité. InvestBraga a offert une assistance aux entreprises au regard des exigences de sécurité sociale, leur a prodigué des conseils techniques sur les incitations commerciales, et a proposé une aide spéciale aux entreprises touristiques259.

  • Prêts. La Ville de New York (États-Unis) a mis en place des mesures locales d’aide aux PME, notamment des prêts (d’un montant maximum de 75 000 USD) à taux zéro, remboursables sur 15 à 20 ans, pour les entreprises de moins de 100 salariés, à condition qu’elles justifient d’une baisse de 25 % de leur chiffre d’affaires. Tokyo (Japon) a mis en place un versement exceptionnel pour les PME qui prennent des mesures pour empêcher la propagation du virus, en suspendant par exemple l’utilisation de leurs installations. En outre, un programme de prêt d’urgence et des services de conseil gratuits ont été mis en place pour les PME touchées par la crise260. À Buenos Aires (Argentine), la banque publique, Banco Ciudad, a lancé un nouveau programme de prêts visant à allouer des fonds aux petites et moyennes entreprises afin qu’elles puissent payer les salaires. Tous les dispositifs de prêt se caractérisent par une réduction significative des taux d’intérêt, compris entre 20 et 24 % du taux nominal annuel261.

  • Subventions et aides aux travailleurs indépendants assujettis à la TVA. La ville de Tokyo (Japon) a versé des subventions aux PME afin de les aider à assumer les coûts liés à l’installation du matériel et des logiciels nécessaires pour encourager le télétravail262. Milan (Italie) a mis en œuvre un programme intitulé « Partita AttIVA », qui apporte une aide financière aux travailleurs indépendants assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de faciliter la formation professionnelle et l’achat de matériel (équipement professionnel, machines, etc.), et soutenir les investissements nécessaires au développement de leur activité (logiciels)263.

  • Reports des loyers commerciaux et exonérations d’impôts. Paris (France) a élaboré des dispositifs de soutien et d’appui aux agents économiques, comme le gel des loyers et des taxes sur les véhicules, les terrasses et d’autres taxes municipales pour les entreprises fermées et les ONG264. Lisbonne (Portugal) a également accordé une exonération totale du paiement des loyers à tous les établissements commerciaux fermés installés dans des espaces municipaux (mairies ou entreprises municipales) et à tous les établissements sociaux, culturels, sportifs et récréatifs installés dans des espaces municipaux, jusqu’au 30 juin 2020265. Porto (Portugal) a accordé une exonération du paiement des loyers à tous les commerçants titulaires d’un bail commercial pour des biens municipaux ou locaux destinés au stockage266. Elle a également mis en place des avances exceptionnelles pour les agents culturels (jusqu’à 75 % maximum), leur offrant ainsi de solides garanties afin qu’ils puissent eux aussi résister et surmonter ces circonstances difficiles267. Viano do Castelo (Portugal) a dispensé les entreprises et l’incubateur du parc d’affaires de Praia Norte du paiement des loyers en avril et mai. Le 26 mars, le Conseil municipal de Reykjavík (Islande) a approuvé à l’unanimité un plan d’action d’urgence comme première réponse à la crise provoquée par la pandémie de COVID-19. Ce plan contient 13 mesures, dont le report des redevances, l’assouplissement des délais de paiement pour les ménages et les entreprises, et une baisse des taxes immobilières268

  • Soutien à la production et à la distribution locales. Vila Nova de Famãlicao (Portugal) a mis en place un marché dédié au commerce local, en collaboration avec des entités économiques, et un programme visant à encourager la consommation de produits locaux. Elle a également encouragé la distribution et les chaînes d’approvisionnement locales en partenariat avec des coopératives, des entreprises, des distributeurs, des restaurants et des supermarchés. Elle a mis en place une ligne d’assistance téléphonique pour répondre aux questions sur les mesures nationales dédiées aux entreprises et à la bourse locale de l’emploi269. Paris (France) a contribué à mettre en relation les commerces indépendants et les entités logistiques pour la livraison des marchandises, et soutient le secteur agricole et les circuits de distribution de proximité en permettant aux associations agricoles locales (AMAP) de poursuivre leurs distributions, et en maintenant certains marchés ouverts270. Sydney (Australie) a publié son projet de stratégie de planification intitulé Central Sydney Planning Strategy, qui vise à contribuer à la relance après la crise et à garantir des moyens de subsistance pour l’avenir, en favorisant, entre autres, l’emploi local271.

La pandémie a obligé les pays à déployer des plans de relance ambitieux pour protéger leur économie et leurs populations, ce qui nécessite une coopération et une collaboration entre les différents niveaux d’administration. En outre, les décideurs nationaux ont dû mettre en application leurs prérogatives juridiques pour s’assurer que les procédures des autorités locales sont suffisamment souples pour leur permettre d’agir efficacement. Par exemple :

  • Au Royaume-Uni, la lutte contre la pandémie a nécessité une solide coordination entre les villes, les autorités locales et l’administration nationale, et une série de programmes de financement ont été mis en œuvre pour venir en aide aux petites entreprises. Afin de mettre ces fonds à disposition des entreprises le plus rapidement possible, ils ont été transférés par l’intermédiaire des autorités locales. Treize milliards GBP (plus de 15 milliards EUR) ont été mis à disposition sous forme de subventions, et non de prêts.

  • En Espagne, la politique territoriale a été réformée pour permettre aux autorités locales de tenir des réunions virtuelles et autoriser les municipalités à utiliser leurs excédents budgétaires pour lutter contre la pandémie. Les municipalités jouissent d’une certaine autonomie pour concevoir leurs propres solutions, en complément des innovations conçues par la société civile et les ONG. La Fédération espagnole des villes et des provinces (FEMP) a joué un rôle important dans la gestion de cette crise, et s’est réunie régulièrement avec le gouvernement pour conclure des accords relatifs à la période postérieure à la pandémie, économiques notamment272.

  • En Turquie, le gouvernement national a annoncé que les régions bénéficieraient d’une aide financière directe. Les agences locales ont également proposé des mesures, et apporté un soutien financier aux PME et aux autres institutions concernées. Des conseils pandémiques ont été établis dans chaque ville pour suivre les mesures et prendre des dispositions supplémentaires si nécessaire, afin de garantir la continuité des services publics locaux.

À divers degrés, les pays de l’OCDE ont alloué des compétences de plus en plus complexes et gourmandes en ressources aux niveaux d’administration inférieurs. En tant que telles, les villes sont des prestataires de services de base, comme l’approvisionnement en eau potable, la collecte et le traitement des eaux usées, et la gestion des déchets solides. Sous la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne, en 2020, une « nouvelle Charte de Leipzig » sera adoptée et traitera notamment des pandémies et de la gestion des crises. Elle mettra davantage l’accent sur la résilience, la transformation numérique et le bien commun (c’est-à-dire l’égalité d’accès, la disponibilité et la bonne conception des services d’intérêt général et des infrastructures essentielles).

Dans de nombreuses régions du monde, les municipalités veillent à ce que les habitants continuent de bénéficier des services de base, comme la distribution d’eau, même dans les endroits où, pour des raisons structurelles et contingentes, ceux-ci ne sont pas assurés en permanence. Nombre de communes et de services d’utilité publique ont accepté de suspendre les coupures d’approvisionnement pour les habitants qui ne sont pas en mesure de payer leurs factures, à l’heure où les responsables locaux peinent à gérer les risques de santé publique complexes que présente la pandémie de COVID-19. Cette décision est particulièrement importante, car le lavage des mains et l’hygiène générale sont les principales mesures préventives pour lutter contre la propagation du virus. À Detroit (États-Unis), le raccordement aux services de distribution d’eau va être temporairement rétabli pour des milliers de ménages qui en avaient précédemment été privés pour impayés, suite au tollé qu’a soulevé cette situation dans le contexte de santé publique actuel273. Aux États-Unis, sept États – Wisconsin, New York, Connecticut, New Jersey, Pennsylvanie, Illinois et Louisiane – ont décidé l’arrêt des coupures274. Les autorités locales d’Alora (Espagne) ont supprimé les redevances d’eau du prochain trimestre pour les établissements fermés au public en raison du confinement imposé par l’État275. En France, de nombreuses municipalités mettent en œuvre des mesures visant à assurer l’alimentation en eau courante des ménages à un moment où les besoins en hygiène sont accentués276. Entre le 1er avril et le 30 juin, Porto (Portugal) a exonéré en partie les clients non domestiques totalement ou partiellement fermés en raison du décret gouvernemental, et/ou dont les activités ont connu une baisse brutale ou importante d’au moins 40 % de leur chiffre d’affaires, du paiement de l’eau, de l’assainissement et du traitement des déchets urbains277. Lima (Pérou) s’efforce aussi d’assurer l’approvisionnement en eau potable de ses quartiers les plus défavorisés, auxquels elle a dans un premier temps fait livrer dix citernes d’eau potable278. À Braga (Portugal), les tarifs de l’eau et de l’assainissement ont été réduits pour tous les usagers279.

Les villes tentent également de continuer à assurer la collecte des déchets, mais pas forcément le tri sélectif. Les organismes de santé publique, au Royaume-Uni notamment, recommandent de placer tous les déchets ayant été en contact avec une personne en quarantaine dans un double sac à ordures attaché de manière à prévenir la diffusion de la maladie280. La collecte des déchets à la demande (déchets encombrants, déchets de jardin, etc.) a été suspendue jusqu’à nouvel ordre dans les villes de Luxembourg281 et Newark (États-Unis)282. En Pologne, les cinq plus grands organismes municipaux de gestion des déchets solides ont alerté les autorités quant à l’absence de réglementation dans le secteur en cas de pandémie283. La ville de Kingston (Canada) a fermé son dépôt de déchets ménagers dangereux284. À Lima (Pérou), la collecte des déchets est assurée en centre-ville, et la municipalité prête appui à d’autres collectivités locales285 AGERE, la société municipale de gestion des eaux et des déchets de Braga (Portugal), a accordé aux petites entreprises une exonération totale de la composante fixe du tarif de traitement des déchets urbains, et une réduction de 25 % à tous les clients commerciaux286.

Les marchés publics jouent un rôle essentiel dans la fourniture d’un certain nombre de services aux citoyens, lorsque les collectivités locales exercent des compétences essentielles. La pandémie de COVID-19 a un impact sur les contrats actuels et futurs des collectivités locales et donc, sur la prestation de services. Elle a également engendré de nouveaux besoins en matière de sécurité, d’assainissement et d’outils numériques, auxquels les collectivités locales doivent répondre. En effet, si ces dernières ne sont pas toujours tenues de fournir des soins de santé, la prestation d’autres services nécessite l’acquisition d’équipements spécifiques pour garantir la sécurité des personnes qui assurent ces services. Par exemple, la prestation de services de sécurité pendant l’épidémie nécessite l’acquisition d’équipements spécifiques pour la police, comme des masques et des gants de protection. La ville de San Francisco (États‑Unis) a annoncé le 23 mars l’acquisition d’un million de masques respirateurs N95 auprès de l’État, qui ont été utilisés par les travailleurs de première ligne287. Des villes comme Rome (Italie) assainissent les espaces publics et les rues à l’aide de sept camions-citernes du service « Giardini », et à l’achat de produits appropriés288. Le 25 mars, Madrid (Espagne) a acheté 10 000 tests pour ses agents « essentiels »289.

De nombreux pays ont publié des décrets ou d’autres textes de loi pour assouplir les règles des marchés publics pour tous les pouvoirs adjudicateurs, la pandémie ayant nécessité des réponses immédiates de la part des pays pour assurer la continuité des services publics. En fonction de l’organisation administrative de chaque pays, il peut s’agir d’un cadre national ou de cadres de l’administration infranationale/locale. Le 30 mars, la Ville de Mexico (Mexique) a publié un décret portant sur les mesures extraordinaires de lutte contre la pandémie de COVID-19, prévoyant un assouplissement des règles de procédure des marchés publics, y compris la possibilité d’une attribution directe290. En France, une ordonnance confie de plein droit aux exécutifs locaux les attributions que les assemblées délibérantes peuvent habituellement leur déléguer. Ces pouvoirs incluent les décisions relatives aux activités de marchés publics291.

La pandémie de COVID-19 a également mis en évidence la nécessité de renforcer la coordination entre les entités publiques et les différents niveaux d’administration. Comme dans de nombreux pays, les administrations locales, régionales et nationales d’Italie et des États‑Unis, sont en concurrence pour l’acquisition d’équipements de protection individuelle, de masques notamment, ce qui a entraîné une augmentation considérable des prix292.

Des mesures spécifiques ont été mises en œuvre pour soutenir les fournisseurs des entités publiques, comme les administrations locales. Il s’agit notamment des paiements anticipés, de la non-application des pénalités ou de la réduction des délais de paiement :

  • Copenhague (Danemark) paie les factures des fournisseurs à l’avance pour améliorer les liquidités des entreprises, en ramenant le délai de paiement de 30 jours à 2 semaines293.

  • La municipalité de Milan (Italie) a simplifié le paiement des contrats de marchés publics pour les entreprises travaillant dans les secteurs de la construction. Il s’agit notamment de payer les entreprises de manière anticipée et de réduire les délais de paiement294

  • À Barcelone (Espagne), un décret du maire sur les perturbations des marchés publics municipaux garantit la continuité des marchés publics, la liquidité des fournisseurs, en particulier des PME, et assure le maintien des emplois295.

  • À Paris (France), la mairie a décidé de s’appuyer sur un réseau d’une trentaine d’entreprises sociales pour produire deux millions de masques réutilisables sur la base des spécifications techniques publiées par l’AFNOR, l’organisme national de normalisation296.

Reconnaissant que l’épidémie de COVID-19 risque de frapper plus durement les populations précaires, les villes ont pris des mesures visant à en atténuer l’incidence sur les membres les plus fragiles de la société. Elles sont particulièrement bien placées pour jouer ce rôle dans la mesure où elles sont plus proches des citoyens et ont une meilleure appréhension des besoins locaux. Les catégories vulnérables sont celles qui, sur le plan physique et économique, sont le plus exposées à la pandémie. Les personnes âgées, celles qui souffrent déjà d’autres affections et celles qui n’ont aucun endroit où s’isoler sont plus susceptibles de contracter la maladie et de développer des symptômes graves. Les administrations municipales s’efforcent de protéger les plus défavorisés moyennant des mesures sociales ciblées d’aide aux personnes âgées, aux malades et aux sans-abri, et aux autres catégories de population vulnérables, tels que les migrants et réfugiés.

La pandémie a aggravé la situation des sans-abri et a nécessité des mesures spécifiques, consistant à mettre à leur disposition des refuges, des services et des biens de première nécessité :

  • À New York (États-Unis), au moins 460 personnes sans domicile fixe ont été testées positives, et 27 sont décédées de la maladie. Le maire a annoncé le relogement de 6 000 personnes dans des chambres d’hôtel297.

  • En Californie (États-Unis), où l’on estime à 150 000 le nombre de sans-abri, il est prévu de mettre à disposition des chambres d’hôtel pour plus de 50 000 personnes298.

  • À Toronto (Canada), au moins 135 personnes sans domicile fixe ont contracté le virus299. La ville a créé un « centre d’isolement » pour permettre aux personnes sans domicile de s’isoler en toute sécurité en attendant les résultats des tests. Elle a également réservé des chambres d’hôtel dans lesquelles les personnes qui utilisent habituellement le système de refuges peuvent séjourner si elles ont besoin de s’isoler pendant 14 jours300.

  • Les autorités de Montréal (Canada) ont annoncé des mesures d’aide aux sans-abri : amélioration des services d’hébergement, toilettes chimiques, produits d’hygiène, aide alimentaire, et maintien des mesures hivernales. La municipalité s’est associée à divers partenaires pour trouver des lieux susceptibles d’être transformés en centre d’hébergement pour les sans-abri301.

  • À Bilbao (Espagne), des lieux ont été aménagés pour prendre en charge les sans-abri, les migrants ou les mineurs isolés302. Les salles de sport municipales ont été équipées de lits à des fins d’hébergement social, le cas échéant.

  • Oakland (États-Unis) a étendu les services d’hygiène aux campements de sans‑abri303.

  • La Ville de Paris a lancé un recensement de toutes les « personnes fragiles et isolées »304 et a ouvert, en collaboration avec l’État et les ONG, 14 lycées aux sans‑abri. À travers la « Fabrique de la Solidarité », un appel à volontaires a été diffusé pour recruter des bénévoles souhaitant aider les personnes sans domicile fixe. En moins d’une semaine, plus de 1 000 Parisiens ont participé à des patrouilles sociales, à la préparation et à la distribution de colis-repas. Des réseaux d’aide locaux, par l’intermédiaire de la plateforme www.jemengage.paris.fr, ont été créés pour permettre aux Parisiens ayant besoin d’aide d’entrer en contact avec ceux qui souhaitent les aider dans leur immeuble ou leur quartier, tout en respectant le confinement et les mesures sanitaires recommandées.

  • Bratislava (Slovaquie) a lancé la construction d’une ville de quarantaine avec le soutien de spécialistes et de personnel médical et social, pour accueillir sa population de 4 000 sans-abri pendant toute la durée de la crise305.

  • Au Royaume-Uni, le gouvernement a versé des fonds aux villes et aux autorités locales pour héberger les sans-abri dans des hôtels. Plus de 90 % des sans-abri ont pu bénéficier de cette initiative. Le Conseil municipal de Bristol et d’autres partenaires de différents secteurs de la ville ont mis sur pied un nouveau groupe chargé d’examiner la situation des sans-abri et les solutions d’hébergement de transit. En réponse à la crise, un nombre important de personnes sans domicile fixe se sont vues proposer un hébergement à l’hôtel pour assurer leur sécurité. De nombreuses collectivités locales se sont heurtées à une série d’obstacles lorsqu’elles ont mis en œuvre ces mesures : surpopulation dans les refuges et les centres de relogement, manque de fonds, garantie de la sécurité du personnel et des bénévoles, et gestion des pénuries. Les populations de sans-abri sont dans l’ensemble difficiles à suivre et à tester pour prévenir la transmission. C’est pourquoi les autorités de nombreuses villes craignent que les statistiques actuelles relatives aux sans-abri ayant besoin d’aide ne brossent un tableau incomplet. D’autre part, la pandémie peut être l’occasion de mettre en œuvre des politiques sociales ayant un impact positif et plus permanent sur la situation des sans-abri.

La pandémie risque fort d’aggraver les vulnérabilités des réfugiés et des personnes déplacées dans le monde. Les interdictions de voyages, la fermeture des frontières et les conditions de vie dans les camps amplifient les risques encourus par les migrants. Cette pandémie est également en passe d’aggraver les vulnérabilités de certains des 272 millions de migrants internationaux recensés à travers le monde. Les déplacés internes et externes sont particulièrement à risque. En outre, la majorité des 25.9 millions de réfugiés et des 41.3 millions de déplacés internes se trouvent dans des pays en développement306. À Singapour, les travailleurs étrangers représentent plus de 20 % de la population, dont la grande majorité possède un permis de travail et occupe des emplois peu rémunérés. Nombre de ces migrants viennent du Bangladesh et d’Inde pour travailler dans les secteurs de la construction, du transport maritime, de l’industrie manufacturière et des services domestiques. Un examen des nationalités des cas confirmés montre que les travailleurs de ces pays ont été touchés de manière disproportionnée307.

Les migrants vivant dans les camps situés aux portes de l’Europe ou des États-Unis sont confrontés à un risque d’épidémie virale dévastatrice en raison de leur proximité avec des pays fortement touchés et des conditions de promiscuité, auxquelles viennent s’ajouter des services de santé déjà surchargés. Le virus met déjà en danger de nombreuses vies dans les pays qui accueillent un grand nombre de personnes déplacées, comme la Jordanie, le Liban, la Syrie ou le Bangladesh. En effet, l’isolement social n’est pas applicable dans les camps de réinstallation. Plus généralement, le confinement de certains pays a des répercussions sur les services publics, ralentissant à la fois le traitement des migrations et l’assistance fournie aux demandeurs d’asile. Certains services essentiels d’aide aux migrants sont tout simplement fermés jusqu’à nouvel ordre en raison de l’interdiction des rassemblements sociaux.

Les mesures ciblant spécifiquement les immigrés et les réfugiés dans les villes sont les suivantes :

  • Garantie d’accès aux services publics. Rabat (Maroc) entend assurer le suivi pédagogique des immigrés mineurs308. La Direction des politiques sociales de Milan (Italie) a publié un rapport sur les immigrés en situation irrégulière pendant la pandémie de COVID-19309, détaillant les services qu’elle continue de proposer. La Ville de New York (États-Unis) délivre des cartes d’identité à tous ses habitants, quel que soit leur statut migratoire, afin de leur garantir l’accès à divers services (une initiative qui existait déjà avant la crise). Düsseldorf (Allemagne) a relogé plusieurs réfugiés, et le centre qui les accueillait sert désormais de lieu de quarantaine310.

  • Mise à disposition d’un logement. Le COVID-19 Data Tracker de San Francisco (États-Unis) fournit des informations mises à jour quotidiennement sur les efforts fournis en continu par la ville pour mettre des logements alternatifs temporaires à la disposition des populations vulnérables prioritaires et des travailleurs de première ligne311. Au total, 2 741 lits ont été mis à disposition dans des chambres d’hôtels privés, ainsi que dans d’autres types d’établissements, dont plus de la moitié étaient destinés aux sans-abri. À Londres (Royaume-Uni), quelque 300 chambres de deux hôtels InterContinental ont été transformées en refuges pour les personnes vulnérables déjà connues des associations de lutte contre le sans-abrisme, dans le cadre d’un premier essai312. Les chambres ont été réservées à tarif réduit pour 12 semaines. Afin d’éviter que les bénéficiaires n’utilisent les transports publics, l’équipe du maire a travaillé avec des chauffeurs de taxi qui se sont portés volontaires pour les transporter entre les différents services d’aide. Dans le même ordre d’idée, la ville de Stuttgart (Allemagne) a créé plus de 300 places d’hébergement et de prise en charge à titre préventif. Les bâtiments loués sont répartis dans plusieurs quartiers de la ville. Les réfugiés et les migrants comptaient parmi les premiers utilisateurs313. Entre 8 000 et 10 000 travailleurs agricoles étrangers résident dans la ville portugaise d’Odemira. Le maire a préparé un plan de prévention qui tient compte de la nécessité de prévenir la transmission au sein de cette population. Il s’agissait notamment de mettre à disposition des infrastructures publiques dotées de services d’assainissement, et d’être en mesure nourrir jusqu’à 500 migrants travaillant dans l’agriculture.

  • Limitation de l’impact économique de la pandémie : La Ville de New York (États‑Unis) a annoncé un partenariat avec Open Society Foundations pour établir son programme d’aide d’urgence aux immigrés dans le cadre de la pandémie de COVID‑19. Ce programme vise à garantir que tous les New-Yorkais, quel que soit leur statut migratoire, bénéficient des efforts de secours et d’assistance déployés par la ville. Dans le monde entier, plusieurs localités ont créé des fonds pour aider les familles à faible revenu touchées économiquement par COVID-19 à payer leur loyer ou d’autres charges. Les fonds levés par Austin314 et Washington DC315 aux États-Unis sont destinés en priorité aux familles sans papiers.

En moyenne dans l’OCDE, près des deux tiers des migrants s’installent dans des régions essentiellement métropolitaines et densément peuplées. La crise a également souligné à quel point les économies de l’OCDE dépendent des migrants316. Pendant que les pays et villes étaient confinés, les migrants étaient en première ligne des activitiés essentielles. À Londres, le personnel soignant et aidant issu de l’immigration représente 50% des infirmiers du NHS (service de santé national) et 59% des travailleurs sociaux317. À New York, plus de la moitié des travailleurs essentiels sont d’origine étrangère, une proportion qui atteint 70% dans les services de nettoyage d’immeubles318. Un récent rapport de l’OCDE319 montre que les comportements vis-à-vis des immigrés sont généralement plus positifs dans les lieux où le taux de chômage des autochtones est plus faible. Toutefois, la période post-COVID-19 sera probablement marquée par une augmentation du chômage, dans les villes notamment. Par conséquent, les maires pourraient faire en sorte de pérenniser la perception positive des immigrés, afin d’être en mesure de maintenir sur le long terme les mesures de soutien les visant. Autre enseignement tiré des travaux de l’OCDE sur l’intégration locale des immigrés : l’importance et la difficulté de communiquer sur ce sujet pour les décideurs. Les maires pourraient mener des enquêtes et recueillir des données factuelles sur le rôle que les migrants et les réfugiés peuvent jouer dans la lutte contre la pandémie, investir dans des campagnes de communication, et mettre en évidence l’importance des emplois principalement occupés par des immigrés ou des personnes issues de l’immigration (c’est-à-dire les services de santé, les soins à domicile, les caissiers, les transporteurs). Cette approche, qui vise à faire prendre conscience des avantages du travail des immigrés pour la société dans son ensemble, pourrait contribuer à lutter contre la ségrégation et à renforcer la cohésion sociale à l’échelle locale.

Les personnes âgées sont considérées comme faisant partie des populations les plus fragiles face à la pandémie. Les villes ont mis en place des mesures visant à les protéger, à leur offrir un soutien médical et à adapter les activités commerciales à leurs besoins.

  • La ville de San Jose (États-Unis) a recensé les personnes âgées de plus de 50 ans atteintes de maladies chroniques qui avaient besoin d’être hébergées ou isolées, a développé sa capacité d’hébergement, et prolongé l’ouverture des centres d’hébergement saisonniers pour sans-abri320.

  • La municipalité de Vienne (Autriche) a transformé une salle d’exposition en un vaste centre de prise en charge. Celui-ci a accueilli des personnes qui présentaient des symptômes modérés de COVID-19 et n’avaient pas besoin d’être hospitalisées, mais qui éprouvaient des difficultés à prendre soin d’elles-mêmes. Le centre assure leur restauration et les soins médicaux de base321.

  • La ville de Bilbao (Espagne) a collaboré avec ses citoyens pour protéger les membres vulnérables de la population, en particulier les personnes âgées. Les citadins étaient invités à signaler aux services sociaux municipaux les personnes qui vivaient dans la solitude, avaient des difficultés à satisfaire leurs besoins de base, ou étaient dépourvues de soutien familial ou social. Des lieux ont été aménagés pour prendre en charge les sans‑abri, les migrants ou les mineurs isolés322. Les salles de sport municipales ont été équipées de lits aux fins d’hébergement social, le cas échéant. Le Conseil municipal a passé quelque 27 000 appels téléphoniques aux personnes de plus de 65 ans afin de s’enquérir de leur état de santé et de leur moral, de leur situation (solitude, niveau d’autonomie) et savoir si elles ont besoin d’un service de la municipalité.

  • Yokohama (Japon) a distribué un demi-million de masques chirurgicaux aux établissements accueillant des personnes âgées et des enfants323.

  • Comme partout en France, Toulouse a interdit les visites dans les maisons de retraite et les établissements d’accueil médicalisé. Les restaurants et cantines pour seniors ont été fermés, mais un service de livraison de repas à domicile a été mis en place pour ce public324. Dans de nombreuses municipalités françaises (souvent de petite taille), comme Angerville, en Île-de-France, les agents municipaux ont appelé les personnes âgées de plus de 65 ans trois fois par semaine pour s’assurer qu’elles ne manquaient de rien325.

  • La municipalité de Bratislava (République slovaque) a mis en place une ligne téléphonique gratuite réservée aux seniors pour assurer aux plus vulnérables la livraison de repas ou de médicaments ou leur offrir un contact social.

  • La municipalité de Lima (Pérou) a créé un registre en ligne sur lequel les seniors pouvaient s’inscrire s’ils le souhaitaient, ainsi qu’une ligne téléphonique pour communiquer des informations concernant les mesures de prévention du COVID-19, et assurer un soutien médical et psychologique.

  • À Reykjavík (Islande), de nombreux magasins ont ouvert une heure plus tôt, et réservaient ce créneau aux personnes âgées et aux autres personnes à risque.

  • Viana do Castelo (Portugal) a mis en place un vivier de bénévoles chargé d’assurer la distribution de repas, de médicaments et d’équipements de protection individuelle, ainsi qu’une ligne de soutien, assurée par des psychologues, pour les personnes âgées souffrant de la solitude.

  • En Espagne, les personnes vulnérables qui avaient besoin de sortir accompagnées d’un soignant et les personnes de plus de 70 ans étaient autorisées à le faire entre 10 et 12 heures et entre 19 et 20 heures.

  • L’Institution de soins à domicile de Ljubljana (Slovénie) a offert aux personnes âgées et leurs familles un soutien thérapeutique et consultatif gratuit par téléphone, qui contribuait à accroître l’indépendance des personnes âgées dans leur environnement domestique. Des ergothérapeutes les conseillaient gratuitement par téléphone du lundi au vendredi, de 8 heures à 15 heures.

  • La municipalité de Sultanbeyli (Turquie) a proposé des services aux personnes de plus de 65 ans, comme la livraison de repas chauds deux fois par jour, la désinfection de leur domicile et la réponse à leurs besoins de première nécessité comme le ménage, les achats au marché et à la pharmacie326.

  • Buenos Aires (Argentine) a créé un réseau bénévole d’aide aux personnes âgées (plus de 70 ans), « Mayores Cuidados », dont l’objectif était i) d’apporter un soutien aux personnes âgées en leur téléphonant quotidiennement et ii) de les aider à faire leurs achats (nourriture ou médicaments) ou à promener leurs animaux domestiques.

La crise de santé publique provoquée par la pandémie de COVID-19 a des répercussions à la fois sanitaires et économiques. Les personnes travaillant dans certains secteurs, comme la restauration, l’hôtellerie, le commerce de détail et d’autres secteurs des services, sont particulièrement exposées au risque de perte de revenus. Celles qui conservent leur emploi pendant l’épidémie de COVID-19, comme les personnels de santé, les employés des épiceries et les chauffeurs-livreurs, courent un risque accru de contracter le COVID-19 car ils sont plus exposés aux contacts avec autrui. Nombre de ces travailleurs se situent au bas de l’échelle des salaires et auront une capacité limitée à absorber les baisses de revenus ou à assumer le coût des soins327. Selon certaines études, les personnes appartenant aux couches socioéconomiques inférieures sont également plus susceptibles d’être infectées en raison d’un taux plus élevé de maladies chroniques, comme le diabète ou les maladies cardiaques328. La pandémie les expose donc à une double menace économique et sanitaire.

Des mesures comme le report du paiement des loyers permettent aux villes de leur venir en aide. Des exemples de ces initiatives sont résumés ci-après :

  • Chicago (États-Unis) a voté une nouvelle ordonnance visant à interdire les représailles des employeurs ou le licenciement des travailleurs qui respectent l’obligation de rester chez eux pendant la pandémie de COVID-19329.

  • La Ville de New York (États-Unis) a également déclaré temporairement illégale une hausse massive des prix, ce qui permet aux personnes à faible revenu de continuer à se procurer les produits dont elles ont besoin330.

  • La Nouvelle-Orléans (États-Unis) a reçu une subvention d’État de 10.4 millions USD au titre du logement abordable pour faire face à la crise du COVID-19, consacrée à neuf projets de logements locatifs abordables qui risquent de se retrouver à cours de financement en raison de la crise. La ville a également versé une aide au paiement des loyers et des services d’utilité publique aux ménages à faible revenu, et a mis en œuvre un programme d’aide au logement versée aux locataires (Tenant Based Rental Assistance Program), qui comble la différence entre le montant que les ménages ont les moyens de payer pour se loger et le loyer standard331.

  • La municipalité de San Francisco (États-Unis) a déclaré un moratoire sur les expulsions locatives imputables aux répercussions financières de l’épidémie de COVID-19, afin d’éviter l’expulsion de résidents subissant une perte de revenu due à la fermeture de l’entreprise qui les emploie, une baisse de leur nombre d’heures de travail ou de leur rémunération, un licenciement, ou ayant à leur charge des frais médicaux liés au COVID-19332.

  • Le conseil municipal de Sintra (Portugal) a exonéré les habitants des logements sociaux et les associations à but non lucratif (IPSS, associations sportives et culturelles) du paiement des loyers jusqu’au 30 juin 2020. Ces mesures ont bénéficié à quelque 1 700 familles et 70 associations333.

  • Le 9 avril, la Ville de Paris (France) a débloqué une aide exceptionnelle de 50 à 150 EUR par mois (et 50 euros supplémentaires à partir du deuxième enfant et dans la limite de 3 enfants) pour les familles bénéficiant des tarifs de cantine les plus bas. Cette aide exceptionnelle a bénéficié à 28 579 foyers parisiens, soit 52 000 enfants334.

  • La ville de Lisbonne (Portugal) a suspendu le paiement des loyers de tous les bâtiments municipaux jusqu’au 30 juin 2020. Cette mesure concernait 24 000 familles et 70 000 personnes au total. Après cette date, les sommes qui n’ont pas été facturées pourront être payées dans un délai de 18 mois, sans intérêts ni pénalités. À tout moment, les ménages subissant une baisse de revenu ou se retrouvant au chômage peuvent demander une réévaluation du montant de leur loyer. Lisbonne a également renforcé les fonds d’urgence sociale destinés aux familles et aux organismes sociaux, ainsi que l’achat des biens, services et équipements nécessaires dans cette situation d’urgence, pour un montant de 25 millions EUR335.

  • Porto (Portugal) a mis en place des mécanismes de flexibilité afin de réévaluer le montant des loyers subventionnés. Une ligne directe a été créée pour réévaluer le montant des aides au revenu en fonction du revenu ajusté des familles en cas de licenciement, de mise à pied, de baisse d’activité des professionnels indépendants, ou d’une autre baisse de revenu. Cette demande suspend immédiatement le paiement du loyer, jusqu’à ce que son montant ait été adapté au revenu vérifié. La ville autorise également l’échelonnement du paiement des loyers des logements sociaux jusqu’au 31 décembre 2020 pour toutes les familles qui ne sont pas en mesure de payer leur loyer mensuel336.

  • Dans la Municipalité Metropolitaine d’Istanbul (Tuquie), 3.5 millions USD ont été levés très rapidement pour aider plus de 172 000 foyers qui étaient incapables de payer leurs factures d’eau et de gaz dans la ville. À travers un site internet dedié, la municipalité a mis en lien les personnes ne pouvant pas payer leurs factures avec celles se portant volontaire pour les couvrir en solidarité pendant la pandémie337. Istanbul a également ouvert une soupe populaire qui a servi 3 repas quotidiens à 5000 personnes338. En plus d’un soutien social accru, près de 36 000 paniers d’achats et 560 000 paniers de nourriture ont été distribués en juin 2020339.

  • Vila Nova de Famãlicao (Portugal) a proposé une aide au paiement des loyers pour les ménages qui ont subi une perte de revenu. Elle a également baissé les tarifs de l’eau, et accordé une exonération aux institutions. Elle fournit également des repas de midi quotidiens, à emporter, aux élèves dans le besoin.

  • Corlu (Turquie) a servi des repas chauds deux fois par jour aux familles sans revenus. Ces repas, cuisinés gratuitement par une banque alimentaire, ont été livrés aux ménages par les équipes dans le respect des règles d’hygiène et de santé340.

  • Ljubljana (Slovénie) a organisé un service de livraison de repas à domicile (effectuée par les conducteurs de bus municipaux) pour les enfants de familles défavorisées et les personnes âgées. Le Centre de santé de Ljubljana a fourni un soutien psychosocial par téléphone ou par courriel à toute personne peinant à supporter la situation épidémiologique actuelle. La municipalité a aussi mis des chambres d’hôtel désinfectées à la disposition des membres du personnel du Centre médical universitaire résidant à l’extérieur de la ville pour qu’ils n’aient pas à effectuer le trajet chaque jour341.

  • Aux côtés des organisations de la société civile et des bénévoles, Lima (Pérou) a coordonné la livraison de produits alimentaires et essentiels aux populations les plus précaires.

  • Gand (Belgique) a étendu, à compter du 1er mai, son aide financière à tous ses habitants rencontrant des difficultés financières. Cette aide financière supplémentaire est accordée à l’issue d’une enquête sociale et financière.

Dans de nombreuses villes, les mesures de confinement ont entraîné une augmentation des épisodes de violence domestique, contre lesquels les administrations locales prennent actuellement des mesures. En Espagne, rien qu’au cours des deux premières semaines d’avril, les appels à la ligne d’assistance téléphonique contre les violences domestiques ont augmenté de 47 % par rapport à la même période l’année dernière. Le nombre de femmes contactant les services d’aide, qualifiés d’essentiels par le gouvernement, par courrier électronique ou sur les réseaux sociaux, aurait augmenté de pas moins de 700 %. Au Brésil, on estime que les cas de violences domestiques ont augmenté de 40 à 50 %.

Plusieurs villes ont lancé des campagnes spécifiques contre ce type de violences domestiques. Par exemple, Madrid (Espagne) a lancé une campagne intitulée « Tú no te quedes en casa » et « NoEstásSola », pour venir en aide aux victimes pendant le confinement. Paris (France) a également pris des mesures pour venir en aide aux victimes de violences domestiques, en collaboration avec les services de l’État, en autorisant les femmes à sortir du confinement pour aller porter plainte auprès de la police. En outre, le numéro d’urgence 17 est joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour signaler les abus. La France finance également des chambres d’hôtel pour les victimes si leur domicile n’est pas sûr342. Dans de nombreuses villes d’Espagne, les personnes qui souhaitent signaler discrètement des actes de violence domestique peuvent se rendre dans une pharmacie et donner le mot de code « Masque 19 ». Le pharmacien alerte alors les autorités. Certaines villes mettent des hôtels et d’autres refuges à disposition des victimes de violence domestique, comme Düsseldorf (Allemagne), qui a ouvert ses installations d’hébergement, ses refuges et ses services de protection aux femmes et enfants dans le besoin. À Istanbul (Turquie), certains immeubles ont été adaptés pour offrir un service d’hébergement aux femmes, en coopération avec une ONG pour femmes afin de donner la priorité aux femmes dans des situations d’urgence343. Lima (Pérou) a lancé une campagne de sensibilisation et renforcé la ligne téléphonique proposant des conseils juridiques et psychologiques contre les violences, notamment les violences faites aux femmes et aux enfants pendant la période de confinement obligatoire.

La période de confinement a également aggravé les inégalités entre les sexes d’autres manières. Étant donné que les femmes sont majoritaires dans le secteur des services, qu’elles sont moins bien rémunérées et occupent souvent des emplois à temps partiel et précaires, elles souffriront probablement de manière disproportionnée des retombées économiques de la crise. Selon les données de l’OCDE, 84% des emplois occupés par les femmes dans les pays de l’OCDE en 2018 étaient dans le secteur des services, et la plupart ont cessé leurs activités en raison des mesures de confinement344. Les femmes sont également plus susceptibles de contracter le virus, car elles se retrouvent en première ligne du fait qu’elles sont très largement représentées dans les emplois essentiels à travers le monde : caissières, pharmaciennes, assistantes sociales, femmes de ménage, assistantes aux personnes âgées, ou professionnelles de santé. Aux États-Unis, un tiers des emplois occupés par des femmes sont considérés comme des emplois essentiels pour faire face à la pandémie345. En outre, les femmes au foyer ou travaillant à leur domicile doivent assumer de manière disproportionnée le travail familial et domestique non rémunéré, en raison de la fermeture des écoles et des besoins de prise en charge des personnes âgées. Dans les pays de l’OCDE, les femmes consacrent, en moyenne, deux fois plus de temps que les hommes au travail non rémunéré346. De nombreuses villes ont pris conscience de l’impact disproportionné de la pandémie sur les femmes et les filles, et ont mis en œuvre des mesures locales pour atténuer cet impact. Par exemple, la municipalité de Beşiktaş (Turquie) a lancé une campagne sur les réseaux sociaux, intitulée « L’égalité commence à la maison », qui encourage les deux parents à partager équitablement les tâches ménagères et la garde des enfants347. La ville de Paris (France) a autorisé les enfants des personnels des services de santé et d’urgence à continuer d’aller à l’école, afin d’alléger le poids de la garde d’enfants à un moment où la société en avait le plus besoin. À mesure que la France assouplira les restrictions, la priorité sera donnée dans les écoles aux enfants des personnels des transports publics, ainsi qu’aux enfants en bas âge348.

En temps de crise, la confiance dans les institutions et la transparence de leur communication avec les citoyens revêtent un caractère encore plus essentiel qu’à l’ordinaire. Les situations d’urgence sanitaire, en particulier, suscitent anxiété et incertitude au sein des populations, et risquent de créer ou d’accentuer des problèmes de santé mentale. Les périodes de confinement et d’auto-isolement peuvent aussi engendrer des sentiments de solitude et de dépression.

Face à la pandémie de COVID-19, plusieurs maires et collectivités locales ont mis en place des moyens innovants pour informer et rassurer la population et communiquer avec elle. Ils ont également conçu un large éventail d’outils numériques pour faire face aux besoins quotidiens et aux problèmes de santé. Les villes exploitent pour cela les nombreux outils à leur disposition : programmes publics d’information, sites Internet, affiches, publicités et réseaux sociaux. Les autorités locales appellent l’ensemble des habitants à participer à la lutte contre la propagation de la maladie et diffusent sans relâche les mesures simples et essentielles à respecter, comme se laver les mains pendant 20 secondes et tousser dans son coude, qui peuvent sensiblement diminuer les taux d’infection. Elles diffusent aussi des informations en temps réel faisant le point sur la pandémie dans leur ville par le biais de téléphones mobiles connectés, de plateformes numériques ou de données ouvertes. Dans de nombreux cas, les maires eux-mêmes mènent la charge et recourent à des solutions créatives pour rassurer leurs administrés, qu’il s’agisse d’échanges avec des personnalités publiques ou des caricaturistes ou d’interventions en direct sur les réseaux sociaux pour répondre à des questions.

  • Bases de données multiservices. La municipalité de Tokyo (Japon) a établi une base de données multiservices sur la situation en temps réel de l’épidémie de COVID-19 qui indique le nombre de personnes infectées, leur état de santé, leurs caractéristiques (âge, sexe), le nombre de demandes reçues par le centre d’appels, le nombre d’usagers du métro, etc. Elle a aussi donné librement accès au code source du site pour que d’autres communes et institutions puissent utiliser les données et créer des pages web similaires349. La province autonome de Trente (Italie) a mis au point une application institutionnelle polyvalente qui réunit l’ensemble des directives, informations, sites de référence, mises à jour, décrets et ordonnances, recueillis uniquement auprès de sources certifiées et fiables350. La ville de Vancouver (Canada) a mis en place un tableau de bord en ligne pour informer la population des mesures d’urgence prises par la ville face à la propagation de l’épidémie de COVID-19. Ce tableau de bord offre un aperçu de tous les services de la ville et donne des informations sur un ensemble de thématiques, comme l’éducation au respect des règles (comment la ville s’assure que tout le monde respecte les règles et les directives) ; les déplacements (évolution de la circulation des véhicules, des vélos et des piétons) ; la garde d’enfants pour les travailleurs essentiels ; l’aide aux sans-abri ; les programmes de sécurité alimentaire ; et les contributions de la communauté351.

  • Centres d’appels. Le 17 avril, Tokyo (Japon) a également mis en place un nouveau centre d’appels afin de répondre aux demandes de renseignements émanant des ressortissants étrangers. Ce centre est disponible en 14 langues, dont l’anglais et le chinois. La région du Piémont (Italie) a mis en place un numéro gratuit pour recueillir les signalements des citoyens présentant des symptômes grippaux ou des problèmes respiratoires. La ville de Düsseldorf (Allemagne) a ouvert une ligne d’information permanente sur le COVID-19, et a intégré à sa page d’accueil un compteur en temps réel des cas d’infection. La ville de Dijon (France) a mis en place par l’intermédiaire du portail téléphonique OnDijon un numéro que les habitants pouvaient appeler pour poser toutes leurs questions non médicales.352

  • Campagnes d’informations et de bénévolat. La municipalité de San Francisco (États-Unis) a veillé à ce que des annonces rédigées en plusieurs langues, fournies par les autorités de santé publique et donnant des conseils pour se protéger contre le virus COVID-19, soient affichées dans les espaces publics de manière à diffuser à la plus grande échelle possible l’information353. À Sydney (Australie), des informations de santé publique ont été distribuées dans les bibliothèques, les crèches et les centres socioculturels communaux354. Bristol (Royaume-Uni) a réorienté sa campagne 2019 #WeAreBristol pour encourager les habitants à surmonter leurs différences et à se concentrer sur ce qu’ils ont en commun. Un nouveau partenariat – Can Do Bristol – associant le Conseil municipal et une fondation communautaire offre un lieu d’accueil aux personnes qui souhaitent donner du temps ou de l’argent, et à celles qui ont besoin de trouver de l’aide dans leur région. Son site web présente toutes les possibilités de bénévolat à Bristol, et est utilisé par des groupes communautaires pour mettre en avant les activités nécessitant le plus d’aide. La ville d’Athènes (Grèce) a créé une station de radio municipale qui diffuse en continu des messages d’information et de prévention sanitaire, en grec mais également dans huit autres langues.

  • Campagnes d’information. Avec l’aide d’associations et de médiateurs culturels, la municipalité de Ravenne (Italie) a créé des vidéos d’information sur l’épidémie de COVID-19 en arabe, wolof, bambara, pachtou, français et anglais355. La municipalité a également traduit en 14 langues des conseils de protection contre le virus. Montréal (Canada) a mené une campagne d’information visant à communiquer des informations essentielles aux communautés ethnoculturelles et aux immigrés sur l’accès au logement, l’aide alimentaire, les droits, les aides gouvernementales et les instructions de santé publique. Des messages enregistrés expliquant les instructions de santé publique en plusieurs langues ont été diffusés sur les stations de radio des communautés ethniques. La Ville de Paris (France) et le Département de Seine-Saint-Denis (situé dans le Grand Paris) ont lancé, en partenariat avec des associations locales, une campagne d’information multilingue et inclusive ciblant les personnes ayant le moins de contacts avec les canaux d’information officiels, comme les personnes précaires, mal logées ou à la rue, les demandeurs d’asile ou les personnes allophones. L’objectif de cette campagne est de relayer les mesures essentielles afin de limiter la propagation de la pandémie, disponible en 25 langues356.

  • Messages des maires. À Düsseldorf (Allemagne), le maire a adressé à la population un message vidéo et appelé les citoyens à protéger les personnes vulnérables, notamment les malades et les personnes âgées357. À Bratislava (République slovaque), le maire a chargé un célèbre caricaturiste local d’illustrer visuellement les gestes qui permettront aux habitants de se protéger. Il organise aussi régulièrement des séances sur Facebook pour répondre en direct aux questions de ses administrés, et a préparé une vidéo faisant intervenir des acteurs et des personnalités publiques pour inciter les citoyens à être responsables358. La maire de Paris (France) a régulièrement diffusé des messages par le biais de publications sur Instagram et de vidéos en direct, afin d’informer les citoyens des nouvelles mesures prises par la ville, comme l’extension des pistes cyclables et la distribution de masques par phases à mesure de l’assouplissement du confinement. Le maire de Bristol (Royaume-Uni) s’est adressé à la population par vidéo pour lui communiquer des informations factuelles et actualisées, l’apaiser par sa présence et la rassurer359. À Lima (Pérou), la première séance du Conseil métropolitain s’est tenue par visioconférence, le vote s’effectuant en temps réel360.

  • Sites web. Le site Internet de la municipalité d’Édimbourg (Royaume-Uni) communique la procédure à suivre pour se faire dépister aux habitants qui s’interrogent à ce propos361. Le site de la municipalité du Cap (Afrique du Sud) présente des fiches d’informations détaillées sur le virus362. Yokohama (Japon) a renforcé la diffusion d’informations relatives à l’épidémie de COVID-19 auprès des étrangers séjournant dans la ville, par l’intermédiaire de sa fondation affiliée, « Yokohama Association for International Communication and Exchanges » (YOKE). YOKE a créé un site Internet363 rassemblant des informations pertinentes, en anglais et en chinois principalement (il existe un important quartier chinois à Yokohama.) Les autorités de la Ville de Mexico (Mexique) publient quotidiennement le nombre de cas et de décès en temps réel et par arrondissement. Tout en fournissant des informations fiables pour lutter contre les nombreuses infox, le site indique également quels services publics fonctionnent, et où trouver de l’aide en cas de besoin364.

  • Applications et plateformes numériques.

    • Applications mobiles sur la santé : la municipalité de Buenos Aires (Argentine) a créé une plateforme numérique qui publie des recommandations sur les meilleurs moyens d’éviter la contagion365. La municipalité de São Paulo (Brésil) assure le suivi numérique des cas confirmés ou suspects au moyen d’une application de télémédecine, et a lancé une application destinée aux patients en auto-isolement366. À Paris (France), l’APHP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) utilise Covidom, une application numérique permettant le suivi des patients en auto-isolement367. Les hôpitaux OLVG d’Amsterdam (Pays-Bas) ont élaboré une application mobile nommée Corona check qui permet de déclarer ses symptômes via un téléphone mobile ou une tablette. Ils sont ensuite évalués par une équipe médicale qui contacte l’utilisateur si nécessaire. Initialement disponible uniquement dans la région d’Amsterdam, l’application est désormais accessible dans tout le pays grâce à des partenariats avec d’autres hôpitaux et une autre application de santé existante368. La Ville de Vienne (Autriche) a chargé Atos de concevoir et de mettre en œuvre un système de gestion des épidémies (Epidemic Management System - EMS) afin de soutenir le contrôle de la propagation des maladies infectieuses. Avec la pandémie de COVID-19, EpiSYS, une plateforme numérique qui stocke et gère toutes les données des patients et les données liées au virus – notamment le suivi et la traçabilité des rapports d’incidents des patients, en temps réel – a été mise à disposition d’autres municipalités et provinces d’Autriche369.

    • Applications mobiles pour les entreprises : Tel Aviv-Yafo (Israël) a mis à jour ses plateformes afin de communiquer en temps opportun à ses habitants l’ensemble des informations pertinentes, tout en brossant à la municipalité un tableau crédible et à jour de la situation des habitants et des entreprises de la ville. Valparaiso (Chili) a conçu une plateforme permettant la géolocalisation de toutes les boutiques locales, prestataires de services et commerces de produits essentiels, afin d’aider les habitants à identifier ceux qui sont ouverts dans leur quartier ou proposent des services de livraison à domicile. Autre objectif de la plateforme, limiter la circulation des personnes dans la ville370. En mars 2020, la ville de Gand (Belgique) a créé une plateforme pour regrouper sur un seul site web toutes les initiatives de commerce en ligne. Ratisbonne (Allemagne) a renforcé l’utilisation d’un portail régional existant destiné aux personnes souhaitant offrir des cadeaux et soutenir les commerçants de la ville, afin de leur venir en aide pendant la pandémie de COVID-19371. Cette plateforme permet aux utilisateurs d’accéder à des offres de livraison, d’achats à emporter et de bons d’achat en ligne émanant de différents services.

    • Applications mobiles sociales : Oslo (Norvège) a organisé des réunions en ligne hebdomadaires avec des ONG représentant les minorités afin de comprendre les besoins et les actions à mener pour réussir la mise en œuvre des mesures de sécurité et des réglementations sur la distanciation sociale372. La ville de Toulouse (France) a lancé une plateforme en ligne permettant de venir en aide aux populations vulnérables pendant le confinement, par l’intermédiaire d’un système de mise en relation des bénévoles et des personnes dans le besoin373. À Amsterdam (Pays-Bas), la plateforme Wij Amsterdam, lancée en mars 2020, a été élaborée à l’aide d’un logiciel libre pour soutenir les citoyens tout au long de la crise et donner de la visibilité à leurs initiatives, les rendre accessibles en ligne et les géolocaliser374.

  • Alertes téléphoniques : Philadelphie et New York (États-Unis) ont mis à disposition des Alertes COVID textuelles, accessibles aux habitants qui s’inscrivent à ce service via un numéro spécial375. La ville de Nice (France) utilise des drones munis d’une caméra et d’un haut-parleur pour rappeler aux citoyens les règles du confinement376.

  • Activités pédagogiques en ligne : la ville de Bamberg (Allemagne) et le district environnant ont mis en place une plateforme en ligne offrant des informations sur l’offre pédagogique377. La Ville de Vienne (Autriche) a élargi son initiative gratuite de soutien scolaire Förderung 2.0 (« Soutien 2.0 ») aux 10-14 ans, avec des cours de soutien supplémentaires en allemand, en mathématiques et en anglais pour les élèves du deuxième cycle de l’enseignement secondaire378. À New York (États-Unis), le département de l’Éducation a prêté 300 000 tablettes avec accès Internet aux élèves dans le besoin afin de soutenir l’enseignement à distance. Les premiers bénéficiaires étaient les 13 000 élèves des écoles publiques dans les foyers pour sans-abri. Les tablettes ont été attribuées sur la base de critères de priorité, en commençant par les élèves n’ayant pas accès à Internet ou à un ordinateur379.

  • Activités culturelles en ligne : depuis mars 2020, Bergame (Italie) encourage ses citoyens à visiter dix musées en ligne sans sortir de chez eux. Ils ont accès à des visites virtuelles et des collections en ligne. En avril, Paris (France) a lancé l’initiative « Que faire à la Maison », qui propose des expériences virtuelles et en ligne, comme des activités sportives, des expositions, des concerts et même des activités destinées aux enfants. À la Nouvelle-Orléans (États-Unis), le Bureau de l’économie culturelle de la mairie a lancé une collection en ligne intitulée « Embrace the Culture », qui aborde de nombreuses thématiques, depuis des démonstrations de cuisine à des sessions de lecture pour les enfants380.

De nombreuses villes ont veillé à ce que les citoyens soient informés en temps réel, alors que les restrictions étaient progressivement levées. Ces informations concernaient par exemple les activités commerciales ouvertes au public, les services de santé et de transport. En voici quelques exemples :

  • L’hôpital central de Vaasa (Finlande) a lancé les essais de Ketju, une application finlandaise conçue pour aider les professionnels de santé à recenser les personnes exposées au virus COVID-19. Grâce à la technologie Bluetooth, l’application enregistre anonymement les rencontres entre ses utilisateurs volontaires afin de détecter rapidement et avec précision les chaînes d’infection, ce qui permet de gérer la charge de travail du personnel de santé et d’offrir aux citoyens un moyen concret de contribuer à la lutte contre le virus. Cette application joue un rôle majeur dans la préparation aux prochaines phases de l’épidémie, alors que le pays commençait à assouplir progressivement les restrictions nationales liées au confinement depuis le 15 avril381.

  • Le conseil municipal de Bilbao (Espagne) est membre de BILBAO DENDAK, une association public-privé pour la promotion des activités commerciales et touristiques à Bilbao. Bilbao Dendak a établi une carte interactive des commerces ouverts et de ceux qui proposent un service de livraison à domicile382. Cette carte était mise à jour en fonction de la levée progressive des mesures de confinement en Espagne, qui a commencé le 4 mai.

  • EMT, l’entreprise municipale de transports de Madrid (Espagne), a utilisé ses canaux de diffusion de manière intensive afin d’informer tous les usagers des conditions d’utilisation de ses services et de l’obligation de réduire ses déplacements. En outre, EMT a utilisé l’ensemble de ses canaux numériques (site web, applis, réseaux sociaux) pour informer en temps réel les usagers et les citoyens de toute évolution de la mobilité pendant l’assouplissement des restrictions liées au confinement.383

À New York (États-Unis), le département des Transports (DOT) a cherché à encourager les paiements sans contact par le biais des smartphones afin de réduire les contacts et les risques d’exposition pour le public et les travailleurs. Deux applications différentes sont à disposition des habitants : ParkNYC (lancée en 2016, a été utilisé pour plus de 22 millions de transactions en 2019) et ParkMobile, une application nationale

Diverses institutions mondiales ont mis en œuvre des programmes visant à faciliter l’échange de pratiques optimales entre les villes. À l’instar de l’initiative de l’OCDE, ces interventions recueillent des expériences de première main et encouragent des mesures collectives partout dans le monde.

La fondation Bloomberg Philanthropies réunit virtuellement des experts de la santé publique et des autorités municipales. En association avec ses partenaires de la John Hopkins Bloomberg School of Public Health et de la Bloomberg Harvard City Leadership Initiative, elle a inauguré un nouveau programme pour aider les maires des villes américaines à lutter contre la crise en évolution rapide du coronavirus. En partenariat avec la National League of Cities, la fondation a lancé le dispositif de suivi COVID‑19 : Local Action Tracker385. Celui-ci comporte un tableau triable qui décrit dans le détail les décisions et les mesures prises par les dirigeants municipaux partout aux États-Unis pour maîtriser la propagation du virus et gérer ses retombées sur les populations. Les autorités municipales peuvent communiquer les mesures qu’elles adoptent pour qu’elles soient intégrées au dispositif de suivi ; le tableau sera actualisé chaque jour pour tenir compte de l’évolution rapide de la crise. Différentes mesures – protocoles de dépistage, couvre-feux, campagnes de dons, programme alimentaires – seront mises en relief de façon à donner aux maires une idée des pratiques émergentes et de celles qui portent leurs fruits dans les villes386. En partnenariat avec la National Association of City Transportation (association nationale de transports urbains), Bloomberg Philanthropies a également lancé le Transportation Response Center (centre de réponse des transports) pour fournir un conseil virtuel et une assistance technique aux maires et agents de transport urbains afin de réduire les nombreux défis de court et de long-terme posés par le COVID-19 aux transports publics387.

Le réseau des villes du C40 Cities a mis en place un groupe de travail des Maires pour une relance après la crise liée au COVID-19 qui améliore la santé publique, réduit les inégalités et combat la crise climatique. Le Groupe de travail examinera les moyens de relancer l'économie pour permettre une reprise du travail, tout en veillant à ce que la dégradation du climat ne devienne pas une crise encore plus grave pour l'économie mondiale, pour la vie et la subsistance des communautés du monde entier. Les membres du groupe de travail sont: le président du groupe de travail, le Maire de Milan, Italie, Giuseppe Sala ; le maire de Freetown, Sierra Leone, Yvonne Aki Sawyerr ; le Secrétaire à l'environnement de Hong Kong, Chine, KS Wong ; le Maire de Lisbonne, Portugal, Fernando Medina ; le Maire de Rotterdam, Pays-Bas, Ahmed Aboutaleb ; le Maire de Medellín, Colombie, Daniel Quintero Calle ; la Mairesse de Melbourne, Australie, Sally Capp ; la Mairesse de Montréal, Canada, Valérie Plante ; la Mairesse de la Nouvelle-Orléans, États-Unis, LaToya Cantrell ; la Mairesse de Seattle, États-Unis, Jenny Durkan ; le Maire de Séoul, Corée du Sud, Won-soon Park388. Le 7 mai, le groupe de travail a publié une déclaration de principes appelant à une relance économique saine, durable et équitable de la pandémie. Cette déclaration exhorte à ce que cette relance ne constitue pas un retour au statu quo d’avant la crise, qui était en route pour un réchauffement climatique de 3°C, et insiste sur l’importance d’adhérer à l’expertise scientifique et sanitaire, garantir les services publics, aborder les questions d’équité, et poursuivre les efforts d’atténuation et d’adaptation à la crise du climat389. En juillet, ces principes ont été étayés dans « l’Agenda des Maires de C40 pour une Relance Verte et Juste », qui présente des mesures pour la création d’emplois verts, l’investissement dans les services publics cruciaux, la protection des transports en commun, le soutien des travailleurs essentiels, et le retour des espaces publics aux citoyens et à la nature390. C40 a également partagé les meilleures pratiques de ses villes membres sur des sujets liés au COVID-19, telles que l’atténuation des impacts socioéconomiques du confinement et la priorisation de réponses de long terme391.

Villes pour la santé mondiale, une initiative pilotée par le réseau Metropolis, s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Expérience d’apprentissage en direct : au-delà de la réponse immédiate à l’épidémie », lancée par CGLU et soutenue par ONU-Habitat. Ces organismes ont mis sur pied une plateforme en ligne qui donne accès aux informations, aux stratégies et aux programmes pertinents mis en œuvre par les autorités locales et régionales partout dans le monde. Cet espace virtuel met en avant les mesures adoptées par les villes dans le cadre d’interventions visant à lutter contre l’épidémie de COVID‑19392. Plus de 600 initiatives ont été publiées sur la plateforme, provenant de 32 pays et 97 villes. La coalition organise par ailleurs des échanges virtuels, portant sur des thèmes précis liés au rôle de la prestation de services publics, entre les villes et les partenaires393.

Le programme « Strengthening the Core » de Core Cities UK vise à protéger les 26% de l’économie du Royaume-Uni générés par les villes-régions; sauvegarder les économies des villes environnantes; et construire une relance la plus vigoureuse possible. En tant que groupe constitué de villes d’Angleterre et des administrations décentralisées, il fournit un réseau à l'échelle du Royaume-Uni qui peut agir maintenant pour créer un impact immédiat et responsable sur le terrain. À court et à moyen terme, l'organisation élabore des propositions détaillées sur la manière dont la relance peut se dérouler par secteur dans les villes et leurs écosystèmes. Cela se fait en travaillant sur la résilience financière des gouvernements locaux, en rassemblant de grands projets à travers les villes qui peuvent stimuler l'économie régionale et nationale et en repensant l'avenir des villes. De plus, Core Cities UK a collecté les meilleures pratiques de son réseau, regroupées en cinq domaines politiques clés : culture et communauté ; transport et infrastructure ; emploi, entreprise et support financier, logement et intinérance ; et santé publique394.

La Banque du Conseil de l’Europe (BCE) fournit des financiements flexibles et rapides pour aider les villes de ses pays membres à mettre en œuvre leurs stratégies de reprise et plus globalement renforcer leur résilience, conformément à son mandat principal de promouvoir la cohésion sociale et d’aider à construire des communautés prospères et résilientes395. La capacité de la BCE à rapidement déployer son soutien peut permettre aux villes et entreprises municipales de contrecarrer l’impact financier de la pandémie et donc d’assurer la continuité de leurs programmes d’investissements en infrastructure396. La BCE soutient également les villes dans leurs efforts de mise en œuvre d’une reprise durable et résiliente en co-finançant les investissements qui promeuvent la durabilité environnementale, réduisent les émissions de gaz à effet de serre, et aident les villes à s’adapter au changement climatique. Le lancement récent du Fonds d’Investissement Social Vert (GSIF) en mars 2020 augmente la capacité de la BCE à soutenir les composants liés au climat et à la durabilité environnementale dans les projets d’investissements qu’elle finance. Le GSIF peut aider les villes à construire des économies locales plus durables et résilientes au climat alors qu’elles se remettent de la crise du COVID-19. Le GSIF offre des subventions dans le but de promouvoir la durabilité environnementale, d’amplifier la décarbonisation et de rendre les infrastructures sociales financées par la BCE résilientes au changement climatique, tout en rendant les actions pour le climat et toutes autres mesures pour la durabilité environmentale plus accessible pour les groupes vulnérables. Les projets bémeficiant de subventions du fond devront démontrer un impact climat, environmental et social positif397. Par ailleurs, le financement de la BCE a pour objectif d’atténuer l’impact social et économique de la pandémie sur les groupes à faible revenu, marginalisés, et vulnérables, tels que les personnes agées, les migrants et les réfugiés. La BCE a également lancé une série de dialogues avec les maires de plusieurs villes européennes - telles que Helsinki, Turku, Tirana et Gênes – pour souligner les mesures qu’elles prennent pour accentuer la résilience aux chocs futurs et assurer que la reprise après le COVID-19 soit à la fois inclusive sur le plan socialt verte398.

Eurocities recueille des exemples d’actions municipales sur sa page web consacrée à la crise du COVID‑19399. Chaque entrée, regroupée selon des catégories clés (par exemple : culture, économie), présente un bref résumé des mesures, suivi d’un lien vers une description plus détaillée sur le site de la ville (ou sur un autre site consacré à ce thème). Eurocities a également publié un aperçu préliminaire des mesures visant à atténuer l'impact socio-économique du COVID-19400. En juin 2020, les villes du réseau ont publié une déclaration commune intitulée « la relance de l’UE propulsée par les villes, appelant la Commission européenne à impliquer davantage les villes dans les programmes de relance de l’UE and pour un accès direct des villes au financement européen401.

« L’Intelligent Cities Challenge » (défi des villes intelligentes) de la Commission européenne a lancé, dans le contexte du COVID-19, un large programme de soutien402 afin de faciliter l’apprentissage et le partage des meilleures pratiques en matière d’interventions efficaces menées par les villes européennes et mondiales. Le but de cette initiative est d'aider les villes à surmonter la crise actuelle et à mettre en œuvre des réponses appropriées.

Le programme de coopération territoriale européenne (URBACT) recueille et cartographie actuellement toutes les réponses à la pandémie dans les villes européennes403. Plusieurs points nationaux URBACT mobilisent activement leurs villes pour rassembler plus d'informations sur ce sujet et pour alimenter cette page. Les mesures visant à soutenir les entreprises locales sont une préoccupation importante pour les villes de la plupart des pays membres de l'OCDE.

Le Parlement mondial des maires (GPM) a lancé une campagne « Mayors Act Now » sur son site web ainsi que le Parlement virtuel pour maintenir le contact entre les maires pendant la pandémie et partager les initiatives locales et régionales au niveau mondial404.

Le Réseau mondial des villes résilientes (GRCN)405 et la Banque mondiale organisent une série de conférences hebdomadaires en ligne portant sur la façon dont les villes réagissent à la pandémie de COVID‑19. Les Chief Resilience Officers (responsables de la résilience) et autres décideurs urbains clés participent régulièrement dans cette série pour partager leur expertise et leurs expériences de réponse à la crise. Le GRCN a également lancé une plateforme ouverte, participative et collaborative dans laquelle les villes pouvaient échanger leurs savoirs et apprentissages, et identifier des actions et initiatives clés pour faire face aux impacts de la crise et assurer l’avenir de leurs systèmes face aux défis mondiaux406. En tant que partenaires de la campagne Pour des villes résilientes, ils proposent un choix de séances, les demandes étant traitées dans l’ordre d’arrivée.

Local 2030 a organisé un appel sur la réponse locale au COVID-19 et la relance pour élaborer des messages et un appel à l'action au niveau local pour le renforcement des capacités, le financement et l'intégration continue des ODD (principes d'inclusion, de durabilité et de ne laisser personne de côté) dans la préparation, et lors des phases de réponse et de relance. L'initiative vise à identifier des mécanismes permettant aux partenaires d’entrer en contact et d'échanger plus régulièrement sur les réponses au COVID-19. Local 2030 a également lancé la série Spotlight Local 2030 pour faciliter le partage d’expérience et de savoir entre parties prenantes impliquées dans la réponse locale à la crise du COVID-19 au travers de courtes vidéos. Les partenaires et parties prenantes autour du monde sont invités à préparer et partager des contributions vidéo de deux minutes soulignant leurs perspectives sur les principaux défis et solutions innovantes développées au niveau local pour combattre l’épidemie407.

Metropolis a lancé l'initiative « Cities for Global Health »408, co-dirigée par l'Alliance Euro-Latino-Américaine de coopération entre les villes (AL-LA). Cette initiative fait partie de l'expérience d'apprentissage en direct: au-delà de la réponse immédiate à l'épidémie, développée par CGLU et soutenue par ONU-Habitat et Metropolis (les deux sont décrites plus haut)409.

OPEN IDEO (le modèle d’innovation libre d’IDEO qui permet à des individus, partout dans le monde, de se rassembler pour définir des solutions aux problèmes sociétaux actuels les plus épineux) travaille en coordination avec les autorités qui, partout dans le monde, souhaitent s’assurer que les populations disposent d’informations utiles et pertinentes à propos du virus du COVID-19, pour partager avec elles les différentes expériences à cet égard, et leur montrer par quels moyens les populations accèdent aux informations410.

L’UNESCO a lancé un appel à récits pour recueillir des informations sur les interventions locales visant à réduire la vulnérabilité des populations qui ont un accès restreint aux services fournis en réponse à la pandémie, et sur les mesures municipales spécifiquement destinées à combattre la discrimination et la stigmatisation sous toutes leurs formes. L’UNESCO a également animé une série de webinaires et publié les meilleures pratiques et recommandations pour les élèves, les enseignants, les parents et les décideurs politiques sur des sujets tels que l’enseignement à domicile, l’apprentissage à distance et la culture411.

Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) se concentre actuellement sur le partage d'informations en collaboration avec le Réseau Mondial des Autorités Locales. La « Global City Platform » a déjà collecté plus de 295 expériences de villes à travers le monde. Un forum appelé « l'expérience d'apprentissage en direct »412 a été organisé pour que les maires échangent sur des questions clés découlant de la pandémie, telles que les solutions pour les sans-abris, la continuité des transports afin que les gens puissent se rendre aux hôpitaux et autres services essentiels, ainsi que la fracture numérique dans la mesure où elle affecte les enfants et leur éducation. Il y a également un débat sur l'immigration et les droits des migrants et la sécurité alimentaire, ainsi que sur l'accès à la culture pour le maintien des travailleurs dans ce domaine ainsi que des services de culture aux citoyens. Un débat a lieu chaque semaine sur ce forum pour discuter de ces différents points. Les discussions se tournent actuellement vers la manière dont les villes géreront le processus de relance.

Le Fonds d'équipement des Nations Unies (FENU) a lancé une initiative sur le financement des réponses au COVID-19 des gouvernements locaux. Toute mesure de prévention et de confinement nécessite des ressources et a une dimension budgétaire. Pour financer la réponse à l'épidémie, les gouvernements locaux s’appuient sur trois sources principales : leurs revenus propres, les transferts intergouvernementaux et les emprunts infranationaux. Le FENU vise à fournir des conseils aux gouvernements locaux sur les réponses immédiates et les dimensions clés pour des réponses efficaces.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), aux côtés de plusieurs partenaires du Partenariat pour l’Infrastructure Durable (SIP), a développé un ensemble de dix principes pour une reprise post –COVID-19 axé sur l’investissement dans une infrastructure durable et résiliente. Les « principes pour la relance » offrent un cadre décisionnel pour les dépenses d’infrastructure pour la reprise post-COVID-19 et des mesures de relance. Les principes appellent à ce que les décisions de dépense d’infrastructure commencent avec une planification stratégique alignée avec l’Agenda 2030 pour le Développement Durable et l’Accord de Paris sur le changement climatique. Une telle planification, notent les principes, devrait considérer les liens systémiques entre les secteurs et à travers l’espace et le temps. Afin d’éviter des crises futures, les principes recommandent que l’infrastructure assure la résilience à travers une planification au niveau des systèmes, ainsi qu’une flexibilité et une redondance intégrées413.

«  What Works Cities » a préparé une banque de réponses des gouvernements locaux et de ressources pour les responsables des gouvernements locaux414. Cette liste d'exemples de villes, de ressources et de commentaires est destinée à offrir des idées utiles aux gouvernements locaux, et est organisée en cinq sections : outils et ressources de données ; ressources pour les gouvernements locaux, actions locales, éditoriaux et commentaires spécifiques aux gouvernements locaux, et des recommandations et informations à jour sur le COVID-19.

Le Forum économique mondial (FEM), en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mobilise toutes les parties prenantes pour protéger les vies et les moyens de subsistance dans la lutte contre le COVID-19. L’outil de renseignement stratégique du FEM fournit maintenant des informations sur le COVID-19 et est accessible même à ceux qui ne sont pas inscrits sur la plateforme415. Le FEM a récemment lancé une plateforme d’action sur le COVID fournissant des informations sur trois domaines prioritaires: mobiliser la communauté mondiale des entreprises pour une action collective, protéger les moyens de subsistance des personnes et faciliter la continuité des activités, et mobiliser la coopération et le soutien aux entreprises pour la réponse au COVID-19416.

Cette note a été rédigée par une équipe centrale de l'OCDE composée de Soo-Jin Kim, Kate Brooks, Oriana Romano,Elisa Elliott Alonso et Lucie Charles, avec des contributions de Claire Charbit, Tadashi Matsumoto, Aline Matta, Kenza Khachani, Camille Viros, Klara Fritz, Oscar Huerta Melchor, Atsuhito Oshima, Jonathan Crook, Elvira Shafikova et Tetsuji Sugayoshi, sous la supervision d'Aziza Akhmouch, Cheffe de la division Villes, Politique Urbaine et Développement Durable au sein du Centre de l’OCDE pour l’entrepreneuriat, les PME, les régions et les villes.

Contact

Aziza AKHMOUCH (✉ Aziza.Akhmouch@oecd.org)

Alexandra TAYLOR (✉ Alexandra.Taylor@oecd.org)

Notes

← 1. OECD (2020), OECD Economic Outlook, Volume 2020 Issue 1, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/0d1d1e2e-en.

← 2. OCDE/Comission européenne (2020), Cities in the World : A New Perspective on Urbanisation, OECD Urban Studies, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/d0efcbda-en.

← 10. Il s’agit d’une « approche organisationnelle et/ou citoyenne de la construction des quartiers ayant recours à des interventions à court terme, peu coûteuses et évolutives pour catalyser le changement à long terme ». Plus d’informations à l’adresse suivante : http://tacticalurbanismguide.com/about/

← 11. « Les citoyens peuvent accéder à tout ce dont ils ont besoin pour vivre – que ce soit le travail, les commerces, la santé ou la culture – à moins d’un quart d’heure de chez eux. »

← 12. OCDE (2020), Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2020 Numéro 1, No. 107, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e26dfe32-fr.

← 17. Forum économique mondial, Global Future Council on Cities and Urbanisation 2019-2020 Term : April 2020 Calls, city contributions.

← 29. http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/l-impact-territorial-du-covid-19-gerer-la-crise-entre-niveaux-de-gouvernement-2596466b/

← 36. Ibid.

← 59. http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/suivi-et-tracage-du-covid-19-proteger-la-vie-privee-et-les-donnees-lors-de-l-utilisation-d-applications-et-de-la-biometrie-40a928d1/

← 63. News Tank Cities (2020), « Ile de France : 31 % utilisent moins ou évitent les transports en commun depuis le 11 mai », News Tank Cities (09.07.2020)

← 66. http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/les-capacites-en-termes-de-teletravail-peuvent-entrainer-des-couts-de-confinement-differents-selon-les-territoires-08920ecf/

← 67. http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/l-impact-territorial-du-covid-19-gerer-la-crise-entre-niveaux-de-gouvernement-2596466b/

← 82. https://furmancenter.org/thestoop/entry/covid-19-cases-in-new-york-city-a-neighborhood-level-analysis

← 85. https://www.elcomercio.com/actualidad/nigeria-isla-trinitaria-guayaquil-pobreza.html

← 96. http://www.femp.es/

← 101. Global Resilient Cities Network, « Cities for a Resilient Recovery, Emerging Data », Part 1 of 3, disponible à l’adresse : https://drive.google.com/file/d/1vRF9KhvyfuNuftZ-LQCmKazg5BVT_am5/view

← 102. https://www.c40.org/press_releases/taskforce-principles

← 157. http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/reconstruire-en-mieux-pour-une-reprise-durable-et-resiliente-apres-le-covid-19-583cf0b8/

← 182. Ibid.

← 185. Eurocities (2020),  « Policy note: Overview of city measures to mitigate the socio-economic impact of COVID-19 », note d’orientation mise à jour le 1er juillet 2020.

← 186. Eurocities (2020),  « Policy note: Overview of social measures in cities to respond to COVID-19 crisis », note d’orientation mise à jour le 1er juillet 2020.

← 199. OCDE (2020) COVID-19 : Impact on Cultural and Creative Sectors, Policy Responses and Opportunities (à paraître).

← 214. https://www.oecd.org/cfe/cities/Principes-OCDE-sur-la-politique-urbaine.pdf

← 222. https://www.nytimes.com/2020/05/05/health/coronavirus-children-transmission-school.html

← 225. http://www.leparisien.fr/politique/plan-de-deconfinement-d-anne-hidalgo-seuls-15-des-ecoliers-parisiens-feront-leur-rentree-le-14-mai-04-05-2020-8310747.php

← 242. https://www.theguardian.com/environment/2020/may/01/city-leaders-aim-to-shape-green-recovery-from-coronavirus-crisis

← 243. https://www.paris.fr/pages/deplacements-les-mesures-de-la-ville-pour-le-deconfinement-7788

← 244. https://www.theglobeandmail.com/canada/toronto/article-toronto-introduces-bigger-sidewalks-to-make-room-for-pedestrians-on/

← 247. https://www.oecd-ilibrary.org/sites/reg_cit_glance-2018-35-en/index.html?itemId=/content/component/reg_cit_glance-2018-35-en

← 248. https://www.europapress.es/euskadi/noticia-asesoria-gratuita-ayuntamiento-bilbao-recibe-510-consultas-pymes-comercios-autonomos-10-dias-20200407145659.html

← 251. https://ciudadesiberoamericanas.org/lisboa-medidas-para-superar-la-crisis-del-coronavirus/

← 252. https://www.paris.fr/pages/coronavirus-les-mesures-prises-par-la-ville-7672

← 259. https://www.cm-braga.pt/pt/0203/viver/protecao-e-seguranca/covid-19

← 260. https://www.metro.tokyo.lg.jp/tosei/tosei/news/2019-ncov.html#Eng

← 264. https://www.paris.fr/pages/coronavirus-les-mesures-prises-par-la-ville-7672

← 265. https://www.lisboa.pt/covid-19-medidas-e-informacoes/entrada

← 266. http://www.cm-porto.pt/covid-19-medidas-do-municipio

← 267. http://www.porto.pt/noticias/executivo-aprova-primeiro-pacote-de-medidas-de-apoio-a-familias-e-empresas-

← 268. https://reykjavik.is/en-covid19

← 269. http://www.amap-idf.org/paris_199.php

← 270. https://www.paris.fr/pages/coronavirus-les-mesures-prises-par-la-ville-7672

← 272. http://www.femp.es/

← 277. http://www.porto.pt/noticias/medidas-excecionais-sobre-a-fatura-da-agua-a-quem-se-dirigem-e-como-ter-acesso

← 279. https://www.cm-braga.pt/pt/0203/viver/protecao-e-seguranca/covid-19

← 286. https://www.cm-braga.pt/pt/0203/viver/protecao-e-seguranca/covid-19

← 297. https://www.globalcitizen.org/en/content/coronavirus-impact-on-homessless-population/

← 298. https://www.cbsnews.com/news/california-launches-project-roomkey-initiative-to-place-homeless-in-hotel-rooms/

← 309. https://www.google.com/url?q=https://drive.google.com/file/d/1dOkzEPHoeoeO2ibjEwF_VT89dzABk86m/view&sa=D&ust=1588247426815000

← 317. https://discoversociety.org/2020/04/16/race-class-and-covid-19-not-an-equal-opportunities-contagion/

← 318. https://comptroller.nyc.gov/reports/new-york-citys-frontline-workers/

← 329. https://www.jdsupra.com/legalnews/chicago-city-council-introduces-covid-18375/

← 333. https://cm-sintra.pt/covid19/coronavirus

← 335. https://www.lisboa.pt/covid-19-medidas-e-informacoes/entrada

← 336. http://www.cm-porto.pt/covid-19-medidas-do-municipio

← 342. https://www.aljazeera.com/news/2020/03/domestic-abuse-rises-lockdown-france-fund-hotel-rooms-200331074110199.html

← 344. https://www.oecd.org/gender/data/

← 346. https://stats.oecd.org/index.aspx?queryid=54757#

← 348. http://www.leparisien.fr/politique/plan-de-deconfinement-d-anne-hidalgo-seuls-15-des-ecoliers-parisiens-feront-leur-rentree-le-14-mai-04-05-2020-8310747.php

← 349. https://stopcovid19.metro.tokyo.lg.jp/en

← 351. https://covid19dashboard.vancouver.ca/

← 364. https://datos.cdmx.gob.mx/pages/covid19/

← 380. https://ready.nola.gov/incident/coronavirus/tonight-mayor-s-office-embrace-the-culture-vir-(1)/

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