L'épidémie de COVID-19 a commencé dans la région le 26 février, lorsque le Brésil a confirmé un cas à São Paulo, de nombreux autres cas importés ont commencé à apparaître dans d'autres pays au cours des semaines suivantes. Depuis lors, il y a eu au moins 164 321 cas confirmés et 8 042 décès.1 Malgré le niveau relativement modéré de l’épidémie en comparaison avec les États-Unis, l’Europe ou l’Asie, les gouvernements des pays de la région ALC ont pour la plupart rapidement pris tout un éventail de mesures préventives pour protéger leurs populations et enrayer la propagation du virus. Cette démarche préventive est essentiellement motivée par les divers problèmes régionaux auxquels ces pays sont confrontés face à cette pandémie, notamment le moindre degré de couverture et de perfectionnement des systèmes de santé et de protection sociale. Compte tenu de la taille de la région ALC, qui englobe plus de trente pays, la présente note se concentrera sur les 15 pays qui font partie du Groupe de pilotage du Programme régional de l’OCDE pour l’Amérique latine et les Caraïbes.2

Les premiers cas observés dans la région fin février et début mars étaient pour la plupart liés à des voyageurs revenant ou arrivant d’Europe, d’Asie ou des États-Unis. En réponse, la majorité des 15 pays faisant l’objet de cette note3 ont totalement fermé leurs frontières (sauf, en général, pour les citoyens et résidents de retour) au cours du mois de mars. Par ailleurs, tous ont mis en œuvre des mesures visant à fermer les espaces publics et à limiter les rassemblements sociaux4 et plus de la moitié d’entre eux ont appliqué des mesures nationales plus rigoureuses, comme des couvre-feux et/ou des confinements imposant aux citoyens de « rester à l’abri chez eux »5 (voir Annexe 1 pour plus d’information). Malgré ces dispositions, le nombre de cas confirmés augmente partout (graphique 1).

Outre les risques sanitaires, la crise devrait avoir des retombées socioéconomiques considérables dans une région qui était déjà confrontée à des difficultés (UN-ECLAC, 2020[1]). L’Amérique latine est fortement tributaire de l’économie chinoise, et ressentira encore davantage la crise lorsque les effets du virus sur l’économie des États-Unis s’accentueront. Qui plus est, dans un climat économique orageux, la chute des prix du pétrole, des métaux et des minéraux a entraîné un effondrement des marchés et des monnaies des pays de la région (Horwitz et al., 2020[2]). Dans de nombreux pays de la région ALC, le secteur du tourisme occupe une place importante et va être extrêmement fragilisé, de même que ceux des services, des PME et des exportations de matières premières. Avant l'épidémie, le FMI avait prévu une croissance du PIB de 1,6% pour la région pour 2020. La situation extérieure et intérieure s’est depuis dégradée et, sous l’effet conjugué de différents facteurs, l’économie de la région va se contracter en 2020; l’ampleur de cette contraction dépendra de la durée et de la gravité de l’épidémie de COVID 196.

Si, pour les pays développés, l’incidence sanitaire et économique de la pandémie est déjà très substantielle, la région ALC fait face à plusieurs autres défis. Plus les responsables publics s’efforceront d’enrayer le virus, plus ils devront isoler leur pays et plus ils auront besoin de ressources budgétaires pour atténuer l’aggravation de la récession qui en résultera (Hausmann, 2020[3]). Or, la plupart de ces pays ne disposent pas de volant budgétaire, même dans les périodes les plus fastes. Par ailleurs, la dualité formelle/informelle de l’économie et de la société risque d’accentuer les inégalités et d’attiser le mécontentement social.

Se focalisant sur les 15 pays de la région ALC susmentionnés, à savoir ceux qui font partie du Groupe de pilotage du Programme régional de l’OCDE pour la région ALC, la présente note brossera dans un premier temps un tour d’horizon des mesures actuellement adoptées pour y gérer la situation de santé publique. Elle examinera ensuite les aspects sociaux, économiques et de gouvernance de la crise du COVID 19 dans la région. Elle fera pour finir le point sur l’aide que les instruments de l’OCDE au service des relations mondiales pourraient apporter.

Au 21 avril, l’OMS avait classé plus de la moitié des 15 pays de la région ALC examinés ici dans la phase 4 de l’épidémie, qui correspond à une « transmission communautaire » du virus.7 . Actuellement, les pays les plus touchés sont le Brésil, le Chili, le Pérou, l’Équateur et le Panama. Le Brésil affiche par ailleurs le taux d’augmentation des cas le plus élevé de la région.

L’Organisation Panaméricaine de la santé (OPS), la branche américaine de l’OMS, leur fournit une coopération technique, en collaboration avec les ministères de la santé de la région, et a lancé un appel de fonds d’un montant de 94.8 millions USD auprès des donneurs et partenaires pour renforcer la capacité des pays du continent américain à lutter contre l’infection du COVID 19. La stratégie de riposte présentée dans l’appel vise deux objectifs principaux : freiner la transmission du virus et atténuer les retombées sanitaires du COVID 19 dans la région.8

Au vu des conséquences du virus en Europe, en Asie, et aux États-Unis, et inquiets de la capacité comparative de leurs propres systèmes de santé et de protection sociale, les pays de l’ALC appliquent des mesures visant à prévenir l’expansion et la propagation du COVID 19 dans la région. Comme précédemment indiqué, la majorité des 15 pays couverts ici ont fermé toutes leurs frontières au cours du mois de mars, sauf, généralement, pour les citoyens et résidents de retour9. Tous ont en outre pris des dispositions en vue de fermer les espaces publics et de limiter les rassemblements sociaux10 et plus de la moitié d’entre eux ont instauré des mesures plus rigoureuses, comme des couvre-feux et/ou des mesures de confinement imposant à la population de « rester à l’abri chez elle »11 (voir Annexe 1 pour plus d’information).

Les autorités de la région ont aussi mené des activités de coordination. Le 16 mars, par exemple, le Forum pour le progrès en Amérique du Sud (Prosur) a réuni par visioconférence les chefs d’État du Brésil, du Chili, de la Colombie, de l’Équateur, du Guyana, du Paraguay, du Pérou, de la Bolivie (pays observateur) et de l’Uruguay (invité spécial) pour convenir d’une déclaration commune en vue d’unir leurs efforts « de manière coordonnée et efficace » pour faire face à cette situation d’urgence ; ils s’engagent, entre autres mesures, à coopérer pour assurer le retour des ressortissants nationaux dans leur pays malgré les restrictions de voyage et de circulation. Les pays du Système d'intégration centraméricain (SICA)12 se sont également réunis sous forme virtuelle le 11 mars; ils ont ensuite approuvé un plan d'urgence régional13 pour lutter contre la pandémie de COVID‑19, et mis en place un site web spécial, « L'Amérique centrale unie contre le Coronavirus »14.

Dans le même temps, le nombre grandissant de patients, le manque de matériel de protection adapté pour le personnel soignant et le faible nombre d’établissements en mesure d’assurer des soins intensifs ne font qu’accentuer les craintes d’une contagion de la région qui serait difficile à maîtriser. En général, la capacité des systèmes de santé des pays de la région ALC est sensiblement inférieure à la moyenne de l’OCDE : les dépenses de santé y sont plus faibles, de même que le nombre de lits d’hôpitaux et de professionnels de la santé pour 1 000 habitants, et les systèmes de surveillance des maladies y sont moins performants que dans les pays de l’OCDE. À titre d’exemple, alors que le Mexique, le Costa Rica, la Colombie et le Chili comptent tout au plus 2.1 lits pour 1 000 habitants, la moyenne de l’OCDE est de 4.7 lits (OECD, 2019[4]). Ces insuffisances s’étendent à d’autres aspects que le nombre de lits, le dépistage par exemple ; le ministère de la Santé du Costa Rica a ainsi annoncé le 11 mars qu’il ne communiquera plus le nombre de cas soupçonnés dans le pays car leur nombre dépasse la capacité de test du laboratoire national.

En outre, la pandémie de COVID 19 met cruellement en évidence les inégalités en matière d’accès aux services de santé dans une région où quelque 125 millions de personnes n’ont même pas encore accès aux services de santé de base et où 47 % de la population n’est pas couverte par la sécurité sociale (PAHO/WHO, n.d.[5]; Bárcena, 2020[6]). Par ailleurs, compte tenu de l’absence de couverture universelle sérieuse en matière de santé, de nombreuses personnes sont dépourvues de protection contre des dépenses de santé éventuellement catastrophiques. Pour celles qui ne sont que modérément malades, qui disposent d’une bonne couverture de santé, et vivent dans des régions bien équipées, contracter le virus signifie prendre des congés de maladie, recourir aux services de santé selon leurs besoins, et continuer à percevoir un salaire. Au bas de l’échelle des revenus, en revanche, tomber malade peut avoir des conséquences catastrophiques, tant sur le plan de la santé que des moyens de subsistance, pour les personnes qui ne disposent pas d’une bonne couverture de santé, qui travaillent dans le secteur informel ou qui vivent dans des régions reculées ou mal desservies. Bon nombre d’entre elles ne sont pas couvertes par l’assurance maladie et font face à un risque plus élevé de mortalité du fait qu’elles ne peuvent bénéficier de soins de qualité.

Compte tenu de ces problèmes, les pays de la région ALC ont mis en place des mesures visant à renforcer la capacité des systèmes de soins afin de maîtriser la crise et d’améliorer l’accès de tous les citoyens aux services de santé. Certaines, comme celles ayant trait à la santé mentale et aux violences domestiques, sont très innovantes et pourraient servir d’exemple à d’autres pays. On citera notamment les suivantes:

Initiatives régionales :

  • Les pays membres du Forum pour le Progrès de l'Amérique du Sud (Prosur) convenus d'une déclaration commune comprenant des mesures d'achat conjoint de fournitures et d'équipements médicaux pour faire face à la pandémie et assurer la coordination avec les organisations régionales multinationales.

  • Le Plan d’Urgence Régional SICA15 susmentionné mobilise le Conseil des Ministères de la Santé de la Sous-Région (COMISCA) pour engager conjointement des négociations et des achats d'équipements médicaux pour les pays membres du Système d'Intégration Centraméricain (SICA), ainsi que diverses mesures coordonnées de communication et d'intervention liées à la gestion de la santé et des risques. Cela a déjà conduit à l'achat de 180 000 kits de test COVID-19, grâce aux fonds SICA de la Banque Centraméricaine d'Intégration Économique (CABEI).

  1. Le 5 avril, le Mercosur a approuvé la mise à disposition de ses membres d’un fonds spécial de 16 millions USD pour lutter contre la pandémie, notamment pour l’achat de nouveaux dispositifs de test.16

  • Le Réseau d’autorités pharmaceutiques d’Ibéro-Amérique, avec l’appui du Secrétariat Général Ibéro-Américain (SEGIB), a créé une plateforme numérique qui permettra aux 22 pays ibéro-américains17 d’échanger et de consulter des informations officielles sur les traitements, les essais cliniques de médicaments et les guides techniques destinés au personnel de santé pour faire face à la pandémie de COVID dans la région.

Initiatives nationales

  • L’Argentine a annoncé le 18 mars la construction de huit hôpitaux d’urgence pour combattre le virus.

  • Le Brésil a ouvert 5 000 postes de médecins dans le cadre du programme Mais Médicos et annoncé la création de 2 000 lits en USI ; il a approuvé en parallèle l’intégration du test du virus COVID 19 à la liste des procédures obligatoires des bénéficiaires de l’assurance maladie pour les personnes soupçonnées d’en être porteuses. Par ailleurs, le 11 mars, il a été convenu d’allouer au moins 1 milliard USD du projet de loi de finances au ministère de la Santé pour combattre le virus ; quelque 185 millions USD seront transférés aux États et aux municipalités, au prorata de leur population, pour couvrir les heures d’ouverture supplémentaires des établissements publics de santé.

  • Le Chili a fixé à 30 USD le prix maximum du test du virus COVID 19 dans les établissements de santé privés.

  • La Colombie a annoncé le 24 mars le déploiement virtuel d’environ 2 500 professionnels de santé mentale à l’appui des mesures nationales de confinement à domicile.

  • Le Costa Rica a réglementé les prix du gel hydroalcoolique, des désinfectants liquides et en pulvérisateur, du savon liquide et en pain, et des lingettes désinfectantes.

  • La République Dominicaine a annoncé que depuis le 7 avril, tous les travailleurs officiels (et leurs personnes à charge) dont le travail a été perturbé par la crise continueraient d'être inscrits au programme national d'assurance maladie pour les 60 prochains jours.

  • L’Équateur a institué la gratuité des tests COVID 19 pour toutes les personnes présentant des symptômes.

  • Le Pérou a annoncé l’achat de 1.4 million de tests rapides du coronavirus à la Chine et pris contact avec les autorités chinoises pour acquérir l’hôpital préfabriqué construit en dix jours à Wuhan.

  • Le Panama a suspendu à compter du 16 mars toutes les interventions chirurgicales et visites à l’hôpital non essentielles pour libérer de la capacité hospitalière.

  • L’Uruguay a lancé une application mobile pour localiser les cas sur son territoire, ainsi qu’un site internet coronavirus.uy. Il a également annoncé le 28 mars des mesures visant à juguler l’augmentation des violences à l’égard des femmes pendant la période de confinement, dont une campagne de sensibilisation sur les médias sociaux et traditionnels, une permanence téléphonique pour les urgences, et un protocole établi en coopération avec le ministère de la Santé pour permettre au personnel de santé de repérer les cas de violence domestique.

  • Augmenter la capacité de tests approfondis dans la mesure du possible, en garantissant la disponibilité des médicaments lorsque les patients sont admis en soins intensifs et en fournissant des soins médicaux quelle que soit la capacité de paiement d’une personne.

  • Améliorer la fourniture d'équipements de protection individuelle tels que les masques, en particulier pour les agents de santé, ainsi que les lits de soins intensifs et les respirateurs.

  • Mobiliser les professionnels de la santé, y compris les étudiants en médecine et en sciences infirmières au cours de leur dernière année d'études, les pharmaciens et autres travailleurs de la santé.

  • Développer les capacités de laboratoire, de logistique et professionnelles pour tester et traiter les personnes infectées, tout en traçant leurs contacts étroits.

  • Déployer des stratégies pour renforcer l'infrastructure et la capacité d'isoler les personnes infectées et mettre en quarantaine les contacts étroits.

  • Protéger et soutenir les travailleurs de la santé, en assurant leur sécurité et en prenant les dispositions nécessaires pour l'hébergement, les soins familiaux, le transport ainsi que le soutien psychologique et financier.

  • Assurer un accès rapide (via la production nationale ou les achats à l'étranger) à des kits de dépistage viral pour toutes les personnes suspectées d'avoir contracté le virus.

  • Élaborer une stratégie d'administration des tests sérologiques, lorsqu'ils sont disponibles, pour évaluer le niveau d'immunité de la population et des groupes clés de la population tels que les professionnels de la santé.

  • Assurer un accès universel et en temps opportun aux vaccins et traitements, lorsqu'ils sont disponibles.

  • Établir des stratégies de santé mentale pour soutenir les personnes dans le besoin, à la fois dans la population générale et pour les agents de santé.

S’agissant de l’avenir, la crise a contraint les gouvernements de la région à reconsidérer le niveau de l’investissement public (actuellement proche de 4 % du PIB, contre 6.6 % en moyenne pour les pays de l’OCDE)18 et à revoir le contrôle de la qualité au sein de leurs systèmes de santé. Dans la plupart des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, les ménages couvrent une part substantielle de leurs dépenses totales de santé avec leurs propres ressources (Mueller and Morgan, 2020[7]). À long terme, de nouvelles stratégies s’imposeront pour améliorer la résilience des systèmes de santé et leur capacité de réaction aux futures crises sanitaires. Il s’agira notamment de continuer de progresser dans la mise en place d’un régime de couverture universelle pour des services de qualité, de renforcer l’infrastructure d’information sanitaire, et d’améliorer la gouvernance et la coordination des mesures prises en riposte aux flambées épidémiques.

Le 31 mars, le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Gebreyesus, a déclaré que les pays émergents et sous-développés seraient les plus touchés par la pandémie de COVID‑19, et a recommandé aux gouvernements de mettre en place des politiques sociales visant à protéger les populations les plus fragiles et de veiller à ce qu’elles soient en mesure de respecter les recommandations en matière de santé publique.

En parallèle, et en association avec les mesures prises en réponse à la crise, la région ALC doit notamment faire face aux problèmes sociaux suivants:19

  1. 1. Informalité/absence de dispositifs de protection sociale universelle: les pays qui affichent des taux d’emploi informel compris entre 30 % et 80 %20, comme c’est le cas de la majorité des pays de la région ALC, se heurtent à des obstacles particuliers : 1) pour les travailleurs informels et peu qualifiés, la réduction des heures de travail et la perte d’emploi dues à la pandémie se traduisent par une perte de revenu sans possibilité de percevoir des indemnités de chômage ; 2) les travailleurs informels ne peuvent généralement pas bénéficier des mesures officielles de protection sociale ; et 3) le confinement est pour eux synonyme de manque de travail, et donc d’absence de revenu, d’où le dilemme « travailler ou perdre son revenu » (OECD Secretariat, 2018[8]; OECD et al., 2019[9]; Belser, 2020[10]). Bon nombre d’entre eux sont des travailleurs indépendants, qui travaillent dans l’économie de subsistance, vivent au jour le jour, et risquent de basculer à nouveau dans la pauvreté. Les régimes d’assurance sociale et les grands programmes d’assistance sociale de la région couvrent deux tiers des travailleurs (62 %) et leurs familles, dont la plupart des ménages pauvres, mais 65 % des travailleurs informels vulnérables ne bénéficient d’aucune forme de protection sociale. (Bonaglia and Nieto Parra, 2020[11]).

  2. 2. Perception des populations: la société fait preuve d’un fort engagement mais, il y a seulement quelques mois, de nombreux pays de la région étaient secoués par une vague de protestations de masse motivées par un profond mécontentement social, les aspirations insatisfaites d’une « classe moyenne » émergente, et une vulnérabilité persistante au risque de tomber dans la pauvreté (Nieto-Parra, Pezzini and Vázquez, 2019[12]). La crise pourrait accentuer ces problèmes.

  3. 3. Inégalités: plus la crise s’aggravera et/ou s’étendra, plus les ressources se raréfieront et plus la concurrence sera vive, les communautés plus riches souhaitant par exemple user de leur droit à payer pour des traitements de meilleure qualité dans des hôpitaux privés. Cette même catégorie de la population est en mesure de pratiquer la distanciation sociale, de prendre des congés maladie et/ou de continuer à percevoir un salaire. En revanche, les populations vulnérables sont confrontées à des difficultés éprouvantes pour pratiquer la distanciation sociale, nombre d’entre elles ne bénéficiant ni d’une couverture d’assurance maladie, ni d’allocations chômage (Belser, 2020[10]).

  4. 4. Populations autochtones et migrantes vulnérables: dans des pays comme le Pérou, l’Équateur, la Bolivie et, dans une moindre mesure, le Mexique, les populations autochtones sont très vulnérables aux pandémies en général. On observe chez elles les taux de travail informel les plus élevés et une plus forte prévalence de maladies comme l’hépatite B, la tuberculose, le paludisme et la dengue (Sierra Praeli, 2020[13]). La crise du COVID‑19 a en outre frappé l’Amérique latine alors que le continent connaissait la plus forte crise migratoire de son histoire. Entre 2016 et 2019, près de 4.5 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays ; au même moment, des milliers de personnes quittaient le Guatemala, le Honduras et El Salvador pour le Mexique et les États-Unis, et le Nicaragua pour le Costa Rica et le Panama. Les migrants sont particulièrement touchés par les conséquences économiques du virus car nombre d’entre eux vivent dans des conditions sanitaires et de logement précaires et n’ont pas accès aux services ou régimes sociaux de base.

Comme l’analyse en détail la section qui suit, tous les pays ont mis en place des mesures de relance économique pour aider les entreprises et les particuliers, souvent axées plus particulièrement sur les PME fragiles. Or, comme de nombreuses PME et particuliers exercent dans le secteur informel, l’application de ces mesures ciblées aux plus vulnérables présente de grandes difficultés. Bon nombre de gouvernements de la région ALC ont donc mis en œuvre d’autres mesures sociales pour compléter leur programme de relance économique et veiller à ce que les personnes à faible revenu et/ou ne pouvant pratiquer le télétravail puissent respecter les mesures de confinement. Ces mesures consistent souvent en un élargissement temporaire des programmes de transferts en espèces et en nature, et de transferts supplémentaires destinés aux personnes vulnérables non couvertes par les programmes existants (Bonaglia and Nieto Parra, 2020[11]).

La région pourrait devenir à terme une référence en matière d’innovations à cet égard. En fonction de la structure de l'emploi formel et informel, par exemple en termes de part des travailleurs à faible revenu, les gouvernements peuvent évaluer s'il convient d'accorder un soutien en terme de revenu ou d’exonérations temporaires des charges ou des cotisations sociales aux travailleurs formels dont les heures ont été réduites, afin d'encourager les employeurs à les garder sur leur liste de salariés. De telles mesures pourraient aider à maintenir une partie des gains de formalisation de l'emploi réalisés dans de nombreux pays de la région au cours des dernières années. En même temps, elles ne devraient être envisagées que si elles ne se font pas au détriment de l'aide aux plus vulnérables.

Un aperçu des mesures actuelles est donné dans le tableau suivant:

  • Renforcer les filets de sécurité sociale pour les travailleurs atypiques.

  • Fournir un soutien financier et des allocations aux familles à faible revenu par le biais de régimes de sécurité sociale non contributifs ou de programmes de transferts monétaires existants.

  • Dans la mesure où l'espace budgétaire le permet, envisager des paiements uniques aux travailleurs concernés

  • Revoir le contenu et / ou le calendrier des réformes élargissant l'accès aux allocations de chômage déjà prévues.

  • Aider les travailleurs peu qualifiés et informels à rester chez eux en suspendant les expulsions et en différant les versements hypothécaires des services publics.

  • Élargir l'accès aux allocation chômage aux travailleurs peu qualifiés et atypiques.

  • Pour aller de l'avant, les gouvernements doivent accélérer les efforts en cours pour étendre les systèmes de protection sociale et leur accès pour tous. L'augmentation des capacités de l'État lui permettra de protéger plus facilement les populations les plus vulnérables et d'accélérer la réponse aux chocs futurs. La crise pourrait créer une relation directe entre le gouvernement et l'économie.

  • Offrir des options de garde d'enfants publiques aux parents qui travaillent dans les services essentiels, tels que les soins de santé, les services publics et les services d'urgence.

  • Fournir des arrangements alternatifs de soins publics.

  • Offrir un soutien financier direct aux travailleurs qui doivent prendre un congé.

  • Accorder des subventions financières aux employeurs qui accordent des congés payés aux travailleurs.

  • Promouvoir des conditions de travail flexibles conformes aux responsabilités familiales des travailleurs.

  • Ouvrir des lignes dédiées à l’assistance aux personnes confrontées aux violences domestiques pendant la crise de COVID-19.

  • Introduire et améliorer les plateformes d'apprentissage numérique existantes, comme l'ont fait certains pays de la région.21

  • Compléter les espaces d'apprentissage numériques avec des initiatives d'éducation télévisée qui sont utilisées depuis de nombreuses années dans les pays d'Amérique Latine pour soutenir l'éducation dans les endroits reculés.

  • Fournir un soutien aux familles pour les repas à l’école.

  • Garder les enseignants étroitement impliqués et connectés avec les élèves et leurs familles pendant les périodes de confinement, en cherchant à faire progresser le programme tout en encourageant le soutien des parents et des frères et sœurs dans la mesure du possible.

  • Porter une attention particulière s’assurer que la technologie n'amplifie pas davantage les inégalités existantes en matière d'accès et de qualité de l'apprentissage.

  • Dans la mesure du possible, maintenir un soutien politique exemplaire aux migrants que de nombreux pays d'Amérique Latine ont eu en solidarité.

  • Veiller à ce que les migrants vulnérables aient accès aux soins de santé de base et à d'autres soutiens, et prendre des mesures de précaution pour éviter une contagion massive dans les zones de confinement.

Jusqu’à présent, les effets de la crise du COVID 19 dans la région ALC se sont principalement fait ressentir dans la sphère économique, car les mesures de confinement nécessaires pour lutter contre le virus ont déclenché une crise économique mondiale sans précédent, associant des chocs du côté de l’offre et de la demande. Comme partout dans le monde, l’incidence économique de la pandémie de COVID 19 dans la région ALC est essentiellement de deux ordres. Elle est d’abord de nature externe, liée à la demande. L’Amérique latine est très dépendante de l’économie chinoise, et la région ressentira encore davantage la crise lorsque les retombées du virus sur l’économie des États-Unis s’accentueront. La baisse brutale de la demande mondiale met à mal les exportations, une dégradation des termes de l’échange étant observable dans plusieurs pays. Les répercussions sur le secteur du tourisme, qui joue un rôle économique majeur dans la région et qui a dû suspendre totalement ses activités en raison des restrictions internes et externes aux voyages, seront en outre substantielles.

La deuxième catégorie de retombées, du côté de l’offre, résulte des mesures de confinement rigoureuses déjà évoquées que les gouvernements de la région ALC ont imposées dans leur pays. Quoique d’ampleur et de portée différentes, elles ralentissent, voire interrompent, les activités économiques dans certains secteurs, ce qui a des effets domino dans d’autres.

Outre ce contexte général, la région ALC subit les conséquences spécifiques de divers facteurs extérieurs, y compris le marché financier, le commerce, l'investissement, les produits de base et le secteur du tourisme.22

Ces événements ont frappé une région qui connaissait déjà une situation difficile. En 2019, la croissance y a été de 0.1 % seulement, et les prévisions établies à cet égard avant la crise du COVID 19 par la CEPALC et le FMI étaient respectivement de 1.3 % et 1.6 % pour 2020. Certains de ses plus grands pays traversent des temps difficiles : l’Argentine a vu son économie se contracter de 2.4 % en 2019, et le Brésil, le Mexique et le Chili ont respectivement enregistré une croissance de 0.9 %, 0.1 % et 1.1 % seulement.

Compte tenu de cette situation, plusieurs observateurs ont revu à la baisse les perspectives de croissance régionale, laissant présager une récession probablement plus sévère qu’en 2015-16: la CEPALC l’estime à -5,3 %, avec plusieurs risques d’évolution négative et un recul de -14,8 % des exportations régionales (UN-ECLAC, 2020[1]). L’Intelligence Unit de The Economist a publié des chiffres de croissance révisés pour l’Argentine (-6.7 %), le Brésil (-5.5 %), et le Mexique (-5.4 %), l’approche de l’hiver dans l’hémisphère Sud accentuant le risque d’une épidémie grave et prolongée en Amérique latine (Economist Intelligence Unit, 2020[14]). La croissance économique devrait donc accuser un ralentissement substantiel dans la région ; l’ampleur de cette décélération ou de la croissance négative dépendra cependant en grande partie de la façon dont la crise s’achèvera et du moment où la reprise pourra s’amorcer. (OECD Secretariat, 2020[15]).

Tous les pays ont mis en place des mesures de relance économique pour atténuer l’incidence négative de la crise et faire face au ralentissement économique général ; ces mesures s’adressent aux entreprises et aux particuliers et ont pour objet de les aider à obtenir des financements et à assurer leurs paiements durant la crise, comme les impôts ou les factures des services d’utilité publique.

Plusieurs gouvernements ont mis en place des politiques ciblées d’aide aux PME fragiles, qui prévoient notamment des lignes de financement spéciales, des prêts à taux faible ou zéro, le paiement de salaires par des fonds publics, le report du paiement de différents impôts et des cotisations sociales, et le report des remboursements de crédits. Des pays ont en outre pris des mesures visant à alléger le fardeau financier et administratif que représente le paiement des impôts sur les personnes physiques, des services d’utilité publique, des cartes de crédit, et des prêts et crédits hypothécaires. Le volume des mesures prises par pays est présenté dans le graphique 2 ci-dessous. Comme les mesures adoptées par chaque pays dans ces différents domaines varient sensiblement, l’annexe 2 en présente une description plus détaillée par pays.

Sur le front régional, l’intervention des pays du Système d’intégration centraméricain Central (SICA) a été comparativement rapide et coordonnée. Le Plan d'Urgence Régional23 précédemment évoqué prévoit des fonds de stabilisation économique d’un montant de 1.9 milliard USD, dont 1 milliard USD sera alloué à un fonds de contingence pour les banques centrales, 550 millions USD à un fonds d’urgence financière, et 350 millions USD à un fonds de liquidités destiné aux banques commerciales. En termes de prêts internationaux, le FMI mobilise sa capacité de prêt de 1 000 milliard USD, et 14 pays latino-américains ont pris contact avec lui pour combattre la récession due à la pandémie de COVID‑19. Les programmes financiers mis sur pied par la Banque mondiale (ressources disponibles pour ces opérations : de 7 à 10 milliards USD), la Banque Interaméricaine de Développement (augmentation de 3.2 milliards USD du programme de prêts initialement prévu pour 2020, soit 12 milliards USD au total)24 et la CAF- Banque de Développement de l'Amérique Latine (ligne de crédit d’urgence de 2.5 milliards USD)25 sont des mesures tout à fait opportunes et louables.

  • Des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes sont essentielles pour éviter que le ralentissement actuel ne devienne une récession prolongée.

  • Sur le plan budgétaire, alors que certains pays comme le Chili et le Pérou disposent d'un espace budgétaire relativement confortable, de nombreux pays pourraient avoir besoin de s'endetter. Les pays disposant de tampons financiers existants provenant des exportations de pétrole ou de minéraux devraient redéfinir les priorités en matière de dépenses et mobiliser de nouveaux emprunts pour faire face au choc COVID-19.

  • Des mesures monétaires sont nécessaires pour fournir des liquidités suffisantes dans le système financier, permettre aux banques de fournir une aide aux entreprises ayant des problèmes de trésorerie, en particulier les PME, et veiller à ce que les entreprises solvables ne fassent pas faillite tant que des mesures de limitation sont en vigueur.

  • Mettre en place des mécanismes financiers dédiés pour aider les petites entreprises à faire face aux conséquences à court terme de l'épidémie, notamment:

    • Allégements fiscaux temporaires, tels que les reports de paiement des impôts, les réductions temporaires de la TVA et le report des charges et des cotisations de sécurité sociale, qui contribuent à maintenir les entreprises à flot et à maintenir l'emploi.

    • Des programmes de prêts dédiés avec un meilleur accès au fonds de roulement via des lignes de crédit ou des garanties d'État, des prêts à faible coût ou à taux zéro et le report des remboursements de prêt.

    • Soutien financier direct, y compris le paiement des salaires par des fonds publics ou d'autres mesures spécifiques pour le secteur tertiaire, particulièrement touché par les mesures de confinement (comme les restaurants, les hôtels, les taxis et les entreprises locales).

  • Informer activement les entreprises sur la façon de réduire les heures de travail, soulager les travailleurs et gérer les indemnités de licenciement liées au chômage partiel et aux maladies.

  • Veiller à ce que les travailleurs autonomes puissent accéder à des mesures financières d'urgence, en particulier ceux qui ne sont pas admissibles à l'assurance-emploi.

  • Introduire des mesures de médiation concernant les délais d’approvisionnement des marchés et de paiement.

  • Envisager des mesures de soutien anticipatrices pour renforcer la résilience des entreprises, par exemple par des programmes de formation ou de mentorat pour aider les PME à évaluer et gérer l'impact financier de la crise, passer au numérique ou trouver de nouveaux marchés.

  • Assurer un dialogue tripartite inclusif afin que les propriétaires de petites entreprises et les syndicats puissent exprimer leurs préoccupations et leurs priorités lorsque des réformes des politiques publiques sont envisagées.

La crise du COVID‑19 met aussi à l’épreuve les démocraties encore relativement jeunes et en voie de consolidation de la région, qui traversaient déjà à la fin de 2019 et au début de 2020 une période délicate marquée par une vague de protestations de masse motivées par un profond mécontentement social, des aspirations insatisfaites, une vulnérabilité persistante et une pauvreté croissante.26 Les gouvernements de la région ALC, dont la crédibilité avait déjà été fortement ébranlée par une série de scandales de corruption au cours de la période précédant le Sommet des Amériques de 2018, se trouvent maintenant confrontés au nouveau défi consistant à gérer la crise, sous l’angle opérationnel et de la communication, de manière coordonnée à tous les niveaux de l’administration publique, y compris à l’échelon infranational.

Les séances des congrès, les réunions des cabinets ministériels et le fonctionnement quotidien des institutions se déroulent désormais couramment sous forme virtuelle. L’administration publique numérique et l’infrastructure connexe vont gagner en importance dans le cadre de la lutte contre la crise économique, sociale et sanitaire liée au virus du COVID‑19.

Les mesures extraordinaires visant à protéger les citoyens, comme les restrictions d’accès à l’information publique et les applications de suivi ‑ jugées normales en temps de crise – peuvent menacer les libertés civiles et l’espace civique à long terme. Des mécanismes de contrôle et de responsabilisation s’imposent pour veiller à ce qu’elles soient levées lorsque les risques immédiats auront disparu, et pour que les autorités soient tenues comptables des mesures prises pendant la crise.

Dans certains pays, il existe un risque réel que les mesures de confinement accentuent les tensions sociales et entraînent une hausse de la criminalité. De plus, comme les États ne sont pas en mesure de maîtriser la propagation du virus dans les établissements pénitentiaires surpeuplés, la crainte de l’infection s’est répandue dans les prisons de toute la région, conduisant à des émeutes et à l’évasion de centaines de détenus, au Brésil et au Venezuela en particulier.

Pour préserver l’accès à la justice – y compris pour les groupes les plus atteints par la crise, comme les populations défavorisées et les petites et moyennes entreprises – les différents secteurs, échelons de l’administration publique et branches du pouvoir devront unir et coordonner sérieusement leurs efforts pour assurer la prestation des services, même lorsque les ressources se raréfieront. Face au risque croissant de violence domestique et urbaine, les systèmes judiciaires se doivent de trouver des moyens transparents et efficaces de satisfaire aux besoins des victimes (les femmes et les enfants notamment) et d’assurer en même temps le respect des mesures de confinement.

Les autorités devront réorienter les politiques et faire évoluer les services publics pour satisfaire aux besoins qui feront suite à la pandémie de COVID‑19. Il est plus indispensable que jamais de renforcer la cohérence de l’action publique, car la crise a clairement démontré l’intérêt de la transformation numérique des secteurs et administrations publics pour assurer la continuité des services publics et le fonctionnement de l’administration. Pour assurer l’inclusivité des politiques et des services publics et pour que ceux-ci répondent aux nécessités réelles des populations après la crise, les pays de la région ALC doivent mettre en place des mécanismes participatifs qui créeront une boucle de rétroaction vertueuse, mettront à contribution l’intelligence collective et satisferont aux besoins de la majorité silencieuse.

Le renforcement de l’intégrité et la lutte contre la corruption revêtent une importance déterminante car les flux d’assistance financière et technique vont rapidement arriver pour aider les pays à surmonter la crise du COVID‑19. Le risque de corruption est plus important qu’auparavant dans la mesure où des individus ou des groupes souhaiteront tirer profit de la situation à un moment où les intervenants étatiques concentrent leurs efforts sur l’aide d’urgence. Les pays doivent impérativement donner aux données publiques ouvertes un rôle fondamental pendant la pandémie, d’une part pour gérer la crise, d’autre part pour assurer la transparence et l’intégrité des affectations budgétaires, malgré la rapidité à laquelle elles seront effectuées.

  • Renforcer les communications publiques et la transparence pour la confiance et la crédibilité des décisions prises dans le cadre de la gestion de crise. Les gouvernements de l'ALC peuvent renforcer la légitimité et la conformité pendant et après la crise du COVID-19 en encourageant la divulgation proactive et réactive des données et des informations, ainsi que leur réutilisation, et en luttant contre la désinformation.

  • Accroître les capacités des gouvernements à fonctionner en télétravail et améliorer les mesures de connectivité, la portabilité des postes de travail et les capacités numériques du gouvernement. Le contrôle et l'équilibre des responsabilités horizontales sont essentiels face à des mesures extraordinaires. Les parlements, le pouvoir judiciaire et les institutions indépendantes devront également accroître leurs capacités de travail numérique et à distance.

  • Administrer et faire respecter les blocages et autres restrictions à la circulation de manière équitable et transparente, en partenariat avec les communautés, tout en renforçant les mesures de prévention et de protection des personnes contre la violence domestique et de rue, via une surveillance accrue et des investissements dans les systèmes de signalement téléphonique et en ligne.

  • Les autorités gouvernementales et les systèmes judiciaires devront développer des moyens innovants, transparents et efficaces pour appliquer les mesures de confinement et pour répondre aux besoins des victimes de la violence dans la rue et à domicile (en particulier les femmes et les enfants).

  • Assurer des normes élevées d'intégrité et de transparence et des mesures de contrôle appropriées dans la gestion des fonds et des politiques extraordinaires mises en œuvre à la suite de cette crise. Les initiatives existantes en Amérique Latine et aux Caraïbes utilisant des données publiques ouvertes et l'innovation dans les marchés publics, par exemple, pourraient être étendues à la gestion des fonds liés au COVID-19.

  • Pendant et après la crise du COVID-19, créer des opportunités pour les citoyens et les parties prenantes de se joindre aux efforts pour instaurer la confiance, améliorer la qualité et l'équité des politiques et des services, et faire progresser la cohésion sociale. Les pays d'Amérique latine et des Caraïbes peuvent tirer parti de l’échange de bonnes pratiques en terme de mesures liées au COVID-19 tels que les réponses sanitaires d'urgence, les politiques fiscales et distributives et les services publics essentiels (logement, eau, électricité et accès à Internet) pour promouvoir l'inclusion, l'efficacité et la conformité.

  • Les gouvernements devront élaborer des politiques et des services publics pour répondre aux préoccupations post-COVID-19. Pour qu’ils soient inclusifs et répondent aux besoins des citoyens, les pays de l'ALC devraient mettre en place des mécanismes participatifs qui aident à créer une boucle de rétroaction vertueuse, à puiser dans l'intelligence collective et à répondre aux besoins de la majorité silencieuse.

  • La résilience de la prestation de services publics dépend de la mesure dans laquelle les gouvernements ont adopté une approche «numérique dès la conception» - ceux qui ont adopté des stratégies intergouvernementales et des catalyseurs pour la conception et la prestation de services omnicanaux seront mieux équipés pour assurer la continuité d'un service cohérent durant les periodes de confinement. Ainsi, les gouvernements des pays d'Amérique latine et des Caraïbes devraient prioriser l'investissement dans des modèles de conception et de prestation de services publics inclusifs, agiles, résilients et robustes.

  • Pour que la région sorte de la crise avec une confiance publique renforcée, les gouvernements doivent veiller à éviter les failles politiques qui pourraient permettre la fraude, la corruption, les détournements de fonds ou l'utilisation abusive des transferts directs.

Références

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[10] Belser, P. (2020), COVID-19 cruelly highlights inequalities and threatens to deepen them, International Labour Organisation (ILO), http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_740101/lang--en/index.htm (accessed on 22 April 2020).

[11] Bonaglia, F. and S. Nieto Parra (2020), Latin America and the Caribbean in the time of COVID-19: Preventing the vulnerable from falling behind, Development Matters, https://oecd-development-matters.org/2020/03/31/latin-america-and-the-caribbean-in-the-time-of-covid-19-preventing-the-vulnerable-from-falling-behind/ (accessed on 22 April 2020).

[14] Economist Intelligence Unit (2020), COVID-19 to send almost all G20 countries into a recession, The Economist, https://www.eiu.com/n/covid-19-to-send-almost-all-g20-countries-into-a-recession (accessed on 22 April 2020).

[3] Hausmann, R. (2020), Flattening the COVID-19 Curve in Developing Countries, World Economic Forum, https://www.weforum.org/agenda/2020/03/flattening-the-covid-19-curve-in-developing-countries/ (accessed on 22 April 2020).

[2] Horwitz, L. et al. (2020), Where Is the Coronavirus in Latin America?, AS/COA - Americas Society Council of the Americas, https://www.as-coa.org/articles/where-coronavirus-latin-america (accessed on 22 April 2020).

[7] Mueller, M. and D. Morgan (2020), Public funding of health care, OECD, Paris, https://www.oecd.org/health/Public-funding-of-health-care-Brief-2020.pdf (accessed on 22 April 2020).

[12] Nieto-Parra, S., M. Pezzini and J. Vázquez (2019), Social discontent in Latin America through the lens of development traps, OECD Development Matters, https://oecd-development-matters.org/2019/12/23/social-discontent-in-latin-america-through-the-lens-of-development-traps/ (accessed on 22 April 2020).

[4] OECD (2020), Hospital beds (indicator), https://dx.doi.org/10.1787/0191328e-en (accessed on 22 April 2020).

[15] OECD Secretariat (2020), COVID-19 in Latin America and the Caribbean: Regional socio-economic implications and policy priorities, OECD, https://read.oecd-ilibrary.org/view/?ref=129_129904-k3xp17fqbl&title=COVID-19-in-Latin-America-and-the-Caribbean-Regional-socio-economic-implications-and-policy-priorities (accessed on 22 April 2020).

[8] OECD Secretariat (2018), LATIN AMERICAN AND CARIBBEAN COMPETITION FORUM - Session I: Informal Economy in Latin America and the Caribbean: Implications for Competition Policy, OECD, https://www.oecd.org/daf/competition/44547855.pdf. (accessed on 22 April 2020).

[9] OECD et al. (2019), Latin American Economic Outlook 2019 : Development in Transition, OECD Publishing, Paris.

[5] PAHO/WHO (n.d.), EquiLAC II Project, https://www.paho.org/hq/index.php?option=com_content&view=article&id=2674:2010-equilac-ii-project&Itemid=2080&lang=en (accessed on 22 April 2020).

[13] Sierra Praeli, Y. (2020), “Pueblos indígenas: los más vulnerables frente el avance del coronavirus en América Latina”, El Deber, https://eldeber.com.bo/169684_pueblos-indigenas-los-mas-vulnerables-frente-el-avance-del-coronavirus-en-america-latina (accessed on 22 April 2020).

[1] UN-ECLAC (2020), Dimensionar los efectos del COVID-19 para pensar en la reactivación, Comisión Económica para América Latina y el Caribe (UN ECLAC), https://www.cepal.org/es/publicaciones/45445-dimensionar-efectos-covid-19-pensar-la-reactivacion (accessed on 23 April 2020).

[16] Werner, A. (2020), Economic Policy in Latin America and the Caribbean in the Time of COVID-19, IMF Blog, https://blogs.imf.org/2020/04/16/economic-policy-in-latin-america-and-the-caribbean-in-the-time-of-covid-19/?utm_medium=email&utm_source=govdelivery (accessed on 23 April 2020).

Contact

Andreas SCHAAL (✉ Andreas.SCHAAL@oecd.org)

Jose Antonio ARDAVIN (✉ Jose-Antonio.ARDAVIN@oecd.org)

Notes

← 1. Sur la base des chiffres officiels nationaux recueillis par l'équipe SGE / GRS / LAC, au 26 avril 2020.

← 2. Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, El Salvador, Guatemala, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou et Uruguay.

← 3. Argentine, Chili, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, El Salvador, Guatemala, Honduras, Paraguay et Pérou. Le Brésil, le Mexique, le Panama et l'Uruguay ont mis en place des fermetures partielles des frontières, telles que des restrictions sur les vols internationaux.

← 4. Chili, République dominicaine, Équateur, Guatemala, Honduras, Panama, Paraguay et Pérou.

← 5. Argentine, Colombie, Équateur, El Salvador, Panama, Paraguay et Pérou.

← 6. De plus amples informations sont disponibles au (OECD Secretariat, 2020[15]).

← 7. Argentine, Brésil, Chili, Colombie, République dominicaine, Équateur, Mexique, Panama, Paraguay et Pérou. Les pays de niveau 3 (groupes de cas) comprennent le Costa Rica, El Salvador, le Guatemala, le Honduras et l'Uruguay. Voir www.paho.org/en/topics/coronavirus-infections/coronavirus-disease-covid-19 pour plus d’informations.

← 9. Argentine, Chili, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, El Salvador, Guatemala, Honduras, Paraguay et Pérou. Les autres pays (Brésil, Mexique, Panama, Uruguay) ont mis en place des fermetures partielles des frontières, telles que des restrictions sur les vols internationaux.

← 10. Chili, République dominicaine, Équateur, Guatemala, Honduras, Panama, Paraguay et Pérou.

← 11. Argentine, Colombie, Équateur, El Salvador, Panama, Paraguay et Pérou.

← 12. Belize, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama et République Dominicaine.

← 13. Le Plan est accessible en ligne sur https://www.sica.int/download/?121512.

← 14. Le site web est accessible sur https://www.sica.int/coronavirus.

← 15. Le Plan est accessible en ligne sur https://www.sica.int/download/?121512.

← 16. Les fonds proviennent du «Fonds de convergence structurelle» (FOCEM) du bloc et étaient initialement destinés au projet «Recherche, éducation et biotechnologie appliquée à la santé». Pour plus d'informations (en espagnol), voir https://www.infobae.com/politica/2020/04/05/el-mercosur-aprobo-un-fondo-de-emergencia-para-combatir-al-coronavirus-y-llegaran-45000-dispositivos-de-testeo-a-la-argentina/.

← 17. Andorre, Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Costa Rica, Cuba, Chili, République dominicaine, Équateur, El Salvador, Espagne, Guatemala, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Portugal, Uruguay et Venezuela. La plateforme numérique est accessible sur https://www.segib.org/la-red-de-autoridades-en-medicamentos-de-iberoamerica-crea-una-web-con-informacion-cientifico-tecnica-util-para-combatir-el-covid-19-en-la-region/.

← 19. Plus d’informations peuvent être trouvées au (OECD Secretariat, 2020[15]).

← 20. (OECD Secretariat, 2018[8]) ; (OECD et al., 2019[9]).

← 21. Pour les exemples, voir Chile Aprendo en Linea (https://t.co/xppOJgel4K?amp=1), Colombia Aprende (https://t.co/R729LODDuS?amp=1), et Peru Aprendo en Casa (https://t.co/MOtSlG2AYS?amp=1).

← 22. Plus d'informations disponibles sur (OECD Secretariat, 2020[15]).

← 23. Le Plan est accessible en ligne sur https://www.sica.int/download/?121512.

← 26. Pour plus d'informations voir (Nieto-Parra, Pezzini and Vázquez, 2019[12]).

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