L’Afrique a enregistré son premier cas de COVID-19 en Égypte, le 14 février 2020. Depuis lors, des cas ont été signalés dans 52 pays. Limités dans un premier temps aux capitales, le virus touche désormais plusieurs provinces dans un nombre important de pays. Au 4 mai 2020, on comptait 44 873 cas confirmés de COVID-19 et 1 807 décès. Au moment de la rédaction de la présente note, les pays africains présentant le plus grand nombre de contaminations sont l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc et l’Algérie. Toutefois, l’ampleur réelle de la pandémie reste incertaine, les cas n’étant pas systématiquement signalés et la précision du recueil des données variant considérablement.

Le 17 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avertissait que l’Afrique pourrait devenir le prochain épicentre du Coronavirus. Dans le scénario le plus optimiste de l’Organisation, où les gouvernements introduiraient de fortes mesures de distanciation sociale dès qu’un seuil de 0.2 décès pour 100 000 habitants par semaine serait atteint, l’Afrique enregistrerait 122 millions de contaminations, 2.3 millions d’hospitalisations et 300 000 décès. Le 7 mai, une nouvelle étude du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique estimait que jusqu’à 190 000 personnes pourraient mourir durant la première année de la pandémie si les mesures d’endiguement venaient à échouer.

La plupart des gouvernements africains ont instauré des mesures pour encourager la distanciation sociale, se concentrant sur les restrictions frontalières et de déplacements, la fermeture des écoles et l’interdiction des grands rassemblements. L’Afrique du Sud a quant à elle opté pour une période de 21 jours de confinement total. D’autres pays, comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont mis en place des couvre-feux et des confinements partiels, ou envisagent un confinement total.

La crise affectera la croissance de l’Afrique par des canaux intérieurs et extérieurs, avec un impact considérable sur le bien-être et le nombre de personnes vivant dans la pauvreté. Les projections les plus récentes prévoient une contraction du PIB dans la plupart des pays en 2020 – la première depuis 25 ans. Selon les estimations des Nations Unies, près de 30 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté et le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aigüe pourrait augmenter de manière significative.

Les responsables politiques africains et leurs partenaires doivent réévaluer les arbitrages entre les priorités à court, moyen et long terme. Ces priorités et les mesures politiques connexes continueront d’évoluer à mesure que les économies entreront dans les phases successives de la réponse à la crise : survivre à l’épidémie (veiller à ce que les ressources adéquates soient allouées aux besoins fondamentaux, tels que les médicaments et la nourriture, et assurer la santé physique et mentale des populations, ainsi que leur sécurité) ; retourner à la normale (aider les particuliers et les entreprises à reprendre leurs activités et à réparer les dommages subis durant la pandémie) ; et se recentrer sur le long terme (réorienter les ressources et l’attention sur le développement à long terme).

L’Afrique est confrontée à une double crise sanitaire et économique qui risque de submerger les systèmes de santé, de détruire les moyens de subsistance et de ralentir les perspectives de croissance de la région pour les années à venir. En 2019, avant la survenue du COVID-19, le continent avait déjà connu un ralentissement de la croissance et de la réduction de la pauvreté en général, malgré d’importantes disparités entre les pays. La crise actuelle pourrait anéantir des années de progrès sur le plan du développement (OCDE, 2020[1]).

En 2019, la croissance du PIB de l’Afrique, à 3.6 %, a été insuffisante pour accélérer les progrès économiques et sociaux, et réduire la pauvreté. La croissance par habitant s’est établie à environ 0.7 % et la création d’emplois n’est pas parvenue à répondre au besoin de débouchés pour les 29 millions de jeunes entrant dans la population active chaque année (CUA/OCDE, 2018[2]). Depuis 2000, la croissance du PIB de l’Afrique est largement tirée par la demande intérieure (69 % du total), plutôt que par la hausse de la productivité. En Afrique, la productivité du travail (en pourcentage du niveau des États-Unis) a stagné entre 2000 et 2018, et le ratio de la productivité du travail entre l’Afrique et l’Asie est passé de 67 % en 2000 à 50 % aujourd’hui (CUA/OCDE, 2019[3]). Les marchés mondiaux représentent 88 % des exportations de l’Afrique, principalement constituées de pétrole, de ressources minérales et de produits agricoles.

Quand la crise est survenue, les perspectives différaient entre les économies. Certaines affichaient des taux de croissance élevés, supérieurs à 7.5 % (Rwanda, Côte d’Ivoire et Éthiopie), mais les plus grandes économies d’Afrique avaient connu un ralentissement. Au Nigéria (croissance du PIB de 2.3 %), le secteur non pétrolier était atone ; en Angola (-0.3 %), le secteur pétrolier restait faible ; tandis qu’en Afrique du Sud (0.9 %), la morosité du climat de l’investissement pesait sur l’activité économique.

L’Afrique est confrontée à un double choc d’offre et de demande, se propageant en trois vagues successives : une première en provenance de la République populaire de Chine (ci-après dénommée « Chine »), suivie d’une deuxième en provenance des pays de l’OCDE (initialement de l’Europe, et à présent des États-Unis), et enfin, une probable troisième vague intra-africaine, qui pourrait se produire si les pays africains prennent des mesures de confinement total (comme c’est le cas en Afrique du Sud). Le degré de contraction de l’activité économique et de l’emploi en 2020-21 sera déterminé par l’ampleur et la persistance du choc, l’impact des crises et vulnérabilités préexistantes (par exemple, les conflits et la fragilité dans la région du Sahel, ou les criquets en Afrique de l’Est, qui se propagent à d’autres régions), ainsi que par la réaction des entreprises et gouvernements africains.

  • Une première vague vient de Chine, sous l’effet de la fragilisation des canaux commerciaux et de la baisse des investissements directs étrangers (IDE) dans l’immédiat. Contrairement à l’Afrique du Sud ou au Ghana, les pays les moins avancés tels que la Zambie, le Soudan du Sud et la Mauritanie n’ont pas d’autre acheteur que la Chine, ni d’alternative viable à leurs produits de base comme source de croissance (Graphique 1). Selon le FMI, le Soudan du Sud devait par exemple enregistrer la croissance la plus rapide dans le monde en 2020 (8.2 %), mais principalement grâce à ses exportations de pétrole vers la Chine (98 % de ses exportations totales). Les projets d’investissement seront également retardés ou annulés, à l’heure où les pays de provenance des IDE (Tableau 1) traversent la crise et s’emploient à la surmonter.

  • Une deuxième vague viendra des pays de l’OCDE, sous l’effet de l’effondrement de la demande de l’UE associé au confinement et à l’arrêt du tourisme. La plupart des petits États insulaires en développement et des pays d’Afrique du Nord, ainsi que plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest, dépendent de l’UE pour au moins 50 % de leurs échanges commerciaux (Graphique 2). L’impact sur leurs travailleurs informels sans protection sociale ni sanitaire (par exemple, dans le secteur du tourisme) pourrait être particulièrement lourd.

  • Enfin, une troisième vague pourrait venir du choc de demande intérieure et du ralentissement du commerce intra-africain. Ce choc de demande intérieure sera provoqué par une perturbation des dépenses des ménages et des entreprises, et touchera particulièrement des pays affectés par des mesures strictes de confinement, comme l’Afrique du Sud. Les restrictions de déplacements et les éventuelles fermetures d’entreprises pour éviter la propagation du virus pourraient aussi entraver l’approvisionnement régional, actuellement inférieur à 15 %, et mettre en danger le commerce informel transfrontalier qui, d’après les estimations, représente environ un tiers des échanges commerciaux de l’Afrique.

Compte tenu de l’évolution rapide de la situation et de la forte incertitude, les prévisions de croissance sont constamment actualisées – malheureusement à la baisse (voir le tableau 2). Une récession dans plusieurs pays africains – la première depuis 25 ans – semble désormais probable, avec des effets ricochet sur les chiffres déjà élevés de la pauvreté (Beegle et Christiaensen, 2019[12]).

Plusieurs dettes nationales africaines étaient relativement faibles avant la survenue de la crise actuelle. Les pays africains ont en moyenne un ratio dette/PIB de 60 %, à l’exception de 4 pays – Soudan, Érythrée, Cabo Verde et Mozambique –, où ce ratio est supérieur à 100 % (FMI, 2020[13]). Un ratio dette/PIB de 60 % est le seuil fixé par le FMI et le Programme de coopération monétaire en Afrique pour des niveaux prudents d’endettement. L’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) a joué un rôle particulièrement important pour réduire la dette et libérer des ressources au service de la réduction de la pauvreté dans 13 pays africains : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone et Togo. Au Burkina Faso, depuis 2000, le taux de réduction de la pauvreté est par exemple identique à celui observé en Chine entre 1996 et 2013.

Selon les données du FMI, les niveaux d’endettement ont toutefois connu une hausse rapide ces dernières années. Après avoir atteint un creux de 32 % en 2008, grâce à l’annulation de la dette extérieure de 31 pays africains dans le cadre du programme en faveur des PPTE, le montant total de la dette publique brute africaine a doublé pour atteindre, d’après les estimations, 57.6 % du PIB en 2019. Cette augmentation de la dette publique est en partie liée au retour de plusieurs pays africains sur les marchés internationaux du crédit, avec l’émission d’euro-obligations, et à la diversification des prêteurs.

Les pays exportateurs de pétrole et ceux ayant auparavant bénéficié d’une annulation de leur dette ont été les moteurs de l’accumulation rapide de la dette publique en Afrique. Des pays exportateurs de pétrole comme l’Angola, le Cameroun, le Tchad, le Gabon et la Guinée équatoriale ont vu leur ratio dette/PIB plus que doubler en 2018 par rapport au niveau de 2010, les déficits budgétaires s’étant creusés après la fin de la flambée des prix des produits de base en 2014. La moitié des pays pauvres très endettés ont par ailleurs vu leur dette publique en pourcentage du PIB augmenter d’au moins 50 % moins de 10 ans après avoir bénéficié d’un allègement significatif de leur dette.

L’amélioration de l’accès aux marchés des capitaux a permis à plusieurs gouvernements africains de contracter des dettes en devises étrangères plus risquées. En Afrique subsaharienne, le montant médian de la dette publique libellée en devises étrangères a atteint 29 % du PIB en 2018, contre 22 % en 2013. Les gouvernements africains ont puisé dans leurs avoirs de réserve, passés d’un niveau élevé de 22 % du PIB en 2009 à 14 % en 2018. Ces dernières années, les euro-obligations ont vu leur importance augmenter fortement en Afrique, franchissant la barre des 100 milliards USD en valeur en 2019, soit une hausse de 27.1 milliards USD par rapport à l’année précédente. Seule la moitié (49 %) de la dette publique extérieure de l’Afrique entre 2012 et 2017 était assortie de conditions libérales, contre 58 % pour la période 2002-07 (Calderon et Zeufack, 2020[14]). En outre, une part croissante de la dette publique extérieure est désormais due à des gouvernements non membres du Club de Paris et à des créanciers privés. D’après l’analyse de viabilité de la dette du FMI, en novembre 2019, près de la moitié de l’ensemble des emprunteurs d’Afrique subsaharienne risquaient d’être en situation de surendettement, s’ils ne l’étaient pas déjà – situation d’ailleurs commune à un grand nombre de pays à faible revenu (Griffiths, 2019[15]).

La pandémie de COVID-19 va fortement perturber le financement du développement en Afrique, quelle qu’en soit la source. Les cours du pétrole ont connu un effondrement historique, passant de 61.5 USD en décembre 2019 à 23.2 USD en mars 2020, véritable coup dur pour un continent dont la rente pétrolière représente 4.5 % du PIB (OCDE/ATAF/CUA, 2019[16]). Il est encore trop tôt pour évaluer l’ampleur du rebond des cours que susciteront les réductions de production décidées par l’OPEP et la Russie en avril, ainsi que l’accord des Ministres de l’Énergie du G20. De manière générale, l’assiette fiscale des pays se rétrécit à mesure que les industries nationales perdent des revenus, comme les compagnies aériennes africaines, qui ont enregistré des pertes de 4.4 milliards USD au premier trimestre 2020. La Chine, principal partenaire commercial de l’Afrique et l’une de ses plus importantes sources d’investissement, a vu son indice des directeurs d’achat chuter à son plus bas niveau historique, passant de 50 à 35.6 entre janvier et février. Parallèlement, les marchés boursiers ont connu fin février leur pire semaine depuis le krach de 2008-09. Le principal indice de la Bourse égyptienne, l’EGX30, a chuté de plus de 30 % entre février et fin mars. Le premier trimestre 2020 a vu la plus grande fuite de capitaux jamais enregistrée pour les marchés émergents, dépassant la crise financière mondiale (IIF, 2020[17]). Les sources de revenus financiers intérieures comme extérieures s’étant taries, il est devenu plus difficile pour les pays africains d’emprunter, et les rendements des obligations d’État ont atteint des sommets en Afrique du Sud, en Égypte et au Nigéria.

Si les pays africains devaient mettre en œuvre les mêmes mesures budgétaires immédiates que celles prises à ce jour par les plus grandes économies de l’UE, l’OCDE estime que, toutes choses égales par ailleurs, le ratio dette publique/PIB de l’Afrique passerait de 57.6 % (2019) à environ 85 % (tableau 3). Si de nombreux pays africains peuvent être en mesure de réagir face à la crise dans l’immédiat, le choc sanitaire et économique placera rapidement nombre d’entre eux sur une trajectoire d’endettement non viable. En particulier, alors qu’une grande économie comme le Nigéria pourrait disposer d’une marge de manœuvre budgétaire plus importante, du fait de son niveau plus faible de dette publique en pourcentage du PIB, des pays très endettés comme le Soudan, l’Érythrée et Cabo Verde pourraient atteindre des niveaux de dette publique encore plus insoutenables (FMI, 2020[13]).

Près des deux tiers des pays africains sont importateurs nets de produits alimentaires de base, dont la disponibilité pourrait être gravement affectée par les pénuries dues à la crise. La crise sanitaire viendra s’ajouter aux pressions préexistantes sur le plan de la sécurité alimentaire, en particulier en Afrique de l’Ouest. La fin de l’année 2019 a été marquée par de graves invasions de criquets en Afrique de l’Est, se déplaçant lentement vers l’Afrique de l’Ouest et perturbant l’approvisionnement alimentaire dans ces deux régions. En Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, on estime que 11.4 millions de personnes ont besoin d’une assistance immédiate. Cette situation risque de s’aggraver, principalement en raison de l’impact de la pandémie. D’ici juin-août 2020, 17 millions de personnes devraient se trouver dans une situation critique, voire pire, sur le plan de la sécurité alimentaire, dont 1.2 million en situation d’urgence. Dans l’ensemble, la conjugaison des crises sanitaire et sécuritaire pourrait faire basculer plus de 50 millions de personnes (actuellement sous pression) dans une situation de crise alimentaire.

Trois types de pays pourraient se trouver confrontés à des crises de sécurité alimentaire, et leur situation d’avant la crise du COVID-19 influera sur leurs réponses politiques et économiques :

  • Les pays souffrant déjà de crises alimentaires (Niger, Mali, Burkina Faso), où 2.5 millions d’enfants sont sous-alimentés, seront sans doute les plus touchés.

  • Les pays dépendant fortement des importations alimentaires (Mauritanie, Libéria, Sierre Leone, Gambie) souffriront si des restrictions de déplacement et de transport limitent l’accès aux marchés, ou si les producteurs de produits agricoles, comme le riz, devaient adopter des restrictions ou des interdictions d’exportation, comme lors de la crise des prix alimentaires de 2008.

  • Les pays disposant d’une bonne capacité de production agricole pourraient relancer la production locale (Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana, Cabo Verde).

De nombreux pays africains pourraient connaître une hausse de l’inflation des prix alimentaires, les chaînes d’approvisionnement étant touchées. Lorsque l’épidémie d’Ébola a frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, les prix des denrées alimentaires de base ont connu une hausse spectaculaire, celui du riz grimpant par exemple de plus de 30 % et celui du manioc, de 150 %. La crise actuelle menaçant les chaînes d’approvisionnement alimentaire, une accumulation spéculative de stocks pourrait entraîner une augmentation des prix. La hausse des prix des denrées alimentaires est, à son tour, susceptible de signaler l’imminence de pénuries. Ces effets peuvent se conjuguer dans un cercle vicieux risquant de provoquer des troubles sociaux. En outre, la baisse des importations de produits alimentaires et de biens de consommation de base pourrait accentuer l’inflation et avoir des effets négatifs sur les entreprises comme sur les consommateurs. Des hausses localisées des prix, en raison d’achats alimentaires de panique en Afrique du Sud et au Rwanda, ont contraint les gouvernements de ces pays à imposer des prix fixes pour des produits de base comme le riz et l’huile de cuisson. En outre, de nombreux petits importateurs, commerçants et consommateurs pauvres de pays tels que le Mozambique, le Niger, le Nigéria et l’Ouganda sont gravement touchés par la crise, car ils gagnent leur vie en faisant le commerce de produits chinois comme le textile, l’électronique et les articles ménagers.

Les produits pharmaceutiques et les équipements de protection sont en grande partie importés d’Europe et d’autres pays touchés par le COVID-19. Comme la demande mondiale de ces produits augmente fortement, la hausse des prix peut en réduire la disponibilité pour l’Afrique. Les pays africains importent environ 90 % de leurs produits pharmaceutiques de l’extérieur du continent. Les produits médicaux et pharmaceutiques sont importés de l’UE-27 (51.5 % du total des importations), d’Inde (19.3 %) et, dans une moindre mesure, de Suisse (7.7 %), de Chine (5.2 %), des États-Unis (4.3 %) et du Royaume-Uni (3.3 %) (CEA, 2020[12]). Fin mars, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CACPM) et l’OMS avaient déployé plus de 75 000 tests COVID-19 à travers le continent. Le partenariat entre la Fondation Jack Ma et le Premier ministre éthiopien a permis la fourniture de 20 000 tests à chacun des 55 États membres, soit 1.1 million de tests supplémentaires. Toutefois, malgré l’importante aide médicale promise par les donateurs traditionnels et la Chine, le matériel de diagnostic, les équipements de protection individuelle et les autres équipements médicaux sont rares (Simpson, 2020[19]). Selon l’OMS, les hôpitaux publics de 41 pays africains disposent par exemple au total de moins de 2 000 respirateurs pour des centaines de millions de personnes, contre plus de 170 000 aux États-Unis. Contrairement à l’épidémie d’Ébola de 2014, la nature mondiale de la pandémie actuelle, ainsi que l’adoption récente de restrictions à l’exportation de matériel médical lié au COVID-19 par les pays européens, les États-Unis et l’Inde, ont des effets négatifs sur l’Afrique (OCDE, à paraître[20]) (Primi et al., 2020[21]).

La baisse actuelle des cours du pétrole brut est bien plus rapide qu’en 2014 et aura de lourdes conséquences sur la capacité de plusieurs pays africains à faire face à la crise du COVID-19 et à mettre en œuvre des politiques anticycliques. Les cours du pétrole ont chuté d’environ 50 % au cours du premier trimestre 2020. En 2014, les cours du pétrole ont reculé de 56 % en sept mois, baisse qui a participé à la contraction de la croissance du PIB de l’Afrique subsaharienne, passée de 5.1 % en 2014 à 1.4 % en 2016. La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA, 2020[12]) estime les pertes liées à l’effondrement des cours du pétrole à 65 milliards USD pour le continent. Parallèlement, les cours des produits de base non pétroliers ont aussi baissé depuis janvier, avec une chute des prix du gaz naturel et des métaux de respectivement 30 % et 4 % (Données de la Banque mondiale sur les prix des produits de base).

Les économies sensibles aux produits de base subiront les plus fortes perturbations en termes d’échanges commerciaux et de stabilité des taux de change. L’Algérie, l’Angola, le Cameroun, le Gabon, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Nigéria, la République du Congo et le Tchad compteront parmi les plus touchés. Les exportations de pétrole vont de 3 % du PIB en Afrique du Sud (déjà en récession et présentant de faibles perspectives de croissance) à 40 % en Guinée équatoriale, et à la quasi-totalité des exportations du Soudan du Sud. Pour le Nigéria et l’Angola, les plus grands producteurs de pétrole du continent, le pétrole représente plus de 90 % des recettes d’exportation et plus de 70 % du budget national. Les prévisions budgétaires du Nigéria pour les premiers trimestres de 2020 étaient basées sur un baril à 57 USD, soit le double du niveau actuel. La chute des cours du pétrole va exacerber le manque de devises étrangères pour les pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et pourrait faire pression pour une dévaluation du franc CFA (XOF).

La crise a d’ores et déjà des répercussions importantes sur le tourisme, menaçant l’emploi direct et indirect. L’Association internationale du transport aérien (AITA) estime la contribution économique de l’industrie du transport aérien en Afrique à 55.8 milliards USD, ce qui contribue au maintien de 6.2 millions d’emplois et à 2.6 % du PIB du continent. Les restrictions des déplacements internationaux affectent des compagnies aériennes africaines comme Ethiopian Airlines, Egyptair, Kenya Airways et South African Airways, qui sont de gros employeurs et ont des liens avec d’autres entreprises nationales (PROPARCO, 2016[22]). Les premiers effets se traduiront par le chômage partiel du personnel des compagnies aériennes. En temps normal, les compagnies aériennes transportent environ 35 % du commerce mondial et chaque emploi dans le transport aérien en soutient 24 autres dans la chaîne de valeur du voyage et du tourisme, ce qui crée environ 70 millions d’emplois (IATA, 2020[23]). Dans l’hypothèse d’un impact modéré du COVID-19, le secteur du tourisme et du voyage en Afrique pourrait faire face à une perte d’au moins 50 milliards USD de recettes et de 2 millions d’emplois directs et indirects (CUA, 2020[7]).

L’impact global du COVID-19 sur les économies des principaux pays touristiques sera bien plus fort que sur les économies africaines moyennes. En 2019, l’industrie du tourisme a contribué à plus de 10 % du PIB dans les pays suivants (par ordre décroissant de % du PIB) : Seychelles, Cabo Verde, Maurice, Gambie, Tunisie, Madagascar, Lesotho, Rwanda, Botswana, Égypte, Tanzanie, Namibie, Comores et Sénégal. Dans ces pays, la croissance économique devrait chuter en moyenne à une valeur de -3.3 % en 2020, tandis que l’impact sera bien plus fort dans des pays comme les Seychelles, Cabo Verde, Maurice et la Gambie, avec des prévisions de baisse de -7 % au moins en 2020 (CUA, 2020[7]).

À court terme, la contraction du commerce mondial affectera l’appareil productif de plusieurs secteurs de la région. Les industries africaines importent plus de 50 % de leurs machines industrielles et de leurs équipements de fabrication et de transport de l’extérieur du continent. Leurs principaux fournisseurs sont l’Europe (35 %), la Chine (16 %) et le reste de l’Asie, dont l’Inde (14 %). De ce fait, les perturbations liées au COVID-19 dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier en provenance de Chine et d’Europe, entraîneront une diminution de la disponibilité des biens finaux et intermédiaires importés en Afrique. À long terme, ce sont les secteurs à plus faible valeur ajoutée, tels que l’agro-alimentaire, les fleurs ou l’habillement, qui pourraient pâtir le plus des pénuries d’approvisionnement et d’une éventuelle relocalisation des activités de production plus près des marchés finaux. À l’inverse, les secteurs mieux intégrés au sein des chaînes de valeur mondiales pourraient se remettre plus rapidement : par exemple, le secteur aéronautique en Afrique du Sud, le secteur automobile au Maroc, les TIC en Tunisie, etc.

La crise actuelle du COVID-19 entraînera probablement une réorganisation des chaînes de valeur mondiales, synonyme de défis pour l’Afrique, mais aussi d’opportunités. Selon les données officielles, les producteurs africains ne s’approvisionnent au sein de la région que pour 12.9 % de leurs intrants1, contre 21.6 % pour l’Asie du Sud-Est. Le renforcement des chaînes de valeur continentales doit être une priorité au vu de l’incertitude du contexte commercial mondial, à l’heure où certaines multinationales des pays de l’OCDE repensent leurs modèles de chaînes d’approvisionnement, s’orientant possiblement vers des chaînes plus courtes et des stratégies de relocalisation à proximité. Et surtout, alors que le secteur privé progresse dans la transition numérique, il est important pour le continent d’investir dans le renforcement des infrastructures de télécommunications essentielles, notamment la fibre optique et l’Internet à haut débit, ainsi que de finaliser le programme réglementaire (e-commerce) pour la transition numérique. Ces éléments seront essentiels pour l’émergence et l’expansion de chaînes de valeur du XXIe siècle dans la région. À moyen et long terme, la mise en œuvre effective des communautés économiques régionales et de la ZLECAf sera capitale pour renforcer les réseaux de production et les échanges régionaux, et réduire la vulnérabilité du continent aux chocs extérieurs.

Avec un niveau de mobilisation des ressources intérieures plus faible que dans d’autres régions du monde, les pays africains dépendent de manière disproportionnée des flux financiers extérieurs, qui pourraient diminuer durant une dépression mondiale. Au cours des trois dernières années, le ratio moyen impôts/PIB s’est maintenu à 17.2 % du PIB, soit la moitié du taux des pays de l’OCDE (OCDE/ATAF/CUA, 2019[16]). La situation varie néanmoins sensiblement entre les pays : certains présentent des ratios similaires à ceux des pays à revenu élevé (Afrique du Sud, Maroc), d’autres maintiennent parfois un système public de sécurité sociale (Tunisie), tandis que d’autres encore dépendent davantage des aides (Rwanda) et des recettes tirées des ressources (Angola, Congo). Les recettes totales des administrations publiques en Afrique sont inférieures de 20.1 points de pourcentage à celles des pays à revenu élevé, malgré les importantes recettes pétrolières et minières qui ont dopé les finances publiques de pays comme l’Angola, l’Algérie, le Botswana, la République du Congo et l’Eswatini. Les systèmes de sécurité sociale sont pour la plupart peu développés en Afrique, alors qu’ils représentent une source de recettes publiques équivalant à 8.7 % du PIB dans les pays à revenu élevé. Quant aux ressources intérieures privées, l’épargne privée brute est inférieure de 5.4 points de pourcentage du PIB en Afrique par rapport aux pays à revenu élevé. En 2018, en revanche, les flux financiers extérieurs à destination de l’Afrique représentaient 9.7 % du PIB du continent, contre seulement 3.6 % pour les pays à revenu élevé. En 2018, les envois de fonds restaient les principales sources de flux financiers extérieurs, pour 14 pays africains, comme pour le continent dans son ensemble (Tableau 4 et Graphique 3).

Aucune des principales sources de financement du développement n’a suivi la croissance de la population. En 2018, les gouvernements africains avaient en moyenne des recettes s’élevant à 397 USD par habitant, contre plus de 15 000 pour les pays européens et à revenu élevé. Les pays africains ont non seulement moins de sources extérieures de financement, mais leur capacité à mobiliser leurs ressources intérieures, que ce soit par le biais de l’épargne privée ou de la fiscalité, a aussi diminué avec le recul de la croissance réelle par habitant en Afrique après 2015.

La contraction de l’activité économique réduira les recettes fiscales et non fiscales intérieures de l’Afrique, baisse qui pourrait s’avérer plus que proportionnelle à la contraction du PIB. Une diminution de l’activité économique réduira les assiettes fiscales et, de manière générale, les ratios impôts/PIB. L’élasticité fiscale à court terme – soit la mesure dans laquelle les recettes fiscales réagissent à une variation de 1 % du PIB – tend à être plus importante que dans les marchés émergents et les pays à faible revenu durant les épisodes de récession (Dudine et Jalles, 2017[24]). En outre, les recettes fiscales diminueront avec les réductions d’impôt engagées par les gouvernements pour encourager la reprise économique et la suspension de leur recouvrement durant la pandémie. Il pourrait en résulter à la fois des retards et une baisse des impôts perçus en 2020. La crise affectera également les recettes non fiscales, en particulier les rentes provenant de l’exploitation des ressources naturelles.

L’épargne privée sera aussi touchée par les perturbations économiques sans l’adoption de mesures de soutien au revenu, que la plupart des gouvernements pourraient avoir des difficultés à financer. La suspension des activités économiques, qui supprime les salaires et les revenus d’entreprise, risque de réduire l’épargne des ménages si elle ne s’accompagne pas d’une annulation ou d’une restructuration des dettes et des loyers. Une augmentation de l’endettement privé pourrait s’ensuivre. Des interventions seraient probablement alors nécessaires pour éviter qu’un surendettement ne paralyse la reprise ; les banques et autres prestataires de services financiers joueront à cet égard un rôle important pour garantir la mise en œuvre efficace des mesures de soutien au revenu.

L’investissement privé étranger sera affecté par la situation économique de l’Afrique comme des pays investisseurs. Si le COVID-19 continue de freiner les pays à revenu élevé, moins de fonds seront disponibles pour investir en Afrique, tandis qu’un risque persistant – réel ou perçu – et des perspectives de croissance plus faibles sur le continent réduiront son attractivité en matière d’IDE. L’OCDE prévoit une baisse de plus de 30 % des flux mondiaux d’IDE en 2020, même dans l’hypothèse du scénario le plus optimiste (OCDE, à paraître[25]). Selon les estimations de la CNUCED, cette baisse pourrait même aller jusqu’à 40 % en 2020-21 (CNUCED, 2020[26]). Les investisseurs de portefeuille, à la recherche d’actifs sûrs, risquent d’accroître leurs ventes d’obligations, actions et autres actifs financiers africains, accentuant ainsi la sortie des capitaux.

Les envois de fonds pourraient diminuer si la dépression économique dans les pays de l’OCDE et les pays producteurs de pétrole réduit les revenus de la diaspora africaine. Les envois de fonds sont la principale source de flux financiers extérieurs à destination de l’Afrique (82.8 milliards USD en 2018, contre 55.1 milliards USD pour l’APD). Ils représentent jusqu’à 5 % du PIB dans 13 pays. L’Égypte et le Nigéria reçoivent à eux seuls 60 % du total des envois de fonds à destination du continent. En augmentation quasi constante depuis 2000, les envois de fonds tendent par ailleurs à être une source de revenu bien plus stable que d’autres flux financiers extérieurs. La récession économique et les mesures de confinement, qui empêchent les expéditeurs de travailler et de gagner de l’argent, pourraient toutefois réduire les envois de fonds en provenance de la diaspora africaine durant les prochains mois. Selon les estimations de la Banque mondiale, les envois de fonds à destination de l’Afrique subsaharienne diminueront de 23 % en 2020, contre 20 % à l’échelle mondiale (Banque mondiale, 2020[27]). Aujourd’hui plus que jamais, il serait capital d’accélérer la réduction du coût des transferts de fonds à 5 %, conformément aux cibles du G7 et du G20.

Les perspectives sont incertaines sur le plan de l’aide publique au développement (APD) et des autres flux officiels. Après avoir atteint des sommets au début des années 2000 avec le programme d’allègement de la dette des PPTE, l’APD à l’Afrique s’est stabilisée à environ 53 milliards USD par an en 2014-18. En termes de volume par habitant, les entrées d’APD n’ont toutefois pas suivi la croissance de la population africaine. À l’avenir, le niveau d’APD que recevront les Africains pourrait en partie dépendre de l’impact de la pandémie sur les pays donateurs, et de la mesure dans laquelle la réponse budgétaire des pays de l’OCDE et d’ailleurs face à la crise affecte leurs budgets d’aide. En avril 2020, les membres du Comité d’aide au développement sont convenus de « [s’efforcer] de protéger les budgets d’APD, d’encourager les autres apports financiers de manière à soutenir les gouvernements et les communautés dans les pays partenaires, et d’inviter d’autres partenaires de la coopération au développement à faire de même », et de « [s’employer] à épauler les pays les moins avancés et d’autres pays présentant des besoins spécifiques en ayant recours à des mesures cohérentes et coordonnées qui associent l’action humanitaire, l’aide au développement et la recherche de la paix » (CAD, 2020[28]).

Le virus semble se propager plus lentement à travers le continent africain que dans d’autres régions du monde. Toutefois, la contagion aura probablement de lourdes répercussions sur les fragiles systèmes de santé africains. Au début de la crise du COVID-19, en Italie, la Lombardie, région la plus touchée du pays, disposait d’un peu plus de 700 lits en unité de soins intensifs (USI) pour une population de 10.4 millions d’habitants. Les États-Unis prévoient actuellement un besoin de plus de 200 000 lits en USI dans l’hypothèse d’un scénario épidémique modéré. À titre de comparaison, le nombre de lits en USI est de 55 en Ouganda, pour une population de 42 millions d’habitants. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Libéria ont moins de 20 respirateurs chacun (IGC, 2020[29]). Selon les données de l’OMS, l’Afrique ne dispose que d’environ 1.2 lit d’hôpital pour 1 000 habitants, contre 6.5 en France, 3.5 en Italie, ou encore 3 en Espagne, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les données collectées dans le cadre de la Série 7 de l’Afrobaromètre, auprès de plus de 45 800 répondants de 34 pays africains sur la période 2016-18, soulignent que des centaines de millions de personnes n’ont pas accès aux soins médicaux (Howard, 2020[30]) ni à de l’eau propre pour un lavage des mains et un nettoyage réguliers (Howard, 2020[31]), mesures essentielles pour limiter la propagation du virus (graphique 4).

Face à l’afflux croissant de patients atteints du COVID-19, les structures sanitaires risquent d’être surchargées et les patients souffrant de pathologies comme le sida, la tuberculose ou le paludisme, de ne pas avoir accès aux soins adéquats. Les patients atteints d’autres maladies actives telles que la fièvre de Lassa2 au Nigéria et la maladie à virus Ébola en République démocratique du Congo3 pourraient également être touchés. La crise sanitaire pourrait avoir un impact sur le traitement des autres maladies en Afrique. En Europe, les gouvernements ont reporté les traitements non urgents, qui reprendront après la fin de la phase de confinement. Lorsque la Guinée a été confrontée à la crise Ébola en 2013-14, les consultations médicales primaires ont chuté de 58 %, les hospitalisations, de 54 %, et les vaccinations, de 30 %, et au moins 74 000 cas de paludisme n’ont pas bénéficié de soins dans des centres médicaux publics (CUA, 2020[7]). La mise en œuvre de politiques de confinement pourrait en outre avoir des répercussions négatives sur d’autres maladies infectieuses, comme la tuberculose (TB)4.

On ne connaît pas encore l’impact sanitaire réel de la pandémie en Afrique. Cependant, de nombreux pays africains auront besoin d’aides et de ressources internationales pour minimiser les pertes humaines et protéger et rétablir les moyens de subsistance. Le virus ayant jusqu’ici frappé plus durement les plus âgés, l’impact sanitaire du COVID-19 en Afrique pourrait en fait, selon les prévisions de certains analystes, être plus modéré qu’en Chine ou dans les pays européens, en raison des spécificités démographiques du continent. Ainsi, alors que la part de la population âgée de plus de 50 ans est de 40 % en Europe, elle n’est que de 10 % en Afrique subsaharienne5. Toutefois, l’avantage d’une population plus jeune peut être annulé par l’extrême affaiblissement du système immunitaire de nombreuses personnes du fait d’autres affections telles que la malnutrition ou le VIH, et par la capacité plus limitée à dépister, protéger, traiter et guérir (OCDE, à paraître[20]). L’Afrique est en effet la région du monde la moins préparée à traiter et gérer les conséquences d’une pandémie mondiale ; de vastes initiatives de mobilisation des ressources nationales et internationales doivent donc être priorisées et coordonnées à l’échelle du continent pour soutenir les fragiles systèmes de santé nationaux.

Les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest peuvent avoir des enseignements utiles à offrir, tirés de leur expérience récente de la crise Ébola en 2014-16. L’OMS a reconnu la contribution de la lutte contre le virus Ébola à d’importantes avancées, comme le renforcement des infrastructures et des compétences pour les tests de laboratoire, l’échange de capacités entre les pays, les partenariats entre organismes techniques, organisations internationales et secteur privé, ou encore la sensibilisation des populations aux questions de santé publique. En Guinée, le secteur minier a par exemple joué un rôle important dans la lutte contre l’épidémie d’Ébola, et cette expérience ainsi que les institutions créées à l’époque sont aujourd’hui mobilisées pour faire face à la pandémie actuelle (Touré et Perincek, 2020[32]). En Sierra Leone, les systèmes de santé locaux ont trouvé des réponses efficaces, avec le dépistage, le traitement et l’isolation des patients par les centres de santé communautaires. Étant donné la faiblesse des systèmes de santé centraux et l’absence de solutions techniques plus globales, il convient de soutenir les réponses communautaires de ce type, tout en tenant compte des différences entre les pandémies d’Ébola et de COVID-19. D’autres pays, comme le Libéria, ont rapidement renforcé les capacités des autorités sanitaires à mettre en place des mécanismes de suivi pour faire face à l’épidémie actuelle, ce qui peut être une source d’enseignements pour les autres pays africains confrontés à des contraintes similaires.

Les travailleurs informels sont les plus vulnérables, en raison de leurs mauvaises conditions sanitaires et de sécurité au travail, et de l’absence de filets de protection sociale. En Afrique, environ 86 % de l’emploi total est informel, proportion s’élevant jusqu’à 91 % dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Alors que de plus en plus de pays d’Afrique prennent des mesures de confinement pour lutter contre le COVID-19, la survie de nombreux Africains peut se trouver menacée non seulement par le virus, mais aussi par l’impossibilité de travailler. Les travailleurs informels tels que les commerçants, les vendeurs au détail et les travailleurs manuels seront parmi les plus durement touchés si les mesures de confinement les empêchent de travailler. Compte tenu de leurs mauvaises conditions de travail et de vie, les travailleurs informels seront en outre probablement dans l’incapacité de prendre nombre des précautions suggérées par les autorités sanitaires, telles que la distanciation sociale ou l’auto-isolement. Non pris en compte dans les dispositifs officiels, les travailleurs informels ne bénéficient d’aucune mesure de protection sociale. L’absence de filets de protection sociale pour faire face aux conséquences de ce choc en aggravera donc les répercussions pour d’importants segments de la population. Selon les estimations de l’OIT, 82 % des Africains n’ont pas de protection sociale (OIT, 2017[33]), et seule une petite partie de la population économiquement active est couverte par les régimes légaux de sécurité sociale, dont la plupart sont des régimes de retraite.

La crise du COVID-19 pourrait aggraver les inégalités au sein des pays et accroître les troubles sociaux. Les Africains les plus pauvres sont les plus menacés. Sans intervention politique forte, la crise pourrait exacerber les ressentiments au sein des communautés les plus vulnérables. L’Afrique du Sud, pays africain actuellement le plus touché par le virus, se classe parmi les 5 pays les plus inégalitaires du monde, selon l’indice de Gini. Le pic initial de cas de COVID-19 y a peut-être principalement touché la population mobile à l’international, plus aisée, mais si le virus n’est pas contenu et la transmission communautaire s’intensifie, il pourrait faire peser un risque élevé sur les communautés à faibles revenus, qui dépendent des transports publics, n’ont pas d’économies et doivent continuer à travailler, n’ont pas les moyens d’acheter des produits d’hygiène, vivent dans des familles nombreuses ou habitent des logements informels.

Les vulnérabilités sociales et politiques préexistantes risquent d’amplifier les effets de la crise. Selon les estimations de la Banque mondiale, la crise du COVID-19 pourrait faire basculer 49 millions de personnes dans l’extrême pauvreté à travers le monde en 2020, dont près de 23 millions en Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 2020[34]). Les pays en proie à des conditions sociales et politiques difficiles – comme l’instabilité politique et les conflits, les pénuries alimentaires, ou encore la forte concentration de camps de réfugiés – sont les plus vulnérables aux effets de la contagion. Sur la base de neuf dimensions socio-démographiques6 de la vulnérabilité, le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 2020[35]) signale que le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, le Soudan et le Nigéria sont les plus exposés, principalement en raison : i) de la fragilité des systèmes de santé ; ii) de l’existence de conflits armés ; iii) de la présence d’importantes populations déplacées dans des camps de réfugiés ; iv) de la proportion de la population vivant en zone urbaine ; et v) du manque de transparence du gouvernement et de confiance dans les institutions publiques. La pandémie a d’ores et déjà un impact sur la fourniture de l’aide humanitaire (The New Humanitarian, 2020[36]). Pour les populations les plus vulnérables, le soutien international pour limiter la propagation du virus à un stade précoce sera d’une importance vitale, tout comme le renforcement de la transparence des directives de santé publique et de la communication des pouvoirs publics.

La grande majorité des pays africains ont mis en place des mesures d’endiguement similaires à celles adoptées par les pays de l’OCDE, allant de la fermeture des frontières terrestres au confinement total. Ces mesures pourraient toutefois ne pas suffire dans les secteurs très informels, où la distanciation sociale sera difficile à appliquer et où le confinement détruira les moyens de subsistance des populations (AUDA-NEPAD, 2020[37]). En outre, la plupart des pays africains ne disposent pas de systèmes de santé sophistiqués, et nombre d’entre eux n’ont pas, non plus, la capacité de produire les fournitures médicales essentielles. Ils sont particulièrement vulnérables aux restrictions à l’exportation imposées par les pays de l’OCDE et d’autres grands pays producteurs de produits médicaux.

  1. 1. Mettre en place des mécanismes de préparation et de détection précoce pour contenir la contagion 

    • Communiquer et adopter des mesures adaptées au contexte pour limiter la contagion : lavage fréquent des mains, isolement des cas, interdiction des rassemblements publics, confinement, etc.

    • Contrôler systématiquement tous les cas suspects afin de garantir une détection précoce de l’infection8.

    • Soutenir l’utilisation d’applications mobiles de traçage des contacts, tout en garantissant l’anonymat et la protection des utilisateurs.

    • Communiquer les statistiques sanitaires et collaborer avec l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies pour assurer un suivi transparent de la crise et maintenir la confiance des populations dans les autorités nationales et les systèmes de santé publique.

    • Réviser les budgets publics en priorisant les dépenses d’urgence dans les systèmes de soins de santé et le matériel médical.

    • Réutiliser et développer les systèmes Ébola déjà en place.

  2. 2. Déployer des mesures d’urgence dans les secteurs très informels 

    • Fournir une aide d’urgence, en particulier : masques de protection (y compris artisanaux ou faits maison) ; distribution alimentaire d’urgence ; transport d’urgence ; réorientation de la production des moyennes et grandes entreprises à des fins médicales et d’équipements d’urgence ; conversion d’espaces communautaires en abris d’urgence.

    • Soutenir les services de santé publique : assurer la continuité des services essentiels grâce à des mesures de précaution sanitaire et des équipements de protection individuelle ; fournir de l’eau propre sur une base quotidienne et des installations communautaires pour le lavage des mains ; réaménager certains bâtiments publics (comme les écoles) en centres de santé publique et d’urgence.

    • Assurer le remplacement des revenus : allouer un revenu universel aux travailleurs gagnant moins de 4 USD par jour en PPA ; faire des transferts d’argent en liquide ou via téléphone mobile pour soutenir les personnes les plus affectées par les mesures de confinement ; réorienter la production pour fournir des emplois alternatifs.

    • Renforcer la sécurité de la chaîne alimentaire : encourager les cultures vivrières plutôt que commerciales ; assurer la continuité des activités agricoles et l’approvisionnement alimentaire des villes les plus vulnérables.

  3. 3. Éliminer les interdictions d’exportation et autres distorsions qui restreignent l’accès aux fournitures médicales essentielles

    • Supprimer les restrictions à l’exportation des produits médicaux essentiels qui fragmentent la production et empêchent les économies d’échelle, entraînant ainsi une augmentation des coûts et affectant de nombreux pays africains fortement dépendants des importations de fournitures médicales. Instaurer des réductions temporaires ou la suppression permanente des droits de douane sur les importations des produits médicaux essentiels, afin de faire baisser les prix et de renforcer la prévisibilité des chaînes d’approvisionnement et des réseaux de production de produits médicaux.

    • Faire progresser les efforts de coopération internationale sur le plan réglementaire afin d’examiner les obstacles techniques au commerce et les autres normes applicables aux produits médicaux, de manière à les rendre aussi souples et peu restrictifs que possible pour le commerce, tout en respectant les objectifs légitimes en matière de sûreté et de sécurité.

    • Stimuler les investissements dans le secteur des fournitures médicales, en renforçant le régime réglementaire – notamment les droits de propriété intellectuelle – et en intensifiant les efforts de coopération pour mobiliser les investissements privés.

La plupart des pays africains ne disposent pas de la marge de manœuvre et des capacités budgétaires nécessaires pour adopter de solides mesures de relance à court terme, ou sont limités par des arrangements monétaires qui les empêchent de mettre en œuvre des stratégies nationales. Nombreux sont ceux qui, comme le Kenya, le Ghana, le Maroc et Maurice, ont mis en place des programmes nationaux de relance et des réformes structurelles pour améliorer leurs perspectives budgétaires à moyen terme. Les mécanismes de coopération internationale et d’allègement de la dette publique doivent soutenir les économies les plus vulnérables et rester particulièrement attentifs aux États fragiles et en proie à des conflits.

  1. 1. Cibler les mesures budgétaires et monétaires pour canaliser les liquidités vers les secteurs stratégiques, les PME et les ménages. En particulier, prioriser les interventions dans : les pays à faible revenu, les plus vulnérables aux chocs dans les échanges commerciaux avec la Chine et l’Europe ; les économies dépendantes des produits de base et du pétrole ; et les pays les plus affectés par l’urgence sanitaire et les mesures nationales de confinement.

  2. 2. Adopter une réponse mondiale coordonnée à la crise du COVID-19, notamment des dispositions de gestion de la dette publique pour les économies les plus vulnérables et endettées. La réponse à la crise nécessite une coordination mondiale et un système multilatéral ouvert et solidaire. Les ministres africains des Finances ont appelé à une relance économique d’urgence immédiate de 100 milliards USD. Cela inclut l’exonération de tous les paiements d’intérêts au titre de la dette publique et des obligations souveraines, que les ministres estiment à 44 milliards USD pour 20209. L’extension éventuelle de cette exonération à moyen terme apporterait immédiatement une marge de manœuvre budgétaire et des liquidités aux gouvernements. La Banque mondiale et le FMI ont souligné la nécessité d’alléger la dette des pays les plus pauvres touchés par la pandémie de coronavirus, et rappelé le rôle essentiel que devraient jouer les créanciers bilatéraux officiels. Le Plan d’action du G20 et sa clause suspensive représentent un pas dans la bonne direction ; comme il y est indiqué, les bailleurs privés sont appelés à se joindre à ces efforts à des conditions comparables à celles des créanciers officiels.

  3. 3. Faire progresser les plans nationaux visant à favoriser le commerce intra-africain. Bien qu’un ensemble de défis évidents liés à la crise du COVID-19 aient retardé la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), initialement prévue le 1er juillet 2020, les pays doivent poursuivre l’avancée des plans nationaux de libéralisation des biens et services. La libéralisation accélérée des tarifs douaniers peut stimuler le commerce intra-régional et compenser en partie les difficultés d’importation auprès des partenaires extérieurs. Tout aussi important, la libéralisation de services clés couverts par la ZLECAf, tels que les services commerciaux et financiers, conjuguée à la libéralisation des communications, notamment des TIC, peut contribuer à soutenir l’expansion des services numériques, relativement résistants à la crise. Les pays pourraient aussi envisager l’inclusion de la santé dans les secteurs prioritaires couverts par la ZLECAf, afin de renforcer l’efficacité et les normes réglementaires des systèmes de santé de la région.

Les politiques d’intégration régionale et de transformation productive des économies africaines doivent être prioritaires à moyen et long terme afin de réduire la vulnérabilité du continent aux chocs extérieurs négatifs (CUA/OCDE, 2019[3]).

Poursuivre les politiques visant à la réalisation des ODD et de l’Agenda 2063

  1. 1. Renforcer les systèmes de santé, étendre la couverture de la protection sociale et intégrer des réponses soucieuses des problématiques de genre 

    • Renforcer les systèmes de santé. L’Afrique concentre plus de 22 % de la charge mondiale de morbidité, mais n’a accès qu’à 3 % des professionnels de santé et à moins de 1 % des ressources financières mondiales10. En tenant leur engagement d’allouer au moins 15 % de leurs budgets publics nationaux à la santé d’ici 2015, conformément à la Déclaration d’Abuja de 2001, les pays africains pourraient renforcer considérablement les capacités de leurs systèmes de santé et leur nombre de professionnels de santé pour 10 000 habitants11 afin de lutter contre les épidémies et les pandémies.

    • Étendre la couverture de la protection sociale. En Afrique subsaharienne, les régimes légaux de sécurité sociale ne couvrent qu’environ 10 % de la population économiquement active. L’élaboration de plans d’action nationaux de protection sociale, qui définissent la portée et la couverture de la prestation de services publics via les organismes gouvernementaux, l’assurance sociale, les assurances privées, les employeurs et les régimes de micro-assurance, est essentielle pour parvenir à une protection universelle et améliorer sa qualité.

    • Des réponses soucieuses des problématiques de genre. Les femmes sont plus exposées à la pandémie de coronavirus, en partie du fait de la place prédominante qu’elles occupent à l’échelle mondiale dans les secteurs de la santé et de l’action sociale (70 %). Des politiques soucieuses des problématiques de genre seront essentielles à la planification et la prise de décisions face à la pandémie en Afrique, notamment pour la production de produits pharmaceutiques (masques) et de produits manufacturés connexes. Les risques pour les femmes et les filles sont aussi exacerbés quand les systèmes de santé puisent dans les ressources destinées aux soins de santé sexuelle et reproductive pour faire face à l’épidémie. Au 9 avril 2020, l’Afrique avait vu la fermeture du plus grand nombre de cliniques mobiles dispensant des soins de santé sexuelle et reproductive, avec l’arrêt de 447 d’entre elles12.

  2. 2. Mettre en œuvre des mesures d’intégration commerciale et accélérer les progrès vers les prochaines phases de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et la transformation productive pour renforcer les chaînes de valeur régionales et la valeur ajoutée locale

    • Accélérer les progrès vers les prochaines phases de la ZLECAf, notamment sur le plan des investissements, de la politique de concurrence, des droits de propriété intellectuelle et de l’e-commerce, ainsi que la transformation productive des pays et régions du continent africain (CUA/OCDE, 2019[3]). Repositionner l’Afrique afin de faire face aux changements attendus au sortir de la crise du COVID-19, les multinationales des grandes économies étant susceptibles de délocaliser des centres de production. Des actions coordonnées pour attirer les IDE et des investissements conjoints dans les biens publics régionaux pourraient stimuler la transformation locale et le transfert des technologies (CUA, 2020[7]). L’accélération des progrès vers les prochaines phases de la ZLECAf, en particulier les accords sur l’investissement, la politique de concurrence et l’e-commerce, sera essentielle pour positionner la région comme destination attrayante pour les investissements, lorsque s’amorcera la reprise de l’économie régionale et mondiale.

    • Atteindre l’objectif visant à consacrer au moins 1 % du PIB à la R-D, conformément à l’engagement pris par les pays de l’UA en 2017, et améliorer la qualité des dépenses13. La transformation productive requiert des pays qu’ils s’efforcent d’intégrer, de faciliter et d’imposer l’utilisation des technologies. La recherche et développement (R-D) sur les maladies qui touchent de manière disproportionnée les pays africains est insuffisante. Dans l’ensemble, seuls trois pays du continent s’approchent de l’objectif d’allouer 1 % du PIB aux dépenses de R-D (Afrique du Sud, Kenya et Sénégal, à environ 0.8%)14. L’augmentation des dépenses de R-D, notamment pour la recherche médicale (Simpkin et al., 2019[38]), contribuerait à renforcer la résilience du continent.

    • Augmenter la fabrication locale de médicaments. La pandémie actuelle met en évidence la faiblesse du continent africain du fait de sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs extérieurs pour sa demande intérieure de produits aussi stratégiques que les médicaments. Les pays doivent donc saisir cette occasion pour accélérer la mise en œuvre du Plan de fabrication pharmaceutique pour l’Afrique et la création de l’Agence africaine du médicament, en priorisant les investissements à l’appui du renforcement des capacités réglementaires (CUA, 2020[7]). Le programme de la ZLECAf sur les droits de propriété intellectuelle contribuera à la mise en place et à la coordination d’un plan de fabrication pharmaceutique pour la région.

    • Soutenir la transformation numérique des économies africaines. La transformation numérique peut améliorer les performances industrielles des entreprises, la diversification de l’économie, le climat des affaires, la gouvernance, les systèmes de transport et la communication. Le commerce en ligne s’est développé en Afrique et des questions telles que la réglementation de l’e-commerce, les paiements électroniques et les mesures réglementaires pour la protection des données des consommateurs doivent être traitées sans plus attendre dans la région. Les politiques visant à intensifier la transformation numérique des économies africaines peuvent opérer des changements fondamentaux dans les structures de l’emploi et de la production en Afrique (CUA/OCDE, à paraître[39]).

References

[8] Adesina, A. (2020), The pandemic is no time for fiscal distancing, https://edition.cnn.com/2020/04/03/africa/adesina-fiscal-distancing-opinion/index.html.

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[5] Banque mondiale (2020), For Sub-Saharan Africa, Coronavirus Crisis Calls for Policies for Greater Resilience, Banque mondiale, http://hdl.handle.net/10986/33541.

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[39] CUA/OCDE (à paraître), Dynamiques du développement en Afrique 2020, CUA/Editions OCDE, Addis Abeba/Paris.

[24] Dudine, P. et J. Jalles (2017), « How Buoyant is the Tax System? New Evidence from a Large Heterogeneous Panel », IMF Working Paper No. 17/4, http://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2017/01/20/How-Buoyant-is-the-Tax-System-New-Evidence-from-a-Large-Heterogeneous-Panel-44551.

[13] FMI (2020), Data Mapper: General government gross debt, http://www.imf.org/external/datamapper/GGXWDG_NGDP@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD (consulté le 11 avril 2020).

[4] FMI (2020), IMF Regional Economic Outlook: Sub-Saharan Africa: COVID-19: An Unprecedented Threat, Fonds monétaire international, Washington, DC, https://www.imf.org/en/Publications/REO/SSA/Issues/2020/04/01/sreo0420 (consulté le 16 Avril 2020).

[15] Griffiths, J. (2019), Low-income country debt: three key trends, Overseas Development Institute, http://www.odi.org/blogs/10801-low-income-country-debt-three-key-trends.

[31] Howard, B. (2020), African governments failing in provision of water and sanitation, majority of citizens say, http://afrobarometer.org/sites/default/files/publications/Dispatches/ab_r7_dispatchno349_pap14_water_and_sanitation_in_africa.pdf.

[30] Howard, B. (2020), Even before COVID-19, more than half of Africans experienced lack of needed health care, http://afrobarometer.org/sites/default/files/publications/Dispatches/ab_r7_dispatchno352_pap15_lack_of_healthcare_affects_majority_of_africans.pdf.

[23] IATA (2020), Africa & Middle East - Urgent Emergency Support Requested for Airlines.

[29] IGC (2020), Could the economic cost outpace the health impact of COVID-19 in Africa?, https://www.theigc.org/blog/could-the-economic-cost-outpace-the-health-impact-of-covid-19-in-africa/.

[17] IIF (2020), Capital Flows Report: Sudden Stop in Emerging Markets, Institute of International Finance, http://www.iif.com/Portals/0/Files/content/2_IIF2020_April_CFR.pdf (consulté le 11 avril 2020).

[7] McKinsey (2020), Tackling COVID-19 in Africa, https://www.mckinsey.com/featured-insights/middle-east-and-africa/tackling-covid-19-in-africa.

[1] OCDE (2020), COVID-19 and developing countries: what policies and partnerships to respond, reset and rebuild?.

[40] OCDE (2020), Developing countries and development co-operation: What is at stake?, https://read.oecd-ilibrary.org/view/?ref=132_132637-tfn40fwe1w&title=Developing-countries-and-development-co-operation_What-is-at-stake.

[25] OCDE (à paraître), Policy note on foreign direct investment flows in the time of COVID-19.

[20] OCDE (à paraître), Speeding Up Africa’s Response To Covid-19: What Can Technology, Manufacturing And Trade Do?, Centre de développement de l’OCDE.

[16] OCDE/ATAF/CUA (2019), Statistiques des recettes publiques en Afrique 2019, Éditions OCDE, Paris, https://doi. org/10.1787/9789264305885-en-fr.

[33] OIT (2017), World Social Protection Report 2017-2019, Organisation internationale du Travail, Genève, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/---publ/documents/publication/wcms_604882.pdf.

[9] Oxford Economics (2020), African giants stumble due to Covid-19 pandemic, Oxford Economics, https://www.oxfordeconomics.com/my-oxford/publications/547853.

[21] Primi, A. et al. (2020), Accelerating the response to COVID-19: what does Africa need?, https://oecd-development-matters.org/2020/05/01/accelerating-the-response-to-covid-19-what-does-africa-need/.

[22] PROPARCO (2016), Air Transport, A Vital Challenge for Africa, https://www.proparco.fr/en/ressources/air-transport-vital-challenge-africa.

[38] Simpkin, V. et al. (2019), « Investing in health R&D: where we are, what limits us, and how to make progress in Africa », BMJ Glob Health, vol. 4/2, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6407556/.

[19] Simpson (2020), « In COVID-19, the Africa CDC Faces Its Greatest Challenge », Global Health Now, https://www.globalhealthnow.org/2020-03/covid-19-3-year-old-africa-cdc-faces-its-greatest-challenge.

[36] The New Humanitarian (2020), Coronavirus and aid: What we’re watching, 16-22 April, https://www.thenewhumanitarian.org/news/2020/04/16/coronavirus-humanitarian-aid-response.

[32] Touré, N. et R. Perincek (2020), Face au COVID-19, les leçons d’Ebola et du secteur minier en Guinée, https://oecd-development-matters.org/2020/05/04/face-au-covid-19-les-lecons-debola-et-du-secteur-minier-en-guinee/.

Notes

← 1. La part de la valeur ajoutée intra-africaine dans les exportations en Afrique de l’Est est de 25 %, sous l’impulsion du développement de la Communauté d’Afrique de l’Est. En revanche, la part de la valeur ajoutée intra-africaine ne représente que 4 % de la valeur ajoutée des exportations d’Afrique du Nord.

← 4. Selon les estimations du partenariat « Halte à la tuberculose » (Stop TB Partnership), la pandémie de COVID-19 peut entraîner d’importantes perturbations dans la lutte contre la tuberculose et sa prise en charge, et avoir des répercussions extrêmement lourdes sur les communautés et les personnes souffrant de cette maladie. À l’échelle mondiale, ils estiment ainsi que « 1.4 millions de personnes supplémentaires risquent de mourir, du fait de l’absence de diagnostic et de traitement durant le confinement, faisant reculer de cinq à huit ans les efforts mondiaux visant à éradiquer la tuberculose », http://www.stoptb.org/assets/documents/news/Modeling%20Report_1%20May%202020_FINAL.pdf.

← 5. Données de la base de données des Nations Unies sur la population : https://population.un.org/wpp/.

← 6. Exposition internationale, systèmes de santé publique, densité des zones urbaines, population totale des zones urbaines, âge de la population, transparence du gouvernement, liberté de la presse, ampleur des conflits, populations déplacées.

← 7. Pour une discussion plus générale de la réponse de la communauté internationale aux défis que doivent relever les pays en développement, consulter la note connexe « Developing countries and development co-operation: What is at stake? »  (OCDE, 2020[40]).

← 8. L’Organisation mondiale de la santé confirme que 47 pays africains peuvent désormais dépister le COVID-19, contre 2 seulement au début de l’épidémie.

← 9. https://www.uneca.org/stories/communiqu%C3%A9-african-ministers-finance-immediate-call-100-billion-support-and-agreement-crisis

← 11. Ce ratio varie sensiblement : de 20.9 en Libye et 18.3 en Algérie, à 7.2 au Maroc, 0.63 en Érythrée ou 0.23 en Somalie.

← 13. C’est l’une des conclusions de la déclaration du 8e Sommet des Chefs d’État de l’Union africaine sur la science et la technologie, les 29 et 30 janvier 2007, https://au.int/sites/default/files/decisions/9556-assembly_en_29_30_january_2007_auc_the_african_union_eighth_ordinary_session.pdf.

← 14. Institut de statistique de l’UNESCO, 2018.

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