Ce document est une mise à jour de la version 14 avril 2020 sur le plateforme digital dédié à COVID-19 : http://www.oecd.org/coronavirus/fr/.

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Introduction et principaux messages

La diffusion de plus en plus rapide du coronavirus entre les pays a incité de nombreux gouvernements à prendre des mesures inédites pour contenir la pandémie. Il s’agit de mesures d’urgence dictées par la situation sanitaire, qui ne laissent pas beaucoup de marge pour d'autres interventions dans la mesure où la santé doit rester la préoccupation principale. Ces mesures ont entraîné la fermeture temporaire de nombreuses entreprises, l'adoption de restrictions généralisées des voyages et des déplacements, des turbulences sur les marchés financiers, une érosion de la confiance et une aggravation des incertitudes.

Dans cet environnement en évolution très rapide, il est extrêmement difficile de quantifier avec précision l’impact que ces mesures auront sur la croissance du PIB, mais il est clair qu’elles vont entraîner de fortes contractions du niveau de la production, des dépenses des ménages, de l’investissement des entreprises et du commerce international. On trouvera dans la présente note des estimations, fournies à titre d'illustration, de l'impact direct initial de ces suspensions d'activité. Ces estimations ont été établies à partir d'une analyse de la production sectorielle et des modèles de consommation de différents pays, et reposent sur l’hypothèse que les effets seront communs à tous les pays pour chaque secteur et chaque catégorie de dépenses.

  • En utilisant cette approche, on estime que les suspensions d'activité pourraient avoir comme impact initial direct une baisse du niveau de la production estimée entre un cinquième et un quart dans de nombreuses économies, et que les dépenses de consommation pourraient potentiellement chuter d’environ un tiers. Des changements d’une telle amplitude dépasseraient de très loin tout ce que l'on a pu connaître pendant la crise financière mondiale de 2008-09. Cette estimation générale ne concerne que l'impact direct observé dans un premier temps dans les secteurs concernés, et ne tient pas compte d’éventuels effets indirects supplémentaires.

Il ne s’agit là que de l’impact initial sur le niveau de la production. Les conséquences en termes de croissance du PIB annuel dépendront de nombreux facteurs, parmi lesquels on peut citer l'ampleur et la durée du confinement dans les différents pays, l’importance de la réduction de la demande de biens et de services dans d'autres secteurs de l'économies, et la vitesse à laquelle prendront effet les mesures massives de soutien budgétaire et monétaire annoncées. Quoi qu'il en soit, il est évident que l’impact des suspensions d'activité va affaiblir considérablement les perspectives de croissance à court terme.

  • L'ampleur de la baisse attendue du niveau de la production est telle qu’elle équivaut à un recul de la croissance du PIB annuel pouvant aller jusqu’à 2 points de pourcentage pour chaque mois de confinement strict. Si le confinement se poursuit pendant trois mois, et en l’absence de toute mesure de compensation, la croissance du PIB annuel pourrait donc être inférieure de 4 à 6 points de pourcentage à ce qu’elle aurait été autrement

Ces estimations ne sont qu'une approche possible de la quantification de l’impact initial des mesures de confinement sur l'activité, et elles ne s’appuient pas sur la totalité des données servant à établir les prévisions de croissance annoncées dans les Perspectives économiques de l’OCDE. Cependant, le message qu’elles délivrent sur la forte baisse initiale de l’activité dans tous les pays à la suite des mesures de confinement et des restrictions apportées à la mobilité est très semblable à ce qui ressort des enquêtes auprès des entreprises ou des indicateurs à haute fréquence quotidiens, et correspond à la contraction brutale de la production déjà observée en Chine cette année.

Des incertitudes considérables subsistent en ce qui concerne la durée et l’envergure des mesures de confinement, et l'on ne sait pas non plus dans quelle mesure elles pourront être mises en œuvre de la même façon d'un pays à l’autre. Même lorsque ces mesures commenceront à être allégées, la vigueur de l’éventuelle reprise de la production qui s’ensuivra dépendra de l’efficacité de l’action engagée par les pouvoirs publics pour soutenir les travailleurs et les entreprises pendant toute la durée de la crise, et de l'étendue du rétablissement de la confiance.

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Évaluer l’impact direct potentiel d’une suspension d’activité généralisée : l'approche fondée sur la production

L’une des approches visant à identifier l'impact immédiat potentiel d'une suspension généralisée de l’activité consiste à examiner des catégories détaillées de production et à repérer les secteurs les plus directement affectés par les mesures de confinement. Pour chacune de ces catégories, il est possible de formuler des hypothèses indicatives quant à l’ampleur de la réduction probable de l’activité, les reculs de la production pouvant aller de 50 à 100 %.

  • Parmi les services, les activités impliquant des voyages, notamment le tourisme, et un contact direct entre les consommateurs et les prestataires, par exemple la coiffure ou l’achat de logements, sont à l’évidence durement touchés par les restrictions mises aux déplacements et par la distanciation sociale.

  • La plupart des commerces, restaurants et cinémas ont dû fermer, même si les ventes à emporter et en ligne peuvent empêcher une cessation d'activité complète dans certains cas.

  • Les travaux de construction non essentiels sont aussi gravement frappés, soit parce que les mesures de confinement affectent la disponibilité de la main-d'œuvre, soit en raison de réductions temporaires de l’investissement.

  • L’impact direct des mesures de confinement est plus modeste dans les secteurs manufacturiers, dont certains présentent une intensité d’emploi moins grande. Des interruptions d'activité complètes sont néanmoins observées chez les producteurs de matériels de transport, souvent à cause des difficultés à se procurer les intrants nécessaires auprès de fournisseurs situés dans d'autres pays.

Dans l’ensemble, les secteurs affectés représentent entre 30 et 40 % du total de la production dans la plupart des économies. En tenant compte du fait que les interruptions d'activité sont uniquement partielles dans certains secteurs et dans l’hypothèse où tous les pays adoptent des mesures de confinement d’une ampleur similaire, l'impact initial direct global sur le niveau du PIB est généralement de l’ordre de 20 à 25% dans nombre de grandes économies avancées (graphique 1). L'impact sur la croissance du PIB annuel dépendra de la durée pendant laquelle ces mesures resteront en vigueur.

Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’une cessation d’activité à l’échelle de toute l’économie plutôt que d’une cessation limitée à quelques régions uniquement. On pose l’hypothèse d'une cessation complète de l'activité dans la construction et fabrication de matériels de transport et les autres services aux personnes ; d'une baisse de moitié de la production dans la construction et les services professionnels ; et d'une baisse de trois quarts dans toutes les autres catégories de production directement affectées par les suspensions. Il s’agit d’hypothèses, et la situation effective pourra varier d'un pays à l’autre, en fonction des mesures de confinement adoptées.

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Graphique 1. Impact initial potentiel, sur l’activité, d'une suspension partielle ou totale dans les économies du G7
Pourcentage du PIB, à prix constants
Graphique 1. Impact initial potentiel, sur l’activité, d'une suspension partielle ou totale dans les économies du G7

Note : Les données sectorielles sont fondées sur la CITI Rév. 4 pour tous les pays. Les secteurs pris en compte sont la construction et la fabrication de matériels de transport (section C, divisions 29 et 30), la construction (section F), le commerce de gros et de détail (section G), les transports aériens (section H, division 51), les activités d'hébergement et de restauration (section I), les activités immobilières hors services de location implicites de logements (section L, division 68A), les activités professionnelles (section M), les arts, spectacles et loisirs (section R) et les autres activités de services (section S). Les deux derniers secteurs sont regroupés sous la rubrique « Autres services aux personnes » dans le graphique. On suppose que les activités immobilières hors services de location implicites de logements représentent 40 % du total des activités immobilières dans les pays pour lesquels on ne dispose pas de données distinctes. On pose l’hypothèse d'une cessation complète de l'activité dans la construction et fabrication de matériels de transport et les autres services aux personnes ; d'une baisse de moitié de la production dans la construction et les services professionnels ; et d'une baisse de trois quarts dans toutes les autres catégories de production directement affectées par les suspensions. Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’une cessation d’activité à l’échelle de toute l’économie plutôt que sur celle d’une cessation limitée à quelques régions uniquement.

Source : OCDE, comptes nationaux annuels ; et calculs de l’OCDE.

Dans toutes les économies, l’essentiel de l’impact vient du choc causé à la production dans le commerce de gros et de détail ainsi que dans les activités professionnelles et les activités immobilières. On relève aussi des différences notables entre les pays dans certains secteurs, avec des fermetures dans la construction et la fabrication de matériels de transport relativement importantes en Allemagne, et une baisse des activités de tourisme et de loisirs proportionnellement marquée en Italie.

Si l'on applique la même approche à d'autres économies, l’impact des fermetures d’entreprises pourrait entraîner une réduction de l’ordre du 15 % ou plus du niveau de la production dans les économies avancées et les grandes économies de marché émergentes après la mise en œuvre totale des mesures de confinement. Dans l’économie médiane, la production chuterait d'un quart.

Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’une cessation d’activité à l’échelle de toute l’économie plutôt que d’une cessation limitée à quelques régions uniquement. Dans tous les pays, on pose l’hypothèse d'une cessation complète de l'activité dans la construction et fabrication de matériels de transport et les autres services aux personnes ; d'une baisse de moitié de la production dans la construction et les services professionnels ; et d'une baisse de trois quarts dans toutes les autres catégories de production directement affectées par les suspensions. Il s’agit d’hypothèses, et la situation effective pourra varier d'un pays à l’autre, en fonction des mesures de confinement adoptées.

Les variations de l’impact entre les économies reflètent des différences dans la composition de la production. Dans de nombreux pays où le tourisme est relativement important, les retombées des suspensions d’activité et des restrictions applicables aux voyages pourraient être potentiellement plus graves. À l'autre extrême, dans les pays possédant des secteurs agricoles et miniers relativement développés, y compris les pays producteurs de pétrole, les mesures de confinement pourraient avoir un impact initial plus modéré, même si la production sera ensuite affectée par la réduction de la demande mondiale de matières premières.

Le moment auquel l'impact initial sur la production sera ressenti pourra également varier selon les pays, du fait des différences de calendrier et de sévérité des mesures de confinement. En Chine, le pic de l’impact négatif sur la production est déjà passé, et certaines mesures de confinement commencent à être allégées.

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Évaluer l’impact potentiel d’une suspension d’activité généralisée : l'approche fondée sur les dépenses

Pour identifier l'impact direct potentiel d'un confinement généralisé, on peut aussi utiliser une autre approche consistant à examiner des catégories détaillées de dépenses de consommation et à repérer, là encore, les secteurs les plus directement affectés par les mesures de confinement. Pour chacune de ces catégories de dépenses, il est possible de formuler des hypothèses indicatives concernant l’ampleur des réductions, qui pourraient aller de 50 à 100 %.

  • En raison des fermetures de magasins et des restrictions imposées sur les voyages, il est probable que certaines catégories de dépenses vont être complètement supprimées, par exemple les dépenses consacrées à l’habillement, aux chaussures, à l’ameublement et aux forfaits touristiques. Les dépenses consacrées à des achats impliquant des contacts directs entre les clients et les fournisseurs, comme les achats de véhicules automobiles ou la coiffure, vont probablement être elles aussi reportées complètement.

  • De fortes baisses sont prévisibles dans les dépenses consacrées au niveau local aux voyages, services de restauration et d’hôtellerie et activités de loisirs, même si elles pourraient ne pas cesser complètement.

  • On pose l’hypothèse que d'autres catégories de dépenses, notamment celles consacrées aux approvisionnements de base, resteront inchangées.

Si l'on tient compte du fait que certaines catégories de dépenses concernées ne seront que partiellement réduites, et dans l’hypothèse de diminutions similaires dans tous les pays, l’impact initial direct global sur le niveau des dépenses de consommation pourrait correspondre à une baisse d’environ un tiers dans de nombreuses grandes économies avancées après la mise en œuvre totale des mesures de confinement (graphique 2)1.

Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’une réduction des dépenses à l’échelle de toute l’économie plutôt que d’une réduction limitée à des régions spécifiques. On pose l’hypothèse que toutes les dépenses consacrées à l’habillement et aux chaussures, à l’ameublement, aux articles de ménage et à l’entretien courant du foyer, aux achats de véhicules, forfaits touristiques et soins corporels cessent complètement ; que les dépenses dans les catégories loisirs et culture et restaurants et hôtels diminuent de trois quarts ; et que les dépenses consacrées aux services de transport et à l’utilisation de véhicules sont réduites de moitié. Il s’agit d’hypothèses, et la situation effective pourra varier d'un pays à l’autre, en fonction des mesures de confinement adoptées.

L'impact potentiel est plus important sur les dépenses de consommation que sur le PIB total, parce qu’une baisse des dépenses est partiellement compensée par une réduction de la demande d'importations et parce que les dépenses de consommation ne représentent qu’environ trois cinquièmes du PIB dans l'économie typique du G7. En tenant compte de tous ces facteurs, la baisse des dépenses de consommation retenue à titre d’illustration implique aussi une baisse du niveau de la production nationale estimée aux alentours d'un cinquième.

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Graphique 2. Impact initial potentiel, sur la consommation privée, d'une suspension d'activité partielle ou totale dans les économies du G7
Pourcentage du total des dépenses de consommation
Graphique 2. Impact initial potentiel, sur la consommation privée, d'une suspension d'activité partielle ou totale dans les économies du G7

Note : Les données relatives aux dépenses sont fondées sur la classification COICOP pour tous les pays. Les dépenses prises en compte sont les articles d'habillement et chaussures (division 03), les meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer (division 05), l'achat de véhicules (division 07.1), les dépenses d’utilisation de véhicules (division 07.2), les services de transport (division 07.3), les loisirs et la culture hors forfaits touristiques (divisions 09.1 à 09.5), les forfaits touristiques (division 09.6), les restaurants et hôtels (division 11) et les soins corporels (division 12.1). On pose l’hypothèse que toutes les dépenses consacrées à l’habillement et aux chaussures, à l’ameublement, aux articles de ménage et à l’entretien courant du foyer, aux achats de véhicules, forfaits touristiques et soins corporels cessent complètement, que les dépenses dans les catégories loisirs et culture et restaurants et hôtels diminuent de trois quarts, et que les dépenses consacrées aux services de transport et à l’utilisation de véhicules sont réduites de moitié. Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’une réduction des dépenses à l’échelle de toute l’économie plutôt que d’une réduction limitée à des régions spécifiques.

Source : OCDE, comptes nationaux annuels ; Statistics Bureau, Japon ; et calculs de l’OCDE.

Note

← 1. On trouvera dans la note du graphique 2 des informations détaillées sur les catégories de dépenses prises en compte et sur les baisse de dépenses indicatives retenues comme hypothèse.

Disclaimer

La présente note a été rédigée par le Département des affaires économiques de l’OCDE. On y trouvera des estimations, fournies à titre d'illustration, de l’impact initial direct, sur la production et les dépenses, des mesures de grande ampleur prises par les gouvernements pour limiter les conséquences des suspensions d'activité actuellement dues à la pandémie de coronavirus. Ces estimations ont été établies à partir d'une analyse de la production sectorielle et des modèles de consommation de différents pays.

Ce document est publié sous la responsabilité du Secrétaire général de l’OCDE. Les opinions et les arguments exprimés ici ne reflètent pas nécessairement les vues officielles des pays membres de l'OCDE.

Ce document, ainsi que les données et cartes qu’il peut comprendre, sont sans préjudice du statut de tout territoire, de la souveraineté s’exerçant sur ce dernier, du tracé des frontières et limites internationales, et du nom de tout territoire, ville ou région.

Les données statistiques concernant Israël sont fournies par et sous la responsabilité des autorités israéliennes compétentes. L’utilisation de ces données par l’OCDE est sans préjudice du statut des hauteurs du Golan, de Jérusalem-Est et des colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie aux termes du droit international.

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